28 décembre 2016

Compilation 2016

Tindersticks - Like Only Lovers Can
O - La Rivière
Animal Collective - Floridada
Eddy Crampes - Automne
Iggy Pop - Gardenia
Parquet Courts - Dust
Teleman - Dusseldorf
Woods - Sun City Creeps
Kevin Morby - I Have Been To The Mountain
Andy Shauf - The Magician
Car Seat Headrest - Fill The Blank
Whitney - No Woman
Beck - Wow
Chevalrex - Pour Cible
Radiohead - Present Tense
Metronomy - Back Together
The Avalanches - Colours
Alex Cameron - The Comeback
Drugdealer - Suddendly (feat. Weyes Blood)
Frère Animal - Vis Ma Vie

26 décembre 2016

Top albums 2016

10- King Creosote - Astronaut Meets Appleman
J'étais jusqu'à présent complètement passé à côté de la carrière de cet écossais pourtant éminemment productif (plus d'une trentaine d'albums à son actif). Cette pop est facilement identifiable. Elle s'installe dans une tradition anglo-saxonne, assez proche de celle des charmants The Leisure Society par exemple. "Astronaut meets the Appleman" est un de ces rares disques qui vous persuade que la pop d'outre Manche n'est pas morte. Un de ces rares disques qui vous ferait même apprécier le son de la cornemuse - enfin, presque, faut pas déconner quand même. Dans tous les cas, de la belle ouvrage.



9- David Bowie - Blackstar
Bien sûr, il y a un peu de mégalomanie à se considérer soi-même comme une étoile, ou se comparer à Lazare, l'homme revenu d'entre les morts. Mais quand c'est Bowie qui le dit, tout le monde trouve ça normal. L'artiste et sa carrière en imposent. Cet album est son dernier mot laissé au monde orphelin. Un dernier mot savamment préparé et orchestré, une semaine avant de tirer sa révérence. Pour de bon. Pour sûr qu'il nous accompagnera encore. Jusqu'au bout. Alors, oui, une étoile noire, Lazare, tout ce qu'il veut. Bowie est éternel.



8- Alex Cameron - Jumping The Shark
Découvert un peu par hasard, en première partie de Unknown Mortal Orchestra, l'australien m'a immédiatement intrigué puis séduit. Ce crooner kitsch et rétro impose un univers à nul autre pareil, fait de petits claviers synthétiques et de simples mélodies qui, mine de rien, vous trottent durablement dans la tête. Comme l'improbable rencontre entre Ariel Pink et Nick Cave. "Jumping the shark" est paru en 2014 de manière auto-produite mais ce n'est seulement qu'en 2016 qu'il a connu une sortie plus large. Délicieusement décalé, Alex Cameron est l'ovni de l'année.



7- The Avalanches - Wildflower
Contrairement à beaucoup, je n'attendais rien du second disque des australiens de The Avalanches, paru quinze ans après le désormais mythique "Since I Left You". La surprise n'en fut que plus agréable. Bien sûr, comme son prédécesseur, "Wildflower" est trop long, comporte trop de morceaux et a tendance à nous perdre un peu en cours de route, avant de nous ré-embarquer in extremis en fin de parcours. Car ce disque est une vraie montagne russe. Un disque joyeux, chamarré, déluré, qui n'a peur d'aucun carambolage des genres. Une musique qui a dû se tromper d'époque. Tant mieux.



6- Iggy Pop - Post Pop Depression
L'iguane a la peau dure. Lou et David sont désormais partis. Il reste donc l'ultime représentant d'un rock d'un autre temps, celui où le mot "rock" n'était pas encore galvaudé. "Post Pop Depression" est un retour aux sources, les meilleures de l'ancien chanteur des Stooges, celles de la fameuse année 1977, de "Lust for Life" et de "The Idiot", disques réalisés avec la collaboration de Bowie. Cette fois-ci, c'est Josh Homme, le leader des Queens of the Stone Age qui est aux manettes, pour un disque sobre, efficace et direct. Comme un inconscient et brillant hommage à son ami disparu. 



5- Radiohead - A Moon Shaped Pool

Non, Radiohead n'est pas mort. L'ex-meilleur groupe de rock au monde est de retour aux affaires. Ok, ce n'est plus révolutionnaire, mais "A Moon Shaped Pool" est leur meilleure production depuis leur chef d'oeuvre de 2007, "In Rainbows". Les titres n'ont plus l'évidence d'autrefois, les mélodies sont moins immédiates, reste l'impressionnant travail sur le son qui place une fois de plus le groupe d'Oxford bien au-dessus de la mêlée. Même moins percutante, la musique de Radiohead demeure un précieux refuge.


4- Tindersticks - The Waiting Room
Les Tindersticks vont de plus en plus vers l'épure. Vers l'essentiel. On peut le regretter par certains aspects. Mais "The Waiting Room" est un album d'une beauté troublante qui avance lentement et sûrement. La musique des Tindersticks est plus que jamais celle des fins de soirée, des afters, quand l'engouement est retombé, quand tout est joué, perdu ou gagné, seul ou à deux - de préférence à deux. Quand l'alcool distille encore ces effets. Une musique de chambre, qui prépare au sommeil en finissant par le somptueux "Like Only Lovers Can"... tout est dit. 


