26 novembre 2014

Alain Souchon - La Vie Ne Vaut Rien (2003)

C'est l'événement variété française de l'année, le premier album des Souchon-Voulzy sorti sous leurs deux noms. Bien sûr, ça ne change pas grand chose, parce qu'une grande partie des chansons d'Alain était composée par Laurent, quand une grande partie des chansons de Laurent était écrite par Alain. Je dois dire que j'ai une nette préférence pour les textes d'Alain par rapport aux mélodies de Laurent, mais il faut avouer que souvent l'alchimie fonctionne ("Bidon", "Rame", "La Ballade Jim" et j'en oublie beaucoup). Mais à l'inverse de son comparse, même seul, Souchon parvient à s'en sortir très bien comme sur "La vie ne vaut rien" (ou "Foule Sentimentale" évidemment). On y retrouve comme un résumé de l'écriture souchonienne, ce pessimisme jamais complètement plombant, toujours agrémenté d'une note d'espoir teintée d'humour, de la possibilité d'un ailleurs. L'amour, évidemment. Des thèmes archi-rebattus mais que le chanteur parvient presque toujours à renouveler, comme si ce qu'il nous disait là n'avait jamais été dit : "Il a vu manque d'amour, manque d'argent. Comme la vie c'est détergeant. Et comme ça nettoie les gens". Quant à la musique de Voulzy, elle n'est jamais mieux au diapason de cette langue-là que lorsqu'elle se fait discrète, à l'écoute. Si la variété française ne devait se limiter qu'à un seul nom, ça serait probablement ces deux-là.


Il a tourné sa vie dans tous les sens
Pour savoir si ça avait un sens,
L'existence
Il a demandé leur avis à des tas de gens ravis
Ravis, de donner leur avis,
Sur la vie
Il a traversé les vapeurs
Des derviches tourneurs,
Des haschich fumeurs,
Et il a dit

[Refrain] :
La vie ne vaut rien, rien,
La vie ne vaut rien
Mais moi quand je tiens, tiens,
Mais moi quand je tiens
Là dans mes deux mains éblouies,
Les deux jolis petits seins de mon amie,
Là je dis rien, rien, rien, rien ne vaut la vie,

Il a vu l'espace qui passe
Entre la jet set les fastes, les palaces
Et puis les techniciens de surface,
D'autres espèrent dans les clochers, les monastères
Voir le vieux sergent pépère,
Mais ce n'est que Richard Gere,
Il est entré comme un insecte
Sur site d'Internet
Voir les gens des sectes,
Et il a dit

[Refrain]

Il a vu manque d'amour, manque d'argent
Comme la vie c'est détergeant
Et comme ça nettoie les gens,
Il a joué jeux interdits
Pour des amis endormis,
La nostalgie,
Et il a dit

[Refrain]

24 novembre 2014

Pain Noir - Pain Noir

Il doit y avoir une source, là-bas, en Auvergne. Après le magnifique dernier album de Murat sorti en compagnie de ses voisins de The Delano Orchestra, voilà-t'y pas qu'un autre gars du cru, l'anciennement prénommé Saint-Augustine autrefois adepte d'un folk campagnard pas si éloigné que ça de l'Americana chante désormais en français bien de chez nous sous le mystérieux pseudonyme de Pain Noir. Et je m'en doutais, c'est une bien belle réussite ! "Pain Noir, c'est du Bertrand Belin en moins sec" avais-je trouvé la dernière fois. C'est exactement ça, malgré la référence alimentaire un peu facile. Mais un Belin qui aurait chipé les claviers de Grandaddy. Sur l'illustration qui ornait la page du projet sur Microcultures et dont il est aussi question dans la chanson éponyme, on voyait des mains avec les mots "Pain" et "Noir" inscrits sur chacune d'entre elles.
On pense tout de suite à Robert Mitchum dans "La Nuit du Chasseur". L'acteur jouait le rôle d'un pasteur serial killer qui s'était écrit les mots "Hate" et "Love" sur les doigts des deux mains. De serial killer, ni de pasteur, il ne sera question ici. Juste de musique pastorale interprétée par un certain François-Régis Croisier, enseignant dans le civil. De beaucoup d'amour et aucune haine. Et au lieu de pain noir, plutôt de pain béni.

