30 novembre 2012

Top Albums 1998

Où comment un groupe à l'allure de péquenots sortis du fin fond de l'Amérique a acquis le statut culte au fil des années ? "In The Aeroplane Over The Sea" est un miracle fait disque. A l'époque, en 1998, pas grand monde pour prédire un tel avenir à la formation de Jeff Mangum et à son chef d'oeuvre. Pas moi en tout cas, je n'ai fait leur découverte que bien plus tard, par l'intermédiaire de Pitchfork. Mais comme tous ceux qui ont un jour eu la chance de l'écouter, j'en suis immédiatement tombé sous le charme. Pourtant, de prime abord, ce disque n'a pas grand chose pour plaire : une musique folk déglinguée qui part dans tous les sens, une voix éraillée sonnant souvent faux, mais une émotion qui vous colle constamment aux tripes. Peu importe la forme, quand le fond est aussi universel. Voilà, après l'évident disque de l'année 1998, que dire des autres ? Que cette année était quand même vachement bien ! Mercury Rev sortait avec "Deserter's Songs" une merveille d'album, comme si Neil Young faisait un disque de pop psychédélique et se mettait à parler aux étoiles. Elliott Smith, le plus grand songwriter américain de la décennie, balançait lui aussi son disque référence. Belle & Sebastian, un peu moins légers que sur leurs deux premiers albums parus en 1996, gardaient quand même le cap de l'excellence pop avec "The Boy With The Arab Strap". Avec "Fantaisie Militaire", Bashung se posait définitivement comme l'un des derniers grands de la chanson de chez nous. Eels connaissait des drames familiaux et sa musique prenait d'un coup une profondeur bouleversante. Un crooner irlandais du nom de Perry Blake sortait de nulle part et délivrait un premier disque atypique à l'atmosphère envoûtante. Jarvis Cocker claquait la porte du succès du précédent "Different Class" avec le disque le plus noir de Pulp depuis des lustres. Placebo était encore un groupe respectable et respecté et leurs guitares teigneuses, fortement inspirées des Pixies et Sonic Youth, se désagrégeaient un poil pour permettre à l'émotion de rentrer. Enfin, le curieux épiphénomène Baby Bird publiait son meilleur album, se rapprochant au plus près de sa pop rêvée, alors que plus personne n'en avait rien à faire. Une bien belle année, je vous dis...

10- Baby Bird - There's Something Going On
Son tube "You're Gorgeous" l'avait propulsé sur le devant de la scène en pleine période brit-pop. Pourtant, Stephen Jones détonnait un peu dans le paysage ambiant avec ses pop-songs de crooner de supérette. Deux ans après, son Baby Bird était déjà retombé dans l'anonymat. Dommage, car c'est à ce moment-là que sa musique était la plus belle.


9- Placebo - Without You I'm Nothing
Leur premier disque avait fait l'effet d'une bombe dans le paysage rock d'alors. Il mélangeait adroitement la new-wave et les grosses guitares avec une pointe de glam apportée par leur charismatique chanteur, Brian Molko. Avec "Without You I'm Nothing", leur musique s'étoffe. Dernier décollage avant le lent crash qui se poursuit inlassablement depuis.

8- Pulp - This Is Hardcore
Jarvis Cocker est l'une des plus belles plumes de la pop anglaise de ces trente dernières années. C'est indéniable. Il aurait pu continuer de surfer sur le succès de leur précédent disque. Mais histoire de garder le contrôle du navire Pulp, il décide de le saborder à moitié en sortant un album à l'ambiance cinématographique plus personnelle.  


7- Perry Blake - Perry Blake
L'Irlande n'est pas qu'un sympathique pays de buveurs de bières, adeptes de cornemuses, et connu aussi pour produire des groupes de rock pompier aptes à remplir les stades. Non, il existe aussi chez eux, des garçons sensibles comme ce Perry Blake et sa voix de velours.


6- Eels - Electro Shock Blues
Après le premier album lancé par la maison de disque nouvellement créée par Spielberg, le chanteur de Eels côtoie la douloureuse expérience de la mort dans sa famille très proche : le suicide de sa soeur et le cancer de sa mère. Dis comme ça, on imagine la musique plombante qui devrait en découler. Que nenni, à l'image de la pochette, la musique de Eels garde son côté éminemment ludique.

