Accéder au contenu principal

Top albums 2015


10- Bertrand Belin - Cap Waller
Pour moi, le meilleur disque français de l'année. A l'inverse d'un Dominique A, Bertrand Belin ne cesse de se radicaliser, de creuser davantage dans la même veine, quitte à laisser les suiveurs d'avant sur le bord du chemin. "Cap Waller" est plus rythmé que les précédents. Mais c'est un rythme à la Belin, dépouillé et toujours maîtrisé, sophistiqué malgré les apparences. Le chanteur a créé un style unique : cette voix à la Bashung, mais ces mots et cette guitare qui appartiennent à personne d'autre.   


9- Beach House - Depression Cherry
Après "Teen Dream" dans mon top 3 de l'année 2010, j'étais forcément devenu exigeant, quitte à négliger carrément (à tort) le suivant, "In Bloom". Il faut dire que Beach House n'est pas un groupe qui change fondamentalement sa musique entre deux disques. Avec "Depression Cherry", les guitares sont à nouveau mises en avant, ce qui n'est pas pour me déplaire. Et puis, en live, leurs chansons prennent une ampleur magique portée par la voix un brin rocailleuse de Victoria Legrand. De la dream pop assurément. 

8- Unknown Mortal Orchestra - Multi-Love
Même si on attend toujours le chef d'oeuvre de Unknown Mortal Orchestra, avec "Multi-Love", ils s'en rapprochent un peu plus. Le groove est plus présent que jamais - mon dieu, quelle basse ! Les mélodies sont aussi. L'enrobage psychédélique permet à l'ensemble de constituer une belle marque de fabrique. Ici, contrairement à Tame Impala, pas de démonstration, les chansons et le songwriting parlent d'eux-mêmes.


7- Algiers - Algiers
Algiers est sans doute le plus groupe rock le plus original apparu cette année. Si leur premier album mélange habilement soul, gospel et post-punk, son caractère compact, homogène voire jusqu'au boutiste peut rebuter. En concert, ce n'est aussi pas la claque annoncée. Reste une énergie et une force considérables qui finissent par vous prendre aux tripes.


6- Bill Ryder-Jones - West Kirby County Primary
L'ancien guitariste de The Coral est un talent rare. Après deux disques enregistrés au piano dont un entièrement instrumental à l'ampleur cinématographique et l'autre très mélodique qui aurait pu être signé par Elliott Smith, voici Bill Ryder-Jones qui revient à ses premières amours : la guitare. Et là encore, c'est réussi. On pense au meilleur du rock des années 90, de Pavement à Blur en passant par les Boo Radleys. 


5- Blur - The Magic Whip
Il y a tellement de reformations "bidon" seulement intéressées par l'argent que beaucoup n'ont même pas pris la peine d'écouter ce nouveau et inattendu Blur. Pourtant, ce "Magic Whip" condense magnifiquement 25 ans de carrière, revenant là où "1999" avait laissé les choses, en y ajoutant une bonne dose de maturité, de guitares plus maîtrisées. Albarn et Coxon se sont rabibochés et on se demande immédiatement pourquoi ils avaient arrêté de travailler ensemble. Ce nouveau Blur est bien plus intéressant que la carrière solo des deux réunie.


4- Destroyer - Poison Season
On pense au Bruce Springsteen flamboyant des années 70, mais pas seulement. Avec "Poison Season", Destroyer franchit un cap, abandonnant une pop indé encore maladroite pour gagner en épaisseur. Les arrangements sont ici de toute beauté. Dan Bejar démontre qu'il est aussi capable de jouer dans la cour des grands, dans la première division de la pop. Connaissant son talent de brouilleur de pistes, on attend avec impatience la suite.


3- Viet Cong - Viet Cong
S'il n'était pas si sérieux, ce disque serait sans doute en première position de ce classement. Viet Cong, ce sont les guitares les plus tranchantes qu'il m'ait été donné d'entendre cette année. Et que dire de cette rythmique dantesque. Comme les canadiens ont fini sous la menace par changer de nom (vive la liberté d'expression au pays de l'oncle Sam!), ce disque restera unique. Une claque qui fut longtemps mon unique disque référence de 2015, celui après lequel tous les autres paraissaient fades. 