22 novembre 2014

Top albums 1982


On ne va pas se mentir : l'année 1982 ne fut pas une grande année musicale. Il m'en a fallu du temps pour réunir 10 disques qui tiennent la route et que j'aime réécouter. La lutte fut acharnée, j'en ai d'abord écarté pour ensuite les réintégrer. J'étais petit à l'époque, toutes ces formations, je ne les ai découvertes que récemment. Au final, je ne suis pas peu fier de ma sélection - bah, ouais, quoi ! Parce qu'on y retrouve que des outsiders, du rock indépendant d'arrière cour, anglais surtout, me reprocheront certains. Mais c'est un fait, la Manche est moins large que l'Atlantique et je me sens plus d'affinités avec nos amis britons. Exit aussi les "grands classiques" dont le "Pornography" des Cure. Ce sont quelques fois les petits groupes avec leur petite musique qui touchent le plus, par leur modestie comme les excellents Television Personalities ou par leur maniérisme bancal, comme les Associates par exemple. Ecoutez donc la playlist ci-dessous, vous m'en direz des nouvelles...

10- Psychic TV - Force The Hand of Chance
Après avoir initié la musique dite industrielle avec les Throbbing Gristle, Genesis P-Orridge passait à une musique plus accessible avec Psychic TV, en témoigne le sublime et délicat "Just Drifting (For Caresse)" en ouverture de ce deuxième disque. Le reste n'est bien sûr pas si limpide, mais c'est aussi ce qui fait son attrait. Depuis Orridge a fait plus parler de lui pour ses transformations physiques (il est devenu transsexuel) que pour sa musique... Dommage.

9- Theatre of Hate - Westworld
Des anglais prenaient à bras le corps le thème de la guerre froide avec une diatribe sur les présupposés avantages de notre "Westworld". Pour ce premier album, la musique originale pour l'époque, en partie dûe à la présence d'un saxophone, illustrait admirablement le propos... Malheureusement, ce théâtre de la haine n'avait pas beaucoup de carburant...

8- The Names - Swimming
On pense immédiatement aux Cure. Et puis, on se rend compte que c'est le génial producteur de feu Joy Division, Martin Hannett qui est aux manettes. Et que c'est le label Les Disques du Crépuscules, celui de Annik Honoré, la "maîtresse" de Ian Curtis qui a signé The Names. L'excellent premier essai de ce groupe belge - et, oui !- est ressorti depuis, agrémenté des singles, comme le parfait "Calcutta".

7- Solid Space - Space Museum
Voici l'obscure formation d'un seul disque mais quel disque ! "Space Museum" est peut-être le meilleur album de new-wave minimaliste - d'ailleurs, je ne suis pas le seul à l'avancer. Des miniatures pop aux mélodies enchanteresses, qui n'est pas sans rappeler, dans l'esprit, le "Colossal Youth" des Young Marble Giants.


6- The Dream Syndicate - Days Of Wine and Roses
Des américains continuaient malgré le succès du mouvement new-wave et l'avènement des synthétiseurs de vénérer les guitares abrasives du deuxième Velvet. Ce "Days of Wine and Roses" (surtout le magnifique morceau titre) est le plus bel hommage à la musique de Lou Reed paru dans les années 80. Anachronique et d'autant plus essentiel.


5- The Associates - Sulk
Bien sûr, c'est kitsch à souhait, mais il y a une telle énergie, une telle grandiloquence assumée que ça passe. Les Sparks n'ont qu'à bien se tenir. Les Associates naviguent dans les mêmes eaux, mais en plus fragile, sensible. Trop, peut-être, le chanteur Billy MacKenzie, faute de vraie reconnaissance, se donnera la mort quelques années plus tard. Des chansons comme "Party Fears Two" et "Country Club" auraient dû devenir des tubes.

4- Psychedelic Furs - Forever Now
Le meilleur disque des fourrures psychédéliques est celui produit par Todd Rundgren. Ce dernier a réussi à épaissir leur son, lui donner plus de consistance. La voix traînante de Richard Butler fait le reste donnant à l'ensemble des allures de classique.



3- The Monochrome Set - The Eligible Bachelors
Morrissey, plutôt avare de compliments, ne tarie pas d'éloge sur ce groupe. Ça doit être surtout pour ce disque. On y entend une inspiration évidente pour les Smiths. "The Eligible Bachelors" est précurseur de beaucoup de disques pop de cette décennie et des suivantes.


2- Orange Juice - You Can't Hide Your Love Forever
Alors qu'un documentaire vient de sortir sur les graves problèmes de santé qu'a connu son chanteur Edwyn Collins, l'homme de "A Girl Like You", qui ont failli lui coûter la vie, voici le tout début de sa carrière, celle de son groupe, au nom le plus modeste qui soit, Orange Juice. Et on mesure alors la carrière exemplaire d'un mec bien, même si ce disque reste sans doute son meilleur.

