29 novembre 2010

Mes indispensables : The Beatles - The Beatles (1968)

Si The Cure est un groupe générationnel, les Beatles, eux, concernent assurément tout le monde, petits et grands, jeunes ou vieux. Et oui, je me décide à parler enfin de ceux qui sont considérés de manière quasi-unanime comme le plus grand groupe pop de l'histoire. Les Fab Four sont les Mozart du genre et en dire du mal revient aujourd'hui à commettre un crime de lèse-majesté. Pourtant, il faut bien reconnaître avec le recul que leurs débuts n'ont pas été bien folichons. N'en déplaisent aux afficionados ultimes, les mièvres "I Wanna Hold Your Hand" ou "Love Me Do" n'ont pas très bien vieilli. Et quoiqu'on en dise, Lennon et McCartney n'ont jamais été de grands musiciens. Mais il est tout de même difficile de nier le fait que le duo de mélodistes hors pair est responsable de quelques uns des plus beaux joyaux pop. Et ce gargantuesque "White Album", plus que tout autre de leur disque, est un exceptionnel condensé de leur savoir-faire. Chacune des chansons ou presque a influencé des générations de musiciens, certains ayant même bâti des carrières entières à partir d'une seule. Il faut dire que beaucoup de styles y sont abordés. La première galette de ce double-album est la plus classique dans la forme, bien dans l'esprit de ce qu'ils avaient pu faire avant. Mais McCartney y est à son apogée : "Martha My Dear", "Blackbird" ou "I Will" sont autant de merveilles de délicatesse. Lennon, goguenard, n'est pas en reste avec par exemple l'incroyable "Happiness is a warm gun".
Le deuxième disque plus rock et limite expérimental ("Revolution 9") est un peu déroutant pour les fans de la première heure mais ravit ceux qui trouvaient jusque là, la musique des Beatles bien peignée et trop propre sur elle. "Helter Skelter" ou "Everybody's got something to hide except me and my monkey" sont des chansons qui influenceront plus tard bien des groupes punk. Bref, plus de quarante ans après, ce double album conserve une incroyable pertinence et demeure un de ces rares disques capables de plaire au plus grand nombre, peu importe le genre de musique que l'on a l'habitude d'écouter. Rien que pour ça, je m'incline : oui, les Beatles ont sans doute une réputation méritée. Même si, désormais, quand on parle d'eux, ce n'est presqu'uniquement en terme de business et de droits d'auteurs. Comme avec la récente possibilité d'acquisition de leur discographie complète à partir de la plate-forme de téléchargement d'Apple, iTunes. Je vous laisse donc le soin d'aller écouter ce fameux "White album" là-bas ou de le remettre illico sur votre platine CD ou vinyle (Comment ? Vous ne l'avez pas encore ?), parce que malheureusement, il n'est pas disponible en écoute gratuite sur le net. A l'heure d'internet, si ce n'est pas savoir contrôler son image... Ou alors, il ne vous reste plus qu'à attendre une cinquantaine d'années, que leurs oeuvres soient passées définitivement dans le domaine public. Comme Mozart...

Live de "Revolution 1" : 

"Helter Skelter" en studio :

"Happiness is a warm gun" :

25 novembre 2010

The Delano Orchestra, Josh Ritter, Musée Mécanique & Herzfeld Orchestra

Chose promise, chose dûe, avec un peu de retard. Cette semaine, ce n'est pas un, mais plusieurs disques de la semaine. Et choisis par vos soins. Enfin, par le soin des quelques lecteurs (merci à eux) de ce blog qui ont bien voulu me faire part de leurs disques préférés de l'année 2010.

