1 octobre 2010

Travailler, mon cul

Demain, c'est grève générale. Ou plutôt manifestation générale. Car beaucoup de gens ne travaillent pas le samedi et pour faire grève, il faut travailler, non ? L'occasion idéale de vous parler ce matin du travail, ce mot béni de toute la classe politique, d'Arlette Laguillier ("travailleurs, travailleuses, etc") à Nicolas Sarkozy ("travailler plus pour gagner plus"). Mais revenons, au sens étymologique du terme, oui, travail vient du latin tripalium qui désigne un instrument de torture. Le travail serait donc une torture, quelque chose que les riches, ceux qui possèdent, ont inventé pour occuper les pauvres, les récompenser en leur donnant une impression d'épanouissement personnel, de reconnaissance sociale. Car ne nous trompons pas, la valeur "travail" mise régulièrement en avant par notre président pendant sa campagne électorale est un leurre. On ne compte en effet plus les mesures prises allant à l'encontre de ceux qui travaillent : bouclier fiscal (je ne suis pas sûr qu'il y avait beaucoup de salariés à payer plus de 50% d'impôts), allègement des droits de succession (autre cadeau fait aux dynasties de rentiers que sont les Bettencourt, Lagardère, Dassault, Bouygues et compagnie), allongement de la durée des cotisations retraite mais pour les travailleurs seulement, etc. Enfin, bref, il suffit de montrer du doigt le petit, "monsieur tout le monde" qui ne fout rien, qui gruge la sécurité sociale, le fisc pour des clopinettes (aidé en cela par le journal de propagande de Pernaut). Il suffit de stigmatiser à longueur d'interview la "bêtise" des 35 heures. Il suffit de prêter de l'argent aux banques au moment de la crise, alors que justement si les banques françaises s'en sont bien sorties par rapport aux autres, c'est en grande partie grâce aux liquidités venant des petits épargnants, c'est-à-dire des travailleurs. Pourtant, dès les premiers instants de son mandat, Sarkozy avait annoncé la couleur, allant dîner avec ses vrais amis, les "puissants", au Fouquet's, narguant ainsi ouvertement le peuple qui venait de l'élire, même si une grande majorité de ses voix provenait déjà des plus de 65 ans, c'est-à-dire des retraités. Alors, oui, le blogueur Ulrich a raison lorsqu'il parle dans son article de résignation, de fatalisme. Les grèves actuelles sont décevantes, les réactions et manifestations molles et je m'inclus évidemment dans le lot commun. Ce qui fait la force des riches, des dominants, c'est leur unité (dixit le couple de penseurs Pinçon/Pinçon-Charlot dans leur dernier ouvrage "Le Président des riches"). A nous, de faire la même chose et de démontrer qu'il y a aussi une vraie cohésion (fraternité?) des dominés, des travailleurs. Même si étymologiquement, nous sommes sans doute vaincus d'avance... D'ailleurs, en parlant de travail, je m'en vais quelques jours en vacances avec maman à Barcelone...
PS : Désolé d'avoir transformé ce blog le temps d'un instant en réquisitoire (communiste?) politique. Mais il y a des jours comme ça où les pensées ne peuvent rester muettes.

3 commentaires:

  1. Ce réquisitoire me travaille ! Pas sûr d'avoir bien compris où tu voulais vraiment en venir (à la fin du texte) : d'un côté, tu exhortes les salariés à s'unir et donc à manifester ; de l'autre, tu laisses entendre que, de toute façon, ça ne sert à rien et préfères d'ailleurs filer à l'anglaise pour le week-end... Bon séjour malgré tout en Catalogne ! :)

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  2. moi je suis un peu de cet avis là... trop souvent, je me résigne à faire grève, jurant que c'est la dernière fois car je suis sans illusion aucune...
    et j'ai l'impression de me faire autant manipuler par des syndicats plus impuissants que par des politiciens plus déterminés que jamais à protéger le grand capital.

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  3. Héhé, le cri du mal du siècle ^^

    Là où on ne veut ni être le bourgeois qui oppresse, ni le barjo qui a raté 68; là où on est les deux à la fois, mais des pantoufles aux pieds; là où on préfère Kant à Sartre quand il s'agit de se salir les main; là où on achète des bananes BIO chez Oxfam sans réfléchir plus loin. ("quoi? comment ça vient jusqu'ici? Raf...")

    Dur dur la vie... On travail, on est la classe moyenne, on épargne : on nourrit le capitalisme en le critiquant; Bourgeois Bohème ou Libéral libertaire, on se complait dans un monde où notre passivité intellectuelle nous empêche de dépasser le paradigme; on veut réformer un monde qu'on ne connait pas, faire une révolution vers une société dont on ne connait rien, mais en fin velléitaire on profite encore 5 minutes de notre lit douillet. (et encore - et encore - et encore - c'est tellement booon)


    Je vais vous dire un truc qui vous aidera : notre système est doux et anesthésiant. Nos boites à troubadours nous emmènent partout, nous nourrissent et nous gavent mentalement, nos supermarchés s'occupent du corps. On a plus à savoir, plus à réfléchir, le système se charge de répondre à toutes nos interrogations, tous nos besoins.


    Voila où nous en sommes. T'as raison de rire de ces manifestations mollassonnes, moi je m'en esclaffe : il ne s'agit plus de se battre pour changer de société, il s'agit de se battre pour rester un peu plus longtemps dans le lit, pour tous avoir télé et jacuzzi, pour que tout le monde mange des mangues et du riz des fijis.

    C'est beau l'égalité. C'est beau le combat social.

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