3- Chevalrex - Futurisme
Mon disque français de l'année. Haut la main. Chevalrex est le chef de file d'une pop made in France différente, en marge, faite avec les moyens du bord, mais érudite. Le label Objet Disque, c'est lui - on y trouve aussi les excellents Eddy Crampes et Rémi Parson. On entend sur "Futurisme", le meilleur de la musique d'ici, d'Arnaud Fleurent-Didier à Dominique A, le tout arrangé avec une impressionnante précision et concision. Si le futur ressemble à ce disque, tout n'est pas perdu.


2- Kevin Morby - Singing Saw
Longtemps, "Singing Saw" est resté pour moi dans l'ombre du dernier disque de Woods, l'ancienne formation de Kevin Morby. Parce que j'en voyais, à tort, qu'une copie  plus basique. Mais la musique de Morby, sous des abords plus répétitifs et évidents, n'en demeure pas moins inventive. Les références sont solides et admirablement bien digérées - le nouvellement nobélisé Dylan bien sûr. Et puis, tout ça a l'air d'être réalisé avec tellement de facilité. Un classique en puissance. 


1- Woods - City Sun Eater In The River Of Light
Je l'avais prédit : ces américains n'étaient qu'à un chouia de produire LEUR disque, celui qui fera date, celui qui restera encore plus que les autres. "City Sun Eater In The River Of Light" est un disque de folk intelligent, moderne, impeccablement arrangé, aux influences diverses et variées, tellement imbriquées qu'elles n'en sont plus perceptibles. Woods ou la politique de la liberté.

3 décembre 2016

Et toi, t'as écouté quoi en 2016 ?

L'année 2015 ne fut pas des plus réjouissantes. On s'attendait donc à une amélioration. Forcément. Il n'en fût rien. Les nouvelles du monde ne donnent toujours pas à rire. En plus, cette année, on a vécu d'immenses pertes : David Bowie et Leonard Cohen, notamment. Deux monstres sacrés. Deux icônes inaccessibles. Deux témoins d'une époque révolue. Ma liste, cette année, est peut-être à cause de cela, encore plus resserrée : 42 disques seulement. Je compte sur vous pour me glisser quelques disques omis ou oubliés, en commentaire de ce post, sur Facebook, Twitter ou par mail. En attendant, voici ce qui a passé le plus de temps entre mes oreilles ces 12 derniers mois :


1 décembre 2016

Tristen - Les couleurs et les formes

Il y a trois ans déjà, j'étais tombé par hasard sur le deuxième disque de Tristen, alias Sébastien Pasquet, intitulé "Mars en marche". L'album contenait quelques jolis titres, dont le très accrocheur "Lustre" que le chanteur a depuis habilement remixé façon dancefloor. Les paroles, la musique, le clip décalé, tout aurait dû participer au succès de Tristen. Et bah non : même pas une centaine de vues sur Youtube ! Le chanteur poursuit sa carrière dans une incroyable indifférence. "Les Couleurs et les ombres" sortent cette fois-ci sur un petit label, mais à la réputation grandissante, "La Souterraine" qui est devenu le passage obligé de cette chanson française passionnante oeuvrant en marge des grands circuits. Ce nouveau disque est plus directement mélancolique que le précédent, dans le fond comme dans la forme. Plus de second degré. Il faut dire que l'époque n'est pas à la franche rigolade.
La musique est donc plus enveloppante, comme sur le très beau "La fin du monde" - reprise de Aloha Aloha, sortie aussi sur la Souterraine, tiens, tiens. Il n'y a pas de tubes. Pas de morceaux qui restent immédiatement en tête. L'effet est plus diffus, plus subtil avec, mine de rien, une étonnante variété de sons et d'ambiances. On pense même à Radiohead sur "Ton visage en silex". Ce sont effectivement de belles couleurs et de belles formes, du travail d'esthète.

27 novembre 2016

Frère Animal - Second Tour

Aujourd'hui, certains iront voter en signant une charte et en donnant deux euros. Tout le monde devrait pouvoir voter gratuitement, sans être lié à un quelconque contrat moral. La démocratie, ce n'est pas ça. Ce n'est pas un choix unique entre deux partis depuis des décennies. Deux partis, deux machines électorales et médiatiques, qui tournent de plus en plus à vide et participent à broyer des millions d'êtres humains, les laissant dans une extrême pauvreté. La gauche, la droite, comme deux gifles qu'on nous inflige à tour de rôle. A croire qu'on aime ça. "Faudrait pouvoir se barrer, leur balancer un pavé. Vois comme on nous prend de haut, comme on se sent de trop". Le deuxième volet de Frère Animal, le roman pop écrit et composé par Arnaud Catherine et Florent Marchet commence comme ça. Comme un terrible constat de l'échec de nos "démocraties", qui, à force de diviser et créer des inégalités a engendré plus ou moins consciemment la montée des extrémismes et des replis identitaires. Ce disque est ouvertement politique. Il fait suite au premier épisode sorti en 2008 et duquel j'étais un peu passé à côté. Il faut dire que mettre en musique une histoire n'a jamais été chose aisée. Le combat entre musique et littérature se termine souvent par la victoire de l'une sur l'autre. Le premier titre "Vis ma vie" est un hymne en puissance, celui qui marie le mieux le fond et la forme. Après, le narrateur François Morel prend le relais et tout de suite, le fond prédomine, la musique semble accessoire. Il faut plusieurs écoutes pour admettre le contraire et comprendre la pertinence de la démarche.
Dans ce "Second tour" - qui termine à la fin du premier tour des élections présidentielles de 2017 -, les principaux thèmes de la société actuelle sont abordés : l'exclusion, le chômage, la désindustrialisation, la famille, l'homosexualité, l'immigration, le front national (renommé ici intelligemment le bloc national). L'aspect romanesque permet une distance et ainsi d'éviter les clichés, même s'il y a un évident parti pris anti-frontiste - comment pourrait-il en être autrement ? Le décor est planté. Les questions sont posées. Les réponses nous appartiennent. A chacun d'entre nous. Bien vu.