On commence par le choix de Louis : The Delano Orchestra, le collectif clermontois avec leur deuxième album "Now That You Are Free My Beloved Love". Tiens, donc des artistes signés sur Kutu Folk Records, comme c'est curieux de sa part :) C'est comme leur premier disque, toujours très inspiré par les guitares de Sonic Youth ou plus récemment par celles de Deerhunter. Le problème, c'est que même s'ils varient régulièrement la tension de leurs morceaux, il leur manque des mélodies vraiment marquantes pour qu'on puisse y revenir sans hésiter.
A écouter en intégralité sur Deezer.
Ensuite, Josh Ritter, avec "So Runs The World Away", choix d'Erwan. C'est un énième chanteur de folk américain, qui fait du ... folk donc, tout ce qu'il y a de plus classique, dans la droite lignée des glorieux ancêtres de Dylan à Springsteen en passant par Van Morrison. Il le fait plutôt bien, même si passés trois morceaux - sans doute les meilleurs du disque -, j'avoue que cela a franchement tendance à m'ennuyer. Bon, je ne suis pas un adepte du genre donc sûrement pas très objectif. Et puis les quelques relents de country finissent d'aggraver définitivement son cas. Désolé, mais l'americana, très peu pour moi...
On continue avec "Hold This Ghost" de Musée Mécanique, proposé par Blake et JP. Là, encore, c'est du folk made in USA, à croire décidément que je n'attire que les folkeux ;). C'est, je trouve, plus léger, plus proche d'un Elliott Smith par exemple, mais alors exclusivement en mode mineur : beau, mélancolique, mais pas un arrangement plus haut que l'autre, une voix constamment en retrait qui n'en fait pas assez et un ensemble qui s'avère à la longue particulièrement monocorde. Dommage, je décroche. L'humilité, c'est bien, mais un peu de prise de risque et un poil de charisme, ça ne fait pas de mal aussi.
On finit avec (le meilleur ?) un disque que je ne connaissais pas. C'est la proposition de Benoît, ils s'appellent Herzfeld Orchestra, et contrairement aux deux autres albums mentionnés ci-dessus, ce n'est plus vraiment folk (ouf!) ou plus seulement. C'est même assez varié, ce qui fait qu'on s'y ennuie forcément moins. Ils sont français et leur album est assez inclassable. On pense à Belle & Sebastian ("The Axe"), Troy Von Balthazar ("At The Schmolzy"), Deerhunter ("Queen"), etc. C'est souvent bien fait, mais sans doute pas autant que leurs nombreuses influences. Manque la petite étincelle, la touche personnelle...
A écouter en intégralité sur Deezer ici-même.

22 novembre 2010

Mes indispensables : The Cure - Seventeen Seconds (1980)

Les gens de ma génération ont tous ou presque une histoire à raconter sur les Cure. Parce que c'est l'un des rares groupes de cette époque à avoir connu à la fois le succès commercial et critique. Même si certains diront que leur meilleure période s'arrêtent dès 1985 - et j'aurais d'ailleurs tendance à partager cet avis, tant pis pour "Disintegration" dont une nouvelle réédition vient de sortir, trop pompeux (pompier?) - c'est-à-dire à partir du moment où ils connaîtront une vraie reconnaissance internationale avec les toujours excellents classiques que sont "In Between Days" et "Close To Me". Car, avant cela, le groupe de Robert Smith aura surtout des fans "underground" d'abord punk puis progressivement gothique, au fur et à mesure que leur musique deviendra sombre et même carrément désespérée ("It doesn't matter if we all die" dira Smith au tout début du mythique disque "Pornography"). Cette mutation en machine commerciale s'opérera d'ailleurs en même temps que le changement de look du chanteur avec longs cheveux hirsutes, maquillages grossiers et énormes baskets pas lassées aux pieds.
Si, ce que j'aime avant tout chez ce groupe, ce sont les singles, souvent mémorables, surtout jusqu'en 1985 donc où la liste est très longue, il y a pourtant un disque qui m'a marqué : "Seventeen Seconds". Pour cette musique au ralenti. Pour ce son unique - même si de plus en plus recopié, dernièrement par The XX - : les guitares cristallines, la basse sourde, la batterie synthétique typiquement new-wave et la voix de Smith qui chante des paroles romantiques et mélancoliques qui toucheront toute une génération. C'est peut-être là le tournant de la carrière du groupe. Là, où ils ont défini leur style et trouver leur but, donnant au passage un sens à leur nom : guérir les maux. Ce qui est le but de toute musique importante.

