30 janvier 2012

Django Django - Django Django

Surfant sur la vague du succès de Metronomy, le label en vogue Because Music enfonce le clou avec les écossais de Django Django, dont l'électro-rock bien dans l'air du temps pourrait remporter prochainement un maximum de suffrages. Leur premier album est en effet un drôle de conglomérat de sons tous azimuts, lorgnant aussi bien vers le dancefloor (les excellents singles "Default" et "Waveforms"), que le folk intimiste (le soyeux "Hand Of Man"), avec par moments quelques tranches de rock qui tabasse ("WOR"), puisant aussi leurs influences jusque dans la musique orientale ("Skies Over Cairo"). Normal, finalement, que ce premier effort ressemble beaucoup à une compilation "mille-feuille", somme toute assez homogène, quand on sait que cela fait près de quatre ans que les membres de Django Django le peaufine.
Même si on est loin de l'univers de celui qui a inspiré le nom du groupe (Django Reinhardt évidemment) on tient peut-être déjà là le premier disque important de 2012. Car il reste à savoir si sous un premier abord très travaillé (les trois gars sont des "tronches" sortant d'école d'arts), leur musique donnera envie d'y revenir, encore et encore. Il faudra aussi sûrement aller vérifier la pertinence du truc sur scène où Django Django devra faire preuve d'une plus grande spontanéité. C'est tout le mal qu'on leur souhaite, ne pas être le buzz par "Default". 

Clip de "Default" :
Clip de "Waveforms" :
Clip de "WOR" :
Album en écoute intégrale sur Deezer.

26 janvier 2012

The Kinks - This Time Tomorrow (1970)

C'est dingue comment une chanson, comme ça, peut ressortir subitement des cartons. "This Time Tomorrow" est un morceau des Kinks datant de 1970, c'est-à-dire déjà le début de la fin pour le groupe, le commencement de leur déclin artistique (après ça et ça). Il n'est pas sorti en 45 tours, ne figurait sur aucune compilation des maîtres de la pop anglaise. Et puis, il a fallu que des cinéastes viennent à son secours. Philippe Garrel dans "Les Amants Réguliers" puis Wes Anderson dans "The Darjeeling Limited" ont participé tout d'un coup au regain d'intérêt pour ce tube en puissance qui ne demandait qu'à sortir un tant soit peu à la lumière. Pour le premier, il constitue une sorte de bande son parfaite de ces années-là, la période éprise de liberté entourant mai 68. Pour le second, c'est la chanson idéale de ceux qui sont toujours en partance, sur la route, pour lesquels demain est un autre jour, dans un autre endroit avec d'autres gens. On les envie. Car, qui pour se vanter de ne pas savoir de quoi demain sera fait ? Qui pour rêver à un avenir radieux ? Cette époque semble belle et bien révolue. Aujourd'hui, tout se prévoit, peu de gens ose encore prendre le risque de la surprise, de l'imprévu. Ceci explique aussi pourquoi en 1970, "This Time Tomorrow", trop dans l'air du temps est passé inaperçu. En 2012, c'est au contraire devenu une sorte d'Eden pop. Dans tous les sens du terme.


This time tomorrow where will we be 
On a spaceship somewhere sailing across an empty sea 
This time tomorrow what will we know 
Well we still be here watching an in-flight movie show 
I'll leave the sun behind me and watch the clouds as they sadly pass me by 
Seven miles below me I can see the world and it ain't so big at all 
This time tomorrow what will we see 
Field full of houses, endless rows of crowded streets 
I don't where I'm going, I don't want to see 
I feel the world below me looking up at me 
Leave the sun behind me, and watch the clouds as they sadly pass me by 
And I'm in perpetual motion and the world below doesn't matter much to me 
This time tomorrow where will we be 
On a spaceship somewhere sailing across any empty sea 
This time tomorrow, this time tomorrow

