31 juillet 2015

C Duncan - Architect

On n'avait pas pris cette habitude-là. Pour nous, l'Ecosse, c'était un pays de gens simples, natures, mais quelque peu rudes. Leur musique était à leur image : accessible, instinctive et pas sophistiquée pour un sou. Ce jeune homme vient nous démentir ou plutôt se poser en exception pour confirmer la règle. Christopher Duncan dans le civil, C Duncan seulement pour la scène - comme un certain Jérôme chez nous, paix à son âme - a fait des études de musique classique et ça s'entend : sa pop-folk est précieuse, dans tous les sens du terme. On pense beaucoup à Grizzly Bear ou à Alt-J. A une certaine idée de la pop, disons intellectuelle, travaillée, hautement réfléchie. "Architect", c'est exactement ce qu'il est. Et un sacrément bon. Malgré l'homogénéité des rythmes et des mélodies, son disque parvient à tenir en haleine d'un bout à l'autre, bien aidé par les meilleurs morceaux savamment disséminés comme "Say", "For" ou "Here To There".
Un gramme de finesse dans un monde de brutes, comme disait autrefois une publicité. Quand résonne "Goodbye" à la fin du dernier titre, on a qu'une seule envie, revenir au début pour "Say" bonjour une nouvelle fois à C Duncan. Un peu comme ces gens qui ne veulent pas aller en Ecosse à cause du mauvais temps et qui, une fois sur place, ne veulent plus en partir.

Clip " Here To There" :

Clip de "Say" :

Clip de "For" :

27 juillet 2015

Jaill - Brain Cream

Cette fois-ci, je ne me ferais pas avoir comme avec Ratatat. J'avoue avec le recul avoir écrit trop vite sur le duo électronique américain, leur "Magnifique" ne l'est pas tant que ça. J'ai été tellement subjugué par les deux premiers singles que je voulais à tout prix que le reste soit à la hauteur et même si j'ai été déçu par les premières écoutes, je me disais que ça allait venir, à force. Et puis, non, pas vraiment. Pour ce groupe originaire de Milwaukee, l'attente était moindre voire inexistante, car je ne les connaissais ni d'Ève ni d'Adam. La surprise ne pouvait être que bonne. Et elle l'a été. Sans rien inventer, Jaill distille tranquillement ses chansons pop aux influences sixties, mélange de psychédélisme, de garage et de folk. Le Pink Floyd période Syd Barrett, les Sonics et les Byrds, voici quelques influences perceptibles. Ou des Supergrass psychés pas très loin de ceux de "In It For The Money". Ce quatrième disque les a vu passer de Sub Pop Records, mythique label de Seattle, tête de file autrefois du mouvement grunge au plus "do it yourself" Burger Records. Le groupe a aussi connu une forte mutation puisque seul le leader Vincent Kircher est resté. C'est une nouvelle vie que connait donc Jaill et on espère qu'elle leur permettra de se faire mieux connaître.
Quelques titres méritent déjà de figurer dans toute compilation de l'été qui se respecte, parfaits pour filer tout droit sur l'autoroute. En direction du sud et du soleil. Evidemment. Pour s'évader du travail. Vous avez dit de prison ? Non, j'ai dit "Jaill" avec deux ailes, histoire de partir plus vite. Bien vu.

Clip de "Getaway" :

"Got an F" :

23 juillet 2015

Top albums 1977

Je ne dis pas ça parce que 1977 est l'année de ma naissance, mais c'est l'une de mes préférées musicalement parlant. Il suffit de voir le nombre de disques importants de cette liste. 1977, c'est l'apogée du punk anglais avec le premier disque de The Clash et l'unique et ô combien essentiel album des Sex Pistols. 1977, c'est la magnifique période dite Berlinoise du trio Bowie-Eno-Pop qui donnera lieu à 5 albums exceptionnels d'audace et de créativité. 1977, c'est aussi le punk différent en provenance de New-York avec des formations aussi variées, indispensables et dont l'influence reste inaltérable comme les Talking Heads, Television ou Suicide. Bref, ce fut la meilleure année de la décennie, celle qui a envoyé valdinguer le rock à papa : les hippies, le rock progressif et ses solos de guitare démonstratifs et ennuyeux. Dehors, la technicité vaine, bonjour, le naturel et l'instinctivité animale, brute, l'originalité dans ce qu'elle peut avoir de plus passionnante. C'est pas pour dire mais s'il n'y avait pas eu 1977, il aurait fallu l'inventer.

10- David Bowie - Heroes
"Heroes" est moins pop, moins mélodique que son prédécesseur "Low" mais il contient pourtant l'un des morceaux les plus emblématiques de son auteur, le fabuleux titre éponyme que beaucoup de jeunes ne connaissent malheureusement que par le biais du pénible David Guetta. Mais "Heroes", le disque, est bien plus que seulement cette chanson, c'est aussi "V-2 Schneider" et "Neuköln", des choses plus inspirées par l'électronique allemande, Kraftwerk en tête. Bowie démontre une fois de plus son incroyable talent à s'approprier l'univers musical des autres.

