28 février 2011

Pj Harvey - Olympia - 25 février 2011

Cette rencontre, ça faisait longtemps que je l'attendais. Il y eût beaucoup d'occasions manquées. Soit j'avais une bonne excuse pour l'éviter, soit elle ne venait pas au moment opportun. Toujours est-il qu'à chaque fois, le rendez-vous a été repoussé. Et puis, c'est finalement arrivé en ce 25 février 2011, dans le cadre de l'Olympia, cette salle parisienne mythique, qui accueille désormais essentiellement les vedettes de la variétoche de chez nous, pas la meilleure, celle habituée aux plateaux télé et sortant pour la plupart de ces académies fabriquant à la chaîne des petits geignards en herbe. Académique, oui. C'est peut-être pour ça. Pour ça que j'ai été déçu. C'est à cause de la salle. De son ambiance. De la télé qui filmait le concert. J'essaie de me trouver des excuses, de lui trouver des excuses. Elle n'a pas réussi à apporter ce grain de folie qu'on retrouvait sur ses premiers disques. Non, si fantaisie il y avait, elle était essentiellement dans sa tenue : ses plumes sur la tête et la veste, tel un oiseau (de proie ?). Le reste était sans fioriture, ultra maîtrisé (trop ?). En témoigne le moment où elle a commencé à jouer "Angelene" la guitare, semble-t-il, mal accordée, il fallait voir le regard de ses trois compagnons musiciens, plein de reproches. La voix de Polly Jean est pourtant impressionnante, alternant avec une dextérité rare, les passages des suraigus aux graves. Malheureusement, le jeu de scène est statique, l'anglaise ne communique quasiment jamais avec son public. Pas grave, ses fans n'ont pas l'air d'être venus pour ça. L'habitude, sans doute. Tant pis, passée la (légère) déception, il restera au moins ses disques et notamment son dernier et excellent "Let England Shake". Un gars, à côté de nous, est en tout cas parti ailleurs depuis un bon moment (en plein bad trip ?). Pendant de très longues minutes, on se demandera même, s'il n'allait pas s'affaler carrément sur nous et faire une syncope. Pas facile dans ces cas-là de rester concentrés, surtout que nous n'étions pas vraiment rentrés dans le concert, restant d'aimables spectateurs. Nous serions allés assister à un opéra à Garnier que la sensation n'aurait pas été bien différente - à part notre voisin, seule présence indiquant que nous étions bien à un concert rock. Une rencontre trop... polie.



26 février 2011

John Lennon : Une Vie

Dernièrement je me suis attaché à la lecture d'un énorme pavé, la vie racontée dans ses moindres détails d'une des plus grandes stars de la pop musique du siècle dernier : John Lennon. Un artiste à la vie particulièrement mouvementée et qui a donc déjà fait à de nombreuses reprises l'objet de biographies. Celle-ci réalisée par Philip Norman et traduite en français l'année dernière se veut la plus objective, la définitive, celle qui condense toutes les précédentes. N'ayant pas lu d'autres livres sur le sujet, je ne me sens pas très bien placé pour évaluer la chose, toujours est-il que pour le novice que j'étais - et oui, je sais, c'est la honte -, il constitue un ouvrage riche d'enseignements. On peut juste regretter par moments le fait de rentrer dans des anecdotes privées d'un intérêt limité, que n'auraient sans doute pas renié le magazine Voici ou les pénibles Henri-Jean Servat et Karen Cheryl. John Lennon a en tout cas acquis au fil des années un statut d'intouchable. Et cela, pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, évidemment pour son talent musical, mais qui, mise à part la période dorée des Beatles que tout le monde connaît et allant en gros de 1965 à 1969, n'a pourtant pas généré de trucs franchement exceptionnels. McCartney et lui fonctionnaient comme un binôme de compositeurs indissociables, leur carrière solo en retrait le démontre bien.
Ensuite, Lennon conserve une aura de rebelle que n'a pas son alter-ego. Un penchant que sa femme Yoko Ono a participé à développer chez lui, cassant son image proprette de gendre idéal, avant qu'il ne devienne ce révolutionnaire des beaux quartiers, prônant naïvement la paix et l'amour autour de lui. Un message qui a, aujourd'hui, quand même mal vieilli, comme son tube "Imagine".
Enfin, dernière raison évidente de son culte, son assassinat par un fan de la première heure - qui lui reprochait d'ailleurs son embourgeoisement.
Lennon vient d'une autre époque. Une époque qui se cherchait des héros, des modèles à suivre, des personnes à qui l'on pardonnait facilement tous les excès et les erreurs. Surtout quand celles-ci se mettaient comme lui, aussi facilement à nu - dans tous les sens du terme :) Pas sûr qu'il aurait aujourd'hui la même renommée, à l'heure d'internet et d'une société moderne qui cherche à tout prix à informer, sur tout et rien, quitte à dénigrer péremptoirement des stars qu'elle avait adulées la veille.