5- Alain Bashung - Fantaisie Militaire
La moitié du disque au moins est magnifique ("La Nuit Je Mens", "Dehors", "Aucun Express", "Sommes-Nous", "Angora"). C'est dans ces moments-là, plus que dans ses plus hasardeux essais orientés world music que cette "Fantaisie Militaire" subjugue. Bashung invente une chanson française en dehors de tout format connu, à la profondeur vertigineuse.

4- Belle & Sebastian - The Boy With The Arab Strap
C'est bien simple, à l'époque, je n'avais d'oreilles que pour eux. Ce disque, je l'ai usé jusqu'à la moelle. Stuart Murdoch y gardait son évident talent mélodique, mais ses chansons prenaient des atours plus conventionnels. Pourtant, après réécoute aujourd'hui, "The Boy With The Arab Strap" garde encore un charme immédiat.


3- Elliott Smith - XO
Ce songwriter aux allures de bûcheron du grand Nord est devenu l'un des plus essentiels de son époque. Chacune des chansons de ce "XO" possède cette agaçante simplicité des chefs d'oeuvre intemporels. Parce que ce disque aurait pu sortir il y a 30, 20 ou 10 ans, qu'il aurait produit le même effet. On parie que cela sera encore le cas dans plusieurs décennies.

2- Mercury Rev - Deserter's Songs
Un album à écouter dans le noir, sous les étoiles. Une musique, une voix qui réchauffent les coeurs. De la scie musicale. Pink Floyd rencontre Neil Young. Et si je ne suis fan ni des uns, ni de l'autre, le mélange des deux s'avère magique. Miraculeux.



1- Neutral Milk Hotel - In The Aeroplane Over The Sea
Ou comment réussir l'exploit de faire le rock le plus indé qui soit dans la forme tout en faisant une unanimité quasi générale dès la première écoute ? Parler de l'histoire universelle d'Anne Franck ? Ou simplement pondre, comme le titre éponyme, quelques unes des plus belles chansons de l'univers.


28 novembre 2012

Quels disques pour 2012 ?

Vous l'avez compris lors de mon précédent post. Je vais donc m'en tenir là pour les disques de 2012. L'heure des bilans approche déjà à grands pas et j'avoue pour une fois avoir bien du mal à placer un disque au-dessus des autres. Comme les années précédentes, je vous propose aujourd'hui de faire des échanges de musique à écouter. Vous trouverez ma liste de 60 albums dans l'ordre chronologique ci-dessous. Pour plus de détails, c'est . J'attends la votre - pas forcément, 60, hein, faut pas déconner quand même - ou plutôt les disques de votre liste que j'aurais malencontreusement oublié. Parce que tenir un blog, c'est d'abord pour échanger. Je vous ferai très prochainement un rapide topo de ce que vous aurez bien voulu me conseiller. En espérant y faire de belles découvertes. Merci à vous.