2- Christopher Owens - Chrissybaby Forever
Je n'ai jamais vraiment aimé Girls et son côté branleur assumé. Je les voyais comme d'insolents imposteurs, survendus par la plupart des critiques musicaux. Quand il a commencé à chanter en solo, beaucoup ont délaissé Christopher Owens. Comme si celui qu'on disait l'homme à tout faire du groupe n'était finalement rien sans son ancien acolyte. Comme si d'un coup, tout le monde voyait au grand-jour ses recettes faciles et ses toujours mêmes accords. Il a fallu ce troisième album sorti en catimini et enregistré à la maison pour que le chanteur me touche enfin. Car c'est sans artifice et effet de manches que ses chansons sont pour moi les plus convaincantes. "Chrissybaby Forever", c'est du Spiritualized lo-fi, du Spiritualized nettoyé de sa couche pompière voire pompeuse. Du Spiritualized qu'on vient donc visiter plus facilement. Le meilleur disque de Owens, n'en déplaise aux inconditionnels de Girls.


1- Blank Realm - Illegals In Heaven
Je sais bien que je dois être le seul mais je m'en fous. Ce disque est tombé pile poil au bon moment entre mes oreilles. Juste après un certain 13 novembre. Le titre, la pochette, le nom du groupe, les chansons, tout sonnait juste dans ma tête. Depuis, il ne m'a plus quitté. Impossible de se détacher de "Flowers In Mind", "Palace of Love" et des autres, de ces chansons qui rappellent à la fois les Pixies, Sonic Youth ou les Field Mice. Un disque de rock indépendant comme on n'en espérait plus. Un disque qui se fout des modes, un peu bancal, un peu sale, mais qui fait un bien fou. Et on a envie de tout lâcher et de partir avec eux, comme l'homme sur la pochette qui se laisse guider, plein de confiance, sans savoir où il va. Pour oublier ce monde médiocre et ses stupides vanités. Pour oublier qu'en 2015, c'est l'écoeurement qui a prédominé devant l'affreuse actualité. Pour rêver à des lendemains meilleurs. Ici ou ailleurs. 

Commentaires

  1. Sufjan Stevens ?
    FUZZ ?
    Wilco ?
    Tame Impala ?
    Protomartyr ?
    Et tant d'autres...

    RépondreSupprimer
  2. Oui, heureusement qu'on ne retrouve pas forcément ici les mêmes disques qu'ailleurs sinon l'exercice n'aurait pas grand intérêt.

    Merci pour Blank Realm
    Très bien en effet!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, enfin, pour l'intérêt des lecteurs. Mon intérêt, c'est quand même d'être cohérent avec mes goûts personnels. Parce que si c'est juste pour mettre des disques différents... J'adore le Blank Realm, j'aime tout dans ce disque. Pour le journal anglais The Gardian, c'est le meilleur groupe de rock sur scène au monde (rien de moins!) J'ai donc hâte de les voir à l'oeuvre...

      Supprimer
  3. Houlà ! ça faisait longtemps qu'un disque de Dominique A n'avait pas figuré dans ton top annuel. Ce ne serait pas un peu : Au revoir mon amour ? ;)
    Beach House, très bien mais tu n'as pas parlé du deuxième album sorti cette année : Thank Your Lucky Star. Il est à mon sens du même niveau que Depression Cherry et c'est celui des 2 que j'ai le plus écouté.
    EricJ

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, pour Dominique A, ça faisait longtemps. Il est bien le dernier, hein, mais pas renversant non plus. J'attendais plus. Je suis peut-être plus exigeant avec lui qu'avec d'autres. L'autre Beach House est bien aussi, mais un peu au-dessous quand même de "Depression Cherry" je trouve.

