31 août 2012

Top Albums 2002

10 ans déjà, 10 ans que nous sommes ensemble maman et moi. Forcément, 2002, ce sont d'abord des souvenirs. De la musique aussi. David Bowie parce que c'est notre principale admiration commune. Il sortait alors son dernier bon disque, "Heathen". J'allais le voir en concert à Nïmes, dans les arènes, rendant maman jalouse. Beth Gibbons, sublime au grand Rex (avec une divine reprise du "Candy Says" du Velvet), concert ensemble cette fois, marque le jour de notre pacs. Les Libertines et les Flaming Lips, deux groupes également entendus "seul" en live, pour deux concerts inversement appréciés. Celui des anglais ne restera pas dans les annales. On sentait déjà l'urgence de leur musique et aussi la tension interne à la formation. Nonchalants et brouillons, ils bâcleront l'affaire en deux temps, trois mouvements. Celui des américains fut une fête incroyable, une sorte d'apothéose mystique. Peu importe la qualité du son, j'étais transporté ailleurs. Déjà le plus grand groupe de rock de scène au monde. Avant la Route du Rock de 2010...Dionysos, parce que c'était notre premier concert commun, aux Solidays et que Mathias Malzieu est une vraie pile électrique, sorte de lapin Duracell du rock français. Nous les reverrons l'année suivante à Bourges, comme Interpol, qui, en concert dégage un son d'une ampleur impressionnante. Delerm, parce qu'il détonnait dans le paysage de la variété hexagonale d'alors par sa fraîcheur et aussi parce qu'un ami nous en a fait une sympathique reprise à notre mariage trois ans plus tard. Badly Drawn Boy, parce que "Silent Sigh" était la chanson que j'écoutais en boucle au moment de notre rencontre. The Notwist, parce que c'était mon disque de chevet aux vacances d'hiver quelques mois avant, le moral en berne. Polyphonic Spree enfin, parce que Jacques Cheminade a raison, on devrait favoriser les chorales, ça aide à mieux vivre ensemble.

10. Dionysos - Western Sous La Neige
Les petits rockeurs de Valence sont alors au faite de leur gloire avec le tube de cours de récréation "Song For A Jedi". Leur leader, Mathias Malzieu, à l'écriture gentiment décalée et enfantine invente une poésie loufoque qui n'appartient qu'à lui. Il démontrera même par la suite des réelles qualités de romanciers. Plutôt rare dans le rock hexagonal.


9. David Bowie - Heathen
Bowie n'essaie plus d'être un autre et même s'il reprend de jolie façon le "Cactus" des Pixies, "Heathen" étonne par sa modestie et sa simplicité. Si on oublie le dispensable "Reality" qui s'en suivra, espérons que ce disque ne restera pas comme le (beau) chant du cygne du maître.



8. The Polyphonic Spree - The Beginning Stages of...
Les Polyphonic Spree, bien avant le succès des "Choristes", remettaient la chorale sur le devant de la scène. Ici, pas de petits chanteurs à la croix de bois. Non, il s'agirait plutôt de doux hippies à la gueule de bois. En témoigne, le morceau purement instrumental et planant de plus de vingt minutes qui clôture le disque. Avant ça, on aura quand même chanté tous en choeur que le soleil brillait pour tout le monde. Si seulement...


7. Badly Drawn Boy - About A Boy
Tiens, une bande originale de film dans un de mes tops ! Il faut dire que Damon Gough alias le garçon mal élevé conçoit avec "About A Boy" une jolie ode pour paumés en tout genre, adultes comme enfants, accompagnant magnifiquement cette petite comédie plutôt bien fichue et inspirée par l'écriture de Nick Hornby.


6. The Notwist - Neon Golden
Des Allemands au nom tout indiqué de "No twist" reprennent brillamment le flambeau d'une pop électro mélancolique dans la lignée des glorieux ancêtres de Kraftwerk. Les teutons n'ont décidément par leur pareille pour nous parler aussi justement de la triste solitude du monde moderne.


 5. Vincent Delerm - Vincent Delerm
Un vent de fraîcheur souffle sur la variété française : Vincent Delerm et ses petites symphonies humoristiques et doucement mélancoliques débarquent. Certains persistent encore à le ranger dans la même catégorie que Bénabar et tous ces chanteurs égocentrés sur leur quotidien étriqué de bobos parisiens. Il suffit paradoxalement d'écouter un titre comme "Châtenay Malabry" pour s'apercevoir de l'universalité de sa musique.


