30 octobre 2013

Arcade Fire - Reflektor

L'actualité musicale est particulièrement dense en ce moment et pourtant mon blog tourne toujours au ralenti. Mais c'est que j'ai une bonne excuse cette fois-ci : j'étais en week-end prolongé pour cause de récupération. Bah oui, le "travailler plus pour gagner plus" est encore d'actualité. Je sais, ça craint. Enfin, gagner plus, faut voir, hein ? Mais bon, j'ai quand même trouvé le temps d'écouter le disque attendu par tout amateur de rock indé : le nouvel album d'Arcade Fire. Le groupe distille depuis plusieurs semaines et ce, quotidiennement les informations au compte-goutte. Tout ça respire à plein nez la grosse opération marketing, à l'instar du dernier Daft Punk. Sauf que les titres balancés sur la toile en avant-première tiennent plus que la route. James Murphy est à la production et on entend même  Bowie dans les choeurs, c'est peu dire que j'en salive d'avance. "Reflektor" va être immense et sonnera le glas de la concurrence. Alors, quand j'apprends, jeudi dernier, que ledit objet est enfin disponible en streaming, je saute carrément dessus, le casque sur les oreilles, prêt à succomber. Pourtant, après la déception de "The Suburbs", je me méfie : si tout cela n'était qu'une vaste fumisterie ? L'écoute entière du disque me donnera en partie raison. En partie seulement, car il y a des titres énormes, comme celui qui donne son nom à l'album et puis "Here Comes The Night Time", "Afterlife", "Flashbulb Eyes", un peu de "Awful Sound (Oh Eurydice)" (si on excepte cet horrible refrain gnangnan) ou la bonne première moitié de "Supersymmetry". Pour le reste, c'est juste inutile. Que dire entre autres du pathétique "Joan Of Arc" ? Où est passée la formation qui avait mis à genoux le rock indé du temps de "Funeral" ?
Arcade Fire cherche à se renouveler en s'entourant de pointures. Le problème c'est que l'inspiration de la paire Chassagne-Butler est en constante régression, ne parvenant que de façon de plus en plus épisodique à recréer l'effet dévastateur des débuts. Beaucoup d'esbroufe et d'effets de manche pour masquer l'absence de mélodies marquantes, point fort jadis de la troupe montréalaise. Après avoir rameuté nombre d'ouailles sous leurs bannières, comme Jeanne d'Arc, gare à ne pas finir sur le bûcher. Car, qui sait si bientôt, on ne les croira plus - bon, vu le nombre d'excellentes critiques qu'ils ont encore, ce n'est pas demain la veille -, on ne les verra plus comme LA voix du rock indépendant. Comme le fut en son temps un certain Lou Reed,  récemment décédé.

Clip de "Reflektor" réalisé par Anton Corbijn:


Clip de "Afterlife" :


Film "Here Comes The Night Time" réalisé par Roman Coppola :

Album en écoute sur Deezer.

24 octobre 2013

His Clancyness - Vicious

Entre deux bafouilles sur la Buckley Family, j'essaie de glisser quelques nouveautés pas piquées des hannetons. Après la grosse révélation de Tristen, voici un autre truc qui dégage une certaine majesté. Bah oui, appeler son groupe His Clancyness quand on s'appelle Jonathan Clancy, ça pose tout de suite son homme. Pourtant, rien d'outrancier ici, comme aurait pu le laisser croire la pochette, la musique se la joue même plutôt modeste. Vicieuse aussi, comme le titre de ce premier album. Car, s'il y a une évidente unité de ton, les morceaux sont constamment fuyants, Clancy semblant prendre un malin plaisir à stopper net une mélodie à laquelle on s'était habitué. Il faut attendre le dernier titre pour qu'il daigne étirer un tant soit peu la chose. Son style me rappelle celui des oubliés de Mull Historical Society, mais en plus épuré. Une pop d'apparence simple, qui résiste aisément aux nombreuses écoutes, car elle sait se contenter de l'essentiel.
On pense à Atlas Sound, avec lequel il partage le même producteur, mais avec un son moins ouateux, moins marqué aussi. Tiens, au passage, je souhaite remercier Laurent Bajon et ses Planet Claire Sessions sur Aligre FM qui m'a fait découvrir entre autres His Clancyness. Vous pouvez écouter sa programmation les yeux (pas les oreilles, hein ?) fermés, le monsieur a très bon goût. Pour preuve, hier soir, c'était la session de... Tristen.

