28 septembre 2015

U.S. Girls - Half Free

La rentrée est passée et avec elle, sont arrivées ces semaines qui se suivent et se ressemblent un peu toutes. Me voilà de nouveau embarqué par le quotidien, un peu privé de musique ou n'en consommant pas autant que j'en voudrais. La vie est trop courte, ce n'est un secret pour personne et si le clonage humain devait être utile, en dehors de toute question éthique, un jour, ce serait pour créer plusieurs soi, pour pouvoir faire plusieurs choses en même temps. Malheureusement, ce n'est pas possible. En attendant, on fait des choix, des compromis. On avance comme on peut, essayant de garder le meilleur. Même si le meilleur aujourd'hui n'est pas forcément celui de demain. Mais je m'égare. Tout ça pour justifier mon manque de constance à tenir ce blog. Mon manque d'appétit musical aussi. Alors, je me dis qu'à défaut d'être toujours complètement emballé, parler de musique qui change, qui ne ressemble à rien de connu, ça pourrait au moins faire avancer le schmilblick. L'inconnu, le mystère, c'est excitant, non ?
L'américaine Megan Remy qui se cache derrière le pseudo de U.S. Girls faisait de la musique depuis quelques années toute seule dans son coin, à Toronto, en amateur. Et puis, sa pop lo-fi a fini par séduire un label indépendant aussi important que 4AD, incroyable machine à dénicher des talents hors normes (Cocteau Twins, Dead Can Dance, Pixies, Ariel Pink, Deerhunter, etc). Voilà qu'avec "Half Free", elle commence à faire parler d'elle. Féministe jusqu'au bout des ongles, son style éclectique séduit, ça nous change de la délurée Miley Cyrus qui, malgré une forte personnalité et le parrainage d'un Wayne Coyne, ne parvient pas à créer quelque chose d'aussi fort et différent. Quoiqu'en pensent certains, le talent, ça ne se marchande pas. Voilà qui est rassurant. 

Clip de "Damn The Valley" :

Clip de "Woman's work" :

Clip de "Window Shades" :

18 septembre 2015

The Libertines - Anthems For Doomed Youth

Voilà une reformation qui ne m'inspirait pas vraiment. Que pouvait-on attendre du rabibochage discographique de Carl Barât et de Pete Doherty ? A priori, pas grand chose. Histoire de me persuader que la magie de leur premier disque n'opérait plus - surtout que ce n'est plus le Clash Mick Jones à la production mais Jack Gosling qui a notamment travaillé pour l'infâme boys band One Direction - je me suis quand même décidé à y jeter une oreille. Comme les petits malins commencent leur disque par les meilleurs morceaux, je me laisse vite avoir. La nostalgie fait son chemin même si ce "Anthems For Doomed Youth" n'est pas la claque de 2002 où le rock mélodique, foutraque et nonchalant des Libertines détonnait encore. Surtout que les gaillards ont vieilli, ça s'entend, qu'ils le veuillent ou non. Leur musique est plus balisée, les influences plus visibles : les Clash bien sûr, mais aussi les Smiths, The Jam, les Kinks, voire même ici Pulp (et oui!). Bref, un condensé de rock british.
Ce nouvel album aura au moins le mérite de confirmer le talent de Doherty pour trousser de jolies mélodies. Car les disques solo ou en groupe des compères depuis la première fin des Libertines en 2004 avaient déjà démontré que Doherty s'en sortait mieux que Barât. Ici, tout n'est pas formidable, loin s'en faut. Il y a quelques titres en roue libre, faciles. Mais il y a encore quelques beaux restes. Un savoir-faire certain. Les Libertines n'ont rien inventé. Ils ont juste fait la bonne musique au bon moment. Désormais le moment est passé. La musique un peu aussi. Quelques morceaux comme "Time For Heroes" ou "Up The Bracket" resteront comme révélateurs d'une époque. Pas "Gunga Din". 


15 septembre 2015

Requin Chagrin - Requin Chagrin

L'année avait commencé de belle manière avec Rémi Parson, l'un des meilleurs albums de ce revival eighties français. Parce qu'il ne se contentait pas de simplement copier les Taxi Girl et autres Elli & Jacno, mais qu'il imposait un style, celui d'un label, Objet Disque, et de compilations intitulées "La Souterraine" qui sont devenues une référence dans le milieu... underground (souterrain?). J'en parlais déjà l'an passé avec des groupes comme Pain Noir, Chevalrex ou la révélation Baptiste W. Hamon. Mais il y en a bien d'autres à donner une nouvelle vie à la pop française. Bien sûr les influences sont anglo-saxonnes, mais ce qui change, c'est que la plupart chante exclusivement en français. En Angleterre même, la démarche semble appréciée : Rémi Parson a été invité à l'un des meilleurs festivals du genre, Indietracks, pérennisant l'indie pop née de la compilation C86 et du label Sarah Records.
Requin Chagrin (en référence à cette improbable chanson ?), alias Marion Brunetto, serait le pendant féminin de Rémi Parson, dans un style plus enlevé, aux paroles plus oniriques qu'on entend parfois à peine, couvertes par les nappes de guitares et de claviers. On pense aussi à une version française d'un groupe comme Lower Dens. Le genre de musique qui pourrait mieux fonctionner en dehors de nos frontières. Il serait temps que les festivals de chez nous soutiennent aussi cette scène-là. Elle le mérite amplement.