4. The Flaming Lips - Yoshimi Battles The Pink Robots
Les Flaming Lips inventent une sorte d'histoire à dormir debout autour d'une petite fille Yoshimi qui serait attaquée par des robots - histoire qui deviendra très bientôt une comédie musicale. On pense à Sankukai, X-Or ou autres Bioman. En plus drôle. Les mélodies, dans la lignée de leur grandiose "The Soft Bulletin", sont au diapason. "Do You Realize?" devient leur hymne, belle et simple à pleurer. Délicieusement régressif, comme un petit bonbon acidulé.

3. Beth Gibbons & Rustin Man - Out Of Season
La chanteuse de Portishead s'essaie en solo avec l'ancien bassiste de Talk Talk et c'est bouleversant, forcément. Comme quoi, la dame n'a aucunement besoin d'un Geoff Barrow pour s'assumer toute seule. Il faut dire qu'avec une voix pareille, les artifices sont superflus...


2. Interpol - Turn On The Bright Lights
L'album qui a remis au goût du jour la cold wave du début des années 80. Interpol fera logiquement la première partie des Cure, impressionnant même au passage Robert Smith par la qualité de leurs prestations scéniques. Une claque !



1. The Libertines - Up The Bracket
Les Libertines ou la cinglante réponse anglaise aux Strokes : plus brouillonne, plus mélodique aussi. Le clash Mick Jones est aux manettes et dès le premier disque, cela sent le souffre. Les dandys déglingués Pete Doherty et Carl Barat se chamailleront deux ans plus tard. N'empêche, ce "Up The Bracket" reste aujourd'hui encore un des plus grands disques rock de ces dernières années en provenance de la perfide Albion.

29 août 2012

Swans - The Seer

Il y a quelques fois des rencontres fortuites, improbables. On ne rentre pas chez Swans par hasard, sans y être auparavant invité, sous prétexte de sérieuses désillusions. Le maître de maison, Michael Gira, n'est pas de ceux qui mettent tout de suite à l'aise. En trente ans de carrière, on ne peut pas dire qu'il ait fait beaucoup de concessions. A l'image de la pochette de "The Seer", la musique de Swans montre d'emblée les crocs. Prière de laisser votre répertoire de blagues potaches au placard, ce n'est pas le genre d'endroits où les gens viennent se décontracter et rigoler entre potes. Non, un disque de Swans est une expérience à vivre, en solo de préférence. Il faut accepter d'y pénétrer car rien n'y est fait pour rassurer : des titres souvent interminables, certains de plus de trente minutes, peu de paroles, des rythmiques martiales à faire froid dans le dos, des motifs répétitifs aux lentes progressions, idéales pour la transe, etc. Bref, Michael Gira est l'anti Wayne Coyne, le leader des Flaming Lips. Impensable qu'il daigne vous recevoir avec le canon à confettis. Avec sa dégaine de cowboy sur le retour, il pourrait bien sortir des flingues, des vrais. Mais alors, que fais-je ici, perdu dans les dédales des 11 titres et quelques deux heures de "The Seer" ? Pourquoi diable n'ai-je pas fait demi tour à la moindre première semonce de batterie ? Le morceau inaugural, "Lunacy", dont le titre est martelé à de nombreuses reprises de manière inquiétante, était sensé me prévenir.
Oui, mais je ne suis un insatiable curieux, il a fallu que j'aille voir plus loin. Et plus loin, surtout sur le deuxième disque plus accueillant, il y a d'abord une jolie balade chantée par Karen O puis "Avatar", un titre qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus. Une fois la visite achevée, je ne suis pas sûr de vouloir y retourner tout de suite. Je tiens à ma santé mentale. Avec "Avatar", j'ai au moins un résumé à moindre frais de l'expérience ressentie. Swans demeure une formidable machine de guerre en dehors de tout formatage, qui a le mérite de vous nettoyer les oreilles. Et de temps à autre, ça fait du bien.

