27 février 2015

Darren Hayman - Chants For Socialists

D'abord se souvenir qu'en son temps, j'ai adoré Hefner, plus que tout autre groupe, faisant suite à la défection de Belle and Sebastian, dont les albums après "The Boy with the Arab Strap" n'ont cessé de me désintéresser. La formation emmenée par Darren Hayman les avait remplacé au pied levé : même pop enjouée aux mélodies qui visent immédiatement justes, même apparente naïveté, avec l'humour en plus et un style bien marqué, accentué par l'aspect "cartoon" des pochettes (d'ailleurs, si quelqu'un sait comment se procurer les badges avec lesdites pochettes griffées dessus, merci de partager). Hayman a mis fin à son groupe après seulement 4 albums tous plus que recommandables, ainsi que l'excellente compilation "Boxing Hefner". Il continue depuis à produire disques sur disques, à une vitesse de un par an en moyenne. Darren Hayman est passé il y a quelques semaines chez Vincent Théval et son émission Label Pop, le lundi soir sur France Musique. Théval, c'est un  peu le successeur de Lenoir, mais plus "caresses" que "tatapoum". J'ai été déçu par son intervention. Je n'y ai pas retrouvé la fraîcheur, l'ironie de l'ancien leader de Hefner, celui qui chantait ses hymnes pour la cigarette, la poste, l'alcool, toutes ces choses que n'avons pas faites et j'en passe. Celui qui promettait de danser le jour de la mort de Thatcher en fredonnant "The witch is dead".
Il reste un homme aux convictions politiques toujours ancrées à gauche. La preuve en est le titre de ce nouveau disque inspiré par les textes de William Morris, un intellectuel anglais du 19ème siècle. Avec "Chants for Socialists" - disponible en téléchargement gratuit ici, normal pour un album de gauche, hein ;-) - , j'ai quand même retrouvé l'incroyable talent mélodique de Hayman, accompagné pour une fois d'arrangements soignés. Nos idoles aussi se rangent des voitures, se posent. C'est humain. Je garde un profond attachement pour le monsieur et sa carrière. Mais s'il fallait me mettre un de ses disques là, tout de suite entre les oreilles, je choisirais plutôt un disque d'Hefner, "The Fidelity Wars" par exemple, au titre finalement révélateur.

Clip de "Mayday" :

25 février 2015

The Sound - I Can't Escape Myself (1980)

Le son, bah oui, le son. Pourquoi pas le son d'abord ? Parce que c'est quand même ce qui nous intéresse en premier lieu, non ? Un bon son, y a que ça de vrai. "I Can't Escape Myself", le premier titre du premier album de ce groupe anglais paru au tout début des années 80 en est assurément un. De bon son. Mais l'époque n'en manquait pas, alors ils sont passés un peu inaperçus. Pourtant, à réécouter aujourd'hui ce "Jeopardy", on se dit que c'est injuste. Que The Sound aurait dû être énorme, presque autant que Joy Division ou The Cure. Le groupe essaiera tant bien que mal de sortir son épingle du jeu. En vain. Il restera cantonné dans l'ombre. Malheureusement, qu'arrive-t-il dans ces cas là ? Adrian Borland, le chanteur, se suicide en se jetant sous un train en gare de Wimbledon, à Londres, un triste jour de 1999, près de vingt ans après la mort d'un certain Ian Curtis et des débuts de The Sound. Trop tard diront les plus cyniques. A l'annonce de sa disparition, les paroles de "I Can't Escape Myself" résonne étrangement. Comme une prémonition. Une fatalité. Banale trajectoire de l'histoire du rock d'un groupe qui n'aurait pas dû l'être, banal. Viennent d'être réédités dans un même coffret leurs trois premiers disques accompagnés d'un live pour la BBC. Si ce n'est déjà fait, précipitez-vous l'acheter. Non, il n'y a pas que Joy Division dans la vie.

