28 septembre 2012

Chris Cohen - Overgrown Path

Chris Cohen fait partie de ces hommes de l'ombre. Tout d'abord, son nom particulièrement commun et passe-partout n'est pas de ceux qu'on retient  instantanément. Ensuite, qui, à part d'indécrottables curieux, pour savoir que le monsieur a officié au sein de Deerhoof ou d'Ariel Pink ? Et puis, excepté Magic - qui, au demeurant, l'encense carrément, faisant appel à des références aussi prestigieuses que Nick Drake ou les Zombies - pour parler publiquement de ce disque sorti en catimini sur le pourtant très classe label Capture Tracks ? A ma modeste mesure, il fallait donc que je m'y colle, parce que ce "Overgrown Path" mérite beaucoup mieux qu'une telle indifférence. J'avais oublié un autre point qui ne jouera pas en sa faveur. La musique de Cohen, douce et simple en apparence, n'est plus vraiment de saison. 
Elle se prête plus facilement aux beaux jours qui, malheureusement , ont semble-t-il dit leurs derniers mots pour 2012. Tantôt mélancoliques ("Heart Beat", "Inside A Seashell"), tantôt plus enjouées ("Rollercoaster Rider", "Optimist High"), les morceaux sont tous aussi légers. Tellement légers, qu'ils pourraient en devenir presque transparents. Il y en a vraiment qui ne font rien pour se faire remarquer. C'est aussi souvent ceux là qui, sur le long terme, finissent par laisser le plus de traces... 

27 septembre 2012

Festival : Les Inrocks Volkswagen vs. Pitchfork


















Les vacances de la Toussaint durent cette année - "le changement c'est maintenant" -  deux semaines. C'est l'occasion idéale - je parle bien sûr pour les parents qui peuvent laisser leur progéniture en garde, chez les grand-parents par exemple - d'en profiter en allant écouter un peu de musique. Je vous propose donc de choisir entre les deux festivals "mastodontes" du rock indépendant : l'habituel festival des Inrocks Volkswagen et celui nettement plus récent de Pitchfork. Bon, vous pouvez aussi bien aller aux deux car les dates ne se chevauchent pas, mais gare au trou dans le porte monnaie... Dans tous les cas, voici un bref comparatif des forces en présence. Tout cela est évidemment subjectif...

Le magazine / le webzine

Les Inrocks : Depuis peu, le magazine a vu arriver à sa tête, Audrey Pulvar, femme de ministre, et n'ayant pas pour réputation d'être très "rock'n'roll". Mais c'est peu dire que la musique n'est plus, depuis un bail, le sujet principal de l'hebdomadaire. On y parle de tout et (surtout?) de rien : de politique, de sujets de société, de culture aussi. Comme dans les émissions d'Ardisson ou Ruquier. Plus que jamais, il faut trier, quitte à ne presque rien garder...
Pitchfork : Le petit webzine originaire de Chicago est devenu grand. Son influence est désormais indéniable. Le festival est l'occasion de passer encore à la vitesse supérieure en terme de reconnaissance. Si Pitchfork a réussi à mettre sur le devant de la scène quelques grands groupes rock actuels (Arcade Fire, Animal Collective, Grizzly Bear, etc), ses goûts deviennent à force de plus en plus prévisibles - malgré la note "surprise" accordée au dernier Animal Collective, pas si bonne que prévue. 

Vainqueur : Pitchfork.

La programmation

Les Inrocks : Comme à son habitude depuis quelques années, le festival ratisse large, mélangeant les genres. Comme pour le magazine, il faudra piocher parmi les valeurs sûres (Pulp, Biolay, Spiritualized, Tindersticks, etc) et quelques nouveautés excitantes (Alt-J) et laisser tomber celles dont on se serait volontiers passé (Electric Guest). 
Pitchfork : Là aussi, programmation sans grande surprise avec les deux têtes de pont que sont Animal Collective et Grizzly Bear (desquels le site a grandement participé au succès) et une soirée plus frenchie et forcément électro avec M83 et Sébastien Tellier. C'est très (trop?) homogène mais cela semble manquer de grandes formations scéniques capables d'enflammer les foules.