27 août 2012

Dan Deacon - America

Voici le nouvel album d'un autre cinglé du rock indépendant US. Mais Dan Deacon, avec son allure de geek attardé, provoque d'emblée plus de sympathie qu'un Ariel Pink. Ici, on n'a de plus, pas l'impression d'être victime d'une quelconque manipulation. C'est de la musique à prendre au premier degré : festive, partant tout azimut, souvent même trop généreuse qu'elle en finit par fatiguer les tympans. "America" marque un tournant dans la carrière du bonhomme. D'abord, parce que c'est son premier disque sur un des labels les plus incontournables du rock indépendant, Domino. Ensuite, parce que pour la première fois, Deacon aborde des sujets plus sérieux, d'où ce titre d'album (à lire sa très intéressante interview dans Les Inrocks, pour preuve que sous des allures de demeuré, le gaillard est loin d'être idiot). Les deux morceaux les plus accrocheurs sont situés très rapidement sur le disque. "True Thrush" et "Lots" sont tout bonnement exceptionnels et feraient même danser une statue.
Ensuite, il y a la très belle "Prettyboy" dans la lignée du meilleur Brian Eno, incongruité totale tellement la mélodie est réduite pour une fois à sa plus simple expression. Car la suite et notamment la quadrilogie sur l'Amérique finit malheureusement par lasser. Il faut dire qu'une fois de plus, Deacon ne lésine pas sur les effets et sur les sons. Sa musique ? Un mélange de LCD Soundsystem pour l'efficacité disco-punk et d'Animal Collective pour le côté foufou et imprévisible. Malgré ses quelques défauts, "America" est déjà un des grands albums de la rentrée 2012.

Clip de "True Thrush" :

25 août 2012

DIIV (+Caandides+Parakeet) - Paris, La Plage Glazart - 23 août 2012

Retour à la plage Glazart - décidément l'un des lieux de sorties idéales du moment à Paris - trois jours après,  avec au programme trois noms de groupes aux voyelles doublées. On commence évidemment avec le "A" et Caandides, assez fidèles à leur patronyme. La musique de ces très jeunes français est en effet encore assez naïve, malgré les évidentes influences américaines, en tête desquelles Vampire Weekend. Ce qui nous manque souvent, comparé aux anglo-saxons, c'est un son, un vrai. Et là, une fois de plus, il n'y en a pas. C'est un espèce de gloubiboulga sans saveur, malgré parfois quelques tentatives de mélodies. C'est poussif et loin d'être suffisant pour espérer sortir le public parisien de sa torpeur et de ses discussions de vacances. Ensuite, on a droit au "E" dédoublé avec les anglais de Parakeet. Ce sont des britanniques qui font de la musique d'américains, très inspirés par la mouvance noisy et punk de la fin des années 80, Pixies, Nirvana et tutti quanti. Le constat est presque le même que pour nos frenchies, malgré un petit mieux au niveau du son, ça manque de vraies chansons pour accrocher. Et puis, et même si certains diraient qu'on s'en fout, le groupe n'a aucun charisme scénique, la chanteuse-bassiste se contentant de balancer ses cheveux et de brailler (telle une perruche?). Enfin, vint l'heure du "I" (dans l'ordre des voyelles, il y a une certaine cohérence dans la soirée) alias DIIV renommé après-coup; Dive, du nom d'une chanson de Nirvana, était déjà pris par un autre groupe. Et là, la différence se perçoit d'emblée, jusque dans l'attitude. Ici pas de fioriture, une préparation des instruments en un temps record et tant pis si le clavier ne marche pas, les gaillards n'ont pas l'air de s'en faire pour autant. Il faut dire que l'essentiel du public est venu pour eux, ça aide. Le chanteur et guitariste principal, au casque blond, est un ancien membre des excellents Beach Fossils et on reconnait tout de suite le jeu de guitare de la maison. Petit à petit, la formation se règle et la joie d'en être se ressent naturellement. Les titres ont beau tous se ressembler, quarante-cinq minutes à peine de concert, c'est trop court. On aurait bien repris un peu de voyelles finalement...
Tiens, petit quizz au passage, saurez-vous trouver le nom de groupes avec un "O" et un "U" doublé ?