24 novembre 2016

Parquet Courts - Human Performance

Quand un nouveau groupe supérieur à la moyenne arrive entre nos oreilles, on traque la ou les références, c'est plus fort que nous. Un tel talent résulte forcément de copies d'illustres modèles. Avec les new-yorkais de Parquet Courts, on a surtout parlé de Pavement - en rock indépendant, quand on ne comprend pas l'inspiration, que ça part un peu trop dans tous les sens, on cite souvent Pavement - ce en quoi le groupe rétorque plutôt par les plus anciens (et anglais) de Wire avec ce dernier album, "Human Performance". C'est la même volonté de déjouer les étiquettes, de proposer pléthore de chansons courtes et différentes mais toujours avec la même rigueur et la même dynamique sous les abords nonchalants. Le premier titre, "Dust", est ainsi un simili tube indépendant : simple, direct et accrocheur. Indépendant parce qu'on sait que ce rock n'a jamais intéressé plus qu'une poignée de personnes.
Dans la suite, on côtoie aussi bien des trucs rêches que des morceaux paisibles et presque mélodiques. "Dust Is everywhere, sweep". La musique de Parquet Courts est un beau dépoussiérage en règle de plusieurs décennies de rock. Un beau numéro d'équilibristes. Une belle performance humaine, en somme.



18 novembre 2016

Sea Pinks - Soft Days

Ce disque est sorti il y a bientôt un an, au tout début de l'année 2016. A part l'excellent Popnews, peu de gens en ont parlé. Cette musique revisite la pop anglaise de la fin des années 80, celle de The La's notamment et de tous ces groupes adeptes de la guitare rageuse et carillonnante. On pourrait passer facilement à côté, arguant que quantité de formations ont marché sur ces plates-bandes là. Pourtant, il y a dans "Soft Days", le deuxième album des irlandais de Sea Pinks, une fraîcheur, une énergie, une efficacité et surtout une constance dans la qualité plutôt rares. Neil Brogan, leur leader, a eu raison de quitter ses potes de Girls Names. La musique de Sea Pinks est sans doute moins dans l'air du temps, moins revival cold wave, mais elle a un son plus original, authentique. Popnews croyait en janvier dernier que ce disque trouverait à coup sûr ses admirateurs et qu'il serait reconnu à sa juste valeur comme un "petit classique en puissance".
Malheureusement, onze mois ont passé et force est d'avouer qu'il n'en est rien. J'en remets donc une petite couche, à mon humble niveau, car ce sont souvent des disques modestes et simples comme celui-ci qui résistent le mieux à l'épreuve du temps.  

13 novembre 2016

Vincent Delerm - A présent

J'ai un drôle de rapport avec Vincent Delerm. En même temps, j'avoue ne l'avoir jamais détesté comme certains. Son premier album en 2002 écouté au casque, par hasard, lors de sa sortie, dans une Fnac parisienne, m'avait tout de suite plu. Cette première chanson, "Fanny Ardant et moi", cet humour décalé, cultivé et ironique me correspondait assez bien. En plus, on partageait le même prénom. La chanson "Tes Parents" du même disque fut chantée à notre mariage, avec maman, par des amis, en adaptant les paroles expressément pour mes beaux-parents. S'en suivit un concert du chanteur et le souvenir d'un gars bien sous tout rapport, avec qui on partageait plein de choses, ayant des références musicales, cinématographiques, littéraires, politiques communes. Mais les années passèrent et l'envie inconsciente de passer à autre chose, de se dire que Delerm, c'était de l'histoire ancienne, que c'était trop lié à une période de ma vie. Et puis, ce sentiment qu'à l'image d'un double qui aurait connu le succès - ses enfants sont nés aussi à la clinique des Diaconesses, dans le XIIème arrondissement de Paris -, qui serait un peu ce qu'on aurait aimé être dans une autre vie, j'écoutais les disques suivants de Delerm de manière dilettante, juste histoire de vérifier que le fil n'était pas rompu, qu'on gardait les mêmes aspirations.
"A présent" est peut-être son meilleur album, le plus mélodique, même si on pourrait dire la même chose à chaque fois, peut-être parce que tout simplement, il s'améliore. Delerm ose de plus en plus l'autobiographie, l'intime - le superbe morceau final "Le garçon" -, peaufine ses arrangements, plus variés et complexes que le simple piano des débuts. Les textes sont aussi plus concis, plus simples. Comme si la quarantaine aidant, le chanteur avait réussi à ne garder que l'essentiel. Près de quinze ans après, pour toutes ses raisons, je pourrais aujourd'hui écrire "Vincent Delerm et moi".

