30 mai 2013

Aline (+ Autour de Lucie) - L'Alhambra, Paris - 28 mai 2013

La pop made in France est à l'honneur en ce 28 mai dans la petite salle de l'Alhambra, à Paris. Malheureusement, l'affiche n'a pas réussi à déplacer les foules plus que ça. Pourtant, elle marque le retour d'un groupe qui a connu un beau succès d'estime il y a une quinzaine d'années : Autour de Lucie. Ceux-ci sont quand même responsables d'un des meilleurs disques français des années 90 : "Immobile". Bon, c'est vrai qu'ils ont aussi profité du fait que la scène hexagonale était plutôt morne à l'époque, à quelques exceptions près. D'ailleurs, la formation de Valérie Leulliot joue principalement des titres de cet album. Mais, au final, à part "La Contradiction" particulièrement efficace, les morceaux sont un peu mollassons et me laissent perplexe quant à la probabilité de succès et à l'intérêt de ce retour. Il faut dire qu'Autour de Lucie n'est pas connu pour être un groupe charismatique. De plus, ils finissent par la nouvelle chanson, "Ta Lumière Particulière", pas franchement convaincante. On leur souhaite malgré tout de réussir leur come back, pour leur indéniable capital sympathie.

De charisme, Aline en a sûrement plus, même si les débuts sont un peu timides. Les Marseillais ont pour eux la meilleure arme qui soit, à savoir un des albums de pop française les plus enthousiasmants qu'il m'ait été donné d'entendre depuis des lustres. C'est bien simple, toutes les chansons ou presque de "Regarde Le Ciel" sont des tubes en puissance et cela se confirme en live. Romain Guerret est un incroyable tricoteur de jolies mélodies et que dire des guitares smithsiennes en diable ! Bref, ils assurent, nos petits gars. A les voir (et aussi les entendre) comme ça, avec leurs mèches rebelles, ils me font tout de suite penser à leur pendant américain, The Drums. Même dégaine inspirée des sixties (surtout le bassiste), mêmes influences eighties, même paroles simples et directes, le genre de musique immédiatement accrocheuse qui n'existait pas vraiment chez nous. Certains pensent que l'ordre de passage des deux groupes n'était pas approprié eu égard au talent et aux services rendus. La soirée ne leur a sans doute pas permis de changer de camp, car ce sont bien deux façons d'aborder la pop qui s'opposent là. L'une privilégiant une ambiance feutrée et mélancolique, l'autre, la mélodie et une certaine insouciance. Vous aurez deviné de quel côté, je me place. "Et j'ai crié, crié, Aline..."
  
"L'accord parfait" repris lors du rappel par les deux groupes :

Clip de "Je bois et puis je danse" :

28 mai 2013

The Pastels - Slow Summits

Bon, ça y est, c'est promis, l'été va bientôt venir. Si vous en doutez encore, écoutez donc ce nouveau disque des Pastels. Quand il s'agit de beau temps, on ne peut que faire confiance aux écossais, non ? Oui, enfin, bon, il y a quand même un titre qui s'appelle "Summer Rain", preuve que nos gaillards ont beau essayé de redessiner les cartes (couleur pastel ?), difficile de contrarier les habituelles humeurs du ciel. Pourtant, il n'y a que du soleil ou presque dans ce "Slow Summits", sorte de version estivale, à la cool, de la musique de leurs compatriotes Belle and Sebastian. Le genre de disque de pop parfaite et limpide, qu'un Christopher Owens par exemple, cherche désespérement à  faire depuis ses débuts et qu'il ne semble pas prêt d'égaler. Ils sont comme ça, les écossais, sous leurs airs de ne pas y toucher, ils visent juste. Mais les Pastels ne sont pas nés de la dernière pluie. Ils sont apparus dans le courant des eighties, avant même les prestigieux Jesus And Mary Chain, inventant ou presque cette twee pop qui fera plus tard les plus belles heures du label Sarah Records. 
Un peu à l'image de Yo La Tengo, je découvre réellement le groupe cette année avec ce qui constitue sans doute leur album le plus délicat, le plus "rond". Cela fait du bien d'écouter ce genre de musique pure, sans esbrouffe. Je comprends aujourd'hui, mieux pourquoi ces deux formations ont leur petit lot d'amoureux transis. Sûr que cette aventure-là durera plus longtemps qu'un simple amour de vacances. 