24 août 2012

Elephant 6

Tiens, ça faisait longtemps que je n'avais pas agrémenté cette rubrique que d'aucuns trouvaient intéressante. (si, si, c'est vrai) Il a fallu cette fois-ci une bien triste nouvelle pour que je la relance. Et oui, la mort de Bill Doss. Pour les non initiés, ce nom ne dira rien du tout. Et ça tombe bien, parce que c'est aussi le but. Où est l'intérêt de parler d'une grande maison de disques remplie d'artistes archiconnus et reconnus ? Ben oui, où est l'intérêt ? Bill Doss était un des fondateurs de ce label au curieux nom, Elephant 6. (Un concert hommage a déjà lieu début août réunissant les principaux sociétaires du label). C'était aussi l'un des membres de Olivia Tremor Control, groupe qui, s'il n'a pas vraiment marqué les esprits pendant le court laps de temps où il a sévit, en gros pendant la seconde moitié des années 90, commence à acquérir depuis un statut culte pour quelques admirateurs éperdus. Il faut dire que leurs deux seuls albums sont remplis ras la gueule de chansons pop tarabiscotées et audacieuses et ont fait appel à pléthore d'invités alors inconnus au bataillon mais qui gagneront rapidement leur galon d'icônes dans le petit monde du rock indépendant, à commencer par monsieur Neutral Milk Hotel, à savoir Jeff Mangum, ou encore ce doux allumé de Kevin Barnes. Vous l'aurez compris, ce qui était au départ une banale histoire de potes fous de musique voulant monter leur propre label, a rapidement pris de l'ampleur, pour finalement plus ou moins s'arrêter sous l'effet de son propre succès. Au passage, ils auront su inventer une nouvelle façon d'envisager la pop, triturant les mélodies dans tous les sens tout en conservant le primordial aspect émotionnel. L'occasion de rappeler l'adage qui dit si bien qu'un éléphant, ça trompe énormément - oui, elle était facile.

Ci-dessous, une petite sélection de 6 titres "éléphantesques" arbitrairement choisis parmi les formations du label.

Apples In The Stereo - Tidal Wave

Olivia Tremor Control - I Have Been Floated

Elf Power - Jane

Neutral Milk Hotel - Holland, 1945

of Montreal - Wraith Pinned To The Mist

Beulah - If We Can Land A Man On The Moon Surely I Can Win Your Heart

22 août 2012

Memoryhouse (+Motorifik) - La Plage Glazart, Paris - 20 août 2012

Etant redevenu célibataire pour quelques jours, sans mouflet à garder, j'avais décidé de profiter de la chaleur estivale de cette fin de mois d'août pour sortir un peu. Bon, à Paris, l'été, ce n'est pas non plus Byzance côté événements culturels, mais il y a encore de quoi s'occuper les yeux et les oreilles. Il y a notamment ce concept plutôt intéressant de la plage concert (oui, depuis le succès de Paris-Plage, il y a une manie dans la capitale à vouloir recréer à tout prix l'ambiance de bord de mer). Le principal problème, c'est que cette soit-disant plage (sans la mer, donc), se situe Porte de la Villette, c'est-à-dire à un des endroits les plus moches de Paris, à deux pas du périph' et entouré de grandes barres d'immeubles tout gris. Au lieu de plage, on pourrait donc plutôt parler d'île, tellement elle semble isolée au beau milieu de nulle part. Enfin bref, l'idée est malgré tout louable (et louée), car elle permet d'assister à de sympathiques concerts, qui plus est, souvent gratuits. Ce lundi 20 août était donc programmé deux groupes de pop douce et délicate : les franco-anglais de Motorifik et le duo (trio?) canadien de Memoryhouse. On passera rapidement sur les premiers, qui répétaient à l'envi, être heureux d'être là et on les croirait volontiers. Leur musique est encore assez passe-partout, gentillette, comme un bon groupe de fin de lycée qui commence tout juste à écrire ses propres chansons. On les sentait tendus aussi, comme pour une première. Il faut dire que le public parisien, plutôt indifférent, n'aidait pas vraiment à sortir de son cocon. Les gens étaient plutôt venus là pour tailler une causette autour d'une bière, les pieds dans le sable, allongés pour certains sur des transats. Dans tous les cas, ils attendaient surtout la "tête d'affiche" : Memoryhouse. Les chansons des canadiens sont plus fouillées, ont davantage de style, même s'il ressemble à celui de beaucoup de groupes actuels. On pense à Beach House ou à Pains Of Being Pure At Heart. Il y a ce joli couple formé par la chanteuse à frange et son acolyte beau gosse à la guitare. Comme souvent dans les formations, le batteur particulièrement poilu est plus en retrait. Memoryhouse possède à son répertoire quelques titres pas dégueus comme "The Kids Were Wrong" qui font de temps en temps relever la tête, mais dans l'ensemble, ce n'est pas non plus la franche excitation. Ils sont sans doute parfaits pour supporter la canicule qui règne actuellement sur une grande partie de la France. Ils ne dérangent pas, ils accompagnent doucement cet état inconscient de ramollissement général. Sympathique, mais contrairement aux apparences, pas mémorable.