Clip de "Play For Today" :

Clip de "A Forest" :

19 novembre 2010

Florent Marchet - Black session - 15 novembre 2010

Florent Marchet est un artiste qui se cherche, en témoigne son nouveau look de beauf réac' (très tendance paraît-il) avec petite moustache, pull jacquard, cravate, pantalon de toile trop court et grosses chaussettes rouges. La musique de son dernier album "Courchevel" est à cette image : elle a des envies d'excentricité, d'ouverture sur la forme, tout en restant un poil austère (rien à voir avec l'auteur de "Moon Palace") sur le fond. Auparavant, c'est tout son univers qui était froid, rude, comme cette campagne française désaffectée dont il s'était fait le chantre ("Gargilesse", "Rio Baril"). Aujourd'hui, le son s'est donc quelque peu arrondi, laissant envisager un  possible succès commercial. De villages isolés, il est aussi passé aux stations de sports d'hiver ("Courchevel") ou stations balnéaires ("Narbonne Plage") voire même aux aéroports ("Roissy"). De la solitude à la foule. (de l'ombre à la lumière ?) Alors, oui, les fans de la première heure pourront rester sur leur faim, même si le changement n'est pas encore radical. Il s'effectue dans la douceur, car les textes sont toujours aussi sombres, seul l'enrobage est plus sucré. Mais Marchet se trouve donc maintenant dans une position inconfortable d'entre-deux : plus assez marginal pour plaire aux fans de musique exigeante, pas encore assez évident pour plaire au plus grand nombre. En concert, chez Lenoir, lundi dernier, il laissait d'ailleurs cette impression-là, navigant entre un brutal "Notre Jeunesse", très Dominique A dans le style, jusque dans le jeu de scène particulièrement physique et heurté et un "Courchevel" plus amical avec ses choeurs façon "yéyé". Mais l'hôte d'un soir a su malgré tout satisfaire ses invités qui en ont redemandé, allant - chose assez rare pour le public plutôt calme et apathique des black sessions - jusqu'à la standing-ovation.
Clip de "Rio Baril" :

Car le chanteur ne manque assurément pas de charisme et d'humour - noir, bien souvent - et aime rien tant qu'à plaisanter avec l'assistance. Si, un jour, la chanson ne marchait plus pour lui, on imagine très bien une reconversion dans le milieu du cinéma ou du théâtre. Un artiste talentueux et sympathique dont on est curieux de savoir quelle trajectoire sa carrière va désormais suivre. Et s'il n'a pas encore envie de se désavouer en chantant des bleuettes mielleuses (comme il le dit dans "La famille Kinder"), espérons qu'il ne finira pas tout de suite dans "La charrette"...