11 novembre 2016

To laugh and cry and cry

2016, année de la... ? Oui, la rime était facile et c'est ce qu'on se disait sans trop le vouloir en début d'année. Mais une année qui aura commencé par la mort de Bowie et terminé par celle de Cohen entrecoupé par quelques autres nouvelles réjouissantes, comme celle récente de l'élection de Trump à la présidence des Etats-Unis, comment la qualifier ? Au passage, pour tous ceux qui nous disent maintenant, pour Trump, attendez de voir ce qu'il va faire avant de critiquer. Bordel, les gars, le type a été élu, en balançant des phrases honteuses de racisme et de sexisme et que sais-je encore, et vous voulez qu'on remette les compteurs à zéro, comme si rien ne s'était passé et que tout ça, c'était juste du spectacle, du show pour gagner, que les programmes ne sont pas faits pour être respectés ? Et Sarkozy, c'est l'abbé Pierre sans doute ? Je dois être naïf et utopiste et pas suffisamment cynique alors. Sur France Inter, Françoise Hardy était invitée le lendemain de la mort de Cohen. Elle avouait ne pas aimer le chanteur, jugeant sa musique pas assez mélodique. Là aussi, désolé Françoise, je t'aime bien - enfin surtout ce que tu as fait dans les années 60/70 - mais comment peut-on ne pas aimer Cohen ? Au moment du prix Nobel de littérature remporté par Dylan, je me suis tout de suite dit pourquoi pas Cohen justement ? Ce type mérite d'entrer au panthéon des poètes du 20ème siècle. Ses quatre premiers albums au moins sont magnifiques. "Suzanne" est une des plus belles chansons de l'histoire. Un panthéon à elle seule. Et il y en a plein d'autres : "So Long Marianne", "Chelsea Hotel #2", "Famous Blue Raincoat", "The Partisan", "Hallelujah", ... Cohen était unique. Pas besoin de mélodie, sa voix seule suffit à nous transpercer d'émotion. C'est pour ça que ses premiers disques sont les plus beaux, avec des arrangements réduits au minimum. Comme Bowie, il avait sorti un ultime album en forme de bel épilogue, concluant par un de ses meilleurs depuis des années. Il y a quelques mois, la Marianne dont il est question dans "So Long Marianne" est décédée. Le gentleman Cohen s'était alors fendu d'une bouleversante lettre post-mortem et prémonitrice, concluant par "Sache que je suis si proche derrière toi que si tu tends la main, je crois que tu peux toucher la mienne." A nous de te dire, de manière plus basique et évidente, "so long, Leonard, it's time that we began to laugh and cry and cry..." Tu nous excuses mais on n'a pas vraiment envie de rire aujourd'hui. Demain, peut-être ?

10 novembre 2016

Sophia - As We Make Our Way (Unknown Harbours)

Voici du rock à papa comme il n'en existe plus beaucoup. Je m'explique - ça devait finir par arriver que papa écoute de la musique faite expressément pour lui - le rock de Robin Proper Sheppard, d'abord au sein de The God Machine puis seul aux manettes de Sophia, est classique dans la forme comme dans le fond. Ce n'est pas pour cela qu'il n'est pas bon, loin s'en faut. Il faut du talent pour produire une musique aussi puissamment mélancolique, sans effet de manche. "Don't ask" est à ce titre un parfait exemple. Tout est bien en place, pas d'ajout inutile dans les arrangements, jusqu'aux paroles concises et justes comme il faut  : "Don't ask what you don't wanna know cause everybody's running for something". 
On pourrait regretter un manque flagrant de fantaisie, sauf que mine de rien, quelques chansons, sauf peut-être "California" et surtout la très dispensable "St. Tropez / The Hustle", font leur chemin et on y revient avec plaisir. Cette modestie - ce rigorisme ? -, ces morceaux réduits à l'essentiel, ces mélodies étirées n'évoluant qu'avec parcimonie finissent par nous bercer, nous transporter. Vers les "ports inconnus" du titre ? Pas si inconnus que ça quand on a déjà pratiqué le capitaine Sheppard. La traversée, même si elle reste souvent prévisible, n'en demeure pas moins une traversée, à quelques encablures de cette terre et de la folie de ces hommes.


4 novembre 2016

Françoiz Breut - Zoo

"N'aie pas peur de l'ombre" nous entonne Françoiz Breut sur un des plus beaux titres de son dernier album "Zoo". Ce conseil, la chanteuse en a fait une douce ligne de conduite. Sa carrière, commencée il y a plus de vingt ans avec son compagnon d'alors, Dominique A - ce dernier a lui trouvé enfin la lumière, le succès - n'a eu de cesse de naviguer en marge, fonctionnant avec son petit lot de suiveurs enamourés. Ce nouveau disque est peut-être son meilleur, le mieux arrangé - merci au passage, à un autre travailleur de l'ombre, Adrian Utley, guitariste de Portishead, beaucoup moins célèbre que ses deux acolytes, la divine paire Gibbons et Barrow. Ce "Zoo" est une belle auberge espagnole, propose des ambiances et tempos variés, des langues allant du français - surtout - à l'anglais en passant par l'allemand. Mais toujours avec la même douceur, la même suavité dans la voix. On pense à Keren Ann, à du krautrock même. Les textes imagés et poétiques ("la vie est un cirque, mon corps est un zoo, comment les dompter ? Tous ces animaux") comme ceux de la chanson titre sont une réussite. 
L'adage du "pour vivre heureux, vivons cachés" semble donc plus que jamais collé à la peau de Françoiz Breut. On ne la connaît pas personnellement et on l'imagine trop modeste et introvertie pour aimer se mettre en avant mais sa carrière intègre, même si économiquement chiche, devrait en faire un exemple à suivre.

