29 septembre 2010

Bertrand Belin - Hypernuit

Bon, il fallait que j'en parle quand même de celui-là. C'est plus fort que moi. "Hypernuit", bon sang, quelle chanson ! Je n'arrive pas à m'en défaire. Comme "La nuit je mens" de Bashung il y a quelques années - tiens, tiens, comme c'est étrange, car le lien de parenté musicale entre les deux messieurs est assez évident - ce morceau est une incroyable réussite. Comme on n'en entend pas souvent dans la chanson française. Après ça, le reste du disque du même nom n'est pas facile à aborder. Il faut redescendre un peu. Revenir sur terre. Se dire qu'on rêvait un peu trop. Que Bertrand Belin est quelqu'un d'humain. Que tout n'est pas si parfait dans ce disque. Qu'il y a des moments où on s'ennuie un peu, surtout dans la deuxième partie de l'album. Mais rien que pour ces quatre minutes là, et quelques autres aussi quand même, c'est impossible pour moi de faire l'impasse. Parce que c'est l'une des meilleures choses qui soit arrivée à la chanson hexagonale depuis un moment. Parce que Bashung a trouvé une descendance digne de ce nom. Bon, il ne faut pas exagérer non plus, il n'est pas tout seul, il y en a d'autres.
On pense aussi à Manset ("Ne sois plus mon frère") et à JP Nataf surtout, pour le folk lumineux, les guitares cristallines, les mélodies fluides et les paroles poétiques et mystérieuses. Mais cette subtilité et ce juste dépouillement dans les arrangements, cette belle voix posée et profonde, ce côté dandy un peu désuet et "classieux" n'appartiennent qu'à lui. Après le dernier Syd Matters, les meilleurs disques de la rentrée sont décidément français. Et ça fait du bien.

Clip de "Hypernuit" :

27 septembre 2010

Mes indispensables : Radiohead - Ok Computer (1997)

Comment aborder un tel Everest ? Comment parler d'un disque aussi culte, générationnel comme ont pu l'être avant lui, "Sergent Pepper..." dans les années 60 ou "Dark Side Of The Moon" la décennie suivante. Un disque qui a fait date, dans la carrière du groupe, mais aussi dans l'histoire du rock. Tout simplement. Pas un classement ou presque qui ne le positionne pas en première place des disques marquants des années 90 voire même de tous les temps. Alors, forcément, faire des louanges à "OK Computer" aujourd'hui, c'est aller dans le sens du courant, c'est politiquement correct, c'est avoir des goûts très communs. Mais bon, j'assume. Parce qu'en plus, à l'inverse de quantités de groupes de rock, Radiohead ne m'a jamais déçu depuis. Ils ont tenu la distance, comme on dit, changeant pourtant immédiatement de direction l'album d'après. Parce que c'était impossible d'aller plus loin, plus haut surtout. Parce que même si "The Bends" était particulièrement réussi, rien ne pouvait laisser présager un tel chef d'oeuvre. Surtout de la part d'un groupe qui avait tout de même commencé sa carrière par un premier disque pataud, le très dispensable "Pablo Honey".
"Ok Computer" regorge donc de morceaux mémorables, le somptueux et labyrinthique single "Paranoid Android", sorte de "Stairway To Heaven" moderne, les merveilles de pop que sont "Karma Police", "No Surprises" (bande originale d'un autre phénomène générationnel : "L'auberge espagnole") ou encore "Let Down" et les déchirants "Exit Music (For A Film)" ou "Lucky" ("Kill me Sarah...", du nom d'un des blogs musicaux les plus connus et reconnus d'hexagone). Thom Yorke nous parle de société aliénante, de difficulté à communiquer, à aimer, de vies bien réglées et monotones, d'envie d'ailleurs, d'extraterrestres. Un disque tellement impressionnant, violent, dense, mais en même temps évident, que je ne ressens même plus aujourd'hui le besoin de l'écouter pour m'en persuader. Un monstre dont je sais à l'avance qu'il est et restera sans doute comme celui que je préfère, malgré tout, comme une certitude. Parce que c'est la fin de mon adolescence, le passage à l'âge adulte. Parce qu'il fait partie intégrante de ma vie. Parce qu'il m'a suivi pendant longtemps. Parce que beaucoup de choses ont commencé là. Et parce qu'on ne peut jamais revenir en arrière. 