Clip de "Safe Around The Edges" :

22 octobre 2013

Tim & Jeff Buckley : Dream Brother

Après Nick Drake, j'ai donc entamé la semaine dernière un nouveau tryptique sur la famille Buckley, père et fils. Parce que malgré les différences, on n'efface pas si facilement des liens de sang. Mes recherches, pas si approfondies que ça, se sont limitées à la belle et complète biographie de David Browne, intitulée "Dream Brother". Deux mots qui résument bien la vie tourmentée des deux hommes, marqués quoiqu'ils aient pu laisser paraître l'un par l'autre. Des frères plus qu'un père et son fils, car ils n'ont pas eu le temps de devenir adultes. Parce que Tim a constamment fui ses responsabilités de chef de famille. Parce que Jeff a toujours eu peur de s'engager, que cela soit en amour ou en musique. Peut-être, sans vouloir faire de psychologie de bazar, à cause des parents, éternels instables. Un film est actuellement en préparation sur la vie de Jeff. On annonce, l'acteur pour midinettes, Robert Pattinson dans le rôle principal. Et d'aucuns de voir en l'auteur de "Grace" un chanteur pour jeunes filles prépubères, c'est évidemment rabaisser son talent. Que Kurt Cobain soit devenu le Jim Morrison des années 90 et Jeff Buckley, le Mike Brant, il y a une injustice et une frontière que certains sont en train de franchir allégrement. Pourtant, il suffit d'écouter sa musique, riche, complexe, qui ne ressemble à aucune autre, son écriture belle et bouleversante, comme sur "Dream Brother" par exemple avec ses paroles de profonde souffrance. Il a composé cette chanson dans le but de persuader un ami de ne pas quitter sa copine, sous prétexte que celle-ci était tombée enceinte. Une situation qui faisait bien sûr écho à son histoire personnelle.
Don't be like the one who made me so old
Don't be like the one who left behind his name
'Cause they're waiting for you like I waited for mine
And nobody ever came...


Jeff écrivait comme il chantait, en se mettant à nu. Et c'est cette absence de distance qui rendait sa musique si forte. A l'inverse de bon nombre de chanteurs et chanteuses à voix qui sont toujours dans la maîtrise, lui n'avait pas peur de dévoiler ses sentiments. Son père était moins égocentré ou plutôt différemment, époque oblige. Il se confiait rarement car c'était pour lui un signe de faiblesse d'avouer ses doutes et ses craintes. Et puis, c'est assez prétentieux de les étaler en public. Comme si chacun n'a pas déjà ses problèmes à résoudre. Tim glissera quand même dans "I Never Asked To Be Your Mountain" présent sur ce qui est pour moi son chef d'oeuvre, "Goodbye and Hello", des allusions évidentes à Mary Guibert, son ex et mère de Jeff.
The Flying Pisces sails for time
And tells me of my child
Wrapped in bitter tales and heartache
He begs for just a smile
O he never asked to be her mountain
He never asked to fly
And through his eye he comes his love
And tells her not to cry 

Comme s'il voulait se débarrasser définitivement du poids d'une paternité qu'il n'a jamais souhaité. Comme s'il déchargeait la responsabilité de l'éducation de Jeff à sa mère, ce "poisson volant", en référence à son signe astrologique, qui le tiraille. Cette volonté de rayer son fils de sa mémoire, même s'il lui en a coûté, n'a pu que marquer Jeff de manière indélébile. Tous deux étaient pourtant des garçons extravertis, mais ils n'ont jamais réussi à se parler autrement que par chansons interposées.
I'm sailing all my sins
And I'm climbing all my fears
And soon now I'll fly 

disait Tim toujours dans "I Never Asked To Be Your Mountain". Oui, leurs oeuvres respectives restent bien au-dessus de la mêlée. Puissent-ils là-haut, se réconcilier enfin, comme des frères. Des frères de rêve.