17 novembre 2010

Les Marquises - Lost, Lost, Lost

C'est une musique de fin du monde. Une musique sans paysage, ou plutôt une musique de paysage dévasté, ravagé. Une musique de résignation, d'après la tempête. Elle serait la bande son idéale pour une adaptation de "La Route" de Cormac McCarthy. Quand il ne reste plus rien à quoi se raccrocher. Quand il ne reste plus personne. Quand il ne reste plus aucun espoir. (Le capitaine Flam ?) On a alors besoin de trouver un refuge, envie de partir sur une île déserte. Fuir le monde. S'en aller loin de tout. Les Marquises ? Oui, pourquoi pas. C'est une idée qui en vaut d'autres. C'est l'île chère au grand Jacques. Un îlot de beauté, mais qu'il faut savoir aborder, car cette terre ne se laisse pas facilement domestiquer. Oui, nous sommes des naufragés, "lost, lost, lost" pour le continent et les mélodies faciles d'accès. Ce disque court - seulement six morceaux - fait cet effet-là. Il se mérite. Ce voyage nous est proposé par Jean-Sébastien Nouveau, Jordan Geiger et Jonathan Grandcollot. Tous trois ont déjà fait leur preuve ailleurs, chez Shearwater ou Hospital Ships par exemple. Ils ont voulu mélanger leurs univers respectifs en proposant ce "Lost, Lost, Lost" - paru sur Lost Recordings : dis donc, si avec ça, on n'est pas perdu! - qui ne s'apparente à rien de franchement connu. Ce disque n'est pas fait pour ceux qui aiment le confort, la facilité et le lot commun. Pour y rentrer, il faut savoir se délester du superflu et sortir des sentiers balisés : pas de couplet, ni de refrain, peu de paroles, une palette de couleurs plutôt sobres et sombres. Une musique qui peut rebuter au premier abord, mais qui n'en est que plus intéressante. Reste maintenant à savoir si on voudra refaire souvent le voyage...

Clip de "Only Ghosts" :

Clip de "The Carnival Of Lights" :


Déjà le 46ème disque de la semaine sélectionné par mes soins pour 2010 et une envie soudaine de faire une pause et de vous demander à vous, chers lecteurs, les disques que vous avez le plus appréciés cette année. Suis-je passé à côté de quelques merveilles ? L'heure du bilan va bientôt arriver et pourquoi pas pour les prochaines semaines vous parler de vos disques à vous, vos découvertes personnelles qui n'ont pas déjà été chroniquées ici même. Un peu à l'image des marathons d'écoute de chez "Tombouctou sans mariachis" (j'espère qu'il n'y a pas de copyright ;), je vous serai gré de ne me donner qu'un seul titre d'album par personne, je ne suis pas une machine tout de même! J'essaierai alors mercredi prochain, d'écrire une petite bafouille sur chacun des disques proposés dans les commentaires. Merci d'avance.

15 novembre 2010

Mes indispensables : The Jam - Setting Sons (1979)

Oui, je sais, j'en ai déjà parlé ici de celui-là, mais quand on aime, comme on dit, on ne compte pas. Et puis, c'était le week-end du 11 novembre, c'est-à-dire week-end prolongé de 4 jours (et oui, je sais, j'ai de la chance...) et forcément pas beaucoup de temps pour écrire... Après les Kinks, la semaine dernière, au tour d'un autre groupe typiquement british, The Jam. Le succès des deux formations s'est malheureusement surtout limité au Royaume-Uni. Trop lettrée et moins instinctive que celle de leurs alter egos de l'époque, que cela soit celle des Beatles ou des Sex Pistols, leur musique n'a pas pu rencontrer un public plus large. C'est dommage et c'est en plus bien souvent les suiveurs qui ont su récolter les fruits de leur labeur. Car, que seraient Madness ou encore plus récemment Blur sans les Kinks ? Que seraient les Smiths ou Oasis sans The Jam ? En parlant d'Oasis, c'est d'ailleurs les frères Gallagher qui ont participé à relancer un tant soit peu la carrière de Paul Weller, en affichant publiquement leur admiration pour le bonhomme.
Depuis 1995, l'ex-leader de The Jam est donc de nouveau (un peu) sur le devant de la scène (son dernier disque "Wake Up The Nation" est même sorti cette année), même s'il ne s'était jamais arrêté, notamment avec The Style Council. Mais pendant une quinzaine d'années, c'est peu dire que ses albums n'intéressaient plus personne ou presque. Il faut dire que, comme la plupart des artistes, il aura connu une période de gloire, d'apogée artistique, assez éphémère. Celle-ci correspondant dans son cas aux années 78 à 80 (en gros, de "Down In The Tube Station At Midnight" à "That's Entertainment"), pendant lesquelles The Jam alignaient à débit très soutenu les brûlots pop/punk aux paroles contestataires et aux rythmiques savamment millimétrées (Bruce Foxton, quel bassiste !). Avant, The Jam se cherchaient encore dans une espèce resucée punk des Rolling Stones, après ils tourneront plus "soul" et seront entre autres à l'origine de groupes comme les Pale Fountains. "Setting Sons", concept-album autour de l'histoire de trois frères et sorti en 1979, restera comme le sommet de leur carrière.