Clip de "Paranoid Android" :

Clip de "Karma Police" :

Clip de "No Surprises" :


PS : Pour les fans, un concert du groupe à Prague l'année dernière est visible dans son intégralité ici. De plus, un nouvel album est aussi annoncé prochainement. (avant la fin de l'année ?)

24 septembre 2010

Half Past France


Je n'aime pas la voiture. D'aussi loin que je m'en souvienne, je n'ai jamais aimé. Je lui ai toujours préféré le train. Ne me demandez pas pourquoi, c'est comme ça et ça n'a rien à voir avec une quelconque tendance écologiste. Sans doute parce que j'y ai beaucoup plus de souvenirs. Bon, après je ne dis pas que je n'ai pas connu comme tout le monde ou presque, ces départs en vacances, en famille, vers le Sud de la France, au milieu des bouchons. Mais, bon, voilà, d'ailleurs, dit comme ça, ça ne fait pas forcément penser à des choses positives. Alors que le train. Après, c'est vrai, le train, je l'ai pris bien plus tard. Le train, ce n'est pas l'enfance. Le train, c'est Paris surtout. Et pour beaucoup de Provinciaux, Paris, c'est triste, c'est froid, c'est gris. Paris, c'est juste un passage obligé, parce que le boulot y est plus facile à trouver. Et Paris, on n'a bien souvent pas envie d'y rester. Alors que moi, non. Rien que le fait de devoir reprendre une voiture, je n'ai pas envie de retourner en Province. Non, je suis fainéant, je préfère prendre le train. Parce qu'on y voit les gens, les paysages. On a le temps de lire, d'écouter de la musique, de regarder des films, de manger, de dormir, de rêver un peu, de ne rien faire aussi, de vivre en fait. Et forcément, ça laisse plus de possibilités, plus de places pour le souvenir. Le train, c'est par exemple cette chanson de John Cale, sur un trajet Paris-Dunkerque, retrouver l'être aimé.
I suppose I'm glad I'm on this train
And it's long
Somewhere between Dunkirk and Paris
Most People Here Are Still Asleep
But I'm awake
Looking Out From Here - At Half-Past France
Le train, c'est maintenant ma fille qui observe partout autour d'elle, qui fait des sourires aux gens, qui scrute par la fenêtre, qui nous questionne du regard, qui s'endort un peu dans nos bras, qui rit aux éclats. Et tant pis, s'il n'est pas toujours à l'heure, tant pis s'il y a des grèves. Je n'ai jamais aimé la voiture.

22 septembre 2010

Zola Jesus - Stridulum II

Bon, là-dessus, je ne serais sans doute pas aussi enthousiaste que ma collègue Disso de "Derrière la fenêtre", encore que. Zola Jesus - mélanger Gianfranco Zola et Jésus, quelle idée saugrenue ? - ou plutôt Nika Danilova vient de sortir son premier véritable album et c'est une bonne partie de la  blogosphère musicale (ici, , ou encore ) qui semble tomber en pâmoison devant ce drôle d'ovni. A l'image de Fever Ray l'année dernière, "Stridulum II"  (pourquoi "II" d'ailleurs ? Et bien parce que le "I" correspondait à un EP quasi identique au LP mais avec quelques titres en moins) nous fait revivre le spectre de Siouxsie and The Banshees et de la cold wave version grande prêtresse. Ce revival est encore assez nouveau et reste donc original, même si le phénomène risque de prendre rapidement de l'ampleur. En plus, quand on tombe la tête la première dans l'univers gothique, on n'est jamais très loin de se vautrer dans le ridicule. Une fois de plus, l'attirail de circonstance est présent : tenue, maquillage, voix grandiloquente et très appuyée avec les petites batteries synthétiques cheap de rigueur. Bref, on peut aisément passer son chemin, sourire un bon coup et décider que tout cela ressemble à une petite plaisanterie. Reste que pour ma part, j'y suis revenu. Alors, oui, peut-être parce que ce n'est pas simple de trouver un bon disque chaque semaine pour alimenter cette rubrique, mais il n'y a pas que ça, parce que ce truc-là a un côté tout simplement addictif. En effet, il y a ici quelques titres envoûtants : "Night", "I Can't Stand" ou "Sea Talk" et les mélodies se font aussi plus évidentes que chez Fever Ray. Et puis, il y a le parrainage d'un certain Jamie Stewart, alias Xiu Xiu et c'est souvent synonyme de qualité... et de choses un peu barrées aussi ;)
Pour l'originalité et pour la démarche donc, plus que pour tout le barnum grand-guignol qui va avec, car c'est typiquement le genre de chose un peu "casse-gueule", dont la beauté ne tient qu'à un fil.