Clip de "La danse des ombres" :
Clip de "Loon-Plage" :

10 octobre 2016

Whitney - Light Upon The Lake

Et oui, je suis en train de faire le ménage dans mes MP3. Après Andy Shauf, voici un autre disque qui, mine de rien, a squatté longtemps dans mon téléphone portable avant que je me décide vraiment à y jeter une oreille. Comme pour Shauf, j'étais resté coincé sur le magnifique premier titre. La suite, pas du même calibre, m'ennuyait un peu. Comme si, une chanson pouvait phagocyter tout un album. C'est le risque de tout donner, dès le début : on créée une attente démesurée. "No Woman" est un single parfait ou presque, fédérateur juste ce qu'il faut, subtil sans en avoir l'air. Mais toute la musique de Whitney est à cette image. Le groupe est la réunion d'anciens membres de Unknown Mortal Orchestra et Smith Westerns. La voix de fausset de Julien Ehrlich peut agacer, la musique à tendance country-soul rebuter les amateurs de rock indépendant comme moi.
Pourtant, l'alchimie fonctionne, bien réhaussée par des arrangements de cordes et de cuivres aux petits oignons. Malgré sa courte durée, l'ensemble s'essouffle quand même sur la fin. "Light Upon The Lake" n'en reste pas moins digne de rester encore quelques mois sur mon téléphone portable, car je suis sûr que j'y reviendrai, ne serait-ce que pour avoir à nouveau un petit peu de chaleur pour les mois d'hiver à venir.

Clip de "No Woman" :

Clip de "Golden Days" :

8 octobre 2016

Andy Shauf - The Party

Dans la série "on se rassure comme on peut" car il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, le dernier album du canadien Andy Sauf est excellent. Voilà, c'est dit. Il est sorti il y a quelques mois déjà mais il y avait jusqu'à présent quelque chose qui me gênait : la voix et les arrangements trop discrets, une lassitude s'installait progressivement, au fil des morceaux. Je ne m'étais pourtant pas résolu à supprimer le disque de mon téléphone portable, me disant que j'y reviendrai, forcément. Que le premier morceau, "The Magician", au moins était magnifique. Et puis, profitant d'une relative accalmie dans les sorties de disques, je me suis replongé dans cette très fine "Party" (désolé). 
On pense inévitablement au regretté Elliott Smith, à son talent mélodique, à sa voix caressante. On aimerait par moments que ça s'emballe un peu, parce que les bases sont là, pour que ça décolle. Voilà le problème des bons élèves : ils sont constamment dans la maitrise. Et quelle maîtrise ! Les titres ne sont pas linéaires, la construction est imprévisible. Andy Shauf ou une certaine idée de la classe...

Clip de "The Magician" :

Clip de "The Worst In You" :

6 octobre 2016

The Divine Comedy - Foreverland

J'ai longtemps hésité à aller à Bilbao. Je ne connais pas la ville et je me disais qu'un festival était une bonne raison pour partir à sa découverte. Le BIME festival a en plus la bonne idée de se dérouler pendant les vacances de la Toussaint. Mais l'affiche ressemble trop à celle d'un festival de la Route du Rock cuvée 1996 pour être franchement emballante vingt ans plus tard. PJ Harvey, Suede (mon dieu, leur dernier disque...), The Chemical Brothers ou The Divine Comedy, autant d'artistes ou groupes en perte de vitesse. Même The Horrors ou Wild Beasts semblent déjà avoir sorti leur meilleur. Bref, ce BIME, ça puait le repère de has-been. Bon, je suis un peu sévère avec PJ dont le dernier album reste digne. Et Neil Hannon alors ? Six ans d'absence et une indifférence personnelle grandissante pour sa production depuis plus de quinze ans. Surtout qu'une première écoute distraite de "Foreverland" (antithèse du Neverland de Peter Pan ?) ne m'avait pas rassuré. Le petit irlandais fait désormais dans la pop chantilly, facile et immédiate : vite écouté, vite oublié ? Il est loin le temps des divines "Liberation" ou autres magnifiques "Promenade". 
Sauf que les arrangements sont toujours aussi soignés et plus variés que jamais. On entend même de la musique orientale sur "A Desperate Man". Chaque titre a son originalité et si ce "Foreverland" ne révolutionne rien, il est la preuve que  Neil Hannon reste l'un des meilleurs songwriters anglais actuels. Les textes toujours décalés, abordent cette fois des références historiques : "Napoleon Complex" ou "Catherine The Great" (pas révolutionnaire donc). Je n'irai pas à Bilbao mais seulement à "Foreverland", et comme son nom l'indique, pas sûr que je lâche la musique de cette divine comédie de sitôt.

Clip de "Catherine The Great" :

Clip de "How Can You Leave Me On My Own :

4 octobre 2016

Preoccupations - Preoccupations

Ils ont fini par changer de nom. Sous la pression. Américaine surtout. La plaie n'est pas complètement refermée. Les souvenirs non encore enfouis. Mais la colère reste. Preoccupations, pour dire leur vision pessimiste du monde. Et ces guitares toujours abrasives. Cette voix grave, un peu forcée. Les Canadiens, anciens membres de Women et de Viet Cong n'ont pas dit leur dernier mot, malgré les drames - la mort de Christopher Reimer, ancien guitariste de Women -, les reniements - l'abandon du patronyme Viet Cong. La musique ne s'est pas assagie. Ou à peine. On entend presque le U2 ou le Echo and the Bunnymen des débuts sur "Memory". Le son est lourd, l'influence post-punk mâtinée de déflagrations sonores, Preoccupations n'est pas, comme son nom l'indique bien, un groupe fun. Pourtant, ce nouveau disque est peut-être le plus accessible de la carrière de ces canadiens, le plus pop, toute proportion gardée. 
Il marque bien la différence entre la lutte armée - le Viet Cong et son tabassage en règle - et une certaine résignation - Preoccupations et sa charge massive mais souvent inoffensive. Comme si on en était tous là...