Help!

A l'époque, John lui-même ne se rendit pas compte à quel point les paroles de "Help!" venaient de son coeur : "J'ai compris plus tard, vraiment, que j'implorais de l'aide, se rappellera-t-il. Tout ce truc Beatles dépassait l'entendement. Je bâfrais et buvais comme un porc, et j'étais gras comme un porc et mécontent de moi-même et j'implorais inconsciemment de l'aide..."

Nowhere Man

"Nowhere Man" est généralement considéré comme un autoportrait exprimant la frustration et le dégoût de lui-même engendrés chez John par son exil dans la Stockbroker Belt. En réalité, il se distancie de l'homme de Nulle Part - Isn't he a bit like you and me ? - et nous laisse en compagnie d'un personnage qui aurait pu sortir tout droit de quelque dramatique télé en noir et blanc de l'époque.

Norwegian Wood

Les paroles de "Norwegian Wood"  font partie des très rares textes qui peuvent aussi se lire comme de la poésie, voire de la dramaturgie. En vingt-six courts vers habilement rimés et parfaitement scandés, un décor est planté, deux personnages se mettent à exister et dialoguent...

Strawberry Fields Forever

"Quand j'ai entendu "Strawberry Fields" pour la première fois, j'ai été soufflé, se rappelle Martin. Même chantée par John seul avec sa guitare acoustique, j'ai trouvé que c'était un petit joyau. J'ai demandé : "Que voulez-vous qu'on fasse ?" Il m'a répondu : "A vous de me le dire".

A Day In The Life

"A Day In The Life", c'était la plainte facilement identifiable de quelqu'un qui ne se sent connecté à la réalité que par l'intermédiaire des journaux et des médias.

I am The Walrus

Tout comme " A Day In The Life", cet autre prétendant au titre de chef-d'oeuvre personnel trouvait son origine dans deux sources différentes et apparemment sans rapport entre elles. Un jour, à Kenwood, le son lointain d'une sirène de police ranima la colère de John à l'encontre des récentes persécutions dont avaient été victimes de bons amis à lui comme Mick et Keith ou les gens de l'International Times. A un autre moment, Peter Shotton mentionna que, pendant les cours d'anglais dans leur ancienne école, Quarry Bank High School, on faisait maintenant disséquer et analyser aux élèves de terminale les paroles de "Strawberry Fields Forever" et de "Tomorrow Never Knows" tout comme ils avaient jadis analysé eux-mêmes les poèmes de Woodsworth ou de Shelley. Il en résulta une succession d'images sans lien entre elles, à la fois fulmination contre les forces répressives de la loi et de l'ordre et raillerie envers les âmes crédules qui se penchaient sur ses mots comme s'ils étaient des écritures sacrées.

Instant Karma

Formulé selon les termes du leitmotiv hippie du moment, son avertissement n'était de toute évidence pas à prendre au pied de la lettre : "You better get yourself together / Pretty Soon you're gonna be dead". Le refrain ramenait à la campagne pour la paix et à une fraternité non violente et optimiste.

Mother

Les paroles étaient une accusation brutale envers ces deux parents dont il pensait qu'ils l'avaient si douloureusement laissé tomber, l'un en lui donnant la vie avant de l'abandonner, l'autre en s'éloignant de lui alors qu'il n'était qu'un bambin : "Mother, you had me, but I never had you..."

Imagine

Par bien des aspects, "Imagine" est une des chansons les moins inventives de John.[...] La vision qui lui vient peut aisément ne pas être prise au sérieux, parce que trop banale et saurait difficilement être qualifiée de fascinante.

Woman

"Woman" était apparemment adressé à Yoko, délicate lettre de remerciement for "showing me the meaning of success", autant que d'excuses pour avoir causé "sorrow or pain" - et qui, au final s'adresse à chacune des femmes qui l'ont fait grandir, de Julia à Mimi en passant par ses tantes : "After all, I'm forever in your debt".