1- Television Personalities - Mummy your not watching me
"Maman, tu ne me regardes pas" : voilà un constat qui ne peut qu'interpeller. Les Television Personalities annoncent d'emblée la couleur : ce disque est à prendre au premier degré. Il vient d'un enfant perturbé, en manque d'amour, qui ne joue pas, qui ne joue plus. Plus que leur premier et leur troisième album pourtant habituellement considérés comme leurs meilleurs, ce deuxième est mon préféré. Celui qui me touche le plus. Quelque part entre Syd Barrett et Lou Reed. On a connu pire référence. 

20 novembre 2014

David Bowie - Sound and Vision (1977)

David Bowie - Sound and Vision / A New Career in a New TownOh, je sais, Bowie est un habitué de ce blog et au bout d'un moment, il devient difficile de se renouveler à force de parler toujours des mêmes personnes (la preuve , ,  ou encore ). Mais je trouve encore des nouvelles raisons de gloser sur lui. Tout d'abord, parce que l'exposition consacrée à sa carrière passe par la France l'année prochaine, dans la nouvelle enceinte de la philharmonique de Paris. Au passage les toujours impeccables Tindersticks et Neil Hannon et son indispensable Divine Comedy viendront jouer peu de temps avant dans la splendide salle attenante. Comme quoi, la programmation de cette nouvelle structure s'annonce d'ores et déjà éclectique et passionnante. Bowie, c'est aussi une énième compilation qui vient de sortir, sans doute la plus complète, juste pour les fêtes, histoire pour les retardataires de combler les quelques lacunes restantes; les autres préféreront se concentrer bien sûr sur les chefs d'oeuvre des années 70, sans déchets. En plus du nouveau titre présent sur la compilation, un nouvel album serait - c'est l'ami fidèle Tony Visconti qui le dit - aussi en préparation avec une date de sortie prévue en 2015, en espérant qu'il sera plus novateur et moins prévisible que le précédent. Visconti, on le retrouve aussi dans une hilarante vidéo animée avec Bowie et Eno pour une parodie de l'enregistrement de "Warszawa", célèbre morceau de "Low". Enfin, Bowie, c'est un des artistes les plus repris au monde et il n'y a pas si longtemps, c'était au tour Beck, qui, en parfait caméléon et brouilleur de genres, demeure sans doute l'un des descendants les plus directs et évidents du "Thin White Duke". Beck, dont la carrière est au final décevante eût égard à ses débuts tonitruants ("Loser" ou "Odelay"), livre un petit bijou de version live de "Sound and Vision" avec grand orchestre, choeurs et instruments à foison : ça fout les frissons partout et donne envie d'aller le voir fissa en concert malgré un joli mais mollasson dernier album sorti en début d'année. C'est peut-être ça la principale force de la musique de Bowie : cette capacité à transcender, les genres, comme les gens.

La version de Beck :

Un documentaire retraçant sa carrière et intitulé "Sound and Vision" :

17 novembre 2014

Ariel Pink - Pom, Pom

Voilà un gars à part dans le paysage du rock indépendant actuel. Ariel Pink, ça pourrait le hipster ultime, mélangeant les kitscheries dispensables avec des mélodies audacieuses et barrées, un look androgyne improbable, un affreux loser qui au fond se révèle un déroutant séducteur. Bref, on aime ou on n'aime pas. Pour l'instant, j'étais plutôt dans la deuxième catégorie, malgré le fait que dans sa clique de potes, on trouvait entre autres les membres d'Animal Collective qui l'ont découvert pour le faire signer sur leur label Paw Tracks, ou encore John Maus. Avec ce dernier, ils forment des sortes de Starsky and Hutch de l'electro-pop vintage et azimutée. Mais son nouveau disque a changé la donne. On retrouve l'esprit d'un Kevin Barnes, en plus fun si c'est possible, avec les défauts que cela induit, c'est-à-dire un vaste défouloir, entre le foutage de gueule et les délicieuses rengaines à siffloter sous la douche. Beaucoup resteront encore à quai. Cette fois, le gaillard m'a eu et j'ai osé prendre son train en marche.
Dans la vraie vie, je suis plutôt réfractaire quand il s'agit de faire le guignol aux attractions de fête foraine, ça me rend malade. Mais je ne suis pas contre un tour de grand huit imaginaire, avec cet Ariel Pink là. "Pom Pom" (Boy?). Pas mieux. Le grand disque de cette fin d'année. A écouter pendant les préparatifs du réveillon. En toute décontraction.