12 novembre 2010

LCD Soundsystem, The Bewitched Hands, Jamaica, Is Tropical - Le Zénith - 8 novembre 2010

A l'avenir, il faudrait que je pense à ne plus aller voir de concerts au Zénith de Paris. Car c'est régulièrement un supplice pour les oreilles. Surtout si, comme maman et moi, vous avez oublié de prendre des bouchons. Le son est trop fort, les basses vibrent, ça résonne, c'est parfois proche de l'insupportable. Mais nous étions déjà passés à plusieurs reprises à côté de LCD Soundsystem cette année, d'abord au Bataclan, puis à Rock en Seine. Impossible pour moi de rater le groupe une fois de plus. Mais avant cela, il y avait trois autres formations de programmer pour la soirée, vu que c'était dans le cadre d'un festival, celui des Inrocks (de moins en moins défricheurs, de plus en plus raccoleurs, à l'image des jeunes excités vendant leurs boissons et leurs sandwichs au milieu de la salle). Les hostilités ont donc commencé assez tôt. Dès 19h, arrivaient sur la grande scène, les jeunes anglais de Is Tropical, cachés derrière leurs traditionnels foulards de cambrioleurs. Je vous avais déjà parlé d'eux ici, et j'attendais donc avec une certaine impatience leur prestation. Et ma foi, j'ai été déçu : flagrant manque de charisme et de présence scénique, musique assez prétentieuse, son brouillon mais forcément pas aidé en cela par l'accoustique désastreuse du site. Il semble toutefois y avoir un potentiel qui demanderait à être d'abord confirmé sur disque - ils n'ont pas encore sorti d'albums. Parce que pour être bon sur scène, il faut au minimum avoir de bonnes chansons. C'est ce qu'ont à priori oublié de faire les pénibles français de Jamaica, même si leur son était nettement meilleur. Ils nous ont balancé quarante interminables minutes durant une espèce de pop-rock pour bandes FM sans grande originalité. La voix du chanteur est faiblarde et son accent anglais tendance "one again" est digne d'un collégien débutant. Par contre, il se débrouille mieux à la guitare mais a une fâcheuse tendance à vouloir démontrer à tout prix sa technicité en pratiquant quelques solos particulièrement casse-bonbons. Et puis que dire du volume sonore honteusement amplifié ? Bref, depuis quand invite-t-on sur la scène du Zénith de Paris de modestes groupes de rock dignes d'un bal de village du 14 juillet, aussi sympathiques soient-ils ? Si au moins, ils avaient fait une reprise de "Smoke On The Water" ou de "La bombe humaine", on aurait pu rigoler cinq minutes... Mais même pas, allez, zou, ouste, on oublie, on n'a rien vu. On passe donc rapidement aux charmants Bewitched Hands et à leur pop-folk mélodique. C'est indéniablement plus sympathique, plus frais, plus supportable, même si ça ne sort pas vraiment du lot, surtout en comparaison des groupes anglo-saxons du même genre. Et puis, une fois de plus, le Zénith semblait une, voire plusieurs tailles de trop pour eux. Un groupe qui sera peut-être à revoir dans un contexte plus intimiste, une fois aussi que leur musique aura gagné en maturité et en personnalité.