So many feelings
end up in here
left so alone I'm with
the one I most fear
I'm sick and I'm tired
of reasoning
just want to break out
shake off this skin

I can't escape myself

All my problems
loom larger than life
I can't swallow another slice
Seems like my shadow
marks every stride
can I learn to live with
what's stuck inside

I can't escape myself

So many feelings
end up in here
left so alone I'm with
the one i most fear
I'm sick and I'm tired
of reasoning
just want to break out
kick off this skin

I can't escape myself

23 février 2015

Motorama - Poverty

Motorama, c'est typiquement le groupe que je pensais lâcher rapidement. Parce que des formations inspirées par Joy Division, ça n'est pas ce qui manque. Et puis, parce que dans le lot, même s'ils sont assurément parmi les meilleurs, ils n'inventent rien. Alors, quand "Poverty" a débarqué, j'ai quand même pris le soin de l'écouter, mais distraitement. Parce que bon, ça commence à bien faire cette musique. L'effet Interpol sans doute. Des groupes qui tournent rapidement en rond. En plus, j'ai vu que beaucoup de blogueurs allaient dans mon sens. Conforté j'étais. Et puis, je ne sais pas pourquoi, j'ai décidé de réécouter ce disque, à tête et oreilles reposées, sans à priori. Et là, ce ne fut pas la même chanson. Il y a une incroyable dynamique dans ces morceaux. Une modestie de moyens, une économie d'effets appréciables. Joy Divison oui, mais enrobé de l'esprit de Sarah Records.
Bref, des chansons brutes et efficaces, qui se suffisent à elles mêmes. Et franchement, à la surprise générale, "Poverty" est sans doute le meilleur album des russes. Motorama avance à son rythme, se moquant du buzz, devenant une sorte de The National du pauvre - voix et production plus approximatives mais peut-être d'autant plus attachant.

Clip de "Dispersed Energy" :

Clip de "Heavy Wave" :

19 février 2015

Baden Baden - Mille éclairs

La musique de Baden Baden a de paradoxale qu'elle nous paraît immédiatement familière alors que nous serions bien incapables d'en trouver une filiation évidente. Leur deuxième album "Mille éclairs" est plus qu'une confirmation, tellement il surpasse leur bien nommé premier essai, "Colline". Ici, le groupe parisien prend une altitude rarement atteinte dans nos contrées. De la pop intelligente, mélodique, riche en recoins, qui donnent envie de fureter encore et encore. Il n'y a pourtant aucun tube dans cet album, aucun truc qui s'impose d'emblée. C'est un ensemble et c'est mieux comme ça. Parce que ça nous force à tout écouter sans tri. De toute façon, difficile d'y trouver une seule faiblesse, une seule facilité. "Dis leur" disqualifie à lui seul tous les Fauves de la terre : arpèges aux petits oignons, mélodie qui trotte dans le ciboulot, textes simples mais qui en disent plus longs sur le mal être des trentenaires que la diarrhée verbale, puérile et prétentieuse de ceux qui après avoir rempli le Bataclan pendant une semaine, s'apprêtent à s'attaquer au Zénith. Injustice de l'époque. 
Baden Baden ou une nouvelle preuve de l'excellente santé de la scène hexagonale que n'importe quelle cérémonie de Victoires (pas même les modestes victoires à papa) ne pourra jamais résumer. "Mille éclairs", c'est tout à fait ça. Un vrai feu d'artifice. En plein hiver, on n'en demandait pas tant.

Clip de "A tes côtés" :

Clip de "J'ai plongé dans le bruit" :

18 février 2015

Mes victoires de la musique 2015 : les résultats !

Ça y est, les votes sont terminés. Merci à tous ceux qui ont participé. Comme je le disais déjà dans mon bilan 2014, Murat confirme son emprise sur la chanson de chez nous avec un "Babel" majeur : artiste masculin et album de l'année, haut la main. La biographie "Coups de tête" est au passage l'occasion de revenir sur la carrière déjà bien remplie de cet empêcheur de chanter en rond (encore que!). J'essaierai d'en faire un petit tour, dans les prochaines semaines, histoire de prolonger ces victoires méritées. 

Autre récompense prévisible, celle de François et ses montagnes de l'Atlas, avec la délicate "fille aux cheveux de soie", chanson de l'année, à défaut d'autres titres dans lequel ils étaient aussi nommés, tous deux squattés par l'inatteignable seigneur Murat.

Dans la foule enchevêtré, dans les les couloirs du soir
Je me change en François sans foi ni loi
Je presse le pas, ce soir j'ai quelqu'un à voir
Quand la fille aux cheveux de soie reçoit le soir
Je me change en celui qui se laisse renverser

Tant je voulais son corps, encore, si resserré
Vouloir sentir son corps, encore, si resserré

Quand la fille aux cheveux de soie me demande ce que je veux boire,
Je laisse couler, j'aime voir tout se renverser
Quand la fille aux cheveux de lin me réveille au matin
Je ne sais plus au chevet de qui je me tiens
Je ne regrette rien

Tant je voulais son corps, encore, si resserré
Vouloir sentir son corps, encore, si resserré

La révélation Feu! Chatterton est aussi évidente : univers original, lettré mais qui n'oublie pas d'être fantaisiste, et puis quelle présence scénique ! C'est peu dire que leur premier album est attendu au tournant.