Clip de "Night" :

Clip de "Sea Talk" :

"Manifest Destiny" :

20 septembre 2010

Mes Indispensables : Portishead - Third (2008)

On continue cette semaine avec les plus grandes voix féminines du rock actuel. Et dans le domaine, impossible de ne pas citer Beth Gibbons et son groupe Portishead. La formation de Bristol n'a sorti que trois véritables disques en plus de 15 ans d'existence, mais ce sont trois chefs d'oeuvre. A commencer par le dernier, "Third", sans doute mon préféré, le plus rock en tout cas. Mais l'album solo de la chanteuse en compagnie de Rustin Man, l'ancien bassiste des regrettés Talk Talk est excellent aussi. Bref, discographie peu étoffée mais impeccable. Et que dire des prestations scéniques de la dame en question ! Une voix à vous arracher des larmes et vous faire parcourir le corps de frissons. Le tout sans crier le moins du monde, tout en retenue. Comme quoi, l'émotion n'est pas une question de performance, mais de ressenti. Pourtant, à la voir arrivée sur la grande scène du Zénith de Paris ou de celle du Grand Rex, elle ne payait pas de mine, engoncée dans un jean-basket passe-partout. Mais  chez Beth Gibbons, nul besoin de fioriture, l'essentiel est ailleurs. Geoff Barrow, l'autre leader de Portishead, le metteur en son principal, partage la même philosophie : pas le genre de la maison de se mettre en avant ! C'est la même exigence qui prime, la même recherche de la perfection.
A chaque nouvelle sortie, le groupe a aussi réussi à se réinventer. Précurseurs avec Massive Attack et Tricky du mouvement trip-hop au moment de leur premier disque, ils ont ensuite basculé vers une musique tout aussi émouvante mais plus orchestrée sur leur deuxième album "Portishead". Enfin, onze ans après, ils sont revenus, en 2008, avec un son plus violent, limite indus', voire krautrock, très inspiré entre autres par les allemands de Can. Elu disque de l'année 2008 haut la main ici même, "Third" fut une véritable claque, reléguant la grande majorité de la production actuelle au statut d'oeuvrettes banales et anecdotiques. Portishead fait incontestablement partie des quelques groupes contemporains qui comptent et qui resteront.

Clip de "Machine Gun" :

Clip de "The Rip" :

17 septembre 2010

Dis papa, c'est quoi la retraite ?

La retraite, c'est un vilain mot. La retraite, c'est quand on a peur, qu'on a les chocottes, quand on est tombé sur plus fort que soi, qu'on s'avoue vaincu. La retraite, c'est un peu la honte!
La retraite, c'est aussi quand on veut un peu de tranquillité et qu'on se repose, au calme. Mais la retraite, c'est alors la solitude et l'isolement. C'est quand on en a marre des autres. Et puis, la retraite, ça me rappelle, éducation catholique oblige, la préparation de ma première communion, de ma profession de foi, de ma confirmation (oui, rien que ça!), ces lieux de rassemblement obligé où on faisait semblant de croire, en parlant de tout et de rien, et là pour le coup, j'aurais bien aimé être seul. La retraite, c'est pas des bons souvenirs!
La retraite, c'est encore la vieillesse, le début de la fin, quand on ne sert plus à rien, comme dit papy - mais il est triste parfois, papy. C'est quand on commence à avoir des problèmes de santé ou qu'on a enfin le temps de s'en préoccuper. La retraite, c'est quand les amis, les proches viennent à mourir, quand on commence à regarder les obsèques dans le journal. La retraite, c'est vraiment pas gai!
La retraite, c'est enfin les manifestations, les grèves, "la galère pas possible dans les transports". C'est le Vélib,  Woerth, Bettencourt, l'argent qu'on n'aura pas, Sarkozy. La retraite, c'est que des gros mots. Et puis, de toute façon, tu es trop jeune. Et papa aussi. La retraite, c'est un vilain mot.