Et alors qu'on était déjà en train de se demander ce qu'on était venu faire dans cette galère, James Murphy et sa bande entrent en scène et assènent d'emblée le génial "Dance Yrself Clean" et d'un coup, d'un seul, tout s'éclaire. On est monté de plusieurs divisions. La soirée commence enfin. LCD Soundsystem est bien la machine à danser qu'on nous promettait. Malgré le Zénith. Malgré le son trop fort. Malgré le public jusque là passif ou plutôt abruti par les décibels. Nos oreilles sont meurtries, mais tant pis, nos yeux brillent et les tubes s'enchaînent : "Drunk Girls", "Daft Punk Is Playing In My House", "All My Friends", "Tribulations", "Yeah!", tous aussi bons les uns que les autres. Il n'y aura pas de temps mort. Il faut dire que festival oblige, le temps est limité. Pas de rappel donc et à peine une heure et quart de concert. C'est forcément trop peu dans un tel contexte. Ce groupe est  l'un des meilleurs sur scène actuellement, nous avons pu en témoigner. James Murphy est bien un type incroyable.
Quelques photos de la soirée sont visibles ici, des compte-rendus  et .

10 novembre 2010

Troy Von Balthazar - How To Live On Nothing

Comment vivre avec rien ? C'est ce que se demande sur son nouvel album le chanteur Hawaïen Troy Von Balthazar. Cinq ans sans avoir de nouvelles depuis son premier disque solo. Cinq ans de galères pour l'intéressé à essayer de vivre, en espérant trouver entre autres une nouvelle maison de disques. Il aurait même été hébergé quelques temps chez l'immense Leonard Cohen. Et le titre de ce nouvel opus résonne alors de manière autobiographique. Après le succès somme tout assez restreint et confidentiel de son (ex?) ancienne formation Chokebore pourtant adulée par Kurt Kobain et qui avait alors joué plusieurs fois en première partie de Nirvana, le chanteur continue tant bien que mal sa carrière en solo. Mais c'est que Troy Von Balthazar n'est pas homme à compromis et souhaite garder une totale indépendance artistique.
Crédit photo : Marie Claudel
Et ce nouvel album démontre une fois de plus la large palette d'écriture du monsieur : on pense tantôt à Lou Barlow ("Hapiness And Joy"), tantôt à Mark Linkous ("Communicate" et la plupart des autres morceaux en fait). Et si la hargne est nettement plus rentrée qu'au sein de Chokebore, dont on évoque, après une tournée cette année, un nouvel album pour 2011 (enfin, la reconnaissance à plus grande échelle ?),  il reste toujours cette tension constante dans ses chansons, jamais complètement sereines, détendues. Comme si, sa musique était finalement à l'image de sa vie, un éternel combat. Quand je vous parlais d'intégrité...

Clip de "CATT" :

8 novembre 2010

Mes indispensables : The Kinks - Something Else By The Kinks (1967)