23 février 2011

Radiohead - The King Of Limbs

Cela me fait mal de le dire aujourd'hui, mais un album de Radiohead m'ennuie... pour la première fois. Et oui, j'avais pourtant encore adoré leur précédent, "In Rainbows", au son si chaud et rassurant mais que beaucoup avait négligé, en grande partie sans doute à cause de leur coup marketing de le proposer gratuitement en téléchargement sur le net. Depuis 1995 et leur classique pop "The Bends",  Radiohead a marqué mon parcours musical en le jalonnant de disques indispensables, comme des pierres angulaires. Chaque nouvelle sortie apportait d'abord son lot de surprises et d'étonnement devant le virage artistique pris par la bande de Thom Yorke, puis d'adoration (et de vénération?) après seulement quelques écoutes. Ce "King Of Limbs", j'ai beau me le repasser indéfiniment, c'est toujours la même sanction qui s'impose : il est ennuyeux et froid. J'ai beau le retourner dans tous les sens, l'aborder de différentes manières : je n'y trouve pas d'accroche. Les guitares semblent avoir cette fois-ci carrément déserté la partie ou presque, la musique bifurquant dans les méandres d'un dubstep complètement désincarné, où même la voix de Yorke ne parvient plus à réchauffer et alléger l'atmosphère.
Bien sûr, on est encore loin du disque "facile" et timoré comme peut l'être le dernier Arcade Fire par exemple. Radiohead continue malgré tout d'avancer, à sa manière, mais l'émotion y est pour une fois, comme absente. Comme si, subitement, la machine tournait à vide, l'inspiration devenait vaine, les mélodies ne décollant pour ainsi dire jamais. Ce n'est certes pas encore une raison valable pour ne plus les suivre de manière définitive - on n'efface pas si facilement plus de 15 années de vie commune si riches et intenses - mais assez pour marquer un coup d'arrêt dans ma relation jusque là sans faille avec le célèbre quintette d'Oxford.

Clip de "Lotus Flower" :

21 février 2011

Mes indispensables : Talking Heads - Talking Heads : 77 (1977)

Bon, disons le tout net, comme ça, ça serait fait, je considère les Talking Heads comme un des trois ou quatre plus grands groupes de l'histoire du rock. Rien de moins. Oui, je sais, cela peut paraître purement subjectif. Encore que. En tout cas, dès leur premier album paru en 1977, ils se démarquent déjà du reste de la production de leur époque. C'est sans doute une des raisons pour laquelle, aujourd'hui encore, ce "Talking Heads : 77" n'a rien perdu de sa fraîcheur et de son énergie communicatrice. Du funk blanc ? Du punk intello ? Personne ou presque n'arrive alors à leur apposer une étiquette. Leur musique est à ce moment-là, encore humaine, instinctive et directe. On parlera ensuite de post-punk et des formations comme Gang Of Four (dans une version plus "sociale") ou Devo (plus "asociale" ?) prendront la relève.  Car, dès leur second album, le grand manitou Brian Eno viendra les épauler à la production et même à l'écriture. Ils y gagneront (encore) en originalité, allant vers sonorités africaines (qu'on perçoit déjà un peu en 77) ce qu'ils perdront en spontanéité.
Ce qui est aussi étonnant avec ce disque, c'est que toutes les meilleures chansons se retrouvent curieusement placées à la fin. En effet, à partir de "The Book I Read", c'est un véritable feu d'artifices, avec bien sûr le sommet "Psycho Killer" et son célèbre refrain surréaliste : "Psycho killer, qu'est-ce que c'est, fa-fa-fa... Better, run, run, run,... away". A l'écoute de tous ces titres, il semble toujours impensable de rester en place - les guiboles bougent frénétiquement d'elles-mêmes - et de ne pas chanter à tue-tête. "Talking Heads : 77", c'est souvent le disque qui me vient en premier à l'esprit quand il s'agit de me remonter le moral. Un signe.