Trailer Trash Tracys - Ester
Laura Gibson - La Grande
Django Django - Django Django
Hospitality - Hospitality
Of Montreal - Paralytic Stalks
Shearwater - Animal Joy
Peter Broderick - http://www/itstartshear.com
Beth Jeans Houghton - Yours Truly, Cellophane Noise
Fanfarlo - Rooms Filled With Light
Rover - Rover
Xiu Xiu - Always
The Magnetic Fields - Love At The Bottom Of The Sea
Oddfellow's Casino - The Raven's Empire
Tanlines - Mixed Emotions
Mina Tindle - Taranta
My Name Is Nobody - The Good Memories
Breton - Other People's Problems
Dominique A - Vers Les Lueurs
Barbara Carlotti - L'amour, l'argent, le vent
M. Ward - Wasteland Companion
Spiritualized - Sweet Heart, Sweet Light
Patrick Watson - Adventures In Your Own Backyard
Daniel Johnston - Space Ducks : Soundtracks
Lower Dens - Nootropics
Tu Fawning - A Monument
Beach House - Bloom
Arlt - Feu, La Figure
Exit Music - Passage
Alt J - An Awesome Wave
Jherek Bischoff - Composed
The Tallest Man On Earth - There's no leaving Now
Alligator Indian - Spring I'm In
DIIV - Oshin
Delicate Steve - Positive Force
Here We Go Magic - A Different Ship
Holograms - Holograms
Foxygen - Take The Kids Off Broadway
The Flaming Lips and The Heady Fwends
Meursault - Something For The Weakened
Eugene McGuiness - The Invitation To The Voyage
Ariel Pink's Haunted Graffiti - Mature Themes
Dan Deacon - America
Swans - The Seer
Animal Collective - Centipede Hz
Wovenhand - The Laughing Stalk
Grizzly Bear - Shields
Woods - Bend Beyond
The Bewitched Hands - Vampiric Way
Chris Cohen - Overgrown Path
Françoiz Breut - La Chirurgie Des Sentiments
Tim Burgess - Oh No I Love You
Yan Wagner - Forty Eight Hours
Troy Von Balthazar - ... Is With The Demon
Mac Demarco - 2
King Dude - Burning Daylight
Mermonte - Mermonte
Motorama - Calendar
Phantom Buffalo - Tadaloora
BMX Bandits - BMX Bandits In Space
Matthew Dear - Beams

26 novembre 2012

Matthew Dear - Beams

Soixantième et dernier disque chroniqué ici pour 2012 - ben oui, quitte à terminer sur un nombre rond -, "Beams" est finalement sorti vainqueur de la liste pléthorique d'albums parus cette année et encore en attente d'être discuté sur ce blog. Il faut dire que la nouvelle parution du presque vétéran - son premier essai date déjà de 2003 - de l'électro américaine, le très smart Matthew Dear, avait de quoi appâter le chaland, fan de Bowie que je suis. On pense évidemment à la période berlinoise de ce dernier, mais aussi à un James Murphy en moins punk ou à un Brian Eno trop barré pour passer en fond sonore chez "Nature et Découvertes" (son "Lux", quel ennui !) J'aurais pourtant aimé que ce "Beams" ait parfois la pêche du premier ou l'accroche mélodique du deuxième pendant sa période faste des années 70.
Sur deux titres, il montre qu'il en a pourtant les capacités : l'excité "Overtime" ou le bien nommé "Do The Right Thing". Malgré ces références quelque peu datées, le dernier Matthew Dear est un disque aux arrangements bien actuels qui s'inscrit dans la lignée d'un John Maus version pop, mais aux atmosphères toutes aussi sombres. Pour danser, dans sa tête donc.

Clip de "Her Fantasy" :

23 novembre 2012

BMX Bandits - BMX Bandits in Space

Après le superbe "Tadaloora" de Phantom Buffalo, voici un nouveau beau concept-album d'un groupe que j'avais jusque là honteusement ignoré : les BMX Bandits. Il faut dire que leur nom ne me disait rien qui vaille et que je pensais à tort y trouver une musique punk hardcore FM, dans l'esprit des lourdingues Greenday ou Offspring. Autre point qui ne joue pas en leur faveur, l'improbable film australien homonyme, où l'on découvre une jeune Nicole Kidman, encore rousse et bouclée, adepte du VTT. Que ne m'étais-je pas trompé, les BMX Bandits font partie de la même école pop tendance shoegaze que les Boo Radleys ou autres Teenage Fanclub. D'ailleurs, Norman Blake, l'un des plus éminents membres de ces derniers vient prêter ici main forte. Autre aspect positif, leur signature sur le label espagnol Elefant Records, bien connu pour son catalogue "pop de chambre" (ou twee-pop) de qualité.
Le résultat est un agréable disque rempli de mélodies doucement désuètes, très inspirées des sixties avec ses choeurs sucrés. Ce genre d'albums modestes qui ne paient pas de mine, qui ne revendiquent rien de spécial, mais qui fonctionnent. L'avantage, comme il ne suit aucune mode, on se dit qu'on pourrait y revenir. Et moi qui pensais être original, Popnews m'a une fois de plus devancé en présentant ledit album comme celui de la semaine...