C'est déjà la deuxième fois que je vous parle de ce groupe. La première, c'était pour "Village Green Preservation Society", le chef d'oeuvre incontesté de Ray Davies. Mais je ne pouvais pas omettre l'autre grand disque des Kinks, celui sorti juste avant, "Something Else" qui contient sans doute la plus belle chanson du groupe : "Waterloo Sunset". Un titre éternel, un des meilleurs de la pop tout court. Mais s'il était isolé, ça ne serait pas suffisant pour faire partie de cette sélection d'indispensables. Non, il y a sur ce disque, pléthore de morceaux inoubliables, à commencer par l'auguste triplette qui figure dès le début : "David Watts" petite bombinette pop dont les Jam feront une reprise juste un poil plus nerveuse, "Death Of A Clown", à l'inspiration Dylanienne et l'oeuvre du frère de Ray, Dave, preuve si besoin était que la fratrie entière est éminemment talentueuse, et enfin "Two Sisters" et sa magnifique partie de clavecin. Mais on pourrait aussi citer "Harry Rag", "Tin Soldier Man", "Afternoon Tea", etc. Ray Davies y parfait son écriture so british, racontant le temps de deux à trois minutes, des petites histoires, toutes pleines d'un humour et d'un cynisme bien britanniques. C'est cette distanciation dans les textes qu'on entendra plus tard chez d'autres grands songwriters venus d'outre-Manche de Morrissey à Jarvis Cocker en passant par Neil Hannon.
Bizarrement, c'est Metallica, Bon Jovi, Bruce Springstreen, Billy Corgan ou encore Frank Black que l'on retrouve au hasard sur la compilation sortie le 2 novembre dernier en hommage au génie des Kinks. Ils accompagnent tous Ray Davies sur des reprises de son propre répertoire. Mais pourquoi tous ces fiers à bras, américains de surcroît, adeptes d'un rock lourd et plutôt viril alors que la musique des Kinks, c'était justement tout le contraire ? Est-ce un contrepied volontaire ou simplement une erreur de casting ? Et je me rends compte que je viens d'écrire quelques lignes sur les Kinks sans avoir parlé de leurs célèbres rivaux de l'époque, ceux auxquels tous les groupes de pop étaient (et sont toujours) comparés. Si le groupe des frères Davis n'a pas eu la sagesse de terminer l'aventure à temps, il a quand même fait montre le temps de quelques disques d'exception (comme les deux figurant dans ces indispensables) d'une grande finesse d'écriture et d'arrangements. Moins universelle peut-être, leur musique restera malgré tout comme la crème de la pop anglaise.

"Waterloo Sunset" :

"Death Of A Clown" :

6 novembre 2010

Arnaud Fleurent-Didier - Mémé 68, Reproductions & Je vais au cinéma

La fin de l'année 2010 approche déjà à grands pas avec ses cortèges de bilans en tous genres. L'heure donc pour "La musique à papa" de se remémorer ce qui a plu ici, musicalement parlant. Et forcément, cette année, il y aura celui-là : Arnaud Fleurent-Didier, alias AFD pour les intimes, nouvelle tête à claques préférée d'une certaine critique en remplacement de Biolay qui désormais semble faire une unanimité quasi générale. Personnellement, douze mois ou presque ont passés et je ne me suis toujours pas lassé de ce disque qui mélange intelligemment la musique pop française des années 70 (Polnareff, Sheller, Christophe, etc) avec des textes personnels bien dans l'air du temps (mal être de la génération post soixante-huitarde). En plus, ces clips, où les paroles sont toujours bizarrement traduites en anglais (pour l'exportation ?), sont plutôt drôles et décalés, histoire de souligner que le monsieur a le sens de l'humour et de l'auto-dérision, malgré des textes plus désenchantés. "Mémé 68", sans doute ma préférée de l'album, est à cette image, sous une apparente légèreté se cache en quelques phrases le constat d'une véritable incompréhension et d'un manque de communication, de liens entre les générations. Mais, ces sujets touchent peut-être ici (pour un blog intitulé "La musique à papa") plus qu'ailleurs. Au passage, le chanteur est sélectionné pour le prix Constantin, (espérons qu'il l'obtiendra) et continue sa tournée un peu partout en France, avec notamment une nouvelle date parisienne, à la Cigale, le 6 décembre prochain. Sur ce, bon week-end à tous.

Clip de "Mémé 68" :

Clip de "Reproductions" :

Clip de "Je vais au cinéma" :