Clip de "Put Your Number In My Phone" :

Clip de "Picture Me Gone" :

10 novembre 2014

Hookworms - The Hum

Ces anglais originaires de Leeds enchaînent déjà leur deuxième album en deux ans. "The Hum" débarque, après l'acclamé "Pearl Mystic", dans la peau délicate du disque de la confirmation. Si Hookworms enfonce le clou d'un rock noisy et psychédélique, le groupe semble calmer un peu le jeu. On pense à un mélange entre Spiritualized et Archie Bronson Outfit. Le mystère se lève sur la formation. Leur style assez inimitable trouve aujourd'hui des références. Nous ne sommes pas encore dans le tout venant, mais "The Hum" est plus rassurant que son effrayant prédécesseur. Comme je n'avais pas parlé de "Pearl Mystic" et que je mentionne celui-là, ma remarque laisse penser que je préfère les sentiers balisés, comme tout bon père de famille. De sentiers balisés, parlons plutôt d'une façon différente de marcher. Le chemin étant le même ou presque, c'est juste la manière de l'emprunter qui diffère. 
Et quand cette manière rappelle celle des deux groupes précités, je suis prêt à faire des efforts et suivre une formation noisy dont la musique, dans la plupart des cas, me fatigue rapidement. C'est en cela que Hookworms est fort, dans cette capacité à attraper des suiveurs hors du périmètre habituel de ce genre de musique. Les anglais ont bien choisi leur nom. Ils sont bien tels ce ver qui s'incruste dans l'organisme, pompe le sang, pouvant causer des dégâts irréversibles. Allez, j'y retourne !


6 novembre 2014

Television Personalities - If I Could Write Poetry (1982)

Voici l'une des personnalités les plus atypiques et passionnantes du rock indépendant anglais, révérée par une poignée de fidèles et non des moindres - de Kurt Cobain à MGMT ("Song For Dan Treacy") en passant par les Pastels. Dan Treacy est un de ces êtres tellement en marge et à côté de la plaque qu'il en devient touchant. Un de ceux qui ont érigé l'amateurisme en art de vivre. Loser éternel jusqu'à passer par les cases drogue, SDF, vol et prison. Les disques de Television Personalities pourtant régulièrement excellents, paraissent tous comme inachevés, inaboutis, comme des "work in progress". Peu importe que ces chansons et ces disques soient bancals, ils ont le parfum du vrai, de la spontanéité, jusqu'à en paraître d'une confondante naïveté. Treacy fait partie de ces gens qui semblent incapables de tricherie et de distance. La vie est trop courte pour jouer à un jeu, semble-t-il nous dire. Si tout le monde avait cette franchise-là, la vie serait tellement plus simple. Si tout le monde avait cette simplicité-là, Treacy serait un génie mondialement connu et "If I Could Write Poetry", une des plus belles chansons d'amour de l'univers. Si seulement...

All those times we spent together
All the love I had I gave to you
Sitting on a park bench in the autumn
Holding hands under a cloudless sky
Happiness is knowing you care for someone
And never having to give a reasons why
For love is never having to say anything
My love is yours to keep till the day you die

If I could write poetry
I would write a thousand poems
To tell the world that I love you

Dreaming we would always be together
Chasing rainbows in a happy sky
Thinking we would always be together
But now I find there's no tears left to cry
If I could catch a falling star I'd give it to you
Even though it's never been done before
And now I'm on a park bench in the autumn
I watch the rainbow disappear from view

If I could write poetry
I would write a thousand poems
To tell the world that I love you

Thinking all the time we spent together
All the love I had I gave to you
Sitting on a park bench in the autumn
Holding hands under a cloudless sky
Dreaming we would always be together
Thinking we would always be together
Hoping we would always be together
But the rainbow disappeared from view

If I could write poetry
I would write a thousand poems
To tell the world that I love you

3 novembre 2014

Literature - Chorus

Rien de tel pour un retour de vacances sous les tropiques que d'écouter de la très bonne indie pop encore gorgée de soleil, en droite lignée des indispensables Field Mice ou plus récemment des excellents premiers disques des Pains of Bieng Pure at Heart ou des Beach Fossils - oui, pas moins! Ils sont Américains, originaires de Philadelphie, s'appellent d'un nom banal, Literature - forcément. "Chorus" est déjà leur deuxième album et c'est un impressionnant enchaînement de délicieuses mélodies pop qui donnent toutes une irrésistible et stupide envie de sautiller sur place. Pour l'originalité, on ira voir ailleurs. Mais on s'en fout bien mal. Cette musique n'a pas cette prétention. L'essentiel est que ça sonne, que ces chansons puissent seulement égayer une journée maussade. C'est chose faite. Et plutôt bien. C'est Slumberland Records qui a signé le groupe, c'est-à-dire une des références du genre, avec Capture Tracks.  
"Chorus" sorti à la fin du mois d'août, en pleine période culturelle creuse, pas l'idéal pour faire parler de soi, mériterait de rencontrer plus d'échos, qu'on reprenne ses morceaux tous en choeur. A acheter les yeux fermés pour les amateurs du genre.