19 octobre 2013

Tristen - Mars en Marche

Chaque fois que je me décide à jeter une oreille sur le catalogue du label Bleeding Gold Records, je me dis que je devrais le faire plus souvent. J'y déniche régulièrement des pépites. Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas de la dream pop, du shoegaze ou de la twee pop, ces genres préférés de tous fans de rock indé qui se respectent, dont je fais évidemment partie. Non, c'est de la new wave, française qui plus est, du Lescop plus fréquentable. Enfin, façon de parler, car les thèmes abordés sont très noirs. Il y est question de mort sur presque chacun des titres, mais souvent avec un ton décalé, comme ce "Lustre" assassin, à l'incroyable pouvoir entêtant. Pas si tristoune qu'il en a l'air, le Tristen, donc. Il rappelle parfois la légereté d'un Boogaerts ("L'attraction des corps"), la fantaisie pop d'un Fleurent-Didier ou la fluidité d'un de la Simone ("La femme qui ne souriait jamais").
Cet habile mélange n'est pas non plus sans rappeler les compositions d'un Bertrand Betsch qui reviendra au passage faire parler de lui pour la mi-novembre. En attendant, cette brillante révélation - bon, ok, c'est déjà son deuxième disque - démontre s'il le fallait que la chanson française actuelle est passionnante. Pour paraphraser le refrain du "Lustre" - oui, j'adore ce morceau -, je ne pensais pas tomber sur "un album si bon que ça, non !"

17 octobre 2013

Tim & Jeff Buckley : le chant des sirènes

Même s'il n'y avait pas eu de lien de parenté entre eux, on aurait fait le rapprochement : même voix d'ange, même belle gueule, même goût du risque. Jeff avait beau renier l'héritage d'un père qui l'avait abandonné dès sa naissance, les gènes, ça ne se choisit pas encore. Il y a aussi beaucoup de choses qui les différencient, mais elles sont pour la plupart liées à leur époque respective. Tim avait l'esprit des hippies des années 60 : sans attache - que faire d'un gamin ? - tout entier dévoué à son métier artistique et bien loin des contraintes matérielles. Il s'en ira d'une overdose après neuf albums, à moins de 29 ans. Jeff, plus torturé, plus perfectionniste, plus préoccupé par son image, ne sortira qu'un seul véritable disque - même si son second était presque achevé - avant 30 ans. On ne sait pas encore si sa mort par noyade était intentionnelle ou non. Sous couvert d'affabilité, le jeune chanteur gardait une part de mystère, un jardin secret qu'on imaginait volontiers sombre. Tim était plus spontané, incapable de dissimulation jusqu'à sembler parfois misogyne avec ses conquêtes féminines, voire atrabilaire. Il a toujours fait ce qu'il a voulu, désarçonnant petit à petit sa maison de disques, Elektra Records - et le public -, qui aurait aimé d'autres "Goodbye and Hello" ou "Happy Sad", mais qui n'aura qu'une suite d'albums de plus en plus jazzy et expérimentaux. Son label reprendra malheureusement la main peu de temps avant sa disparition, en lui imposant une country-folk sirupeuse, indigne de son talent. Il restera donc ce sentiment de gâchis, d'un artiste indomptable, qu'on a laissé se consumer et partir dans ses délires, puis qu'on a voulu rattraper trop tard par incompréhension mutuelle. Sa carrière est tombée rapidement dans l'oubli après sa mort pour refaire surface grâce à la divine reprise de "Song To The Siren", sa chanson la plus emblématique, par le collectif This Mortal Coil emmené par la précieuse voix de Liz Fraser. 
Quelques années plus tard, celle de Jeff, ce fils qu'il n'a presque pas connu, décollait lors d'un concert organisé à sa mémoire. Oui, le père dont l'absence le hantera à jamais est aussi celui qui est parvenu à faire basculer sa vie. Avec le recul, il semblait impensable pour n'importe quel être normalement constitué de ne pas reconnaître les immenses capacités de Jeff. Ce gars-là respirait, transpirait la musique. Mais la composition était pour lui une épreuve - il était plus à l'aise dans les reprises, les oeuvres des autres qu'il transfigurait - incapable de graver dans le marbre une chanson. Il les triturait, revenait sans cesse à l'ouvrage. Sa musique ne pouvait se retrouver figée à jamais sur un disque. Mais, comme pour beaucoup malheureusement, n'ayant pas de souvenirs physiques de l'homme sur scène, il ne me reste justement que ce disque, "Grace", bien davantage que "Sketches For My Sweetheart The Drunk" aux titres inaboutis. Jeff n'y arrivait pas, n'était jamais satisfait du résultat. C'est peut-être quand il en a pris conscience qu'il a préféré s'en tenir là, se laissant emporter par le courant, pour rejoindre ce père qui lui a tant manqué. Qui sait si ce dernier saura enfin le guider et lui apprendre la chanson des sirènes.
 