15 septembre 2010

of Montreal - False Priest

Déplacez vos meubles, sortez les déguisements les plus loufoques, Kevin Barnes est de retour et ça va se déhancher grave dans les chaumières. Après le folk cérébral et introspectif de Syd Matters la semaine dernière, place à la pop bariolée, funky (sexy?) et bordélique de Of Montreal. Et on peut dire que les nouveautés de la rentrée 2010 sont pour l'instant plutôt réjouissantes. Leur précédent disque "Skeletal Lamping" était un peu trop touffu et confus - même s'il gagnait malgré tout en saveur au fil des écoutes. Les américains reviennent ici à des structures de chansons plus "classiques". Il y a bien souvent des couplets, un pont, un refrain. Bref, on est à nouveau en terrain connu, comme au bon vieux temps des excellents "Satanic Panic In The Attic" ou plus récemment "Hissing Fauna, Are You The Destroyer ?". Même si les néophytes se sentiront sans doute rapidement perdus dans ce foisonnant dédale sonore. Et ceux qui ne sont pas amateurs de sucreries musicales resteront une fois de plus à la porte. Pourtant, ça commence particulièrement fort avec le tonitruant "I Feel Ya' Strutter" : impossible de rester en place. Et le groupe aligne comme ça, mine de rien, tout au long de "False Priest", les tubes électro-pop, quelques fois à la limite du bon goût, avec ses claviers vintage parfois un peu tocs. Mais la force de l'écriture de Barnes, ce sont cette richesse, cette variété dans l'instrumentation et ces mélodies à tiroirs qui font que jamais il ne sombre dans le vulgaire et le ridicule.
Ce nouvel album vient même rivaliser sur les terres des jeunots de MGMT et de leur excellent "Congratulations" et montre, si besoin était, l'influence grandissante d'un certain David Bowie, sur toute la pop du XXIème siècle. En effet, beaucoup des disques essentiels de l'année s'en inspirent directement. Hâte en tout cas d'assister à leur concert à la Cigale au mois d'octobre prochain, car sur scène, la musique de ces doux allumés prend encore plus d'ampleur et gagne en folie.

"Sex Karma" enregistré pour Pitchfork :

Clip de "Coquet Coquette" :

14 septembre 2010

Is Tropical - When O' When

Ils sont anglais, n'ont encore sortis que quelques singles, et aiment bien cultiver le mystère en arborant de drôles de foulards sur le visage, à la manière de cambrioleurs. On pourrait commencer à être un peu agacés par cette nouvelle mode à la Daft Punk (et Wu Lyf) de vouloir chanter masqués. Tout cela sent peut-être le plan marketing, mais ce "When O' When" est tellement bien qu'on leur pardonne volontiers. Vivement le 8 novembre prochain puisqu'ils feront la première partie du génial James Murphy au Zénith de Paris... (et que maman et moi, on y sera)

13 septembre 2010

Mes indispensables : PJ Harvey - To Bring You My Love (1995)