La seule vraie surprise de mes victoires revient à Laetitia Shériff. Pourtant, la concurrence était rude. Mais la rockeuse rennaise la mérite, pour son excellent dernier disque d'abord et aussi pour sa persistance intègre dans une musique pourtant archi rebattue. Pas un mois ou presque où on n'entend pas parler d'une nouvelle PJ Harvey. Mais comme elle le fait mieux que les autres, on ne pourrait lui reprocher de telles influences. Laetitia porte bien son pseudo et vous m'avez incité à me pencher davantage sur son cas. A suivre donc...

7 février 2015

Top albums 1981


Je le dis tout de go, 1981 est pour moi la moins bonne année de la décennie des eighties : pas de chefs d'oeuvres incontournables - encore que, le Durutti Column n'en est pas loin - et une réelle difficulté à rassembler 10 disques qui tiennent encore la route aujourd'hui. Pourtant, je pense que chacun pourra trouver son compte dans la liste ci-dessous.


10. Klaus Nomi - Klaus Nomi
Un chanteur lyrique allemand chipe les fringues de Bowie et orne ses arias de "froufrouteries" new-wave et kitsch. Dis comme ça on pourrait rester circonspect voire s'enfuir en courant. Mais c'est fait avec un tel aplomb et sans aucune retenue, que la curiosité finit par l'emporter. Toujours aussi unique en son genre.


9. Taxi Girl - Seppuku 
Daniel Darc, j'ai longtemps cru que c'était un vulgaire poseur, comme beaucoup de chanteurs de ces années-là. Alors qu'il était tout l'inverse de ça, la simplicité et la gentillesse même. A la lumière de ce constat et de sa triste disparition, la musique de Taxi Girl résonne de douloureux échos mélancoliques, bien plus matures qu'il n'y paraît.


8. The Cure - Faith
"Faith" est un peu considéré comme le parent pauvre de la fameuse trilogie des Cure, coincé entre les classiques "Seventeen Seconds" et "Pornography". Si vous venez régulièrement ici, vous savez déjà que je préfère largement le premier au dernier de la trilogie. "Faith" se situe entre les deux, entre la sobriété de "Seventeen Seconds" et les grosses basses de "Pornography". Il ne sait pas toujours où aller mais garde au final une parfaite cohérence. C'est ce qui s'appelle la foi, sans doute.

7. The Sound - From The Lion's Mouth
Groupe anglais injustement mésestimé dont le chanteur, Adrian Borland, aura une triste fin : suicide en passant sous un train. Déprimé par la perpétuelle indifférence générale ? Peut-être. "From The Lion's Mouth" est leur deuxième disque et conserve un son qui n'a pas vieilli - ou si peu. On pense évidemment à Joy Division, mais contrairement à beaucoup d'autres, The Sound n'a pas à rougir de la comparaison.

6. Wipers - Youth of America
Pour certains, les Wipers sont l'un des groupes plus sous estimés de l'histoire du rock. A l'écoute des 6 titres de ce "Youth of America", on entend déjà les vingt prochaines années du rock américain, grunge y compris. Tant pis si le chant est parfois lourdaud, avec de telles guitares, on pardonne tout. Un titre comme "When It's Over" est une pure merveille.

5. Orchestral Manoeuvre in the Dark - Architecture & Morality
Non, OMD, ce n'est pas seulement "Enola Gay" ou "Souvenir" - ceux qui ont vécu pendant les années 80 connaissent forcément ces deux tubes planétaires - c'est une pop synthétique plus large encore. La preuve avec ce "Architecture & Morality", probablement leur plus belle réussite et qui contient son lot de divines mélodies. "Joan Of Arc" par exemple.

4. This Heat - Deceit
Des anglais cintrés triturent la pop et le rock pour en faire une improbable mixture. On pense à Robert Wyatt, Bowie, Joy Division, la liste pourrait être longue, mais rien qui ne s'en rapproche totalement. "Deceit" reste toujours une énigme. Déchiffrer cette musique n'est sans doute pas à la portée de toutes les oreilles - de toute façon, encore faut-il le vouloir -, mais ceux qui s'y risquent ont des heures et des heures d'écoute passionnante devant eux.