Long afloat on shipless oceans
I did all my best to smile
'til your singing eyes and fingers
Drew me loving to your isle
And you sang
Sail to me
Sail to me
Let me enfold you
Here I am
Here I am
Waiting to hold you

Did I dream you dreamed about me?
Were you hare when I was fox?
Now my foolish boat is leaning
Broken lovelorn on your rocks,
For you sing, 'touch me not, touch me not, come back tomorrow:
O my heart, o my heart shies from the sorrow'

I am puzzled as the newborn child
I am troubled at the tide:
Should I stand amid the breakers?
Should I lie with death my bride?
Hear me sing, 'swim to me, swim to me, let me enfold you:
Here I am, here I am, waiting to hold you'

14 octobre 2013

Twin Apple - After The Endless Day

On a parfois de ces préjugés, je vous jure ! Twin Apple est à priori un énième groupe français qui fait de la pop anglaise comme en faisait les Beatles avec l'accent et le talent pour trousser de jolies mélodies en moins. Sauf qu'au fil de l'écoute, tout n'est pas si simple. Les titres se suivent et ne se ressemblent pas. Surtout, leur construction défie bien souvent les règles classiques du songwriting. L'album est même très agréable à l'écoute, plus que bon nombre de nouveautés musicales qui, pour sortir du lot, se sentent obligés de gonfler les muscles - oui, mademoiselle Anna Calvi ou les Arctic Monkeys et autres Kings of Leon qui croient que qualité rime forcément avec quantité de testostérone -. A Toulon, on sait se la jouer modeste, cool, tout en restant ouvert et même un poil aventureux.
N'en déplaisent à quelques "bobos parisiens" qui voudraient que le Var soit uniquement un repère de fachos. Ne jamais juger quelqu'un par sa provenance, ses origines ou son accent, mais pour ce qu'il est réellement, ce qu'il a au fond de lui. En musique, c'est pareil. On a de ces préjugés, parfois !

Clip de "Editol" :

9 octobre 2013

Top Albums 1991

1991, le rock indépendant était à l'époque marqué par trois grands courants : le shoegaze, la twee pop et le grunge. 2013, rien n'a fondamentalement changé. My Bloody Valentine est enfin revenu aux affaires, porté par le revival d'un mouvement qu'ils ont en grande partie aidé à faire connaître. Les Pastels, sans qui le mythique label Sarah Records n'aurait sans doute jamais vu le jour, ressortent du bois après près de quinze ans d'absence pour ce qui est leur meilleur disque. Les Pixies, Sebadoh, Mudhoney, Soundgarden et j'en passe ont récemment refait surface, ressortant pour l'occasion les anciennes chemises de bûcheron et autres jeans à trou. Bref, le rock comme la vie est un éternel recommencement. J'ai mis beaucoup de temps à faire ce classement, parce qu'au final, je me suis rendu compte que peu de disques pourtant largement plébiscités trouvent grâce à mes oreilles. Je pourrais citer le fameux "Nevermind", "Screamadelica", "Spiderland", "Laughing Stock", "Blue Lines", rien de tout ça me transporte. Voici donc un top 10 mélangeant les albums au succès considérables à d'autres très confidentiels. J'espère que chacun y trouvera au moins son compte...