Lyle de "Dans le mur du son" a eu à peu de chose près la même vision de cette soirée. Quelques photos sont visibles ici.

21 août 2012

Ariel Pink's Haunted Graffiti - Mature Themes

John Maus possède un "frère de coeur" tout aussi barré que lui : Ariel Pink. A eux deux, ils forment les Starsky & Hutch de l'électro-pop tendance kitsch. L'un brun, l'autre blond. Mais des Starsky & Hutch conscients de leur penchant pour le second degré, un brin provocateurs. Si Maus est plus sauvage, noir, Pink comme son nom l'indique, est plus léger. D'ailleurs, il ne faut pas voir dans le titre de son nouveau disque, "Mature Themes", une envie soudaine de passer enfin à l'âge adulte. La musique est toujours insidieusement régressive et c'est ce qui fait sa marque de fabrique. Ariel Pink est sans doute le prototype même du rockeur du XXIème siècle. Habile faiseur, il a réussi à faire l'amalgame de plusieurs décennies d'influence (en s'arrêtant surtout sur la disco-pop italienne des années 80) tout en se dissimulant derrière un son intentionnellement cheap, bricolé et des paroles absconses. Comme s'il ne fallait pas tout livrer de prime abord avec la notice qui va avec. Comme s'il fallait paraître volontairement dilettante, à l'heure du règne absolue de la technologie.
Ses détracteurs ne verront que l'écran de fumée derrière lequel il se cache. Les autres feront l'effort d'attendre que le brouillard se dissipe, en y revenant plusieurs fois. Car, mine de rien, une fois qu'on y a goûté, cette dope-là produit son petit effet.

Clip de "Only In My Dreams" :

20 août 2012

La Route du Rock - 10 août 2012 : Spiritualized, Dominique A, Patrick Watson, Alt-J, etc

On ne va pas se le cacher, même si l'été et les premières vraies chaleurs ont tardé à pointer le bout de leur nez, la rentrée approche désormais à grand pas et avec elle, sa cohorte de sorties musicales qui s'annoncent passionnantes (Animal Collective, Grizzly Bear, Wild Nothing, Dan Deacon, David Byrne & St Vincent, Benjamin Biolay, j'en passe et des sûrement meilleures...). En attendant, rien de tel qu'un retour sur de récentes vacances dans ma Bretagne natale avec l'un des meilleurs festivals rock de France : la Route du Rock. Et je ne dis pas ça par chauvinisme. Pour preuve, rien que la première journée (la seule à laquelle j'ai assisté) comptait pas moins de quatre disques dont j'ai déjà parlé ici  : Alt-J, Patrick Watson, Dominique A et Spiritualized. La soirée a d'abord commencé avec Yeti Lane sur la très petite scène de la Tour. Ce n'est jamais facile d'ouvrir les hostilités d'un festival et ces français sous haute influence Grandaddy l'ont plutôt réussi, faisant progressivement monter l'adrénaline en terminant par "Analog Wheel", joli final en apothéose.

Ensuite, ce fut déjà l'un des concerts les plus attendus. Dès leur arrivée sur scène, le moins que l'on puisse dire, c'est que les anglais d'Alt-J ne sont pas, comme on aurait pu le croire, très à cheval sur l'apparence. Sans doute pas habitués à pareille chaleur dans leur contrée, ils débarquent, le teint rougi par le soleil et attifés de vieilles fringues qu'on jurerait achetées chez kilo-shop, le genre de sapes bariolées des années 90 difficilement sortables aujourd'hui. Mais le groupe ne semble en avoir cure et délivre un set appliqué. Cela manque pourtant d'un grain de folie pour emporter véritablement l'adhésion générale, hormis peut-être sur les magnifiques "Breezeblocks" et "Taro" (hommage à l'une des premières photo-journalistes, amie du célèbre photographe Robert Capa) en clôture de leur prestation. Si la musique d'Alt-J propose un métissage assez novateur et dégage une fraîcheur vivifiante, elle ennuie aussi - un peu - sur la longueur.