Clip de "Anxiety" :

Clip de "Degraded" :

12 septembre 2016

Drugdealer - The End Of Comedy

Ça commence sur un rythme jazzy lancinant. Le genre utilisé dans les bandes originales de films pour accompagner les scènes de fin de soirée mélancoliques. Puis, tout de suite, on passe à une pop simple, mélodique, épurée, à la cool et aux connotations sixties. Tout ça pourrait s'apparenter à de l'easy listening. Et c'est sans doute un peu le cas. Mais c'est aussi de la musique qu'on peut écouter seul, sans rien faire d'autre. Parce que même en y prêtant attention, elle tient debout et s'avère très agréable à l'oreille. De la bonne came en somme, dont on ne se lasse pas. Pas étonnant que le nom du groupe soit Drugdealer. Michael Collins, l'homme orchestre se cachant derrière le pseudonyme, a convié quelques amis, les musiciens de Mac Demarco comme l'omniprésent Ariel Pink, toujours là quand il s'agit de produire de jolies mélodies avec trois bouts de ficelle ou encore la belle voix de la chanteuse de Weyes Blood dont le prochain disque à paraître très bientôt a été produit par l'admirable Chris Cohen.
Drugdealer n'est d'ailleurs pas sans rappeler la pop délicate de Chris Cohen en plus immédiat ou parfois à un Syd Barrett en moins fou et plus orchestré. Bref, ce disque classe et léger est à déguster sans modération.

Clip de "Suddendly" (feat. Weyes Blood) :

"Easy to forget" (feat. Ariel Pink) :

2 septembre 2016

King Creosote - Astronaut meets Appleman

En voilà un dont la productivité dépasse carrément l'entendement. Imaginez plus de trente albums en à peine vingt ans de carrière ! Et jusqu'à présent pas un seul post ni même une seule mention de son nom chez la musique à papa ! Il est grand temps de corriger cette criante injustice avec ce nouvel album, merveille de pop précieuse et mélodieuse. Il faut dire que Kenny Anderson - frère du fondateur des Beta Band - l'homme qui se cache derrière King Creosote a eu le temps de peaufiner son affaire. On y entend quantité d'instruments jusqu'à une cornemuse - Ecosse oblige - dont l'apparition en plein milieu du magnifique "Surface" parait quelque peu incongrue. Pour le reste, une simple écoute au casque nous permet d'entendre rapidement la supériorité de ces arrangements sur le commun de la pop actuelle. 
Le style me rappelle les excellents The Leisure Society et on touche ici à l'excellence comme pour leur "Into Murky Water" de 2011. Mais qui s'intéresse au son ? A la musique de King Creosote ? Et si on arrêtait d'essayer de "vivre avec son époque" quand celle-ci n'a cure d'albums aussi beaux et subtils que celui-là ?

Clip de "You Just Want" :

1 septembre 2016

Hey! Ho! Let's Go ! : Ramones and the Birth of Punk - Queens Museum, New-York - 20 juillet 2016

Bon, je vous parle d'une expo dont je sais d'avance que peu d'entre vous auront vue. Et oui, je suis un privilégié. En plus, je ne pourrai même pas vous inciter à aller la voir puisqu'elle est terminée et que de toute façon, il fallait vraiment être un fan absolu du groupe pour venir jusqu'à New-York la voir. Le groupe en question, ce sont les Ramones. Pour ceux qui veulent savoir, je n'ai pas traversé l'Atlantique exprès pour ça. C'est une autre formation du coin qui m'intéressait davantage et dont j'ai déjà parlé . Les Ramones sont une curiosité dans l'histoire du rock. Tout le monde s'accorde à dire que leur musique était simple, voire simplette - leur célèbre "Hey! Ho! Let's Go!" -, qu'ils ont plus ou moins toujours écrit la même chanson. Les Ramones, c'était aussi avant tout un état d'esprit : t-shirt, jean troué, Converse, Perfecto, taille mince et cette attitude à la cool, éternel look de l'adolescent rebelle en manque de repères. Car voilà le défaut et la qualité principal des Ramones, celui de ne jamais avoir grandi, de n'avoir jamais vieilli. Ils ne feront ainsi jamais aussi bien, aussi spontané que leur premier album. C'est le quarantième anniversaire de sa parution que cette exposition au Queens Museum de New-York a célébré. Bien sûr, d'emblée, on est accueilli par la musique des faux frères Ramone, Joey, Dee Dee, Tommy et Johnny, les quatre membres historiques, tous disparus aujourd'hui. L'accent est mis sur l'enfance, les débuts dans la salle mythique du CBGB et ce mouvement punk new-yorkais qu'ils ont initié avec entre autres Television, Blondie, Talking Heads ou Patti Smith. La salle a maintenant été remplacée par une boutique de fringues luxueuses. Quelques vestiges comme les murs témoignent encore de la tumultueuse activité qui régnait à l'époque. Et puis, juste à côté une place a pris pour nom Joey Ramone, le chanteur et leader naturel des Ramones, atteint comme Bradford Cox de la maladie de Marfan, responsable de sa grande taille et de sa maigreur.
Une salle est ensuite consacrée aux très nombreux concerts du groupe dont quelques uns participeront à la légende, comme celui où planifiés dans un festival mainstream à Toronto, ils recevront une pluie de tomates du public qui se demandait bien qui pouvait jouer si mal. Les Ramones quitteront alors la scène en plein milieu du set, faisant des doigts à l'assistance.
Plus loin, difficile de ne pas mentionner l'iconographie réalisée par le designer Arturo Vega avec le fameux logo du groupe, présent sur nombre de t-shirts d'adolescents du monde entier aujourd'hui encore. Car plus que la musique, les Ramones ont inventé (malgré eux ?) une esthétique facilement identifiable. A l'inverse des Sex Pistols, ils n'ont jamais joué un jeu, pris une posture, c'est peut-être pour cela que leur jeunesse est éternelle. Bonne rentrée à tous !