Vainqueur : Ex-aequo.

Les salles / l'organisation

Les Inrocks : Le festival a la bonne idée de s'exporter aussi en province, même si les principales têtes d'affiche ne s'y déplacent pas. Autre avantage indéniable, celui de ne proposer que quelques groupes par soir, ce qui laisse la possibilité de tous les voir. Avantage qui a aussi ses inconvénients, celui d'être "obligé" de tout écouter, voire de ne pas être rassasié avec un seul soir.
Pitchfork : Un seul lieu ou presque, la grande halle de la Villette, qui n'est pas, loin s'en faut, réputée pour avoir la meilleure acoustique de Paris et pléthore (trop?) de formations programmées chaque soir.

Vainqueur : Les Inrocks.

L'ambiance

Les Inrocks : Comme la programmation est assez variée, le public aussi. On va du quadra sage et rangé à l'adolescent excité et à peine pubère. Comme le festival se déplace un peu en province, on se retrouve à Paris avec des spectateurs essentiellement... parisiens, c'est-à-dire plutôt blasés et pas toujours réceptifs à la nouveauté. Je me rappelle d'une prestation de Joanna Newsom où le son de sa voix et de sa harpe étaient largement couverts par le brouhaha des gens venus avant tout pour discuter autour d'une bière... Pas très respectueux.
Pitchfork : Je n'y ai jamais mis les pieds mais j'imagine un public moins hétéroclite, plutôt 25-30 ans, plutôt bobo, plutôt pas très apte à bouger son corps.

Vainqueur : Ex-aequo.

Les tarifs

Les Inrocks : Les tarifs sont raisonnables et dans la moyenne de ceux pratiqués pour un festival. Même Pulp à l'Olympia pouvait se voir à moindre frais. Encore fallait-il être très très rapide pour réserver ses places, car celles-ci sont parties en à peine quelques dizaines de minutes. D'ailleurs, si quelqu'un aurait des places à vendre (pas trop chères bien sûr), je suis preneur ;-)
Pitchfork : Avec un forfait à 130 euros les trois jours ou 50 euros la soirée, on est plus près des tarifs anglo-saxons. Pas à la portée de toutes les bourses, donc. Les américains ne doivent pas savoir qu'il y a une crise en Europe. A moins que le festival ne soit justement sensé cibler une clientèle que la crise ne touche pas...

Vainqueur : Les Inrocks.

Au final, ce sont donc les Inrocks qui l'emportent d'une courte tête... Ben oui, j'ai beau ne plus lire le magazine, faire venir Pulp, quand même !

26 septembre 2012

Holden : Hold them !

En fait, je ne sais pas pourquoi je vous parle de ce groupe aujourd'hui et pourquoi je vais vous dire de les aider en participant indirectement à la création de leur nouvel album. En effet, la seule fois où j'ai pu les voir en concert ne m'a pas laissé un souvenir très agréable. Pourtant, sur le papier, cela avait l'air plutôt sympa, champêtre. C'était très récemment dans le cadre du festival Kiosquorama. Je voulais même en faire un petit compte rendu au travers d'un post ici même... Et puis, finalement, non. Holden jouait avec Reza et Cléo T. dans un square du XIème arrondissement de Paris. Vous savez, ce genre de lieux habituellement surpeuplés d'enfants braillards et courants dans tous les sens. L'endroit typique que les gens sans marmaille fuient forcément, de peur d'être pris d'accès folie, prenant un gamin au hasard pour en frapper un autre. Pour ma part, étant déjà deux fois papa (par masochisme?), je me suis bêtement dit que c'était au contraire l'occasion idéale d'écouter de la bonne musique, en famille, "pendant que les enfants jouent", comme dirait l'autre. J'avais oublié une chose, les enfants ne jouent pas. Enfin, pas vraiment. Non, ils se blessent, cassent, piquent les jouets des autres, font un peu n'importe quoi. Et pendant ce temps-là, nous, parents, on les surveille. Et il est alors bien difficile de vaquer tranquillement à nos occupations. Surtout, quand un square rempli de poussettes se transforme d'un coup, d'un seul, en salle de concert, mais extérieur oblige, avec fumée de cigarettes en supplément. Et voilà, je fais mon vieux réac'...Enfin, bref, c'était une mauvaise idée et un dimanche après-midi qui s'annonçait radieux, contentant tout le monde, a fini en plan galère.