Si on pouvait reprocher aux jeunes anglais de manquer de charisme, impossible de faire les mêmes critiques envers Patrick Watson. Le canadien à l'accent québecois par moments incompréhensible semble particulièrement à l'aise sur une scène. Il jouera des versions revisitées des chansons de ses trois albums et bien sûr surtout du dernier "Adventures In Your Own Backyard". On assiste à un sympathique boeuf entre les musiciens, les mélodies plus encore que sur disque s'en retrouvent déstructurées. Le problème, c'est qu'ils n'ont pas réussi à me faire rentrer dans leur délire. A l'image de ces soirées où semble régner une ambiance de franche camaraderie autour de nous, et où pourtant, on se sent désespérément seul, pas intégré. Et puis, trop de décontraction nuit à l'émotion. 
Vint alors celui dont j'attendais le moins. Enfin, façon de parler, disons que j'avais déjà assisté à l'un des premiers concerts de sa tournée et que je voyais alors son dernier. Ce ne pouvait être une révélation, même si Dominique A en live reste toujours une expérience. L'artiste montrera une fois de plus à ceux qui ne le savaient pas encore qu'il est devenu une véritable "bête de scène". Malheureusement, c'est le moment qu'ont choisi certains spectateurs, les plus jeunes, pour aller voir ailleurs et faire leur pause galette saucisse ou autres nourritures plus industrielles et standardisées. Oui, ne nous voilons pas la face, Dominique A n'est pas un chanteur pour midinettes mais pour trentenaires, que dis-je quarantenaires aguerris. On a beau reconnaître un soupçon de Noir Désir derrière le riff inaugural de "Close West", tout ceci appartient, qu'on le veuille ou non, à la génération de ceux qui étaient ados dans les années 90. Faisant évidemment partie de cette catégorie-là, je trouvais le concert parfait, comme à son habitude. Pour montrer sa belle inspiration du moment, "Des Leurs" et "Mainstream" joués une nouvelle fois auraient aussi mérité être présents sur le dernier disque (et pas seulement sur une édition spéciale de la FNAC)

La soirée montait intelligemment en puissance avec Jason Pierce et son Spiritualized. Drôle de scénographie avec d'un côté les musiciens (guitare/basse/batterie/claviers) tout de noir vêtus, et de l'autre, le chanteur avec deux choeurs en blanc immaculé. La lumière noire et la lumière blanche. Le rock et le gospel, la soul. L'une qui fait plonger dans une infinie tristesse, l'autre qui élève et transporte. Spiritualized, forcément. Belle image, en somme. Le concert alternera de la même façon les passages violents (un final tout en larsen difficilement supportable dans l'esprit de My Bloody Valentine) et les chansons d'amour plus calmes (géniale et émouvante version de "Ladies and gentlemen, we are floating in space"). Reste le principal défaut que je ferai au groupe, cette manie de rallonger quelques fois inutilement la sauce, au risque de lasser.

Enfin, détour pour la deuxième et dernière fois de la soirée par la scène de la Tour avec ce qui est pour moi, la grande découverte du jour : Civil Civic. Ces deux jeunes garnements balancent une sorte de disco-punk instrumentale un peu brouillonne mais donnant une envie irrépressible de se trémousser. Et tant pis si les quelques interventions en mauvais français du bassiste sont désolantes de vulgarité et de banalité. "Ferme la et joue" dira d'ailleurs justement un auditeur encore plein de bon sens malgré l'heure tardive. On pense à un curieux mélange entre Sonic Youth et New Order. A suivre, donc.

Dernière prestation avant de regagner nos pénates, les petits chouchous du co-programmateur du festival, François Floret - qui n'a pas hésité à les faire venir malgré le fait qu'ils n'ont pas d'actualité et qu'ils ne tournaient même pas - The Soft Moon. Leur musique comme leur tenue est très sombre. Bien dans l'esprit du festival, pas franchement apte à la gaudriole. Si le son est impressionnant, il est malheureusement en partie pré-enregistré, donnant l'impression étrange au groupe d'être là sans vraiment y être. On y dénote des affinités évidentes avec les Horrors sans le côté grand-guignolesque souvent propre aux anglais. Sans les mélodies marquantes aussi. La soirée s'achève donc sur une légère déception. Les groupes attendus ont juste fait le boulot. Dominique A reste Dominique A. Et puis, il y eut la découverte Civil Civic...