"Psycho Killer" live en 1978 :

18 février 2011

(Please) Don't Blame Mexico - Concorde

Le nom de ce groupe résonne depuis quelques temps curieusement d'actualités, depuis la sombre affaire Florence Cassez, cette jeune femme française condamnée à soixante ans de prison par la justice mexicaine. Même si je ne sais pas si ces parisiens, en dépit de leur nom, partagent l'avis du journaliste Daniel Schneidermann sur le sujet. Mais revenons à nos moutons, c'est-à-dire cette nouvelle sortie du label Sauvage Records au rang duquel on compte aussi The Limes ou Mina Tindle. Tout cela ressemble d'ailleurs à une seule et même famille puisque la personne à l'origine de (Please) Don't Blame Mexico, Maxime Chamoux, a participé aux derniers albums des deux susnommés. Il est aussi le fondateur des excellents Toy Fight. On retrouve avec ce premier LP "Concorde" - le groupe a pourtant sorti son premier EP en 2006 ! -, le même univers de pop ensoleillée, ouverte aux quatre vents, privilégiant avant tout la mélodie, qui semble être devenu la marque de fabrique du monsieur. 
Et à comparer avec les groupes du même genre (I'm From Barcelona, Two Door Cinema Club, etc) à l'étranger, on peut constater une fois de plus que nous n'avons, en France, rien à leur envier (Don't Blame Paris ?) Bref, un disque enjoué, frais, varié, idéal pour l'été, mais qui fait un bien fou en pleine grisaille hivernale. Alors, oui, tant pis pour Florence Cassez, on irait bien passer prochainement des vacances au Mexique.

Clip de "The Protocol" :
Album en écoute intégrale sur Deezer.

16 février 2011

Mes indispensables : My Bloody Valentine - Loveless (1991)

La première fois que j'ai mis ce disque dans ma platine CD, j'ai cru que ma chaîne hi-fi avait rendu l'âme : mais qu'est-ce que c'est que ce son pourri ? La seule fois où j'ai vu ce groupe en concert, je me suis bouché les oreilles et j'ai eu une irrésistible envie de partir avant la fin tellement le son était fort et insupportable. Mais alors, que fait donc ce disque parmi mes indispensables ? Suis-je un masochiste qui s'ignore ? La musique de My Bloody Valentine - non, ce n'est pas un groupe bourrin de heavy metal à tendance sataniste, encore que :) - est de celles qui demandent un réel effort pour être apprivoisée. J'ai acheté ce CD sans même l'avoir écouté avant. Je faisais alors une confiance aveugle aux critiques rock, surtout lorsque celles-ci étaient unanimement dithyrambiques - quel naïf j'étais. Après plusieurs écoutes, j'en étais pourtant rapidement venu à vouloir m'en séparer et le revendre dans une quelconque brocante. Puis, passées plusieurs années, j'y suis revenu, un peu par hasard. Et le disque a commencé alors à faire son effet, à sortir inexorablement du lot commun. "Loveless", c'est d'abord un son - du bruit ? - mais ce sont aussi de jolies mélodies sucrées, planantes, cachées sous les larsens. La rencontre inattendue des Cocteau Twins et de Jesus And Mary Chain. La fusion des contraires. Le poison et son antidote. Depuis, le leader du groupe et accessoirement pas très drôle Kevin Shields n'a toujours pas réussi à lui donner une "vraie" suite. Pourtant, on ne compte plus le nombre de fausses annonces (chaque premier avril?) faisant état d'un nouvel album de My Bloody Valentine, devenu la véritable arlésienne du rock indépendant des années 90.
Désormais, il faut bien avouer qu'hormis les fans de l'époque, en tête desquels on retrouve la cinéaste Sofia Coppola (avec notamment sa superbe mise en image de "Sometimes" dans "Lost In Translation"), la jeune génération n'en a cure. Leur récent retour scénique n'a pas vraiment déplacé les foules et à part aux acouphènes pas laissé non plus de souvenirs impérissables. My Bloody Valentine restera donc le groupe d'un disque, "Loveless", véritable ovni hier comme aujourd'hui. Témoin d'une période semble-t-il révolue, où le rock était encore synonyme de prises de risques. A moins que ça ne soit tout simplement moi qui vieillis...