Clip de "Check My Heart" :

Album en écoute sur Deezer.

27 mai 2013

of Montreal (+Wild Moccasins) - Music Hall Of Williamsburg, New York - 22 mai 2013

Même si je vous donne moins signe de vie dernièrement, je n'ai pas encore rendu l'âme. Pas comme le regretté Mmarsupilami qui nous a tristement quitté la semaine dernière. Son blog, Little Reviews, constituait un de mes plus grands pourvoyeurs de nouveautés. Je ne connaissais pas personnellement l'homme, mais à travers ce qu'il écrivait, on se doutait que c'était quelqu'un de bien. Ciao l'ami et j'espère que là où tu es maintenant, la musique est toujours aussi belle... Revenons à des aspects plus terre à terre et parlons de mon récent séjour à New-York. Et oui, nous avons passé maman et moi, une semaine bien méritée (si, si) dans la grosse pomme. L'occasion notamment d'assister à un concert de of Montreal, au Music Hall of Williamsburg, au beau milieu du quartier branchouille de Brooklyn. Mais attention, le bobo new-yorkais n'a pas grand chose à voir avec le bobo parisien. Non, il est nettement plus sale, décontracté et avenant. Plus nature, en somme. Pas vraiment à l'image de la première partie de la soirée, Wild Moccasins - mais ils viennent de Houston - qui, avec leur look plus étudié, donnerait immédiatement l'envie de leur rabattre le caquet. Le problème, c'est qu'ils sont très bons. Leur musique est suffisamment atypique - sorte de mélange entre Kate Bush pour le timbre de la chanteuse, au charisme scénique impressionnant et les Spinto Band  pour les mélodies et l'enthousiasme contagieux - pour emporter rapidement l'adhésion. Un seul disque à leur actif, paru en 2010 dans un profond anonymat. Mais un nouveau devrait rapidement suivre avec peut-être la reconnaissance que ce joli moment passé en leur compagnie mérite.

La bande de Kevin Barnes a ensuite assuré comme d'habitude le show, dans une ambiance proche des sets des Flaming Lips. Tout semble pouvoir s'y produire. Même le groupe semble parfois surpris des interventions loufoques de leur troupe de danseurs (improvisés?). Le chanteur plus sobre et moins maquillé que de coutume - seulement des vêtements de femme - montera en puissance au fil du concert, pour finir toujours aussi affûté avec les meilleurs titres de "Hissing Fauna...", leur chef d'oeuvre de 2007. Le guitariste, l'autre personnage déjanté du lot - en comparaison les autres membres paraissent bien sages - a sorti sa tenue de Spiders From Mars de Bowie. Le public, obligé, en redemande. Pas une surprise tellement of Montreal n'a pas son pareil pour ne jamais décevoir ses fans. Et tant pis si les derniers disques ont déçu, les voir sur scène est toujours un régal. Nous repartons en métro rejoindre notre hôtel, constatant au passage avec la foule toujours importante présente dehors en plein milieu de semaine, que New-York est bien la ville qui ne dort jamais. On aurait bien aimé poursuivre la fête, mais le décalage horaire aura eu raison de nous. De toute façon, que dire, qu'entendre, que voir, après ça ?