10- The Bats - Fear Of God
Les Bats sont les REM de Nouvelle Zélande, éminent groupe du mythique label indépendant du coin, Flying Nun Records, sur lequel on retrouve The Clean - précédent groupe de Robert Scott - The Chills, The Verlaines ou encore Chris Knox. "Fear Of God" est une jolie collection de folk songs, le meilleur du "Dunedin Sound".

9- The Little Rabbits - Dans les Faux Puits Rouges et Gris
Premier disque plein de fraîcheur d'un sympathique collectif nantais amateur de pop songs atypiques, en témoigne leur belle reprise de "Karen", titre de jeunesse des Go-Betweens. On y retrouve un certain Katerine sur le morceau éponyme. Même si les paroles comme l'inspiration sont anglaises, cette façon décalée d'envisager la pop est belle et bien de chez nous. Un album charnière.

8- REM - Out Of Time
Album injustement mésestimé du combo de Athens, sous prétexte que c'est celui qui s'est le mieux vendu grâce à l'inattendu succès radiophonique de "Losing My Religion". Avec "Out Of Time", REM est sorti de l'ombre, il faut dire que leur musique s'éloigne enfin du carcan folk dans laquelle elle restait cloîtrée. Il préfigure de leur album le plus ouvert, "Automatic For The People".

7- Heavenly - Heavenly Vs. Satan
Ce groupe est né des cendres d'une autre formation toute aussi injustement méconnue, Tallulah Gosh. Ils sont signés chez Sarah Records et leur musique est pile poil dans l'esprit du label : une pop naïve aux guitares carillonnantes faisant la part belle aux mélodies. Leurs disques sont aujourd'hui quasi introuvables, faisant de leurs heureux propriétaires, des gens riches à tout point de vue.

6- U2 - Achtung Baby
Cela m'écorche un peu la bouche de le dire, mais "Achtung Baby" est un grand disque de rock, l'un des seuls de la bande de l'insupportable Bono qui justifie leur succès planétaire. Mais quand on a des pointures comme Brian Eno et Daniel Lanois à la production, ça aide.


5- Jean-Louis Murat - Le Manteau de Pluie
Peu importe si cette musique paraît aujourd'hui démodée, trop connotée eighties, avec ses claviers cheap, Murat n'a jamais aligné une collection aussi réussie de chansons romantiques, langoureuses et mélancoliques. Le Murat première période, pas encore sûr de lui, est celui que je préfère.


4- St Christopher - Man, I Could Scream
"Man, I Could Scream", oui, sans aucun doute, en se rendant compte de l'intolérable indifférence dont on fait encore preuve à l'égard de St Christopher. On pense à un Morrissey moins goguenard, dans la tradition Sarah Records, ce disque est une merveille de douceur et de légèreté.


3- The Mabuses - Mabuses
Là encore, un groupe qui n'a pas rencontré son public, trop ignoré à mon goût. Les Mabuses, du nom du fameux docteur de Fritz Lang, de l'excellent Kim Fahy, ont oeuvré en marge, à leur rythme : seulement trois disques en plus de vingt ans d'existence. C'est un certain JP Nataf, fan de la première heure, qui les a sorti du tunnel pour venir enregistrer "Mabused!" en 2007 : gage évident de qualité.

2- Pixies - Trompe Le Monde
Dernier disque en date des Pixies , même si un nouvel EP vient de sortir il y a quelques semaines, "Trompe Le Monde" est le dernier souvenir qu'on aurait aimé garder d'eux. Hargneux, mélodique et contenant quelques unes de leurs meilleurs chansons, comme "Alec Eiffel" ou l'éternel "Motorway To Roswell", il annonçait les débuts solos de Franck Black, moment fugace où son inspiration était encore à son zénith.