3 novembre 2010

The Bewitched Hands - Birds & Drums

Après les Suédois de I'm from Barcelona, les Australiens de Architecture in Helsinki ou les Gallois de Los Campesinos, voici les Rémois de The Bewitched Hands. Tous ces groupes ont pour point commun de bien aimer brouiller les pistes, à l'image de leurs noms qui n'indiquent en rien leurs origines. Tous ces groupes font aussi à peu près la même pop. Une pop bariolée, fun, qui n'a pas peur de partir dans tous les sens et de ne jamais retomber sur ses pieds. Une pop qui ne se prend pas au sérieux, qui n'a pas pas peur de trop en faire, de frôler l'indigestion. D'ailleurs, ces petits Français ont pour leur premier disque décider de faire plus sobre en écourtant leur nom de plusieurs mots. Ils s'appelaient avant The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads : pas très facile à porter quand on veut se faire connaître. A l'écoute de "Birds & Drums", on sent en tout cas un réel potentiel pas encore complètement exploité à plein : trop de directions empruntées, des textes et des mélodies parfois un peu faciles et simplistes. Mais c'est toujours frais, varié, spontané avec un petit côté bricolo pas désagréable et chose non négligeable, ça gagne même en saveur au fil des écoutes.
C'est aussi très fortement inspiré de l'indie pop des années 90. De Deus aux Boo Radleys en passant par Blur, le spectre est assez large. Mais il y a tout de même une constante qui demeure tout au long de l'album, c'est la place centrale et principale réservée à la mélodie, notamment sur les deux morceaux de bravoure que sont "Hard To Cry" et "Sahara Dream". Avec un tel état d'esprit, l'horizon de The Bewitched Hands semble on ne peut plus dégagé. 

Clip de "Sea" :

1 novembre 2010

Mes indispensables : Pulp - Different Class (1995)

Il fût une période où le rock se résumait pour moi à Blur, Pulp et Suede. Ces trois groupes, piliers de mon adolescence, y sont pour beaucoup dans mes choix musicaux futurs. Quant à ma garde-robe (oui, c'est maman qui vous parle aujourd'hui :-), elle a gardé, elle aussi, les stigmates de cette période bénie où je n'avais pas peur d'aller au lycée en chemise pailletée et pattes d'eph, quitte à laisser mes parents et mes profs quelques peu perplexes. Mais ça, c'est une autre histoire et nous ne sommes pas là pour parler chiffons...
Revenons donc à nos moutons ou plutôt à nos chers rosbifs et à l'album qui les a définitivement menés à la gloire. En effet, saviez-vous que Pulp s'était formé en 1978 ? Jarvis Cocker n'avait que 15 ans et était encore en quête d'identité artistique. Après les succès très mitigés des albums "It" et "Freaks" dans les années 80, et de "Separations" en 92, Pulp affirme son style en 94 avec le savoureux mélange disco-pop "His'n'Hers", faisant ainsi son premier véritable pas vers le succès. Mais c'est "Different Class" en 95, qui les propulse en tête du top 50 en Angleterre. Plus abouti, plus rageur et servi par la mode Brit-pop du moment, l'album rencontre les faveurs de la critique et du public, avec les titres cultes que sont devenus "Disco 2000" et "Common People". Sur fond de claviers électro, et de guitares rock entraînantes, la voix de Jarvis Cocker susurre des paroles impertinentes dans son phrasé caractéristique. On se souvient par ailleurs du clip kitschissime de "Common People" dans lequel Jarvis fait une magnifique démonstration de "finger point dance". A travers "Different Class", Pulp créé un univers peuplé de losers et d'ados attardés mal dans leurs baskets, peut-être un peu à l'image de Jarvis Cocker lui-même. Difficile de maintenir le cap du succès après l'apogée de "Different Class"...
"This Is Hardcore" (1998), bien que plus sombre et plus dramatique, reste un peu dans le même registre. Mais le groupe s'essouffle définitivement (?) avec "We Love Life" (2001), l'album de leur séparation. Depuis, Jarvis s'est essayé à la chanson solo mais la crise de la quarantaine est passée par-là et notre dandy déginguandé s'est quelque peu rangé. Mais pour l'avoir vu en Black Session il y a quatre ans, je crois encore à son potentiel créatif et j'attends, sait-on jamais, le come-back d'un des groupes les plus "délicieux" des nineties, histoire de ressortir chemises pailletées et pattes d'eph de mon placard.

Clip de "Mis-Shapes" :

Clip "Common People" :

Clip de "Disco 2000" :

Clip de "Sorted For E's For Wizz" :