Bien sûr, le groupe Holden n'était pas responsable. Restant désespérément cantonnés dans l'ombre depuis leurs débuts discographiques, ils méritent, de plus, bien qu'on les aide un peu. Ils font aujourd'hui appel à la générosité des internautes afin de récolter 15 000 euros pour l'enregistrement de leur nouveau disque "Sidération". Quand on voit qu'une chanteuse comme la délurée et fatigante Amanda Palmer a réussi à engranger 1 million de dollars, on se dit qu'en comparaison nos petits français ne réclament pas grand chose. Alors, à votre bon coeur, messieurs, dames, (ça se passe ici) surtout qu'à hauteur de votre engagement, vous aurez droit à un joli cadeau. En tout cas, on hâte d'écouter leur déjà cinquième disque... 

24 septembre 2012

The Bewitched Hands - Vampiric Way

Revoilà mes Rémois préférés, j'ai nommé les mains ensorcelées avec leur pop brinquebalante et leurs mélodies fluos qui jouent au flipper. Si le Stade de Reims est enfin remonté en Ligue 1, le groupe, lui, ne joue pas encore les premiers rôles mais fait plutôt désormais figure de solide équipe de L2. Avec "Vampiric Way", ils confirment donc qu'ils en ont sous la pédale. L'inspiration est toujours là, même si il n'y a rien de bien nouveau. Certains les voyaient déjà grands, s'imaginant avoir trouvé un groupe pop-rock français faisant une musique dont on serait fier de faire écouter à nos voisins britons. The Bewitched Hands font simplement partie de toute cette clique de jeunes gens élevés au milieu des harmonies des Beatles et des Beach Boys, qui placent la mélodie au dessus de tout. A cette base, ils ajoutent un côté ludique qu'on jurerait emprunté à l'univers des jeux vidéos. On pourrait les rapprocher en cela de I'm From Barcelona, Architecture in Helsinki, Los Campesinos, etc.
Car, on entend, dans la musique de toutes ces formations, la même fraîcheur, la même spontanéité, la même absence de calcul. Et tant pis si les paroles sont très "premier degré", du moment que les chansons restent dans la tête et qu'elles donnent l'envie de taper du pied et de frapper dans les mains. La France n'a jamais été championne du monde de pop, mais elle dispose avec des groupes comme The Bewitched Hands de valeureux outsiders.

Clip de "Thank You, Goodbye, It's Over" :

Album en écoute intégrale sur Deezer.

21 septembre 2012

Madness - My Girl (1979)

Pendant longtemps, j'ai cru que Madness se résumait à leur célèbre "One Step Beyond", qu'ils n'étaient qu'un gentil groupe britannique de ska, adeptes de la gaudriole et en contradiction totale avec les new waveux plus tristounes qui débarqueront peu de temps après. Même le plus encore diffusé "Our House" ne m'avait pas fait changer d'avis. Il faut dire que la télé le repasse systématiquement dès lors qu'il est question de maison et de bricolage, c'est-à-dire très souvent - ils sont tellement sympas, Valérie Damidot et Stéphane Plaza ! Et puis, je suis tombé sur "My Girl" et là, ce fut une autre histoire. Cette chanson est un petit bijou pop, en dehors de toute mode, sur le sujet intemporel de l'incompréhension entre les sexes. En 2012, le groupe se reforme pour une énième fois et sortira très prochainement un nouvel album au titre plutôt alambiqué ("Oui Oui Si Si Ja Ja Da Da"). Avec un titre pareil, on se demande d'ailleurs qui aura le courage d'y jeter ne serait-ce qu'une oreille. Car c'est peu dire que Madness n'intéresse plus grand monde à part quelques furieux nostalgiques. Qui, parmi le jeune public du Rock en Seine 2009 à ne pas considérer ces joyeux anglais comme de doux ringards ? Sur ce nouvel opus, on annonce quand même un "My Girl 2". Ce pourrait être l'occasion idéale pour eux de fermer définitivement la page. En revenant à leurs plus belles heures ? On aimerait y croire même si les suites sont rarement aussi chouettes que les premières moutures...