Clip de "Only Shallow" :

Clip de "Soon" :

13 février 2011

PJ Harvey - Let England Shake

Retour aux affaires courantes aujourd'hui avec un disque de 2011. Après la hype et la copie Anna Calvi, certains attendaient avec beaucoup d'impatience le nouvel album de l'original : PJ Harvey. Histoire que l'aînée démontre si besoin était qu'elle reste bien la maîtresse sur son propre terrain. Il est encore trop tôt pour connaître l'étendu de la palette de la benjamine, mais avec "Let England Shake", PJ Harvey arrive une fois de plus à nous surprendre. Cet album marque son vrai retour après l'intermède que constituait celui sorti il y a deux ans et cosigné avec son compère de toujours ou presque, John Parish. "A Woman A Man Walked By" était un peu expérimental et ressemblait par moments à un vague recueil de démos non abouties.  Ce nouvel album est toujours écrit en collaboration avec Parish mais sorti cette fois sous son nom seul, il fait donc suite au surprenant mais non moins excellent "White Chalk" où l'anglaise apparaissait pour la première fois au piano et en robe victorienne sur la pochette. Et d'Angleterre, il est beaucoup question ici ("Let England Shake", "England", etc), de batailles ("On Battleship Hill"), de territoires ("The Glorious Land"), de positions à défendre (la nouvelle concurrence d'Anna Calvi?).
Et rien de tel dans ces cas-là que de continuer à avancer, coûte que coûte, tant pis pour les fans de la première heure qui auraient sans doute préféré qu'elle revienne au rock cru et sec de ses débuts. Non, sa musique n'a au contraire, jamais été aussi soyeuse, mariant à merveille l'ambiance gothique et austère de "White Chalk" avec le lyrisme et l'immédiateté de "Stories From The City, Stories From The Sea". Pas encore tranquille, son rock protéiforme convoque sans les singer les plus grandes prêtresses du genre : Siouxsie, Kate Bush, Elizabeth Fraser ou Patti Smith. PJ Harvey est évidemment de cette trempe-là, parvenant à faire une fois de plus un disque intransigeant et d'une grande cohérence. Se moquant des modes, elle continue son chemin comme si elle était seule au monde. Ce qui, à sa manière, est assurément le cas.
Elle sera en concert privé lundi prochain à la Maroquinerie, à Paris. Celui-ci sera transmis en direct par Arte Live Web. Pour ma part, après un tel disque, j'attends avec impatience sa prestation le 25 février à l'Olympia...

Clip de "The Last Living Rose" :

Clip de "The Words That Maketh Murder" :

10 février 2011

Mes victoires de la musique 2011

Troisième et dernier post pour ma semaine spéciale "chanson française" avec mes ... Victoires de la musique 2011. Ben, oui, c'est déjà bientôt les "vraies" Victoires, celles de la télé, du grand public, des meilleurs ventes de disques, celles avec lesquelles on n'est jamais en phase et qui ne reflètent malheureusement pas la vitalité de la musique de chez nous. Donc, voilà, je vous propose de voter, jusqu'au 1er mars prochain pour les 6 catégories ci-dessous. Ce sont bien sûr mes choix personnels mais ça sera votre vote ! A vous de jouer :)

Artiste interprète masculin :






Artiste interprète féminine :






Artiste ou groupe révélation :






Album de l'année :





Chanson de l'année :


Clip de l'année :



8 février 2011

Mes indispensables : Les Innocents - Fous à lier (1992)

De Arlt aux Innocents, d'aucuns trouveront que je suis un adepte du grand écart musical (et idéologique ?) Et pourtant, les premiers viennent récemment de faire la première partie de l'ex-chanteur des seconds. Comme quoi, la chanson française de qualité est une grande famille. Mais l'inverse est aussi vrai, il suffit de voir la solidarité qui semble régner au sein de la sympathique troupe des "Restos du Coeur" :) "Fous à lier", donc. J'en vois déjà arriver avec leurs gros sabots, voire leur fusil de chasse (si, si) me dire : JP Nataf, oui, ses deux disques solos sont des petits bijoux, de la dentelle pop, les deux derniers albums des Innos (pour les intimes) contiennent à la rigueur quelques belles mélodies fines et délicates, mais pas "Fous à lier". Pas un disque qui s'est vendu comme des petits pains et qui contient au moins un tube ("L'autre Finistère") dont on ne compte plus les passages radios. Pourtant, il fait partie des rares disques de mon adolescence que je réécoute encore volontiers aujourd'hui, qui conserve ce charme instantané, cette évidence pop. Même si les dernières chansons de JP Nataf sont sans aucun doute plus subtiles, mieux écrites, elles ne possèdent pas l'accroche immédiate que peuvent avoir des titres comme "Mon dernier soldat" ou "Le paravent". Comme pouvaient l'avoir certains succès des Beatles, modèle revendiqué par le groupe. De là à avancer que Nataf est le McCartney français..., il est en tout cas, sans conteste le meilleur auteur-compositeur de pop française actuelle.
Malheureusement, il n'est pas, je trouve, considéré à sa juste valeur. Le grand public l'a quelque peu délaissé depuis le début de sa carrière solo : pas assez "catchy", trop mélancolique. Les critiques ne l'ont pas encore tout à fait adopté : on ne pardonne pas facilement les erreurs de jeunesse ("Jodie" ? Mais "She Loves You" ou "Love Me Do", c'était pas terrible non plus...) et la réussite commerciale. Là-dessus, je me rends compte que j'en ai presque oublié l'essentiel : la musique. Mais vous la connaissez tous, non ? Maman en aurait d'ailleurs parlé mieux que moi. Mais du moment que, comme le dit une célèbre chanson du carnaval de Dunkerque, "La musique à papa fait plaisir à maman", n'est-ce pas là le principal ? :)