Dans la série des chanteuses rock indispensables des années 90, après Björk la semaine dernière, je demande la soeur des champs, plus rustique, moins sophistiquée : miss Polly Jean Harvey - pas étonnant que l'autre cul-terreux de Murat soit fan.  Après deux premiers albums bruts de décoffrage et un poil rêches, elle prend tout son monde par surprise avec ce somptueux "To Bring You My Love", un disque où le son s'est apaisé à défaut de s'être adouci. Car la colère rôde encore, la bête s'est assagie, mais il reste tout de même quelques rugissements de-ci, de-là ("Meet Ze Monsta", "Long Snake Moan"). "I was born in a desert..." nous clame-t-elle dès les premières mesures de l'entêtant titre éponyme. Et c'est effectivement de désert qu'il est question ici, car tout y est sec, aride. La basse omniprésente, résonne de manière sourde,  mais la production est plus léchée. On y entend même quelques cordes. Pour la première fois aussi, l'anglaise ose le glamour avec cette pochette où elle pose en robe de soie rouge. Elle entrevoit même la lumière le temps de quelques titres plus ouverts et évidents comme "C'mon Billy" ou "Send His Love To Me".
C'est son album suivant, l'excellent et sous-estimé "Is This Desire?" qui fut pour moi la révélation, en particulier, le single "A Perfect Day Elise" et le très beau "The Garden". Ce disque, pourtant pas réputé comme son plus accessible, m'a ouvert les portes de son univers. Depuis, difficile de sortir un disque plutôt qu'un autre de sa discographie exemplaire, jusqu'au récent "White Chalk" où elle se met au piano. "To Bring You My Love" parce qu'il résume merveilleusement bien son style - le feu et la glace, à l'image du sublime et inquiétant "Down By The Water" - et aussi parce que c'est tout simplement ce qu'on a envie de lui faire : lui apporter notre amour. Des filles avec autant de classe ne sont pas légion dans le monde du rock.

Clip de "C'mon Billy" :
Clip de "Down By The Water" :

Clip de "Send His Love To Me" :


10 septembre 2010

I vélib, I can fly

Je me rappelle de mon premier vélo. Il était rouge. J'en garde aujourd'hui encore un souvenir ému, même s'il avait déjà servi avant moi à mes deux frères plus âgés. Il était chez mes grands-parents maternels. Mes parents habitaient en ville et n'avaient pas jugé nécessaire de garder des vélos à la maison, estimant sans doute que pour apprendre, il valait mieux avoir de l'espace et qu'avec la circulation automobile, c'était dangereux. C'est donc l'été, pendant les grandes vacances et avec mon grand-père que j'ai appris. D'abord, avec les roulettes, puis sans. Comme il y avait trois vélos et que l'on était trois, j'ai longtemps eu ce vélo rouge. A la fin, il était trop petit, la selle devait être montée au maximum. Avant de sortir s'entraîner dehors, on regardait le Tour de France à la télé, avec mon grand-père. Lui s'endormait régulièrement, surtout pendant les étapes de plaine. Je me rappelle de Bernard Hinault, des grimpeurs colombiens Lucho Herrera et Fabio Parra, de Greg Lemond et de Laurent Fignon, du Tour de France 1989 gagné pour 8 secondes seulement. On refaisait ensuite l'étape du jour avec mes frères dans la ruelle, devant chez mes grands-parents. C'était une ruelle à sens unique, il n'y avait pas souvent des voitures. Je ne gagnais jamais. Je me disais : c'est normal, je suis le plus petit, j'ai le plus petit vélo, je dois pédaler le plus vite. Pourtant depuis, c'est encore la même histoire. Mes frères ont toujours été meilleurs que moi, en tout ou presque. Bizarrement, ça ne m'a jamais vraiment pesé.
Mardi dernier, grève des transports oblige, j'ai voulu essayer pour la première fois le Vélib, alors que j'habite Paris depuis plus de dix ans déjà. Malheureusement, ça n'a pas marché. Je ne comprends pas pourquoi. La machine ne voulait pas prendre ma carte. Je n'ai pas pu détacher de vélos. J'ai donc fait un bout de chemin à pied.
La semaine dernière, comme tout le monde, j'ai appris la mort de Laurent Fignon. Je me suis rappelé de mon premier vélo. Il était rouge.