My girl's mad at me
I didn't wanna see the film tonight
I found it hard to say
She thought I'd had enough of her
Why can't she see
She's lovely to me?
But I like to stay in
And watch t.v. on my own
Every now and then
My girl's mad at me
Been on the telephone for an hour
We hardly said a word
I tried and tried but I could not be heard

Why can't I explain?
Why do I feel this pain?
'Cause everything I say
She doesn't understand
She doesn't realise
She takes it all the wrong way
My girl's mad at me
We argued just the other night
I thought we'd got it straight
We talked and talked until it was light
I thought we'd agreed
I thought we'd talked it out
Now when I try to speak
She says that I don't care
She says I'm unaware
And now she says I'm weak

19 septembre 2012

Woods - Bend Beyond

Ceux-là, j'avais déjà eu envie d'en parler au moment de la sortie de leurs précédents disques. "Sun & Shade" notamment. Pour "Pushing Onlys" surtout, son formidable titre d'ouverture. Mais j'ai été rattrapé malgré moi par d'autres albums plus racoleurs, négligeant la modestie des américains de Woods. Comme c'est une formation très productive,  avec un rythme d'un disque tous les ans, j'arrive quand même aujourd'hui à glisser quelques mots sur eux. Et le nouveau est dans la lignée de ce qu'ils font depuis leurs débuts, c'est-à-dire un folk mélodique qui lorgne vers le flower power de la fin des années 60, celui des Byrds par exemple. Woods est typiquement le genre de petits groupes qui n'inventent rien, se contentent d'une musique archi-rabâchée depuis des décennies, mais qui le fait de mieux en mieux. Pas décidés qu'ils sont à stopper la jolie inspiration dont ils font régulièrement preuve.
Les musiciens de Woods ont progressé, délaissé le côté lo-fi. Ils se retrouvent du coup, sur ce "Bend Beyond" avec une poignée d'hymnes pop-folk de très haute tenue, comme le single "Cali In A Cup". Des mélodies toutes simples en apparence mais qui imprègnent l'inconscient. Des outsiders qui pourraient bientôt créer la surprise et sortir enfin du bois...

Clip de "Cali In A Cup" :

Album en écoute intégrale sur Spin.

17 septembre 2012

Grizzly Bear - Shields

Je croyais quoi, moi ? Que ces ours-là pouvaient pondre à foison le même disque génial que "Veckatimest", album de l'année 2009, élu à l'unanimité de moi-même. Faut pas pousser quand même. C'est l'éternelle rengaine : comment ne pas décevoir après avoir tellement plu ? On s'imagine bêtement qu'on sera aussi émoustillé à chaque nouvelle livraison musicale du groupe et puis, à peine passée la première écoute, le désenchantement pointe déjà le bout de son nez. Où est la magie ? Où sont les mélodies et les voix qui faisaient hérisser les poils ? Il faut alors un certain temps pour redevenir raisonnable et faire comme si on n'en attendait rien. "Half Gate" séduit pourtant tout de suite. Les titres annonciateurs de l'album, déjà entendus il y a quelques semaines sur la toile, "Sleeping Ute" et "Yet Again" sont excellents aussi. Bref, au bout du compte, ce n'est pas si vilain, loin s'en faut. 
Mais quelque chose est cassé, comme un jouet que l'on aurait confisqué à un enfant. Comme un Noël qui n'aurait pas apporté son lot de cadeaux et surprises espérés. Bizarre de retomber ainsi en enfance à propos d'une musique si adulte. Il fallait sans doute cela pour pouvoir ensuite ré-apprécier à sa juste valeur leur futur disque. Déception, oui, pas une raison suffisante pour déjà vendre la peau de ces ours au folk encore très bien léché.