D'autres captations live de la soirée seront bientôt visibles ici.

8 août 2012

Bloc Party - Banquet (2004)

Quand ils ont débarqué à peu près en même temps que les Franz Ferdinand, j'ai d'abord été méfiant : encore un de ces groupes de rock éphémères, encensés aujourd'hui par le NME et descendus en flamme dès le deuxième disque. Et puis, je me suis laissé prendre, comme beaucoup, par ce revival très efficace de cold wave et de post punk, cet adroit mélange de Gang of Four, de Police, avec un zest de Cure. La collection de singles ("Banquet", "Helicopter", "Little Thoughts") annonciateurs de l'album était pour le moins ravageur. Puis, "Silent Alarm" est presque arrivé trop tard. Il m'a déçu. D'autres formations du même genre étaient apparus entre temps. Je me suis alors rapidement désintéressé de Bloc Party. En plus, ils me donneront en partie raison pour la suite : si la guitare épileptique qui caractérise leur musique est toujours présente, la troupe du leader d'origine nigériane Kele Okereke oublie régulièrement d'écrire des chansons - un quatrième disque trivialement intitulé "Four" sort dans quelques jours. Mais en y revenant dernièrement, j'ai pu ré-apprécier "Silent Alarm" et lui redonner sa juste place. "Banquet" est une des grandes chansons rock des années 2000. Elle porte très bien son nom. Banquet pour tous !

A heart of stone, a smoking gun
I can give you life, I can take it away

A heart of stone, a smoking gun
I'm working it out
Why'd you feel so underrated?
Why'd you feel so negated?

Turning away from the light
Becoming adult
Turning into myself
I wanted to bite not destroy
To feel her underneath
Turning into the light


She don't think straight
She's got such a dirty mind and it never ever stops
And you don't taste like her and you never ever will
And we don't read the papers, we don't read the news
Heaven's never enough, we will never be fooled

And if you feel a little left behind
We will wait for you on the other side

Cos I'm on fire
Cos you know I'm on fire when you come
Cos you know I'm on fire
Cos you know I'm on fire so stomp me out
Cos I'm on fire [x4]

6 août 2012

Eugene McGuinness - The Invitation to the Voyage

Après le vin, la bière - oui, c'est l'été, on fait les rapprochements qu'on peut - mais si la musique de Meursault pouvait avec un peu d'audace se délecter avec la boisson du même nom, celle de ce jeune anglais n'est pas forcément de celle qu'on écoute une pinte à la main. "The Invitation To The Voyage" n'en est pas vraiment une. C'est plutôt une remontée dans le temps, un retour à l'insouciance des eighties. C'est le deuxième disque de Eugene McGuiness, ami de Miles Kane, responsable l'an passé d'un sympathique disque de pop symphonique et lui-même ami de Alex Turner, le chanteur des Arctic Monkeys, avec lequel il a créé The Last Shadow Puppets. Bref, tout cela constitue la nouvelle grande fratrie de la pop anglaise. Depuis son premier essai, le jeune Eugene a considérablement changé de look. Il arbore désormais un style de dandy, plus assuré, à la Marc Almond, le leader des célèbres Soft Cell.
Rayon musique, c'est tout de même nettement moins maniéré et plus décalé - en témoigne les clips ci-dessous. "The Invitation To The Voyage" est un charmant clin d'oeil à la vague néo-romantique (Duran Duran, Ultravox, Spandau Ballet,etc) qui avait à l'époque de la new wave connu un très large succès. Longtemps raillée pour son côté kitsch, celle-ci redeviendrait-elle à la mode ? Avec en plus ce mélange paradoxal de nostalgie et d'ironie bien dans l'air du temps...

Clip de "Lion" :

Clip de "Shotgun" :

Clip de "Harlequinade" :

Album en écoute intégrale sur Deezer.