8 septembre 2010

Syd Matters - Brotherocean

Après un légèrement décevant "Ghost Days", sorti au début de l'année 2008, j'attendais avec une certaine appréhension le nouvel album des Syd Matters. Et j'avais tort. Car "Brotherocean" est tout simplement le meilleur disque à ce jour du groupe de Jonathan Morali. Et de loin. Pour la première fois ou presque, ils mettent un peu de légèreté et de fantaisie dans leur pop mélancolique. Les mélodies décollent, virevoltent, restent toujours surprenantes, insaisissables. ça fait des "ouhouh", des "tutututu", ça frappe dans les mains aussi, ce n'est plus le calme plat, ça vit. Et c'est d'autant plus émouvant. Et d'un coup, d'un seul, on se dit qu'on tient déjà là un des meilleurs albums de la rentrée (voire de l'année ?) Alors que la blogosphère "indé" ne parle plus en ce moment que de l'américain Sufjan Stevens dont un EP est disponible en téléchargement depuis quelques semaines ici et dont un nouvel album est prévu pour la mi-octobre, n'ont-ils pas oublié Morali qui est tout bonnement en train d'en devenir l'équivalent français ? Même si, une fois encore, on pense aussi beaucoup à Radiohead, au meilleur Radiohead même.  A Patrick Watson aussi. Mais plus vraiment à Pink Floyd (ouf !). En plus, le même niveau d'exigence est maintenu tout au long du disque, sans baisse de régime.
Syd Matters s'était fait connaître en 2003 en gagnant le concours CQFD des Inrockuptibles - au passage, vous pouvez voter pour l'édition 2010 ici - et on mesure aujourd'hui le chemin parcouru. Car, rarement on a atteint une telle qualité d'écriture dans le monde de la pop française. Ce "Brotherocean" - du nom d'une trilogie de Romain Gary - est indéniablement une merveille. Cocorico !

6 septembre 2010

Mes indispensables : Björk - Homogenic (1997)

Pour moi, Björk est une chanteuse qui restera sans doute toujours liée aux années 90. Parce qu'elle y a publiée ses trois meilleurs disques, la formidable trilogie "Debut"/"Post"/"Homogenic". Parce que depuis, je trouve qu'elle s'est fourvoyée dans une musique électronique chiante, prise de tête et prétentieuse. Oui, l'islandaise a chopé le melon, après un tel succès planétaire, une telle reconnaissance du public et de la critique qui la plaçait alors tout en haut des artistes novatrices, celles qui font bouger les choses, qui dérangent et qu'en même temps, tout le monde peut comprendre. Le film "Dancer in the Dark" du danois Lars Von Trier a d'ailleurs fini, en 2000, de la consacrer. Elle y joue le rôle principal, aux côtés de Catherine Deneuve, excusez du peu, elle en compose aussi la bande originale, avec notamment un superbe duo avec Tom Yorke. Le film obtient la palme d'or et elle, le prix d'interprétation féminine à Cannes. C'en est sans doute trop pour elle (et pour nous ?) : Björk par-ci, Björk par-là. Elle pète les plombs, fait la une de la presse people. On la voit notamment s'attaquer à un photographe (paparazzi?) dans un aéroport. Ses concerts deviennent totalement mégalos et surtout hors de prix pour la plupart des fans.
Aujourd'hui, cette célébrité paraissait pourtant difficile à prévoir, surtout à la réécoute de son précédent groupe The Sugarcubes et de leur titre le plus connu "Birthday". Trop arty, branché, élitiste, pas très accessible. Elle a refait une apparition dernièrement avec les Dirty Projectors, adeptes eux aussi du mélange des genres et dont la démarche musicale n'est pas très éloignée de celle de l'islandaise. Ils ont sorti un EP en commun dont les recettes doivent revenir à une association oeuvrant dans le domaine de la préservation de notre environnement. Mais revenons à nos moutons et à ce qui nous intéresse ici, "Homogenic", l'album de la maturité, celui où elle parvient brillamment à réconcilier les cordes avec la musique électronique. La fusion réussie entre l'ancien et le moderne, portée par au moins deux morceaux d'anthologie : "Joga" et "Bachelorette". A ce sujet, je me souviens encore aujourd'hui, de son passage dans l'émission "Nulle part ailleurs", et de son interprétation live des deux chansons en question (c'est visible ici et l'interview qui va avec est  ). Un de ses rares moments où la télévision arrive à nous faire croire que nous, téléspectateurs, sommes aussi là et pas à la maison, assis confortablement sur notre canapé, mais assistons réellement à l'événement. Avant ça, je restais assez hermétique à sa musique, au personnage si particulier. Après ça, tout s'est ouvert, comme par magie. Dix minutes seulement. Pour toujours.