14 septembre 2012

Top albums 2001

2001, l'année du 11 septembre. L'année de quelques très bons disques aussi. L'année du renouveau d'une certaine idée "traditionnelle" du rock. Les Strokes en sont les plus brillants représentants avec un premier album qui fait déjà office de classique. L'indie-pop américaine n'est pas en reste avec trois grands albums de trois de ses plus brillants porte-paroles : Mercury Rev, Sparklehorse et Pinback. 2001, ce fut aussi pour moi la découverte des Czars, formidable formation de pop-folk trop méconnue, dont le chanteur John Grant, aujourd'hui en solo, semble connaitre enfin une petite reconnaissance méritée. Coté britannique, Radiohead conserve son titre de plus grand groupe de rock actuel en remettant une couche supplémentaire à son précédent "Kid A". The Divine Comedy se "regénère" intelligemment en piquant le producteur de ces derniers. Spiritualized s'offre un grand orchestre classique pour un somptueux "Let It Come Down". La France découvre enfin Yann Tiersen par le biais d'Amélie Poulain en oubliant presque la belle "Absente" et Dominique A signe un retour à la "vie" remarqué.

10. The Divine Comedy - Regeneration 
Neil Hannon prend le producteur de Radiohead et laisse tomber ses envies un brin mégalos de symphonies pop baroques. "Regeneration" porte bien son nom en ce sens qu'il fait écho à son premier disque, l'autre bien nommé, "Liberation", deux albums à la sensibilité moins ostentatoire, plus humble et raffiné. Et le petit irlandais redevient un des plus grands songwriters de ces vingt dernières années...

9. Yann Tiersen - L'absente 
"L'absente", sortie la meme année que la bande originale d'Amélie Poulain, a été injustement ternie par l'incroyable succès de cette dernière. Lors d'être un disque de routine, il résume admirablement bien le Tiersen d'avant tout en dévoilant déjà celui d'après. Et puis, les invités tous plus classieux les uns que les autres, sont au diapason.


8. Sparklehorse - It's a wonderful Life 
Un titre tristement prémonitoire ? Sachant que depuis, Mark Linkous, le leader de Sparklehorse a mis fin à ses jours, la chanson éponyme, comme l'ensemble de ce superbe disque, presque apaisé, prend aujourd'hui une connotation encore plus dramatique.


7. Mercury Rev - All is dream
Mercury Rev continue dans la lignée de leur génial "Deserter's Songs". Les mélodies ne sont peut-être plus aussi accrocheuses, les penchants psychédéliques reviennent de manière plus évidente, mais ce "All Is Dream" contient suffisamment de climats différents et de très beaux textes pour séduire presque autant que son prédécesseur.


6. Spiritualized - Let It Come Down 
Jason Pierce abandonne un peu ses relents "bluesy" et les grosses guitares pour délivrer son disque le plus mélodique, le plus symphonique avec la présence d'un grand orchestre. L'homme semble enfin délivré de ses vieux démons et sa musique s'en retrouve plus belle que jamais.


5. Dominique A - Auguri 
Après le ténébreux et renfermé "Remué", Dominique A s'autorise une première véritable sortie au grand air. Sa musique prend alors une ampleur et une diversité inattendues. "Auguri" contient au moins deux des plus grandes chansons de son auteur ("Pour La Peau" et "Le Commerce de l'eau") et aussi deux reprises, une prévisible (Polyphonic Size) et l'autre nettement moins (Dalida). Décidément, à chaque disque, le chanteur parvient brillamment à se réinventer.