Clip de "Listen To Some Music" :

19 novembre 2012

Phantom Buffalo - Tadaloora

La fin d'année approchant, me voici à la recherche des disques oubliés de 2012, car il y en a forcément. Je décortique donc les blogs, les sites musicaux et s'il y en a un qui possède des goûts très sûrs, il s'agit bien de Popnews, - même si la respectable France Musique ou encore l'ami Blake en parlent aussi - surtout, comme son nom l'indique, quand il est question de pop. "Tadaloora" des Phantom Buffalo est un petit miracle du genre, de ceux qu'on entend que très rarement. C'est bien simple, je pense d'emblée aux récents Leisure Society, voire plus haut, jusqu'au meilleur de Belle & Sebastian, en 1996. 16 ans d'attente, rien de moins. Cette voix légère, fluette, asexuée, ces arrangements aux petits oignons, ces mélodies en forme de poupées russes qui tutoient régulièrement les cieux (les anges?), ça n'arrive pas tous les jours.
Et dès la première écoute, Phantom Buffalo m'a fait oublier toutes les autres découvertes glanées au fil du net. A l'image de la pochette enfantine de leur disque, ces américains méritent d'être célébrés en fanfare, comme des rois. Pour rester dans le même registre et montrer que derrière chaque artiste inspiré, se cache une âme de gamins, il existe même un jeu vidéo "Tadaloora". Et si, finalement, je l'avais trouvé mon disque de l'année ? Celui que les Grizzly Bear n'ont pas réussi à reproduire avec leur décevant "Shields".

La petite histoire du disque racontée par le groupe lui-même :

16 novembre 2012

Pulp, Tristesse Contemporaine - Festival Inrocks Volkswagen - Paris, Olympia - 13 novembre 2012

Rien que pour cette soirée, le festival des Inrocks surpassait celui de Pitchfork. Faire venir et reformer pour l'occasion, le mirifique Jarvis Cocker et sa bande, plus de 20 ans après leur première venue à Paris, c'était bien vu. Car contrairement à nombre de vieux de la vieille, Pulp garde une énergie à toute épreuve. Enfin, surtout son increvable chanteur, qui, même si sa dégaine de dandy clochard lui fait paraître bien son âge (49 ans quand même!), il semble impossible ou presque de ne pas tomber sous le charme du monsieur et de son humour anglais à la constante dérision. Mais avant de parler des stars d'un soir, il y avait tout de même une première partie choisie d'ailleurs par Cocker lui même : Tristesse Contemporaine. Une drôle d'électro répétitive aux intonations hip-hop proches d'un Tricky pour le chant, des guitares que n'auraient pas renié Robert Smith et des claviers dans l'esprit d'un LCD Soundsystem. Pas vraiment le genre de musique très guillerette et bizarrement à l'opposé de l'ambiance qui règnera à partir de 21h dans l'Olympia. Pourtant, il y a comme qui dirait de l'idée, de l'originalité - le chanteur est aussi constamment affublé d'un masque d'âne -, à défaut d'emballer complètement, en raison de l'absence de titres vraiment marquants. Tristesse Contemporaine, est-ce finalement une manière de revenir à la case départ, quand Pulp débutait et singeait maladroitement Joy Division ? On suivra dans tous les cas ce groupe avec une certaine curiosité.

Puis, après 30 longues minutes d'attente, les formidables anglais originaires de Sheffield font leur apparition. Le dialogue avec le public se fait d'abord via des phrases projetées devant la scène, qu'on imaginerait être l'oeuvre d'un quelconque chauffeur de salle. Nouvelle blague potache ou peur panique de ne pas être capable d'enflammer de suite l'assistance ? Pourtant, dès les premières notes du bienvenu "Do You Remember The First Time ?", c'est le sol de l'Olympia qui se met à vibrer. On penche donc évidemment pour la première hypothèse. On sait bien que la salle est bondée de fans, reprenant comme maman, les paroles en choeur. On se dit que personne ne pourrait résister à une telle déferlante de tubes pop, jouées avec autant de fougue. Jarvis se déhanche, comme aux plus belles heures de Pulp, prend même des positions carrément obscènes sur le mythique "This Is Hardcore" et rejoue surtout en grande partie le classique "Different Class". Peu de place pour les très vieux titres, à part en rappel "Countdown" et "Little Girl (with Blue Eyes)" en hommage à sa mère qui fête ses 70 ans ce jour même et est présente dans la salle. Le chanteur anglais habite Paris depuis 10 ans maintenant, mais son français est toujours aussi délicieusement approximatif, ne parvenant que difficilement à épeler les années des trop rares passages de son groupe dans la capitale. Le public deviendra même carrément fou furieux sur leur plus célèbre morceau, "Common People", nous incitant à reculer de la scène. 2h de régression totale et un brusque retour à l'adolescence, voilà ce qu'on a pris maman et moi, en pleine face. Comme si le temps d'un soir, rien n'avait changé. Merci, Jarvis, tu es éternel. Et si le fantôme de Bruno Coquatrix n'était pas "so fucking scary", on en aurait bien repris au-delà de 23h...