Clip de "Hunter" :

Clip de "Joga" :

Clip de "Bachelorette" :

Clip de "All Is Full Of Love" :

3 septembre 2010

Arcade Fire, Roxy Music, Wave Machines, Beirut - Rock en Seine - 29 août 2010

Deux semaines après nos pérégrinations sur le sol breton, nous nous sommes de nouveau, maman et moi, mêlés à la foule des festivaliers, mais cette fois-ci, plus près de chez nous. Oui, nous étions à Rock en Seine, le grand rassemblement des rockeurs de la capitale. Pas loin de 40000 spectateurs étaient attendus en ce dimanche, dernier jour de la manifestation, notamment pour la venue des omniprésents canadiens d'Arcade Fire. 1h de trajet en transport en commun, suivi de quelques minutes d'attente à l'entrée du site - le beau parc de Saint-Cloud - et il est alors 17h. Ben, oui, les concerts de The Black Angels et de Eels sont déjà finis. Tant pis, de toute façon, on a bien raté celui de LCD Soundsystem la veille. Le temps d'une bonne glace et d'une petite expo rock sympathique, nous nous dirigeons vers la grande scène pour le premier concert de la soirée : Beirut. Bon, je l'avoue tout de suite, nous n'avons jamais été de grands admirateurs du groupe. Et le concert n'a fait que confirmer la chose. Zach Condon a une belle voix, sa formation aux allures de bande de boyscouts ou de gendres idéaux a l'air éminemment sympathique, mais cette musique de fanfare façon Balkans n'arrive pas à m'emballer. Les morceaux se suivent et se ressemblent, l'ambiance est un peu timide et je sens petit à petit l'ennui poindre. Les quarante-cinq minutes du set sont bien longues. On commence déjà à jouer nos rabats-joie en se demandant ce qu'on est bien venu faire ici. Surtout qu'une heure durant, il nous faut encore attendre et supporter le reggae proposé par Fat Freddy's Drop.

19h55 et la soirée prend d'un coup des allures plus plaisantes avec les liverpudliens de Wave Machines. Leur pop électronique à la basse groovante et aux mélodies enjouées est encore plus enthousiasmante en live qu'en studio. Le groupe a l'air tout simplement heureux d'être là, comme nous finalement. Les anglais jouent presque dans son intégralité leur excellent premier disque "Wave If You're Really There" qui avait eu les éloges de papa l'année dernière. Tout ça finit même dans l'allégresse générale avec leur presque tube "Punk Spirit".
A peine le temps de reposer nos oreilles que les papys de Roxy Music débarquent sur la scène d'à-côté. Et dès le premier titre, c'est le feu d'artifice : "Re-Make/Re-Model" ! Ouaaaaaah, les ancêtres envoient encore le bois. La suite n'est pourtant pas toujours du même accabit, à l'image de leur discographie. Quelques chansons flirtent particulièrement avec le mauvais goût, surtout quand Manzanera part dans des longs solos de guitare casse-bonbons ou que le saxo de McKay se met à dégouliner de romantisme de supermarché. Heureusement,  ils s'attardent essentiellement sur beaucoup de vieux titres issus de leurs deux premiers albums : "Ladytron", le génial "Virginia Plain", "Do The Strand", "Editions Of You", "In Every Dream Home A Heartache". A quelques exceptions près, le concert est quand même excellent et reste une très agréable surprise de la part d'un groupe disparu depuis bientôt 30 ans. Il y a même un court rappel et Ferry finit avec une reprise de "Jealous Guy" de Lennon. On aurait rêvé une meilleure sortie et déçus par un tel déploiement de guimauve bon marché, on en profite pour rattraper la grande scène, à l'autre bout du site, pour l'événement de la soirée.