Clip de "L'autre Finistère" :
Clip de "Un Homme Extraordinaire" :

Clip de "Fous à lier" :

5 février 2011

Arlt - La langue

Cette fois-ci, je triche un peu car ce disque date de 2010 et pas de 2011. Mais il m'est difficile de ne pas mentionner ce groupe qui fait partie de ceux que j'ai honteusement ignoré lors de mes palmarès de fin d'année. Il y en aura d'autres. Pas qu'il aurait forcément mérité un accessit, je n'en suis pas encore là, mais ce premier album de Arlt m'a en tout cas nettement plus intrigué puis emballé que la plupart de ceux sortis depuis le début de l'année. Et puis, ça m'a aussi donné l'idée pendant une semaine de faire une spéciale "chanson française". Il n'y aura pas forcément plus de posts que d'habitude, non, mais comme c'est bientôt la période des récompenses et notamment des Victoires de la musique, je voulais juste modestement montrer, si besoin était, qu'il existe autre chose en France que ce que les radios nous inondent à longueur de journées. Des poches de résistance. Mais revenons à Arlt - quel drôle de nom ? -, un couple de parisiens : un homme et une femme. Peu d'instruments, juste des voix et des guitares sèches, nues, qui s'entrechoquent. Du folk made in France. Des mots aussi, crus, répétés par moments jusqu'à l'envi : "Son corps contre mon corps, c'était comme revoir la mer". Une inspiration quasi-médiévale (mystique?) comme sur "Je voudrais être mariée".
Tout cela pourrait paraître très austère et pourtant, pour qui veut bien faire l'effort d'y revenir, il y a ici un univers envoûtant porté par quelques choeurs féériques (elfiques?) qui ne ressemble à rien de connu. En effet, je n'ai pas spécialement de références ni d'influences à vous proposer là-dessus. J'aurais bien avancer le nom de Holden, dont l'un des membres a d'ailleurs participé à la réalisation de l'album, mais en plus rustique. "La langue" tantôt douce, tantôt râpeuse, est donc un disque unique, qui se mérite. Par les temps qui courent, ce n'est pas si courant. Une démarche exemplaire qui fait office de refuge salutaire au milieu du conformisme musical ambiant.

Arlt en "Concert à emporter" sur La Blogothèque :

3 février 2011

Sofia Coppola

Un nouveau jeudi avec une nouvelle rubrique. Cette fois-ci, il s'agit de cinéma. et aussi de musique bien sûr puisque le but avoué est de parler de l'univers musical d'un réalisateur ou d'une réalisatrice. Pour une première, honneur aux dames donc, puisque c'est la fille du grand (et gros) Francis Ford : Sofia Coppola. Nous venons maman et moi - et oui, seulement - d'aller voir son dernier film "Somewhere", l'occasion était donc tout trouvée de retracer le parcours de la belle, en texte, en image et en musique donc.

The Virgin Suicides (1999)
Premier film réussi et style déjà bien affirmé. L'histoire retrace le suicide collectif d'une fratrie de filles blondes, douces, belles et innocentes. (Mais pourquoi décident-elles d'en finir ?) Révélation du magnétisme de la troublante Kirsten Dunst et du pouvoir de séduction des Versaillais de Air avec ce qui est peut-être encore aujourd'hui leur plus grand disque. Coppola et Versailles, ça sera une grande histoire d'amour, puisqu'après Air, Sofia épousera, comme chacun sait, le chanteur d'un autre groupe du coin, Phoenix et filmera dans le château de la même ville, les pérégrinations d'une reine sur le déclin.