9- Iggy Pop - The Idiot
"The Idiot" est un disque de rock aux claviers poisseux et enivrants, celui qui restera aussi dans la légende comme le dernier album écouté par Ian Curtis, le chanteur de Joy Division, avant de se pendre chez lui, dans sa cuisine. "The Idiot" est pourtant, dans la carrière d'Iggy Pop, une renaissance, lui permettant de tourner en beauté la page des Stooges. Sa version de "China Girl" est nettement supérieure à celle que chantera plus tard Bowie, son mentor de l'époque. Preuve si besoin était que l'iguane n'est pas qu'une bête de scène.

8- The Clash - The Clash
Le premier Clash reste une formidable machine à pogoter : du rock frontal, mélodique, torché en deux minutes trente, trois minutes maximum, qui va à l'essentiel, idéal pour les stades. Si d'aucuns préféreront la suite peut-être plus fouillée, je trouve que les Clash n'ont jamais été plus évidents et essentiels qu'avec cette concision et cette précision-là.


7- Suicide - Suicide
Près de 40 ans après, ce premier disque de Suicide ne ressemble toujours à rien d'autre. Martin Rev et Alan Vega ont pourtant dit s'inspirer du Velvet et des Stooges, mais ils ont eu le temps de peaufiner un son bien à eux, depuis leurs débuts dans l'anonymat des petites salles new-yorkaise en 1970. Sept ans pour aboutir aux morceaux de cet album d'électro-punk minimaliste préfigurant entre autres la musique industrielle. La musique de ce disque séminal est un lent poison qui fait son effet sur la longueur, insidieusement. Une fois adoptée, impossible de se passer de morceaux aussi pénétrants que "Cheree".

6- Iggy Pop - Lust For Life
Sur la pochette du disque, Iggy ressemble à Jean-Louis (Aubert, notre "Iggy" national, si, si). La musique par contre, n'a rien à voir (on s'en serait douté). Le chanteur délaisse le rock brutal et explosif des Stooges pour faire le disque de rock que Bowie a toujours voulu faire. Ah, on me dit, que ce dernier est à l'origine de beaucoup de titres de "Lust For Life". Peut-être mais "The Passenger", le titre le plus efficace du lot, s'est fait sans lui.

5- The Sex Pistols - Nevermind the Bollocks
On reproche aux Pistols de ne pas être un vrai groupe punk, d'avoir été finalement une vaste plaisanterie, les pantins de Malcolm McLaren et Vivienne Westwood. Sauf que sous ses abords outranciers et vainement provocateurs, la musique des Sex Pistols a mieux vieilli que l'imagerie punk du célèbre couple. Parce de "Holidays In The Sun" à "Anarchy in the UK" en passant par "God Save The Queen", ce rock converse son haut pouvoir de rébellion. "Nevermind the Bollocks" reste ce disque que l'on écoute quand on a envie de tout envoyer balader. Parce que les paroles sont tranchantes et sans concession. Parce qu'il y a surtout ce second degré sous-jacent qui lui permet de se détacher d'un contexte social et historique et dépasser les modes.

4- David Bowie - Low
Bowie accompagné de Eno se réfugie à Berlin pour trouver une nouvelle inspiration, il en ressortira au moins deux joyaux "Low" puis à un degré moindre "Heroes". "Station to Station" pour Bowie et "Another Green World" pour Eno avaient déjà annoncé la couleur. Ces deux-là règnent en maître absolu de la pop innovante des années 70.


3- Television - Marquee Moon
Le seul disque de l'histoire de la musique (ou presque) à me faire aimer les solos de guitares techniques. Richard Lloyd et Tom Verlaine inventent un son unique, un enchevêtrement de guitares lumineuses et ensorcelantes qui, s'il reste sans équivalent, a fait un nombre considérable de petits. Television ou la démonstration que la maîtrise de la guitare n'est pas que la chasse gardée du rock progressif ou du hard-rock. Et toc !

2- Talking Heads - Talking Heads : 77
Quel disque, mon dieu quel disque ! Quelle face B surtout ! C'est bien simple, quand la déprime me guette, que les idées noires affluent, rien de tel que d'enclencher ce premier Talking Heads pour tout balayer. Je ne connais pas meilleur remède contre la morosité ambiante que les "The Book I Read", "Pyscho Killer" ou "Pulled Up". Le genre de disques qui rend fou ... de joie.

1- Brian Eno - Before And After Science
Brian Eno est un génie et le prouve définitivement avec ce disque matrice, celui qui résume le mieux sa carrière, celui qui résume le mieux la musique pop dans son ensemble. On y trouve de tout sans que cela soit forcé, sans que cela tourne à la démonstration technique ou expérimentale. C'est d'ailleurs tout le talent de Eno, d'avoir construit une musique sophistiquée à partir de rien. Quelques notes de piano, une voix et on a par exemple "By This River", une des plus belles chansons du monde.