4. Pinback - Blue Screen Life 
Ils ne sont que deux mais jouent chacun de tous les instruments. Pas étonnant au final qu'on ait l'impression d'entendre sur la plupart des titres de ce "Blue Screen Life", deux chansons en une, voire plus encore. Le genre de disques à tiroirs et durée de vie infinie.


3. The Czars - The Ugly People Vs. The Beautiful People 
Le moment où je découvre (enfin?) l'existence de ce groupe à la pureté musicale familière tout en étant malheureusement bien trop rare. Les mélodies belles à pleurer se bousculent dès le début de ce disque. Et tout du long, l'inspiration semble ne jamais se tarir. Voilà une source limpide dans laquelle il est toujours agréable de plonger.


2. Radiohead - Amnesiac 
Le groupe d'Oxford enfonce le clou après le surprenant virage expérimental amorcé avec "Kid A". Certains lâcheront définitivement le train en marche... D'autres plus aventureux ne jureront plus que par Thom Yorke et sa bande. Même s'il commence désormais à bégayer, Radiohead s'était alors définitivement envolé au-dessus de la masse.


1. The Strokes - Is This It ? 
Est-ce tout ? Oui, un disque essentiel et puis s'en va. Ces jeunes gens savamment dépeignés et habillés venant des milieux branchés new-yorkais relancent le rock à papa des années 60/70 et c'est diablement efficace. Mais inévitablement éphémère. En attendant, on est reparti pour un tour. Comme quoi, le rock, lui, est éternel.

12 septembre 2012

Talking Heads - Road To Nowhere (1985)

Prenons une nouvelle pause au beau milieu de cette rentrée musicale plutôt décevante en revisitant nos classiques. David Byrne, l'ex-chanteur des Talking Heads, fait régulièrement parler de lui depuis la séparation de son groupe, notamment par le biais du label qu'il a fondé et de ses nombreuses collaborations. La dernière date ? Avec St Vincent, alias Annie Clark. Leur album commun, pas désagréable en soi, comme les disques de la belle, manque d'un je-ne-sais-quoi de spontanéité et de mélodies marquantes pour me donner l'envie d'y revenir plus souvent. Pourtant, Byrne vieillit plutôt bien, contrairement à beaucoup d'autres. Il reste à l'écoute des nouveautés, fait découvrir de nombreux artistes, même si sa production personnelle, en dépit de quelques très bons albums ("Rei Momo" ou "Grown Backwards" pour ne citer que ceux-là),  restera sans doute éternellement en retrait par rapport à celle de ses "têtes parlantes". Pas moins de trois disques indispensables (, , et ) et une chanson qui, plus encore, que leurs premières productions, demeurera comme la plus évidente. De celles qui peuvent toucher facilement le plus grand nombre. "Road To Nowhere", de par sa construction intelligente, sa mélodie entêtante, et son thème universel est le plus grand "tube" du groupe. Qui, pour savoir réellement où il va et ce que demain lui réserve ? Une formidable apologie du doute et de l'inconnu. Bref, de la vie, quoi !

Well we know where we're goin'
But we don't know where we've been
And we know what we're knowin'
But we can't say what we've seen
And we're not little children
And we know what we want
And the future is certain
Give us time to work it out

We're on a road to nowhere
Come on inside
Takin' that ride to nowhere
We'll take that ride

I'm feelin' okay this mornin'
And you know,
We're on the road to paradise
Here we go, here we go

We're on a ride to nowhere
Come on inside
Takin' that ride to nowhere
We'll take that ride


Maybe you wonder where you are
I don't care
Here is where time is on our side
Take you there...take you there

We're on a road to nowhere
We're on a road to nowhere

There's a city in my mind
Come along and take that ride
and it's all right, baby, it's all right

And it's very far away
But it's growing day by day
And it's all right, baby, it's all right

Would you like to come along
And to help me sing this song
And it's all right, baby, it's all right

They can tell you what to do
But they'll make a fool of you
And it's all right, baby, it's all right
We're on a road to nowhere