Lost In Translation (2003)
Incontestablement son chef d'oeuvre. Magnifique histoire d'amour entre deux américains paumés à Tokyo, que rien, au départ, ne semble pourtant rapprocher. Lui, est une ancienne gloire sur le retour, venu là pour tourner un spot publicitaire. Elle, est étudiante et se retrouve bien souvent seule, pendant que son petit ami part vivre de sa passion : la photographie. La bande originale du film est composée pour l'essentiel de vieux classiques de rock indépendant des années 80 : Jesus and Mary Chain et My Bloody Valentine, en tête. C'est la musique idéale pour exprimer le sentiment d'abandon et de vertige que peuvent procurer les grandes villes modernes.


Marie-Antoinette (2006)
Petit raté dans la courte carrière de la cinéaste, cette biographie de la reine Marie-Antoinette est filmé à la façon d'un clip de rock. Pas déplaisant quand on aime ce genre de musique, mais trop sucré, anachronique (on portait déjà des baskets Converse dans le Versailles de l'époque, comme quoi rien n'a changé ;) et léger pour être honnête et nous faire accrocher à la malheureuse vie de cette adolescente forcée de devenir adulte trop vite. Côté bande son, par contre, c'est un vrai feu d'artifices : les Cure, Siouxsie and the Banshees, New Order, etc.


Somewhere (2010)
Je ne comprends pas ce que certains lui reprochent. Qu'il ne s'y passe rien ou presque ? Normal, il y est question de solitude et d'ennui. Il n'y a d'ailleurs pas plus de péripéties dans "Lost In Translation". Ce qui dérange sans doute le plus, c'est que le personnage principal, cet acteur star est particulièrement détestable une grande partie du film. Il trouvera la rédemption à la fin, au contact de sa fille de 11 ans. C'est toujours aussi subtilement amené (j'aime bien les films qui prennent leur temps :)  et la mise en scène est une fois de plus impeccable. Faire une critique acerbe (et autobiographique?) de Hollywood en faisant un "petit" film intimiste, c'est fort. Un petit bémol une fois n'est pas coutume concernant la musique pas franchement inoubliable pour une fois, hormis peut-être une belle chanson des...Strokes.

1 février 2011

Mes indispensables : Ron Sexsmith - Whereabouts (1999)

Voilà un chanteur qui a commencé sa carrière il y a maintenant près de vingt ans, qui a sorti près d'une dizaine d'albums (le prochain est prévu très bientôt), mais qui continue malgré tout à subir une relative indifférence de la part du grand public. Pourtant, sa musique n'est pas de celles qu'on pourrait qualifier de difficiles d'accès. Non, bien au contraire, elle est tout ce qu'il y a de plus de simple et d'immédiat. Ron Sexsmith est canadien et possède ce visage d'éternel adolescent joufflu, un peu mal dans sa peau, un physique atypique mais pas franchement idéal pour devenir une rockstar. Sa voix est douce, suave, limpide, à l'instar d'un McCartney - avec lequel il partage d'ailleurs cet amour des jolies mélodies pop - mais n'est pas forcément de celles qui touchent instantanément. Parce qu'il n'y a pas d'effet chez cet homme-là. Pas d'envie de plaire à tout prix. "Whereabouts" est son troisième album. Ce n'est pas celui de sa discographie qui est le plus souvent présenté comme son meilleur par les fans. Non, le premier ou le récent "Retriever" correspondent sans doute mieux à cette appellation. Mais c'est pourtant celui que je préfère. Parce que c'est le premier que j'ai aimé. Parce que, même si on peut lui reprocher son côté trop produit, trop lisse, il fait partie de ces disques que je réécoute avec un plaisir à chaque fois renouvelé, d'une traite, parce que de "Still Time" à "Seem To Recall", il n'y a pour ainsi dire rien à jeter.
Tout est soigneusement écrit et arrangé. Ron Sexsmith est, depuis le temps, devenu un agréable compagnon de route, une valeur sûre, qui ne déçoit jamais ou presque. Et tant pis si ce type mériterait d'être une star, parce que des chanteurs capables, comme lui, de sortir aussi régulièrement des pop songs marquantes, il y en a très peu. Tant pis car cela le rend d'autant plus indispensable... Notre époque n'est assurément pas faite pour tant de modestie et de discrétion...

Clip de "Right About Now" :