11 septembre 2015

Le renoncement de Howard Devoto de Benjamin Fogel

Benjamin Fogel, ça fait quelques années que je le suis par écran interposé. Son blog "Playlist Society" a fait bien du chemin depuis les chroniques régulièrement "trollées" des disques de Greenday ou U2. Désormais, il joue dans la cour des grands : son blog réunit un nombre croissant de collaborateurs; ensemble, ils ont créé leur propre maison d'édition. Mais "Le renoncement de Howard Devoto" a profité d'un éditeur plus renommé, "Le Mot et le Reste", qui n'est pas à son coup d'essai dans le genre biographies "rock". Bref, si je suis resté à mon humble niveau, conscient de mes limites rédactionnelles, Benjamin n'a cessé de progresser, son écriture s'affinant pour ne garder que l'essentiel. Ce livre, l'un des rares sur cet artiste pourtant majeur du rock de ses quarante dernières années, est une biographie matinée de fiction. En effet, Devoto reste un personnage pour le moins mystérieux et l'auteur n'a semble-t-il eu d'autres choix que de combler les "trous" avec quelques partis pris personnels. Ce procédé permet ainsi de conserver une lecture fluide. Après, il serait intéressant d'avoir l'avis du chanteur sur cette biographie non officielle. Tous les événements de sa carrière y sont abordés, de son enfance dans le Nord de l'Angleterre, au fameux épisode de la première venue des Sex Pistols à Manchester dont Devoto alors tout jeune étudiant fut à l'origine, en passant bien sûr par la carrière musicale à proprement parler. Le renoncement de Howard Devoto, c'est la clairvoyance du chanteur qui, dès la sortie du premier EP des Buzzcocks, claque la porte du groupe et du punk, voyant déjà un mouvement rattrapé par les médias et le marketing. Le renoncement de Howard Devoto, c'est aussi l'abandon de Magazine, sa grande oeuvre, inventeur du post-punk, par manque de succès, de reconnaissance et le sentiment d'inutilité, de n'avoir plus rien à dire. Devoto jettera l'éponge après plusieurs tentatives infructueuses post-Magazine, trouvant un boulot dans la société civile, comme n'importe quel quidam.
Plus que le premier concert des Sex Pistols à Manchester, le livre cite le premier passage de Magazine à Top of the Pops comme événement décisif de la carrière de Devoto. Le chanteur par esprit de rébellion, décide de ne pas chanter, histoire de bien montrer la supercherie du playback orchestré par l'émission de la BBC. Son geste ne sera pas compris, plongeant les autres membres du groupe non prévenus dans le désarroi. Mais c'est surtout le public (et la critique) qui lui feront payer le prix fort : alors que Magazine commençait à rencontrer le succès (d'où le passage à la télé), les ventes de disques baissent subitement et leur second album sortira déjà dans un relatif anonymat. Suite à cela, Magazine restera continuellement en marge. Benjamin Fogel ne prend pas parti, faisant dire à Devoto qu'il avait sans doute été stupide d'agir de la sorte. Reste une chose sur laquelle je le rejoins: cet homme n'est pas considéré à la place qu'il mérite dans l'histoire du rock, à savoir très haute. Chose que ce livre essaie de démontrer. Benjamin a eu raison de ne pas renoncer à écrire.

8 septembre 2015

Sufjan Stevens - Carrie & Lowell

Ce soir, Sufjan Stevens joue au Grand Rex, à Paris, il fallait bien que j'en parle. Tous les amateurs de rock indépendant parisien et même français y seront présents. Car le petit "génie" américain fait une unanimité tellement écrasante dans le milieu que cela en devient presque une faute de goût de ne pas aimer. Pour ma part, j'attendais tellement de son dernier album, décrit partout comme une merveille absolue que j'ai longtemps été déçu. Aujourd'hui encore, je ne dirais pas que c'est le chef d'oeuvre incontesté mais je suis comme qui dirait rentré dans le rang - rentrée oblige ? "Carrie and Lowell" me rappelle beaucoup le meilleur d'Elliott Smith. Oui, le meilleur, en plus homogène, en plus apaisé, plus noir surtout - il lui a été inspiré par la mort de sa mère. Presque trop. C'est cela qui m'a d'abord rebuté. Trop de douceur (douleur?) distrait. Mais un disque qui parle du "Fourth of July" - oui, je sais, c'est la fête nationale américaine -, le jour de mon anniversaire, et dont la chanson est aussi belle ne pouvait que me faire y revenir.
Oui, je sais, parfois, il ne me faut pas grand chose. Je reste persuadé que Sufjan Stevens n'a pas encore donné le meilleur. Si pour le prochain, il pouvait allier la fantaisie grandiloquente d'un "The Age of Adz" et la sobriété neurasthénique de celui-ci, il réaliserait l'album parfait. "Illinois" s'en rapprochait, mais était trop long, pas assez personnel. Avec "Carrie and Lowell", Sufjan Stevens a appris les vertus d'une musique simple et naturelle, ne cherchant pas spontanément à en mettre plein la vue. Il lui reste à trouver le juste milieu entre le "trop" et le "pas assez". Mais certains me diront que c'est justement ce qui fait son charme. Dont acte.