23 janvier 2012

Laura Gibson - La Grande

Avec un tel nom et une telle pochette, je ne pouvais pas m'attendre à autre chose : du folk. (Du bois, du bois, du bois!!!) Dans tout ce qu'il peut avoir de plus classique. Mais bien fichu, pas ramenard. De toute façon ce n'est pas l'habitude de la maison. Il existe nettement mieux que ce sympathique mais somme toute assez basique "La Grande", me diront les fans, les vrais. Et ils auront sans doute raison, mais tout est affaire de timing dans la vie. Ce début d'année, comme chaque début d'année, est plutôt calme niveau nouveautés musicales, alors on prend ce qu'on trouve. Et puis, du folk, ça faisait un petit moment que je n'en avais pas écouté. Vraiment. Alors, au début, on se laisse prendre. En plus, le premier morceau éponyme assez dynamique et entraînant est un leurre, un bel appât, car la suite est nettement plus apaisée. Oui, tout ça n'est pas très gentil avec Laura, qui n'en est pourtant pas à son coup d'essai, "La Grande" (bringue?) est déjà son troisième disque. Parce qu'au fil des écoutes, on se laisse facilement happer pour la douce chaleur de sa musique, idéale en ces temps hivernaux. En attendant des jours meilleurs...
En extrait, le titre "La Grande" :
L'album est en écoute intégrale sur Deezer.

19 janvier 2012

Dead Can Dance - The Carnival Is Over (1992)

Outside
The storm clouds gathering,
Moved silently along the dusty boulevard.

Le carnaval est fini pour Stéphane. Il lui faudra attendre l'année prochaine. Il rentre maintenant avec ses potes pour ses études à Lille. Ils sont tous montés dans le TGV Dunkerque-Paris. Pas la peine d'acheter de billets, le trajet jusqu'à la capitale du Nord est assez rapide et ne dure qu'une trentaine de minutes. Comme ils ont encore leur clet'che et pas de places attitrées, ils passent difficilement inaperçus. Un contrôleur SNCF traverse le wagon : "Carton rouge, monsieur l'arbitre, j'ai même pas de billets..." lui tance un Stéphane entre deux eaux. L'agent, beau joueur, ne l'avertit même pas, ce n'est pas encore le moment.

Where flowers turning crane their fragile necks
So they can in turn
Reach up and kiss the sky.

Stéphane doit bientôt se marier. Le carnaval de cette année ressemblait pour lui à une sorte d'enterrement de vie de garçon. Ses amis l'ont bien compris et se mettent à chanter : "Stéphane, tu nous délaisses, ça fait longtemps qu'on les a pas vus..." Ni une, ni deux, Stéphane ne se fait pas prier. Il s'exécute et commence à  tout enlever, se retrouvant entièrement nu alors que le train vient juste de partir. Son corps porte encore les stigmates qu'on imagine laissés par le chahut du rigodon final. 

They are driven by a strange desire
Unseen by the human eye
Someone is calling.
I remember when you held my hand
In the park we would play when the circus came to town.
Look! Over here.

La troupe entourant Stéphane, un peu incrédule quand même malgré la quantité d'alcool ingurgitée, se met à rire nerveusement. Les gens amusés aussi, sourient. Certains voyageurs sautent à ce moment-là sur leur téléphone portable pour prévenir leurs proches de ce qu'ils sont en train de vivre. Cela a beau être carnaval, ce n'est pas tous les jours que quelqu'un se fout à poil dans le Dunkerque-Paris.

Outside
The circus gathering
Moved silently along the rainswept boulevard.
The procession moved on the shouting is over

Stéphane, les yeux hagards et regardant dans le vide déambule telle une poupée de chiffon dans le wagon. Déséquilibré par le balancement du train, il finit par tomber allongé sur une grand-mère. Le contrôleur, qui a entendu de loin le raffut, refait son apparition. Sa première réaction est aussi de sourire devant le cocasse de la situation. Mais rapidement, il appelle des collègues au prochain arrêt, celui où Stéphane et les autres carnavaleux doivent descendre : Lille.

The fabulous freaks are leaving town.
They are driven by a strange desire
Unseen by the human eye.
Someone is calling.