10 septembre 2012

Wovenhand - The Laughing Stalk

Je me souviens, dans une autre vie, d'une black session "carte blanche" à Louise Attaque à laquelle j'avais eu la chance d'assister. C'était au moment de la sortie du deuxième album de la formation de Gäetan Roussel. Si le monsieur a aujourd'hui le bras long, il avait déjà à l'époque un solide carnet d'adresses dans lequel on retrouvait notamment un dénommé David Eugene Edwards. Ce dernier officiait alors au sein des 16 Horsepower et même si ceux-ci n'avaient joué que quelques titres à l'occasion de cette black session, il était bien difficile pour qui était présent ce soir-là d'oublier leur prestation. Le groupe jouait du blues, du sauvage, du qui crache, qui éructe, qui lâche des bourrins au galop. Près de quinze ans plus tard et un nouveau groupe, Wovenhand, qui en est quand même à son septième disque, je retombe de manière inopinée sur le bonhomme. Et c'est la même sensation qui prédomine à l'écoute de sa musique. Comme si rien n'avait fondamentalement changé. Ceux qui l'ont suivi entre temps me diront sans doute le contraire. Et puis aussi, que ce nouveau "The Laughing Stalk" (en hommage au pourtant diamétralement opposé "Laughing Stock" de Talk Talk ?) n'est pas son meilleur. Et tout, et tout.
Pas grave, des titres comme "In The Temple" ou "Glistening Black" font suffisamment frissonner l'échine pour rendre inutiles toutes comparaisons hasardeuses. Peut-être avais-je besoin de tout ce temps pour apprécier cette musique-là à sa juste valeur ? Peut-être est-ce dû à l'écoute récente et répétée du dernier Swans dont le style sombre et brutal est assez comparable ? A moins que ça ne soit tout simplement le fait de vieillir qui rende un peu masochiste et donne envie de recevoir de temps en temps quelques uppercuts bien placés... En plein coeur ? L'avenir le dira.


Album en écoute intégrale sur Grooveshark.

7 septembre 2012

Dominique Ané - Y Revenir

Une autobiographie n'est jamais chose aisée. Il y a toujours un côté narcissique à se mettre ainsi en avant. Comme si sa vie personnelle pouvait intéresser au-delà du cercle intime. Comme si elle recelait des évènements plus marquants que ceux que vivent le commun des mortels. Car il y a forcément une volonté d'immortalité derrière l'écriture d'une oeuvre qu'elle soit musicale ou littéraire. Dominique A, qui signe pour l'occasion de son nom complet, a pris son temps pour y venir. Pas sûr de lui. Pas sûr d'être capable de "viser" juste comme il le disait si bien dans "Rue des Marais", ce bouleversant morceau de "L'Horizon" qui prend à la lecture de ce livre une teinte encore plus forte. Il réussit pourtant à trouver le juste milieu entre la distance nécessaire que doit imposer un tel exercice et l'aspect purement affectif, émotionnel. Comme pour sa musique, le monsieur sait garder une certaine retenue, ce que d'aucuns lui reprocheront peut-être. Il prend le parti de ramener son enfance et les prémices de son adolescence à un seul lieu pour ne pas trop en dire quand même. Car on sent bien qu'il y a d'autres vérités peut-être pas bonnes à dévoiler, mais Provins est le principal accusé. Celui qui a causé ce mal être ou plutôt cette intranquillité tenace. Dissimuler les banales lâchetés quotidiennes derrière un lieu, c'est soit manquer de courage (des oiseaux?) soit une façon pudique de faire remonter les souvenirs et la rancoeur. Comme si un paysage disait tout des choses, conservait malgré les bouleversements son histoire, notre histoire. C'est promis, un jour, je reviendrai boulevard Läennec, à Rennes. Un jour, j'irai rue des Marais, à Provins. Peut-être alors, comme Dominique, je saurai "viser"...   