3. Josef K - The Only Fun In Town
Je l'ai déjà dit, le label écossais Postcard Records a fait un bien fou à la pop d'alors, nous faisant découvrir des formations aussi importantes qu'elles sont restées méconnues, de Orange Juice à Aztec Camera en passant de Josef K. "The Only Fun In Town" est le seul vrai disque de ces derniers. En l'écoutant aujourd'hui, on se dit que c'est là que les Franz Ferdinand ont trouvé l'essentiel de l'inspiration de leur brillant premier album.

2. Television Personalities - ... And Don't The Kids Just Love It
J'ai un peu honte aujourd'hui mais je n'ai réellement découvert Television Personalities qu'en préparant ces classements. Depuis, ce groupe est devenu un de mes chouchous. Pour moi, une formation incontournable des années 80. Cet album est leur premier. Le meilleur ou pas, peu importe, j'aime chacun de leurs disques. Le Velvet qui rencontre Syd Barrett. L'humour et la modestie en plus. Que demander de plus ?

1. The Durutti Column - LC
Une musique qui ne ressemble à nulle autre. Une guitare planante, reconnaissable entre mille, celle de Vini Reily et ce disque, "LC", sans doute le meilleur de son groupe, The Durutti Column, qui continue de subjuguer plus de trente ans après. Même le sieur Brian Eno est jaloux de ce disque, c'est dire.

5 février 2015

Mes victoires de la musique 2015

C'est déjà l'heure de mes désormais traditionnelles victoires de la musique. Cette année encore, je ne me reconnais pas dans les victoires "officielles" et je vous propose donc les miennes. Sauf que si la sélection a été réalisée par mes soins, les résultats seront les vôtres. Encore plus que les autres années, j'ai essayé de faire une place au maximum d'artistes, même ceux dont je n'ai jamais parlé ici - et qui l'auraient pourtant bien mérité -, comme La Féline, Laetitia Shériff, Forever Pavot ou Grand Blanc. François and the Atlas Mountains est le seul à être trois fois nominé. Arrivent ensuite Florent Marchet, Jean-Louis Murat, Feu! Chatterton et Pain-Noir avec deux nominations. J'espère que vous serez encore plus nombreux que les années précédentes à venir voter pour donner plus de poids à ces victoires. Il n'y a rien à gagner, juste à venir défendre ses goûts. C'est déjà ça, non ? Fin des votes vendredi 13...

Artiste ou interprète masculin :



Artiste ou interprète féminine :



Artiste ou groupe révélation :



Chanson de l'année :


Album de l'année :

3 février 2015

Twerps - Range Anxiety

Ils sont Australiens et comme leurs illustres aînés, ils n'ont peur de rien. Comme les grands écarts en faisant successivement penser aux Cranberries - les premiers albums, quand même, faut pas pousser ! -, à Pete Doherty, aux Field Mice, aux Feelies ou à Hefner. Leur nouvel album, c'est sûr, va faire parler de lui. D'ailleurs, c'est déjà le cas, tous les festivals de rock indépendant de l'été 2015 se les arrachent. La faute à un premier single imparable, "Back To You". Le reste du disque n'est évidemment pas toujours à ce niveau-là, mais il a le charme naïf habituellement affublé à la pop australe, celle qui se fout des modes, des convenances et garde une innocence salutaire. Comme feu les formations du label Flying Nun, les Go-Betweens ou les Apartments dont on attend au passage avec une grande impatience le nouveau disque depuis des lustres. On pense aussi surtout à Here We Go Magic pour cette propension à faire de jolies mélodies sautillantes. Mais jamais celles-ci ne respirent l'effort. Il y règne une incroyable fluidité, comme si cela coulait de source.
La musique de Twerps n'est pas encore de celles qui resteront, elle n'est pas d'une grande originalité. Mais elle n'aspire sans doute pas à la postérité. Elle a le charme de la fraîcheur. Tant pis si le chant sonne faux, si les guitares sont feignantes, si le son est bancal, ce n'est pas étonnant que beaucoup veulent les entendre l'été prochain. En Australie, c'est déjà l'été et ça s'entend...

Clip de "Back To You" :