30 août 2016

Alex Cameron - Jumping The Shark

Secretly Canadian a sauvé la carrière de l'Australien Alex Cameron. Son premier disque "Jumping the shark" est sorti il y a plus de 2 ans déjà en téléchargement gratuit sur le site du chanteur. Mais à part quelques blogs défricheurs, peu de monde en a parlé. Alors, Alex Cameron est parti avec son comparse saxophoniste, Roy Molloy, en tournée, en première partie de Unknown Mortal Orchestra, Foxygen ou Mac Demarco, multipliant les concerts pour se faire remarquer. Et, au fil du temps, le gars a gagné en présence scénique. Il se passe un truc à un concert d'Alex Cameron, une étrange atmosphère s'en dégage, qui fait sourire et en même temps capte rapidement l'attention du public. Il n'a pas son pareil pour jouer au crooner décalé avec un son cheap mais dansant - les fameuses petites batteries synthétiques héritées des années 80 ou plutôt de Suicide, groupe du regretté Alan Vega - et une attitude (faussement?) crâneuse.
Tout ça ne peut pas être bien sérieux sauf que Cameron en a bavé pour trouver enfin un label et puis surtout des titres comme "The Comeback", "She's Mine" ou "Mongrel" sont mine de rien très accrocheurs. Parmi les Cameron célèbres, celui-là mérite assurément de se faire un prénom.

Clip de "Take Care Of Business" :

Clip de "The Comeback" :

Clip de "She's Mine" :

26 août 2016

Frankie Cosmos - Next Thing

Greta Kline est la fille des deux acteurs, Kevin Kline ("Un poisson nommé Wanda") et Phoebe Cates ("Gremlins"). Depuis toute petite, elle a grandi dans le milieu du septième art, jouant au passage dans quelques films. Mais sa véritable passion est la musique. Son petit ami, Aaron Maine, est aussi dans le milieu : c'est le chanteur de Porches, dont le dernier disque est sorti en début d'année chez Domino Records. Avec des copains, Greta a fondé de son côté Frankie Cosmos pour enregistrer les nombreuses chansons qu'elle a écrite seule (cf. l'imposant Bandcamp de la demoiselle).  Le style est modeste : des petites histoires de grands ados - elle n'a que vingt-deux ans - de l'indie-pop lo-fi, fait avec trois bouts de ficelle, des titres qui dépassent à peine les 2 minutes. Tout cela pourrait ressembler au caprice d'une "fille de", bien aidée financièrement par papa et maman, sauf que la jeune femme a un vrai talent : une voix fluette et légère, idéale pour ce type de musique, mais surtout une formidable capacité à aligner les miniatures pop aux mélodies entêtantes - on pense par moments aux premiers Belle and Sebastian. Le look est raccord : anti-glamour assumé jusqu'aux poils sous les aisselles.
La chanteuse cite pourtant parmi ses références des artistes plus sophistiqués, assez éloignés de sa musique : Joanna Newsom, Arthur Russell et Michael Hurley. Mais chacun sait qu'il est souvent difficile de faire simple.

Clip de "Sinister" :
Clip de "Is it possible / Sleep song" :

18 août 2016

of Montreal - Innocence Reaches

Après Metronomy et The Avalanches, voilà un autre disque d'été, plein de fantaisie ! of Montreal nous offre son habituelle production annuelle. À l'écoute des précédentes livraisons, on pourrait feindre l'indifférence. La magie de la divine période allant grossièrement de "Satanic Panic in the Attic" au chef d'oeuvre "Hissing Fauna..." est bien passée. À chaque nouvelle mouture, on nous dit pourtant que celle-ci est la meilleure depuis cette époque-là, sauf que ce n'est pas vrai. Cette fois-ci, il se pourrait qu'on revienne au moins à l'inspiration de l'excellent "False Priest". Les titres ne partent pas tous azimuts comme avant, mais constituent de solides morceaux électro-pop, suffisamment efficaces et originaux pour qu'on y revienne plusieurs fois avant d'en avoir fait le tour. Kevin Barnes serait-il en train de devenir adulte ? Pas si sûr, il suffit de le voir se travestir dans le clip de "It's Different with Girls" pour en douter.
La discographie de Of Montreal est trop dense pour en faire une formation culte, la rareté paie plus. Mais il faut avoir une incroyable inspiration pour être capable d'enchaîner ainsi autant de disques qui, même s'ils ne sont pas tous indispensables, contiennent toujours quelques pépites. "Innocence Reaches" fera en tout cas partie de la bonne première partie des albums de Of Montreal (dans les 7 meilleurs sur 14 ?), ce qui constitue déjà une belle surprise.