3 août 2012

Meursault - Something for the Weakened

On connaissait déjà le célèbre vin et le personnage principal de "L'étranger" de Camus, il faudra désormais rajouter le nom de ce groupe écossais dont je parle déjà pour la deuxième fois. En provenance de Edimbourg, Meursault pratique sur le bien nommé "Something for the Weakened" un folk-rock fragile mais plus apaisé qu'auparavant. Même si, sur quelques morceaux enflammés comme l'excellent "Flittin'", leur musique capiteuse s'autorise toujours de tonitruantes envolées. Si on leur accolait autrefois l'étiquette d'"epic lo-fi", sorte d'Arcade Fire en version bricoleux, ce n'est plus vraiment le cas maintenant. Epique, sans doute encore un peu. Par contre, on ne ressent plus tellement le côté amateur et certains pourront s'en attrister. Le son n'est plus caché sous quelques artifices. Au contraire, il s'est bonifié, a pris du corps, à l'instar de la voix de Neil Pennycock, plus forte et émouvante que jamais.
"We were not weakened anymore" clament-ils sur le premier titre "Thumb". On espère tout de même qu'ils garderont un peu de cette douce mélancolie. Même si elle n'est pas de saison, elle leur va si bien au teint.

1 août 2012

Buzzcocks - Ever Fallen in Love (with Someone you Shouldn't've Fallen in Love with) (1978)

Pour moi comme pour beaucoup, les Buzzcocks font partie de ces groupes chéris, divines incongruités, pas vraiment en phase avec leur époque. Pourtant, "Spiral Scratch", leur premier EP paru en 1976 est souvent considéré comme le premier disque de la vague punk anglaise qui emporta le rock sur une autre planète à mille lieues des sempiternels solos de plomb du rock progressif alors encore très à la mode. Un sacré coup de pied dans la fourmilière ! Martin Hannett est déjà à la production. On le retrouvera bien sûr plus tard avec Joy Division. Mais dès 1977, Howard Devoto l'un des deux leaders des Buzzcocks avec Pete Shelley quitte le navire, trouvant que le punk n'est désormais plus un état d'esprit mais seulement une attitude. Il fondera les tout aussi indispensables Magazine. De son côté, Shelley poursuit dans une veine plus pop. Alors que les Pistols parlent de néant et de destruction, les Clash et les Jam de politique, les Mancuniens ne revendiquent rien et se contentent de parler d'un sujet encore plus universel (et consensuel?) : les difficiles amours adolescentes. Les Smiths, bien sûr, s'en inspireront. Plus à l'aise sur 45 tours que sur 33, les Buzzcocks disparaîtront en 1981 après seulement trois disques, pour revenir en 1989 et ne plus jamais vraiment s'arrêter - on les retrouvera notamment à Bordeaux à la fin du mois de septembre dans le cadre d'un nouveau festival prometteur. Bien sûr, ce n'est plus aussi tranchant qu'à leurs débuts mais il paraît que sur scène, ils tiennent encore facilement la comparaison avec la jeune génération. Il faut dire qu'avec des titres comme "Orgasm Addict", "What Do I Get" ou ce fabuleux "Ever Fallen in Love" à leur répertoire...

You stir my natural emotions
You make me feel I'm dirt
And I'm hurt
And if I start a commotion
I run the risk of losing you
And that's worse

Ever fallen in love with someone?
Ever fallen in love?
In love with someone
Ever fallen in love? (Love…)
In love with someone
You shouldn't've fallen in love with

I can't see much of a future
Unless we find out what's to blame
What a shame
And we won't be together much longer
Unless we realize that we are the same

Ever fallen in love with someone?
Ever fallen in love?
In love with someone
Ever fallen in love? (Love…)
In love with someone
You shouldn't've fallen in love with

You disturb my natural emotions
You make me feel I'm dirt
And I'm hurt
And if I start a commotion
I'll only end up losing you
And that's worse

Ever fallen in love with someone?
Ever fallen in love?
In love with someone
Ever fallen in love? (Love…)
In love with someone
You shouldn't've fallen in love with

Ever fallen in love with someone?
Ever fallen in love?
In love with someone
Ever fallen in love? (Love…)
In love with someone
You shouldn't've fallen in love with

Ever fallen in love?
In love with someone
Ever fallen in love? (Love…)
In love with someone
You shouldn't've fallen in love with

Fallen in love with
Ever fallen in love with someone
You shouldn't've fallen in love with…