20 mai 2013

Orval Carlos Sibelius - Super Forma

Et si le meilleur disque de pop psychédélique de 2013 était l'oeuvre d'un français ? Oubliez donc la musique un poil trop polie du néerlandais Jacco Gardner, celle de Axel Monneau - oui, oui, c'est le vrai nom du gars qui se cache derrière ce pseudo tarabiscoté - est plus ouvragée, plus lumineuse, plus imprévisible surtout. Et qui d'autre que l'excellent label Clapping Music (Karaocake, Yeti Lane, Clara Clara, etc) aurait pu accueillir ce "Super Forma" azimuté en France ? Comme tout bon disque du genre, la première écoute enchante autant qu'elle déroute. C'est qu'il faut savoir se retrouver dans ce dédale de mélodies, cette jungle de sons. Et puis, petit à petit, les chansons se détachent les unes des autres et font sens. Vous entendrez ici ou , le même enthousiasme sans doute démesuré - à mi-parcours, il y a bien une baisse de régime. Mais quand je vous dis que cette année 2013 constitue déjà un grand cru pour notre cher pays, ce n'est même pas par chauvinisme inconsidéré.
La preuve, je passerai sous silence les deux singles les plus vendus chez nous, le jovial et épicurien "Et quand il pète, il troue son slip" de - j'ai même pas peur - Patrick Sébastien et le un peu toc "Get Lucky" des ultra médiatisés Daft Punk qui vient allégrement pomper dans le disco-funk des années 70. Comme quoi, il reste du chemin à faire, et c'est toujours dans l'ombre que se tapit la plus belle lumière. 

13 mai 2013

Wampire - Curiosity

Vampire, vous avez dit, Vampire ? Non, Wampire, avec un W, comme les deux canines supérieures démesurément longues des vampires, aptes à vous sucer le sang jusqu'à la moelle. Et ce nouveau groupe au look vintage assez improbable, au kitsch semble-t-il revendiqué, est bien composé de deux étonnants lascars. Pas d'accointance avec les vampires du week-end - dont, hasard du calendrier le troisième album au demeurant bien décevant sort la même semaine - , la folie chez eux semble permanente. Ils ont été signés chez Polyvinyl Records, repère de formations barrées (of Montreal ou Xiu Xiu) à souhait pratiquant souvent une pop synthétique bien azimutée. Le premier titre de "Curiosity" - qui en est évidemment une - et aussi single, "The Hearse", est une vraie réussite du genre. On est immédiatement dans le ton, pas de refrain bien identifié, des mélodies qui partent joyeusement dans tous les sens, des synthés mis bien avant - parfois un peu lourds - et ce côté délicieusement régressif qui souvent, emporte tout, comme sur "Giants". On pense à du MGMT, en moins maîtrisé, plus foufou, au premier disque de Foxygen sans les aspirations blues façon Rolling Stones, à John Maus ou Ariel Pink, surtout. 
A la production, on retrouve le bassiste de Unknown Mortal Orchestra, dont ils font la première partie. Wampire s'inscrit dans cette lignée d'une pop aventureuse, où la mélodie a gardé son importance, mais qui veut bousculer les barrières classiques du songwriting à papa. Vampirisant.

Album en écoute intégrale pour une durée limitée sur Pitchfork Advance.

6 mai 2013

Deerhunter - Monomania

Oui, je sais, ce blog est un peu en jachère en ce moment, vacances obligent. C'est aussi dû, je dois l'avouer, à une baisse de motivation passagère. Comme je l'ai déjà dit, difficile d'écouter des disques après la claque du dernier Flaming Lips. Heureusement, voici un album qui devrait mettre tout le monde d'accord dans le petit monde du rock indépendant. Bradford Cox est en train d'élaborer depuis plusieurs années une carrière exemplaire. Que cela soit en solo avec Atlas Sound ou en groupe avec Deerhunter, chaque nouveau disque s'avère à première écoute supérieur au précédent. Ce "Monomania" ne semble pas échapper à la règle et ressemble au bréviaire du parfait indie rockeur, aussi à l'aise dans les mélodies pop irrésistibles ("The Missing"), que dans le punk le plus abrasif ("Leather Jacket II") ou les jolies ballades langoureuses ("T.H.M."). 
Bref, ce nouvel album de Deerhunter est déjà promis aux plus hautes marches de beaucoup de bilans 2013. Pourtant - et oui, il y a un pourtant - il ne gagne pas spécialement en saveur après plusieurs passages. C'est finalement ce que je reprocherais à Cox, de ne rester qu'un éternel outsider, toujours placé, jamais gagnant de mes classements personnels. "Monomania" risque de connaître le même sort que ces prédécesseurs, c'est-à-dire resté cantonné aux portes de mon panthéon. 

"Monomania" :

Album en écoute intégrale sur Grooveshark.