Pendant que Stéphane est forcé de se rhabiller manu militari, le train rentre déjà en gare de Lille-Europe. Des policiers sont déjà là sur le quai à l'attendre. Stéphane est seul désormais. Sa soirée se terminera au poste, comme beaucoup d'autres, en cellule de dégrisement. Le carnaval est fini...

The carnival is over.
We sat and watched
As the moon rose again
For the very first time.

PS : Pour les afficionados du couple mystique et mythique formé par Lisa Gerrard et Brendan Perry, Dead Can Dance est de retour en 2012 avec un nouvel album et une tournée mondiale. L'info est officielle car provenant de la plume même des principaux intéressés. C'est indiqué ici. En attendant d'avoir les dates des concerts du groupe, vous pouvez, même si l'ambiance risque d'être assez différente, toujours vous rabattre sur celles du carnaval de Dunkerque.

16 janvier 2012

Trailer Trash Tracys - Ester

Un rouge-gorge. Une aciérie aux longues cheminées fumantes. Les lettres du générique qui apparaissent dans une couleur verdâtre, façon Windows 3.1. Un panneau de bienvenue et les montagnes au lointain. Une cascade. Un torrent. Une rivière. Cela ne vous rappelle rien ? Ce climat apaisant est idéal pour rentrer de plein pied dans un univers onirique et fantasmagorique. C'est l'effet produit par le premier disque de 2012 chroniqué ici-même : "Ester" des londoniens de Trailer Trash Tracys. A son écoute, on pense aussi à la musique planante et envoûtante de Mazzy Star, même si la jeune chanteuse Suzanne Aztoria ne possède pas le timbre de voix vaporeux et sensuel de Hope Sandoval, à My Bloody Valentine même ("Strangling Good Guys"). A l'image de sa pochette, "Ester" est un disque polymorphe, mutant, variant habilement les atmosphères.
Oui, je sais, toute cette accumulation de références donne plutôt envie et c'est fait pour, car "Ester" est un bon album. Pourtant, la musique de Trailer Trash Tracys y paraît trop maîtrisée. Comme si les rêves pouvaient être totalement contrôlables, les films de David Lynch totalement compréhensibles... 

Clip de "You Wish We Were Red" :

Album en écoute intégrale via ce player proposé par leur label Domino Records :

12 janvier 2012

The Flaming Lips - Do You Realize ? (2002)

L'autre jour, au milieu des sempiternels "bonne année et bonne santé, surtout la santé, c'est important" - c'est vrai que l'année 2012, on s'en fout un peu, ce n'est qu'un chiffre après tout - , j'ai entendu un "heureuse année". Je ne sais pas pourquoi mais ça m'a marqué. Cet adjectif si commun en apparence est devenu rare. Qui pour parler encore de bonheur aujourd'hui de peur d'être taxé de naïf, d'utopiste, de doux rêveur ? Comme si tout le monde avait subitement acquis l'intime conviction qu'on ne pouvait pas être heureux ici bas, que c'était une vue de l'esprit. Il suffit pour cela  d'écouter la radio, de regarder la télévision, de lire les journaux pour apprendre une nouvelle catastrophe, une nouvelle crise, un nouveau drame; d'entendre les politiques - oui, cette année sera politique... - pour constater qu'il ne subsiste plus qu'un seul thème : l'argent. Etre riche ou ne pas être. Pas vraiment de quoi faire rêver. Et puis, que dire de cette sacro-sainte culture de l'image qui complexifie inutilement jusqu'au plus banal rapport humain. Paradoxalement, l'exigence semble de mise dans un monde où les valeurs essentielles se délitent. Ce début d'année est donc l'occasion idéale pour revenir aux fondamentaux, à un bonheur simple. A cette petite fille qui rit aux éclats sans trop savoir pourquoi. ("Do you realize that you have the most beautiful face ?") Parce que justement, elle ne connait pas encore les "malheurs du monde". Elle conserve son innocence intacte. Se souvenir de cet inoubliable concert de la Route du Rock en 2010 et maman qui pleurait sur "Do You Realize?". ("Happiness makes you cry"). Garder en mémoire que "life goes fast, it's hard to make the good things last". Tout simplement.