14 novembre 2012

Benjamin Biolay, Yan Wagner, Mai Lan - Festival Inrocks Volkswagen - Paris, La Cigale - 11 novembre 2012

Aujourd'hui, pour la première fois sur ce blog, ce n'est pas moi qui vous raconte un concert. Et oui, mercredi dernier, je vous faisais gagner une place pour aller voir Benjamin Biolay à la Cigale en échange d'une petite bafouille sur le sujet. Et donc, la gagnante s'appelle Morgane et voici le retour qu'elle m'a fait de la soirée :


5 ans  et 3 albums plus tard et me voilà de nouveau, devant la Cigale, pour écouter ce cher Benjamin Biolay. C’est en effet une sélection d’artistes exclusivement Français,  que nous a proposé hier soir la 25ème édition du festival des Inrocks.

C’est la jeune et jolie Mai Lan qui ouvre le bal de sa pop acidulée. Chanteuse inconnue du grand public jusqu’à la fameuse pub SFR, qui dévoilera son Tube "Easy", c’est avec ses deux complices qu’elle nous invite à partager quelques titres de son premier album éponyme. Au début, un peu réticente à l’idée de devoir attendre deux heures la tête d’affiche, je me laisse pourtant très rapidement charmée par le trio. Mai Lan chaleureuse et enjouée met un point d’honneur à faire participer le public qui finit par y consentir. « Easy » son titre pop  folk est acclamé tout comme la chasse au « Dahut » qui remporte un franc succès. "Les Huitres" me  rappelle trop Yelle pour recevoir mon approbation mais ce sera selon moi la seule fausse note  puisque le titre « Countrille » teinté de hip hop, suivi du plus rock « Hard Joy » auront fini de me convaincre.

C’est après un Blind test organisé par le déjanté, Nicolas Ullmann, que Yan Wagner entre en scène. C’est un changement radical d’atmosphère qui s’opère. La joyeuse Mai Lan laisse place aux 3 synthés froids de Wagner. Sans un mot, il impose sa voix grave et pesante lorsqu’il interprète les titres puissants de son premier  album, "Forty Eight Hours". Des images sombrent défilent sur un écran accompagnant sa pop électro parfois à la lisière de la techno. Au début, choquée par cet ovni musical, je finis par m’habituer à cet être peu loquace qui m’apparaît finalement comme un mélange subtil de New Order et de Dépêche mode. « Love sick » me transporte littéralement. Mais lorsque Wagner s’aventure dans la fosse bondée, le public ne bronche pas, peut être trop décontenancé ou impatient d’entendre Biolay …

21h30 c’est enfin le tour de celui que la plupart attend. Veste blanche, chemise noire, BB est immédiatement acclamé. C’est son dernier album "Vengeance" qu’il s’empresse de présenter avec « Le lac gelé » et « Aime mon amour ». Puis il s’autorise un détour avec « La superbe » titre phare de son précédent opus ; la foule, alors gagnée par l’émotion reprend avec lui les paroles. C’est plein de gratitude qu’il enchaîne avec « Profite », « Marlène déconne »,  et « les confettis » n’oubliant pas entre chaque titre de remercier son généreux public.  Puis c’est « Los Angeles » qui ravi les fidèles mais le set connaît son apogée lorsqu’Orelsan, bonnet rouge sur les yeux, monte sur scène pour « Ne regrette rien ». Ce duo décalé embrase la Cigale qui n’aura pas le temps de souffler puisqu’au premier rappel Biolay offre un « Padam » déchaîné. Pour le final, Jeanne Cherhal surgit avec « Brandt Rhapsodie » et leur belle complicité compense peut-être la frustration d’un concert au goût de trop peu. Malin le Benjamin, maintenant qu’il m’a mis l’eau à la bouche j’attends avec impatience  2013 pour découvrir le reste de sa Vengeance.