      Supprimer
  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  5. Je note les absents que je prends les yeux fermés puisque j'ai aimé les autres donc, confiance aveugle dans ta sélection. Et je m'écoute avec plus d'attention l'ex Coral, je l'ai délaissé. Peut-être à cause de cette pochette qui m'a fait penser à une baignoire que j'ai bien connue. Un vrai tue l'amour comme effet. Mais THE CORAL, quel groupe. Du coup suite à ton classement je me fais son Solo on Baignoire superbe touché MAIS je me passe aussi "The Curse of Love" pour voir si il y a une vie après Bill Ryder-Jones. Merci m'sieur

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour la confiance aveugle. J'espère que tu ne seras pas déçu. Il a quelque chose, le Bill Ryder-Jones, quelque chose de différent de The Coral quand même. Mais indéniablement, un truc en plus. La classe tout simplement. Ces deux autres solo sont aussi à se passer entre les oreilles pour juger de la palette incroyable du bonhomme.

      Supprimer
  6. Content de voir UMO et Christopher Owens ici :) Des choses à écouter, notamment ton numéro 1. Je me casse la tête avec mon propre top en ce moment ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Christopher Owens a été pas mal oublié dans les classements de 2015 alors que je trouve que c'est son meilleur disque, albums de Girls compris. Blank Realm, oui, une vraie révélation, une détonnante "compilation" de 30 ans de rock indé.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Exposition Electro - de Kraftwerk à Daft Punk - samedi 13 juillet 2019

De Kraftwerk à Daft Punk : tout un programme ! Comment résumer la musique électronique ? Question difficile à laquelle la nouvelle exposition de la Philharmonie de Paris ne répond pas vraiment. Mais le propre de tout mouvement est d'être en perpétuelle évolution. Il y a un avant en terme de techniques, d'instruments, ici assez bien raconté avec quelques antiquités électroniques, datant pour certaines de plus d'un siècle. On peut aussi y entendre Jean-Michel Jarre plus gros rassembleur de l'histoire avec des concerts de plus d'un million de spectateurs, parler de son incroyable matériel, la musique devenant une science, résultat de savants calculs incompréhensibles du commun des mortels. Il n'y a par contre pas d'avant et après en terme d'évolution musicale, il y a juste des influences multiples et diffuses, des styles divers et variés. Des villes qui ont créé des vocations comme Detroit (la techno), Chicago (la house) ou Berlin. Des artistes majeurs co…

Kraftwerk - festival Days Off - Philharmonie de Paris - samedi 13 juillet 2019

Après la visite (un peu décevante) de l'Expo Électro dans l'après-midi, nous avons enchaîné avec un concert d'un des plus groupes les plus (si ce n'est le plus) influents de la musique électronique : Kraftwerk. Comme ce style s'accompagne souvent d'un décorum particulier - on n'a toujours pas oublié les shows gargantuesques de Jean-Michel Jarre -, on attendait avec une certaine impatience la soirée depuis de longs mois déjà. Un concert avec lunettes 3D ? C'est la première fois que nous tentions l'expérience. Après le concert ultra chorégraphié et sans fil de David Byrne de l'an passé, la Philharmonie de Paris semble être le lieu privilégié des prestations hors normes, prêt à phagocyter toutes les expériences musicales et visuelles mémorables. Le concert ne débuta qu'à 22h sans première partie - comment passer avant ce qui allait suivre de toute façon ? - et tout de suite, notre attente ne fut pas déçue. A peine après avoir enfilé les lunett…

Kishi Bashi - Omoiyari

"Omoiyari" est un équivalent japonais d'empathie. Kaoru Ishibashi alias Kishi Bashi, est un américain d'origine japonaise. Comme beaucoup, l'arrivée au pouvoir de Donald Trump l'a fait réfléchir sur l'avenir de son pays en se remémorant son passé. Notamment celui particulièrement sanglant entre ses deux patries, celle de ses parents et la sienne. Celui de l'été 1942 ("Summer of 42") par exemple, peu de temps après l'attaque japonaise de Pearl Harbor et avant la riposte américaine qui culminera avec les bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki. Cette Histoire tragique qu'on voudrait tous oublier mais qui refait irrémédiablement surface quand on retrouve, à la tête des états, des personnes qui ont su gagner par la haine de l'autre, en voulant construire des murs par exemple. Un peu d'empathie, voilà ce dont le monde a besoin. Les oiseaux de la pochette sont à l'image de nous autres, humains, des êtres variés et fragiles.…