5 septembre 2012

Antony and the Johnsons - One Dove (2009)

Il y a un an presque tout juste, Antony Hegarty donnait une représentation à Copenhague avec l'orchestre national du Danemark. L'enregistrement de ce concert est disponible depuis peu sous le titre de "Cut The World" et permet donc à ceux (dont je fais partie) qui n'ont jamais eu la chance de le voir sur scène de pouvoir apprécier, au moins musicalement, la qualité de ses prestations. Antony Hegarty qu'on nomme souvent juste par son simple prénom n'est pourtant pas un artiste très familier. Il est même plutôt hors norme à beaucoup d'égards. D'une part pour son physique massif, son visage poupin et ses régulières tenues de travesti. D'autre part pour sa voix androgyne, l'émotion qui s'en dégage. Avec un tel organe, le chanteur semble pouvoir tout se permettre, comme d'être régulièrement à la limite de l'outrance, du kitsch. On n'entend malheureusement pas sur ce récent disque live "One Dove" - chanson de l'année 2009 ici même -, un de ces morceaux sur lequel il réussit le mieux à s'éloigner de cette grandiloquence qui le gagne parfois. Ici, tout est voluptueux, limpide, sans esbroufe. La musique n'est qu'un doux murmure. C'est la chanson idéale pour se reposer au bord de l'eau, en toute quiétude, en regardant les étoiles. On n'y entendrait juste qu'un lâcher de colombes. Et puis plus rien. Le silence qui dit tout et rien en même temps. Qui exprime le vide et le plein. Vidé du dehors, mais infiniment plein au dedans. Tout peut désormais arriver que rien n'aurait d'importance... "A moment in time", comme dirait les anglo-saxons.

One dove
Youre the one I've been waiting for
Through the dark fall
The nightmares the lonely nights

I was born
A curling fox in a hole
Hiding from danger
Scared to be alone

One dove
To bring me some peace
In starlight you came from the other side
To offer me mercy


One dove
Im the one you've been waiting for
From your skin I am born again
I wasnt born yesterday

You were old and hurt
I was longing to be free
I see things you were too tired
That you were too scared to see

One dove
To bring me some peace
In starlight you came from the other side
To offer me mercy 


Eyes open, shut your eyes

3 septembre 2012

Animal Collective - Centipede Hz

"La beauté est dans les yeux de celui qui regarde" disait ce cher Oscar Wilde. "Mais plus personne ne regarde..." fait dire Léos Carax à Michel Piccoli dans son dernier et excellent film "Holy Motors". Pour Animal Collective, le débat est vite tranché. A moins d'être aveugle ou d'avoir des goûts esthétiques particulièrement douteux, les pochettes comme le visuel du groupe ont toujours été moches. Des aspirations de gamins de maternel tout au plus, qui commenceraient à peine à savoir dessiner correctement. Pour la musique, par contre, c'est une autre affaire. Les américains déclenchent des réactions d'amour/haine plus acharnées. Et ce n'est pas ce nouveau "Centipede Hz" qui viendra changer la donne. Animal Collective varie à chaque fois d'un iota, sa musique devenant peut-être plus soignée et raffinée que par le passé. On peut regretter par contre qu'elle soit moins percutante. 
"Strawberry Jam" est toujours pour moi leur grand disque de pop malade. Ce nouvel album contient bien quelques pépites qui finissent au fil des écoutes par produire leur effet ("Moonjock", "Applesauce" ou "Amanita"), la surprise n'est plus de mise. Et la surprise, c'était l'un des attraits principaux du groupe. Si même Animal Collective rentre dans le rang, il faudra chercher ailleurs de véritables prises de risques. Mais en paraphrasant Wilde, on pourrait dire que la beauté est aussi dans les oreilles de celui qui écoute. A chacun son échelle de valeurs, donc. L'essentiel est d'écouter. Vraiment. Et petit à petit, mine de rien, "Centipede Hz" fait son oeuvre... Animal Collective n'a pas fini de diviser...

Clip de "Today's Supernatural" :

Album en écoute intégrale sur le site internet du groupe.