1- My Bloody Valentine - Loveless
Depuis plus de vingt ans, beaucoup ont essayé de reproduire le son de "Loveless". Il aura fallu attendre 2013 pour qu'on puisse enfin entendre une descendance à ce classique. Mais, comme par hasard, cette suite ne pouvait être que l'oeuvre du groupe lui-même. Comme si rien ne s'était passé dans l'intervalle, Kevin Shields est revenu parmi nous confirmer son style inimitable.

1991 by Vincent on Grooveshark

7 octobre 2013

of Montreal - Lousy With Sylvianbriar

"Lousy With Sylvianbriar" est le millésime 2013 de Kevin Barnes et de sa bande. Si la pochette est toujours aussi colorée et flamboyante, la musique est moins fofolle qu'à l'accoutumée. Of Montreal est revenu à quelque chose de plus rock et direct. Il y a moins de mélodies dans tous les sens, la plupart des chansons ont même une construction tout ce qu'il y a de plus classique avec des couplets, un refrain. Si je suis plutôt content que le groupe ait choisi de stopper net leur penchant assumé pour la soul ou le funk cher à Prince, je reste sur ma faim. Pourtant, les  titres annonciateurs ("Fugitive Air", "She ain't speaking now") du disque étaient particulièrement aguichants. Pour une fois, je m'ennuierais presque qu'à l'écoute d'un de leurs albums. Bon, Kevin Barnes n'est pas encore rangé des camions, on est loin de la musique pour autoroute, mais il n'y a pas assez de surprises dans ce "Lousy With Sylvianbriar". 
Les recettes sont connues et prévisibles. Cette rentrée musicale devait forcément décevoir, car, même mes groupes préférés restent en retrait. Mais, à l'instar d'un Woody Allen au cinéma, un of Montreal mineur reste très nettement au-dessus de la moyenne de ce que j'ai pu entendre ces derniers mois. Et puis, rien que l'idée d'aller revoir cette troupe frapadingue sur scène suffirait à mon bonheur (en 2014 seulement ?).

Clip de "Fugitive Air" :



Album en écoute sur Pitchfork Advance

2 octobre 2013

ARP - More

Cela ne m'arrive pas souvent, de faire ainsi confiance à une seule pochette de disque. Pourtant, celle-ci n'a rien de particulièrement attrayante de prime abord. Mais l'omniprésence de noir, l'effet de miroir du titre, la photo en négatif d'un couple caché derrières des ronds blancs comme des boules disco m'ont malgré moi intrigués. A l'image de cette énigmatique pochette, j'imaginais volontiers un univers sombre, comme une dernière danse au ralenti avant la fin. A l'écoute dudit album, le mystère ne s'est pas dissipé : cela fait bien longtemps que je n'ai pas entendu quelque chose d'aussi libre. Tout semble pouvoir se produire dans cette musique-là, à l'instar de celle de Brian Eno au milieu des années 70, principal lien de parenté qui me vient à l'esprit. Au diable le formatage pop classique qui voudrait couplet, pont, refrain, les chansons avancent à leur guise sans toujours faire appel à la voix.
C'est un dénommé Alexis Georgopoulos qui a mis ce "More" en musique, confectionnant une symphonie de poche, la bande originale d'un film intimiste qui pourrait résonner durablement en chacun de nous. Comme pour Hospital Ships, je me rends compte que les disques qui comptent pour moi cet automne ne sont pas ceux que j'attendais le plus. La période n'est déjà plus propice aux partages tous azimuts des sempiternels tubes de masse. Non, on s'est replié chacun chez soi, cherchant d'autres horizons plus intérieurs, espérant attraper en plein vol une belle feuille que le vent aura bien voulu amener jusqu'au pas de notre porte. Si seulement la saison pouvait nous envoyer d'autres heureux hasards, cela suffirait à notre bonheur. "More", c'est tout ce qu'on réclame.