Difficile alors de ne pas penser au premier concert d'Arcade Fire, dans la petite salle du Nouveau Casino en 2005, auquel nous avions eu la chance d'assister. 5 ans après, c'est à plus de 100 mètres de la scène et sur un écran géant que nous verrons Win Butler, Régine Chassagne et leurs acolytes. Plusieurs dizaines de milliers de personnes reprennent en choeur les hymnes du groupe et c'est alors que je me rends mieux compte de l'aspect particulièrement fédérateur de ce rock expressément calibré pour les stades et les grosses affluences. J'ai, du coup, l'étrange sentiment que ce groupe ne m'appartient plus, sentiment égoïste que doivent sûrement ressentir beaucoup de fans de la première heure. C'est plus fort que moi, je n'arrive pas à partager mes goûts avec autant de monde. Pourtant, le concert des canadiens n'est pas décevant, loin de là même, il est juste simplement comme je l'avais attendu, ni plus, ni moins. C'est à ce moment-là que la météo rentre en piste et que la pluie décide de battre son plein pendant plusieurs dizaines de minutes. Le groupe termine le morceau en cours, le formidable "Ocean Of Noise" avec les trompettes de Beirut en invitées, s'excuse et décide d'attendre cinq minutes avant de poursuivre. Toute la scène est entièrement bâchée. Ils reviennent comme prévu, mais juste le temps d'un dernier morceau, le désormais classique "Wake Up", joué acoustique, sous une pluie battante et repris à l'unisson par le public. A peine plus d'1h de concert, c'est peu et si ce n'est peut-être pas la faute du groupe, on se demande ce qu'il en aurait été s'il avait plu toute la journée !

En plus, histoire de gâcher la fin de la soirée, notre retour à la maison est assez épique. L'organisation mise en place par la région Ile-de-France est en effet assez déplorable, surtout quand on sait que c'est pourtant elle qui finance en grande partie l'événement. En fermant rapidement l'unique station de métro à moins d'un kilomètre à la ronde, c'est par milliers que les "rockeurs en Seine" défilent dans les rues de Boulogne-Billancourt, à la recherche d'un quelconque moyen de transport. Il est à peine deux heures quand nous arrivons finalement chez nous, mais bizarrement nous sommes bien plus fatigués qu'au retour du Fort Saint-Père, pas sûrs de vouloir renouveler l'expérience les prochaines années.
Quelques belles photos de la soirée sont visibles ici.

1 septembre 2010

Brisa Roché - All Right Now

C'est déjà la rentrée et sa cohorte de nouvelles sorties en tous genres. On en attend des vertes et des pas mûres dans les semaines à venir : Interpol, of Montreal, Blonde Redhead, The Walkmen, Deerhunter, Antony And The Johnsons, Sufjan Stevens, etc. Sans parler des français Syd Matters, Bertrand Belin, Philippe Katerine, Florent Marchet ou des petits nouveaux de Violens ou de Warpaint. Enfin bref, sans doute de bien belles écoutes en perspective et dernière ligne droite avant un bilan de fin d'année qui ne devrait pas être si mauvais que certains veulent bien vous faire croire. Non, le rock n'est pas mort ! En tout cas, c'est aussi ce que la charmante franco-américaine Brisa Roché veut nous prouver avec son troisième  album, "All Right Now". En effet, après un premier disque plutôt jazz ("The Chase"), un second aux sonorités folk ("Takes"), celui-ci est indéniablement à tendance pop-rock. La demoiselle est décidément imprévisible, se transformant cette fois-ci en une Barbarella version gothique (voir la pochette), mélangeant pour la musique, le côté pop et mélodique d'une Kate Bush à celui plus sexy, glam et rock d'une Deborah Harry.
Et c'est le genre de trucs qu'on a l'impression d'avoir déjà entendu plein de fois, mais qu'on n'arrive pourtant pas à étiqueter si facilement. Un peu à l'image d'un Bowie - toute proportion gardée bien sûr -, Brisa Roché est une sorte de caméléon, capable d'emmagasiner tous un tas d'influences très diverses et de les ressortir de manière personnelle sans que cela tourne à l'exercice de style vain et ennuyeux (à l'inverse de Bat For Lashes avec laquelle elle semble pourtant partager un goût prononcé pour les vieilles sapes vintages). C'est donc accrocheur, simple et direct, sans être pour autant facile et racoleur, même si ça s'essouffle un peu en fin de parcours. Un bon disque de rentrée, qui sans rien inventer, permet d'aborder le dernier trimestre qui s'amorce de la meilleure des façons possible. Tranquillement.

Clip de "Sweat King" :

Clip de "Hard As Love" :

A lire : une jolie interview résumant bien l'univers de Brisa Roché.