Do You Realize - that you have the most beautiful face 
Do You Realize - we're floating in space - 
Do You Realize - that happiness makes you cry 
Do You Realize - that everyone you know someday will die 
And instead of saying all of your goodbyes - let them know 
You realize that life goes fast 
It's hard to make the good things last 
You realize the sun doesn't go down 
It's just an illusion caused by the world spinning round 

Do You Realize - Oh - Oh - Oh 
Do You Realize - that everyone you know 
Someday will die - 
And instead of saying all of your goodbyes - let them know 
You realize that life goes fast 
It's hard to make the good things last 
You realize the sun doesn't go down 
It's just an illusion caused by the world spinning round 
Do You Realize - that you have the most beautiful face 
Do You Realize

PS : Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, dit-on, Pitchfork propose en ce moment un documentaire sur le pourquoi du comment du chef d'oeuvre des Flaming Lips - les lèvres en feu, tout un programme ! - "The Soft Bulletin". Pour les amateurs, c'est ici.

9 janvier 2012

Dominique A - Le Courage des Oiseaux (1992)

La jolie illustration ci-dessus n'est pas la
pochette du single mais a été trouvée
quelque part sur le net à cette adresse.
Dieu que cette histoire finit mal
On imagine jamais très bien
Qu'une histoire puisse finir si mal
Quand elle a commence si bien


Oui, elle avait pourtant bien commencé cette histoire. Par une naissance. Une vraie. Celle de Lucie, ma fille. Donnant ainsi une raison d'être à ce blog (du moins à son titre) et à mille autres choses plus signifiantes encore. Donnant un sens tout simplement. Le sens ? Et puis, aujourd'hui, quelques petites années ont passées et l'envie de continuer n'y est plus vraiment...

On imagine pourtant très bien
Voir un jour les raisons d'aimer
Perdues quelque part dans le temps
Mille tristesses découlent de l'instant

Forcément, cela fera un vide, engendrera des regrets. L'impression d'avoir perdu son temps. D'avoir reculé. D'être revenu à la case départ. Comme si la vie elle-même n'était qu'un perpétuel recommencement et qu'on n'apprenait jamais vraiment.

Alors, qui sait ce qui nous passe en tête
Peut être
Finissons nous par nous lasser

Difficile d'expliquer réellement les raisons de cet abandon, de cette reddition. La fatigue, peut-être. Le sentiment de plus en plus fort d'une certaine futilité, inutilité. D'écrire pour rien. Noyé dans le flot des milliards de pages internet existantes.

Si seulement nous avions le courage des oiseaux
Qui chantent dans le vent glacé

Comment faire pour sortir la tête de l'eau, proposer quelque chose de différent, tout en se faisant plaisir ? Car s'il n'y a plus de plaisir... 

Tourne ton dos contre mon dos
Que vois tu je ne te vois plus
Si c'est ainsi qu'on continue
Je ne donne pas cher de nos peaux

Parfois, qui sais ce qui nous passe en tête
Peut être finissons nous par nous lasser

Si seulement nous avions le courage des oiseaux
Qui chantent dans le vent glacé

Et puis, cette chanson qui résonne. Qui raisonne. Le combat n'est pas fini. 2012. Une nouvelle tournée. Un nouvel album. Des rééditions en pagaille dès aujourd'hui. Vingt ans que ça dure, ça se fête. Pas possible d'en rester là. On en reparlera très bientôt. Une année triple AAA et plus si affinités. Peu importe ce que disent les agences de notation. Peu importe si les élections qui se profilent, s'annoncent mornes. Les politiques ont laissé tomber l'affaire depuis belle lurette, nous empoisonnant l'existence à longueur de discours sur l'éternelle crise. A sa modeste mesure, la musique à papa continue... Gardons espoir, l'horizon n'est peut-être pas si bouché. 

Si seulement nous avions le courage des oiseaux
Qui chantent dans le vent glacé

Bonne année 2012 à toutes et à tous !!!