12 novembre 2012

Top albums 1999


ça y est, nous y voilà, les années 90 ! Dans mon objectif démesuré de balayer dans l'ordre décroissant chaque année musicale à travers seulement 10 disques, me voici arrivé au siècle précédent. Que se passait-il à ce moment-là ? Si les belges se taillaient la part du lion, avec les excellents Deus et Venus, dans la bataille du meilleur pays rock en dehors de l'indétrônable axe américano-britannique. Dominique A, toujours lui, permettait presque à lui seul à la France de conserver la face avec un disque qui fera date, sept ans après la mythique "Fossette". En ce qui concerne maintenant, le duel des deux côtés de l'Atlantique, match nul ou presque. La pop américaine est à son zénith depuis un bail avec les meilleurs disques respectifs des groupes ludiques et loufoques Magnetic Fields et Flaming Lips. Mes chouchous Hefner et la classe retrouvée de XTC permettent à l'Angleterre de pavoiser aussi. Puis, on notera le jazz-folk au ralenti de Spain, plus lumineux encore que sur leur mythique premier "The Blue Moods Of" et la pop plus ouvragée que jamais du trop mésestimé canadien au visage d'éternel poupin, Ron Sexsmith. Enfin, l'étonnante découverte des américains de Pinback qui inventait un son à nul autre pareil.

10- Venus - Welcome To The Modern Dance Hall
Les belges en cette année 1999 nous battaient à plat de couture sur le terrain du rock accidenté et aventureux. Les nouveaux venus de Venus prouvaient si besoin était que leur pays d'origine n'avait de plat que le nom.



9- The Magnetic Fields - 69 Love Songs
Je l'ai déjà dit, je triche un peu ici, puisque je n'ai découvert que très récemment la musique des Magnetic Fields. Mais comment résister à un tel déluge de chansons d'amour (69 évidemment) qui balaie un spectre d'influences et de styles aussi large ? De plus, la qualité reste constante tout au long de ce triple album rempli à ras bord : rare. 


8- Spain - She Haunts My Dreams
Leur premier album nous avait envouté par sa lenteur et son atmosphère ouateuse, presque à l'opposé du pays du nom duquel ils se sont affublés. La musique de Spain est de celle qui s'écoute à la maison, bien au chaud sous la couette. Ce "She Haunts My Dreams" à peine plus énergique élargit subtilement leur palette, sans coup férir. Et le rêve de se poursuivre...


7- XTC - Apple Venus Vol. 1
Voilà un groupe dont je pourrais être un grand fan, parce qu'à l'instar de beaucoup de mes formations préférées, leur pop n'est jamais directe, mais aime prendre des détours et des chemins de traverse. Le problème, c'est qu'elle a souvent tendance à trop privilégié la forme sur le fond, l'enrobage et la texture sonore sur le goût sucré des mélodies. Sauf sur ce "Apple Venus Vol.1" aux charmes beatlesiens presque immédiats. 

6- Pinback - This is a Pinback CD
Pinback est l'exemple parfait du groupe sous-évalué (et dont les derniers disques décevants ne risquent pas d'inverser la tendance) Celui-ci, leur premier, fut pourtant vécu par certains comme une véritable claque, inventant ce son si caractéristique fait d'empilement de voix et de guitares qui est leur marque de fabrique. Des américains qui appellent leurs morceaux du nom de villes françaises ("Lyon", "Versailles", etc) n'auraient pourtant pas dû passer inaperçus. 