Clip de "It's Different For Girls" :

11 août 2016

Top albums 1971

10. The Rolling Stones - Sticky Fingers
Deuxième fois d'affilée en 10ème place, les Stones, je vous l'ai déjà dit, ce n'est pas vraiment ma came. Il n'empêche, "Exile" comme "Sticky Fingers" sont des disques auxquels il est difficile de résister. Celui-ci pour la pochette culte de Warhol et puis surtout pour les chansons toutes devenues des classiques, en tête desquelles "Brown Sugar", "Wild Horses" ou "Sister Morphine". 

9. Caravan - In The Land Of Grey And Pink
A cette époque, il y avait une scène originaire de la région anglaise de Canterbury dont le son était assez caractéristique : une musique folk au psychédélisme délicat, mélancolique. Cette scène a vu naître les indispensables Robert Wyatt et Kevin Ayers mais aussi les cousins Sinclair. Ils étaient tous présents au sein de la formation The Wilde Flowers, avant que les premiers forment The Soft Machine et les seconds Caravan. "In The Land Of Grey And Pink" condense le plus accessible et agréable à l'oreille de cette scène-là.

8. Michel Polnareff - Polnareff's 
Considéré par beaucoup comme le meilleur disque du chanteur, "Polnareff's" est son oeuvre la plus ambitieuse avec pas moins de 3 titres instrumentaux brillamment orchestrés qui inspireront de nombreux musiciens en tête desquels Air ou Sébastien Tellier. Pour une fois, Polnareff délaisse les tubes immédiats à destination des radios : seul "Qui a tué grand-maman" connaîtra le succès. C'est le disque qui a définitivement célébré le talent hors-norme de Polnareff. 

7. Led Zeppelin - IV 
Comme pour les Stones, le rock du "zeppelin de plomb" n'est pas celui que je préfère, le son y est lourd, les guitares démonstratives - moins que chez leurs cousins de Deep Purple quand même - la voix de Plant un brin geignarde et la poésie facile. Bref, le hard rock ou le heavy metal - ce punk de droite - n'est pas un genre qui m'attire. Mais ce "IV" s'écoute très bien, même pour les allergiques, car il dépasse allègrement les chapelles : du blues, du folk, des riffs marquants et des chansons universelles comme le célèbressime "Stairway to heaven".

6. Comus - First Utterance
Du folk comme on n'en fait plus, comme on n'en a jamais fait : agressif, flippant, chamanesque. Bowie a une fois de plus été un des premiers à les remarquer dès 1969. Ce premier disque ignoré à l'époque fait l'effet d'un culte grandissant depuis, en partie grâce à un groupe de metal scandinave Opeth qui a aidé à les ressortir de l'anonymat. Après un deuxième album raté, Comus disparut en effet complètement de la circulation. Ils sont réapparus il y a quelques années avec notamment un passage à Villette Sonique. "First Utterance" reste toujours un ovni musical 45 ans plus tard. 

5. Leonard Cohen - Songs of Love and Hate 
Cohen est un poète en plus d'être un chanteur bouleversant. Dernièrement, il a écrit une touchante lettre à la fameuse Marianne de "So Long Marianne", apprenant qu'elle était gravement malade. Depuis, elle est malheureusement décédée. Tous deux ont promis de continuer à se tenir la main malgré la distance, malgré l'absence. Toute la classe du "Master of songs" est résumée là. Le dépouillé et déchirant "Songs of Love and Hate" est une de ses plus belles réussites. 

4. Françoise Hardy - La Question 
Françoise Hardy aidée de la musicienne brésilienne Tuca s'essaie à la bossa nova - style qui sied particulièrement bien à sa voix douce - et ses textes prennent plus d'épaisseur. Un titre comme "La Question" tire les larmes à chaque écoute comme peut le faire le meilleur Brel ou Ferré. Hardy est avec Dutronc les seuls chanteurs des yés-yés trouvant le plus grâce hors de nos frontières. "La Question" lui a permis pour la première fois de sortir de son carcan habituel, prouvant si besoin était que la chanteuse est bien plus qu'une quelconque mode sixties. 

3. T-Rex - Electric Warrior 
"Electric Warrior" est le meilleur album incontesté de T-Rex, celui qui contient les meilleures chansons, celui dont toutes les titres sont bons. Le glam-rock de Marc Bolan était injustement considéré comme de la musique pour midinettes, à l'opposé du rock sérieux, progressif ou lourd de l'époque. Bizarrement, c'est une des musiques des années 70 qui a le mieux résisté à l'épreuve du temps.

2. Serge Gainsbourg - Histoire de Melody Nelson 
Sans doute le disque français le plus adulé par les critiques en dehors de nos frontières, celui qui rend jaloux les anglais et grâce auquel on garde un tant soit peu la face lorsqu'il s'agit de pop musique. On ne compte plus les anglo-saxons ayant puisé leur inspiration auprès de ce son-là. Il faut dire que les arrangements de Vannier n'ont pas pris une ride. Les paroles de Gainsbourg plus générationnelles n'en demeurent pas moins réussies assurant à l'ensemble son statut de classique mérité. 

1. David Bowie - Hunky Dory 
Bowie monte direct au firmament de la musique contemporaine avec son premier chef d'oeuvre. "Hunky Dory" invente une nouvelle façon de faire de la pop : classieuse et inspirée. L'équation parfaite entre le Velvet, Dylan et Scott Walker. Tout est inoubliable de "Changes" à "Life on Mars", en passant par "Oh You Pretty Things", "Quicksand" ou "The Bewlay Brothers". La vie nous a malheureusement montré que même Bowie n'est pas immortel, à l'inverse de sa musique.