6 septembre 2015

Aline - La Vie Electrique

Ça commence comme prévu : les guitares sonnent toujours comme celle de Johnny Marr. Le son est un poil plus fouillé, comme les paroles. Normal, c'est le légendaire producteur Stephen Street - les Smiths et Blur entre autres - aux manettes. Pourtant, ça accroche moins que sur le précédent, l'inépuisable "Regarde le ciel". A part le single, "La Vie électrique", tube évident, ou le dernier "Promis, juré, craché" facile mais à l'énergie revigorante, il n'y a pas la même immédiateté. Ce nouvel album se veut plus long en bouche : pas sûr qu'il y arrive. Car, ce qui faisait la force de leur premier disque, c'était des mélodies qui claquent et marquent tout de suite, qui faisaient que le reste n'avait plus d'importance, textes simplistes y compris. Après, le groupe continue d'avoir ses fans (j'en fais toujours parti, rare d'entendre une telle efficacité pop made in France) qui réveille en eux une nostalgie de la pop anglo-saxonne des années 80 à guitares cristallines et nappes synthétiques et ses détracteurs pour qui Aline n'est qu'un vulgaire croisement des Forbans et d'Indochine.
Les Marseillais prouvent en tout cas qu'ils sont plus qu'un feu de paille. Il faut dire que les membres du groupe ont autour de la quarantaine, ayant déjà un vécu musical. Romain Guerret, le chanteur, a traîné par exemple ses guêtres derrière l'excellente formation Dondolo. Cette "Vie électrique" n'est pas si foudroyante qu'attendue - Stephen Street, quand même - mais possède assez de courant pour électrifier un tant soit peu le quotidien.

Clip de "La Vie Electrique" :

3 septembre 2015

Beach House - Depression Cherry

Beach House, c'est un peu cette maison de vacances que l'on retrouve avec joie. On a beau l'avoir quitté quelques temps, on s'y sent rapidement en terrain connu parce qu'elle n'a pas changé. On s'y love au son de la voix ensorceleuse de Victoria et des arrangements cristallins d'Alex, leur musique comme combustible pour se réchauffer. Oui, ça serait plutôt pour des vacances d'hiver, pas vraiment pour la plage. Mais ça tombe bien, le meilleur de l'été est passé, il est temps de penser aux prochaines vacances. Ce groupe est un des rares actuels à avoir su inventer un style bien à lui, un son reconnaissable entre mille, qui fait qu'un disque de Beach House reste unique. Pourtant, leurs influences sont connues : de Cocteau Twins à My Bloody Valentine en passant par Slowdive.
Ce nouveau "Depression Cherry", passé la légère déception de l'avoir déjà entendu avant même de l'écouter, pourrait pourtant facilement remplacer les excellents "Teen Dream" et "Bloom". Car tout ce qui fait le charme et l'attrait de Beach House est contenu dedans. Comme à chaque fois. Quand je vous disais que ce groupe est rare... 


1 septembre 2015

Destroyer - Poison Season

ça y est, c'est la rentrée ! Surtout que cette semaine musicale est particulièrement riche en sorties attendues. La première dont je vais vous parler ne l'était pas vraiment pour moi. Destroyer, je ne l'ai croisé qu'à la sortie de son précédent "Kaputt" qui, malgré l'engouement critique qu'il a suscité, m'avait laissé assez indifférent. Cette musique pop d'ambiance avec petits rythmes synthétiques et basses souples faisant aussi la part belle au saxophone sonnait un poil trop kitsch pour moi. Comme le gars - oui, Destroyer, c'est en fait le seul Dan Bejar - passe au festival Pitchfork le jour où j'aimerais bien y aller (il y aura aussi Ariel Pink, Deerhunter et Beach House, excusez du peu), je me suis dit que j'allais jeter une oreille plus attentive à sa musique.
Et franchement son nouveau "Poison Season" est une merveille de pop foisonnante, sophistiquée et intelligente délaissant les claviers synthétiques pour un quintet à cordes et des arrangements soignés. C'est bien simple d'un bout à l'autre des 13 morceaux, difficile de trouver la moindre faiblesse. "Hell", mon préféré, ressemble à s'y méprendre, à l'inverse de son titre, à l'image que je me fais d'un paradis pop. Ce poison-là est déjà mon disque de la rentrée. Au moins.

Clip de "Girl In A Sling" :

Clip de "Times Square" :