5- Dominique A - Remué
Ce classement référence bien sûr mes disques préférés de 1999, mais pas forcément tel qu'il aurait été à l'époque. Oui, à ce moment-là, "Remué" ne m'avait pas spécialement touché. Puis le temps faisant son oeuvre, je reconnais aujourd'hui qu'il fait partie des meilleurs albums de son auteur. Parce qu'il possède un style unique, il représente avec "La Fossette", le dyptique intemporel de Dominique A.
  
4- Ron Sexsmith - Whereabouts
Le troubadour canadien à la voix rappelant celle de McCartney signe avec "Whereabouts" son meilleur disque. On se dit que sa musique a déjà été entendue des milliers de fois et pourtant, une telle qualité d'écriture reste l'apanage de très peu de songwriters. Sexsmith fait indéniablement partie de la trempe des plus grands.


3- Deus - The Ideal Crash
Des flamands essaient de rivaliser avec l'indépassable "OK Computer" de Radiohead. Cela pourrait sembler présomptueux. "The Ideal Crash" est le titre idoine. D'un parti pris casse-gueule, ils en tirent un des meilleurs disques rock de la décennie. 



2- Hefner - The Fidelity Wars
Je sais que beaucoup ne connaissent pas ce groupe briton et que ceux qui ont eu la chance de l'écouter n'en gardent pas forcément de souvenirs émus, mais Hefner est une de mes madeleines. De celles dont je ne me lasse pas. "The Fidelity Wars" est la plus savoureuse d'entre toutes.


1- The Flaming Lips - The Soft Bulletin
Là aussi, les habitués de ce blog connaissent mon amour pour les Flaming Lips. Il n'étonnera donc personne que "The Soft Bulletin" se retrouve à cette place. Les Beach Boys des années 90 et au-delà.



9 novembre 2012

Here We Go Magic, Half Moon Run, Andy Burrows - Festival les Inrocks Volkswagen - Paris, Divan du Monde - 6 novembre 2012

Cette soirée aura été marquée sous le signe des défections. Celle de la tête d'affiche d'abord, Andrew Bird, il y a déjà quelques mois de cela. Puis plus récemment des anglais de Arthur Beatrice. Les deux noms les plus intéressants de la programmation diront les mauvaises langues. Un changement de salle plus tard et la présence d'un dénommé Andy Burrows, l'ancien batteur des très dispensables Razorlight, en lieu et place de Arthur Beatrice, la soirée pouvait quand même avoir lieu. J'arrive juste à temps pour le début des festivités avec donc ce Burrows, qui me fait tout de suite regretter de ne pas y être resté plus longtemps encore, au bureau. Parce que sa pop est plate à souhait et n'est pas sans rappeler par moments ce célèbre geignard de James Blunt. On s'ennuie ferme, même si le gars a des faux airs de Lawrence Arabia, il n'en a pas le talent mélodique. Aux remerciements usuels du bonhomme après les quelques applaudissements du public, un gars près de moi répondra par un ironique "De rien, tu nous bouleverses, mec !". Passées ces quelques minutes pénibles, je me rapproche instinctivement du bar. Me disant qu'il me faudra au moins un verre pour supporter la suite. Mais d'emblée, les montréalais de Half Moon Run font montre de nettement plus de personnalité. Leur musique, dans l'esprit de Grizzly Bear ou Wild Beasts, fait aussi irrémédiablement penser à Radiohead. Bref, avec de telles références, la température est montée d'un cran dans la petite salle du Divan du Monde. Surtout qu'ils semblent que beaucoup de leurs compatriotes aient fait le déplacement pour venir les voir. Le groupe connait déjà au Québec un vrai succès d'estime. Pourtant, le rabat-joie près de moi continue à dénigrer la programmation, argumentant que tout cela n'est pas très "rock'n'roll" et reste malgré tout assez chiant. Cette fois-ci, sa copine, comme moi, semble moyennement d'accord. Belle découverte donc que ces Half Moon Run, qui en concert, malgré quelques titres plus calmes, dégagent une belle énergie. Un album de plus à écouter...