20 juillet 2015

Ratatat - Magnifique

Attention, raz de marée annoncé ! Les Daft Punk ont fait des petits en Amérique. Ce "Magnifique" du duo new-yorkais Ratatat porte bien son nom et devrait remporter tous les suffrages : c'est une incroyable machine à danser, à rêver, qui contient au moins avec "Abrasive" et "Cream On Chrome", les deux tubes de l'été. Essayez donc, je suis presque sûr que vous aussi, vous y succomberez. De groupe de musique électronique un peu en marge, seulement connu du circuit indépendant, les Ratatat risquent aujourd'hui, avec leur déjà cinquième disque, de tout rafler. Impossible que les titres de cet album ne passent pas sur toutes les radios. C'est de la musique simple, directe, fun, qui va droit au but : faire danser et rester ancrée dans la tête toute la journée. En plus, les visuels, pochette comme clips, sont plutôt soignés. Ceux qui recherchent un peu de profondeur, de cérébralité pourraient trouver à redire d'un strict point de vue musical.
Il faut bien avouer qu'on voit régulièrement les gros ficelles. Mais bon, voilà, c'est de la musique légère, - comme un bon petit rosé - idéale pour la saison estivale et tant pis si l'année prochaine, on sera passé à autre chose. N'est-ce pas le propre des disques de l'été ?

Clip de "Abrasive" :

Clip de "Cream on Chrome" :

8 juillet 2015

Soko - My Dreams Dictate My Reality

On pourra juger Soko, alias Stéphanie Sokolinski, avec de mauvais arguments, qui sont souvent accentués lorsqu'il s'agit de la gente féminine, pour se transformer en mauvaise foi. A croire que le hipster se conjugue plus facilement au masculin, qu'on pardonne davantage le look, l'attitude et l'état d'esprit à un homme. Moi-même, je m'inclus dans ce ressentiment un poil misogyne, dans ces stupides à-priori. Il suffit de compter le nombre de disques chroniqués ici, qui sont l'oeuvre de femmes - normal, c'est la musique à papa, hein :-). Mais n'allez pas croire que le fait que je vous parle du deuxième album de Soko sorti il y a plus de 4 mois est une façon de me rattraper. Non, la bordelaise a du talent, n'en déplaise à ses nombreux détracteurs. Quand on s'intéresse à l'essentiel, c'est-à-dire la musique, force est de constater qu'elle tient la route malgré ses nombreuses références : Siouxsie ou The Cure (dont elle a repris l'un des producteurs) pour les plus anciennes, mais aussi Beach House, les Dresden Dolls, Arcade Fire ("Ocean of Tears") et bien sûr Ariel Pink que l'on retrouve ici sur deux titres. Qu'une artiste française ait déjà côtoyé à moins de 30 ans autant de mes idoles - elle a aussi joué dans plusieurs films -, jusqu'à Zac Pennington et Jherek Bischoff, les deux leaders des précieux Parenthetical Girls, ça m'énerve et excite forcément ma curiosité.
Le premier disque "I thought I was an Alien" était du folk lo-fi, un peu trop dans l'air du temps, un peu bâclé, simpliste. Celui-là est plus mélodique, plus évident, mais toujours un brin foutraque, à l'image de la jeune femme qui se cherche encore. On peut aimer ou non Soko. On ne peut pourtant pas remettre en cause sa sincérité artistique. La chanteuse fait tout à l'instinct, sans se poser de questions, même quand elle parodie Ariel Pink dans la vidéo de l'excellent "Lovetrap". On aimerait bien comme elle que nos rêves dictent notre réalité. Etre à sa place. Avoir son talent.

Clip de "Lovetrap" avec Ariel Pink :

Clip de "Ocean Of Tears" :

2 juillet 2015

Matthew E. White - Fresh Blood

L'été est là et les sorties culturelles se font tout de suite beaucoup moins nombreuses. A croire que pendant cette période, tout s'arrête. Les gens n'auraient envie que de choses légères. Et de toute façon, ont-ils vraiment le choix ? Mais il faut voir le bon côté : je vais pouvoir en profiter pour rattraper mon retard d'écoute depuis le début de l'année 2015. Matthew E. White, ça fait un moment qu'il est dans mon collimateur, mais ce n'était sans doute pas son heure. Il fallait attendre l'été, car cette musique-là est idéale pour les chaleurs actuelles : un peu de soul, avec des jolies mélodies, des choeurs et des arrangements subtils et pas cheaps pour autant. En l'espace de deux albums, le chanteur-compositeur originaire de Virginie et au physique atypique de gourou, est déjà devenu une valeur sûre, un style à lui tout seul, magnifiquement en dehors des modes. On pourrait le voir comme un Stevie Wonder blanc, qui aurait aussi beaucoup écouté les brillantes productions de Phil Spector des années 60. 
Il est à la Philharmonie de Paris dans le cadre du festival Days Off, ce soir (le 2 juillet) en compagnie d'Andrew Bird. Avec ces deux oiseaux aux commandes, la soirée devrait permettre au public de s'envoler à moindre frais. Parfait pour les vacances, non ?

Clip de "Rock'n'Roll is Cold" :

Clip de "Feeling Good is Good Enough":