Vient alors la tête d'affiche, les pas très charismatiques Here We Go Magic. Pas gagné que leur pop sophistiquée fasse danser les foules. C'est d'ailleurs ce qui se produit : l'assistance reste désespérément sage. Il faut dire que les canadiens semblent avoir déjà déserté la salle qui se retrouve alors qu'à moitié remplie. Mon voisin persiste lui dans son mécontentement : "ça vous fait kiffer ça ? Mais c'est exactement la plage 2 de leur disque !". L'abus de bières sans doute. Sa copine et lui en viennent presque aux mains. Mais ça doit être pour un autre motif. Pour ma part, je suis encore apte à profiter. D'autant que la fin du set est marquée par ce qui sont sans doute les trois meilleurs titres du groupe : "Collector", "Fangela" et "How Do I Know". Jolie triplette brillamment exécutée qui, d'un coup, d'un seul, justifie sans problème mon déplacement. Ouf...
Des photos, compte-rendus et vidéos des concerts sont disponibles sur le site officiel du festival ici même.

7 novembre 2012

Concours : 1 place à gagner pour le concert de Benjamin Biolay le 11 novembre à la Cigale


Oui, je sais, c'est plutôt rare que je propose ainsi sur La musique à papa une invitation pour un concert. En plus, pas pour n'importe quel concert, puisqu'il s'agit de la venue de celui dont le nouveau disque est en première place des ventes en France depuis sa sortie en début de semaine. Rajouter à cela le fait que la soirée, dans le cadre du festival des Inrocks Volkswagen, est complète depuis plusieurs semaines. Autant vous dire que c'est du lourd. Pour gagner le précieux sésame (désolé il n'y a qu'une seule place à prendre), il faudra faire preuve d'un peu d'imagination. Me dire en quelques mots, pourquoi vous tenez tant à y aller, faire en quelque sorte une lettre de motivation. Oui, je sais, c'est chiant, mais sachez que dans ce bas monde, on a rien sans un peu d'effort et de sueur. Vous m'envoyez la bafouille en question à l'adresse suivante : lamusiqueapapa@gmail.com et dans la journée de demain, je sélectionne celle que je préfère et préviens bien sûr l'heureux (ou heureuse) gagnant(e). Pourquoi une lettre de motivation ? Parce que j'attends aussi en retour un (petit, pas besoin d'une tartine) compte-rendu dudit concert qui sera publié (mon dieu, quel honneur!) ici même. Donc, tant qu'à faire, il serait préférable que j'apprécie dans le même temps la plume de son auteur. Voilà, je sens tout de suite que certains sont moins chauds pour participer... Mais si je vous dis que le vainqueur aura l'énorme privilège de se voir remettre en mains propres l'invitation par papa lui-même, cela devrait vous faire changer d'avis. Ou pas.


Pour information, le concours est terminé. Merci à tous ceux (celles surtout) qui ont accepté de jouer le jeu. Vous saurez très bientôt qui a eu la chance de décrocher l'invitation ;)

5 novembre 2012

Motorama - Calendar

On ressent d'emblée pour cet album de Motorama la même certitude que celle observée pour les révélations que furent les premières écoutes de Interpol ou The National. Cette conviction de tenir une musique qui nous suivra un bon bout de temps, à la fois simple et directe en apparence tout en étant profonde et complexe. La référence aux deux formations précitées n'est pas anodine, car leur influence - en plus mélodique peut-être - est évidente chez Motorama. Devinant qu'à leur image, ces chansons prennent encore plus d'ampleur en concert. En tout cas, voici un groupe dont on aurait sans doute jamais entendu parler dans nos contrées sans l'excellent travail de défrichage du label bordelais Talitres. Parce qu'il fallait avoir l'idée d'aller traîner ses oreilles en Russie et de signer un groupe de rock local. Motorama ne sera probablement jamais aussi connu que les Pussy Riots, ne déclenchant la colère d'aucune autorité qu'elle soit politique ou religieuse.
Ce "Calendar" pourrait pourtant être à l'heure des bilans de fin d'année parmi les disques les plus marquants. Incontestablement le plus grand groupe de rock russe au monde, jugement fortuit qui ne demande maintenant qu'à être démenti. Comme la meilleure musique naît souvent en temps de crise, on compte sur les années Poutine pour faire insidieusement leur travail de sape.

Clip de "To The South" :
Clip de "Scars" :