30 mai 2016

Hellolisa - Laughter, Drinks and Jiving Along

C'est bientôt l'été. Vous ne le saviez pas ? Bah si quand même, ça se voit, ça se sent. Bon ok, le temps n'est pas folichon. Mais vous y pensez déjà, non ? Non, alors HelloLisa est le groupe qu'il vous faut pour ça. Une musique légère et enjouée qui lorgne vers l'indie pop, la twee pop ou la brit pop. Enfin bref, tout ce qui finit par pop. Un truc pas à la mode du tout, complètement has-been. Un truc de passionnés que le groupe a lui-même produit parce qu'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même. On pense aux Rémois de Bewitched Hands. HellloLisa ne sont pas pour autant des débutants, il faut dire qu'avec de telles influences, on devine qu'ils n'ont pas vingt ans. Ça fait des années que ces membres originaires de Collioure, pas vraiment une région réputée pour sortir des groupes de rock indépendant, peaufinent leur pop. Elle semble arriver aujourd'hui à maturité. 
Et une fois de plus, ce sont les anglo-saxons qui, apprécient plus que nous ces chansons-là. HelloLisa seront au fameux festival de l'île de Wight, invités par Tim Burgess, le chanteur des Charlatans. Kim Gordon, l'ancienne bassiste de Sonic Youth - rien de moins -, a mis un "J'aime" sur leur dernier clip. Il faut dire que les languedociens savent y faire en matière de chansons pop efficaces et manient plutôt bien - c'est rare - la langue de Shakespeare. On ne s'ennuie pas une seconde tout le long de "Laughter, Drinks and Jiving Along". Alors on l'écoute encore et encore. Et on espère que le beau temps viendra enfin.

Clip de "Lilo and John Wayne" :

Clip de "We're fucked up" :

26 mai 2016

The Velvet Underground - New-York Extravaganza - Philharmonie de Paris - 6 mai 2016

Après l'expo Bowie, voici l'expo Velvet Underground. Le rock rentre enfin au musée. Comme une évidence. Le Velvet Underground est sans doute le groupe le plus influent de l'histoire du rock. Plus encore que les Beatles. Parce que le Velvet Underground dépasse le cadre de la musique. Parce que ce groupe, c'était aussi un état d'esprit, l'indépendance, un idéal, allier le rock à la poésie, l'expérimentation sonore aux jolies mélodies. Ce sont les premiers à faire du rock intelligent, même si d'aucuns diront que c'est antinomique. Que le rock doit rester instinctif. Mais un titre comme "Sister Ray" l'était, enregistré en une seule prise. Le Velvet Underground a engendré plus qu'un mouvement, le rock indépendant, il a engendré une philosophie de vie. Quelque chose qui a largement dépassé le seul cadre de mai 68 et de l'esprit libertaire de l'époque. Les New-Yorkais ont constitué une sorte d'antidote à l'esprit hippie de la côte ouest, bien plus en vogue à l'époque. Ils ont montré le noir, le sale, l'obscur, la mort, là où tout le monde voulait voir les fleurs, le beau, la joie, la vie. Ils étaient incontestablement à l'avant-garde, cause de leur insuccès chronique. Contrairement à beaucoup de leurs contemporains, ils sonnent toujours aussi modernes aujourd'hui. Ils n'ont connu la reconnaissance que bien après leur séparation. Disons que leur influence s'est diffusée lentement, s'est élargie au fil des générations de musiciens. Le Velvet Underground a, comme l'aurait dit Brian Eno, été à l'origine de milliers de groupes, dont certains presque aussi importants qu'eux. Cette exposition à la Philharmonie de Paris présente quantité d'informations passionnantes sur la genèse de la formation new-yorkaise et de son premier album, le fameux disque à la banane avec Warhol et Nico.
En comparaison, la suite paraît bâclée, comme s'ils avaient déjà tout dit à ce moment-là ou comme s'il n'existait pas de documents intéressants pour l'illustrer. Très peu aussi sur ceux qu'ils ont influencés qui sont pourtant, je l'ai dit, très nombreux. C'est dommage car des témoignages auraient permis aux néophytes de mieux saisir l'importance du groupe. Le contexte politique, social, culturel et artistique est par contre très bien expliqué. L'iconographie aussi est dense, avec un focus appuyé sur chacun des protagonistes et heureusement pas trop sur Warhol, personnage qui aurait pu s'avérer envahissant, car nettement plus habitué des musées. Nous sommes restés plus de 3h, avides de tout connaître. Après, si on se contente de fureter, l'exposition peut se faire très rapidement. Pendant ces quelques heures, on a donc essayé de se téléporter dans le New-York de ces années-là. Essayer car, avec le recul, tout cela paraît déjà si loin, presque inatteignable. Autre temps, autres moeurs. Il y avait du risque, du danger, des tabous à briser, quelque chose à construire ou plutôt à déconstruire. Un désir de révolte, de liberté. 

21 mai 2016

Blue Orchids - Bad Education (1982)

Tout bon bouquin sur la musique devrait servir à ça : nous donner l'envie d'en écouter. Celui de Jean-Marie Pottier - 34 ans au compteur et une connaissance encyclopédique de son sujet - sur l'indie pop est de ceux-là. Je croyais pourtant m'y connaître en la matière, de Joy Division à Radiohead, c'est pile mon créneau, pile ce que j'aime, mais j'avoue qu'il m'a permis de faire quelques belles découvertes, surtout sur la décennie 80. Faut dire que j'étais encore jeune à l'époque - bon ok, l'auteur encore plus. Les Blue Orchids, j'en avais pour ainsi dire jamais entendu parler. A l'écoute, ils m'ont rapidement tapé dans l'oreille. Le groupe commença sa courte carrière au début des années 80 et ne publia que quelques singles et un seul album avant de se reformer dans les années 2000. C'est un couple à la ville comme à la scène, Martin Bramah et Una Baines, qui décida de partir de The Fall, s'échappant ainsi de la tyrannie de l'impayable despote Mark E. Smith pour créer ensemble ces orchidées bleues. Leur musique est assez proche dans l'esprit de celle de leur ancien groupe, en plus pop, moins abrasive. L'omniprésence des claviers y est sans doute pour quelque chose. "The Greatest Hit" paru en 1982 est un miraculeux recueil de chansons pop déglinguées dont le charme semble opérer comme au premier jour. L'album contient au moins un classique instantané qui, insidieusement, éclipse les autres titres. "Bad Education" est un de ces rares morceaux qui emportent immédiatement l'adhésion de part son accroche mélodique, sa simplicité et sa concision. Comme peut le faire un "I Want You" chez Dylan. Du coup, impossible de m'en défaire. Me voilà incapable de résister au doux plaisir de me la remettre encore et encore entre les oreilles. Les Blue Orchids ont malheureusement disparu rapidement. On les retrouvera furtivement derrière Nico lors du séjour de l'icône à Manchester puis plus récemment pour une très confidentielle reformation. On aurait aimé d'autres "Bad Education". Mais un tel miracle par définition ne se reproduit pas. "The Greatest Hit" au singulier en quelque sorte. Parfait.


Well I'm sorry to bother you
But I'm afraid I want your attention
You see I've come to realize something
That I think I should mention

Through no fault of my own
I'm in a sticky situation
I'm suffering the consequences
Of a bad education

Think I've read too many books
Seen too much T.V.
Paid too much attention
To a bad education

Just touch the flesh of the breeze
And feel the heat

Too bad for me
I'm not alone in this mess
This state is so established
There is no one left to blame
Except maybe the law of dissipation
Which applied to us
Equals a bad education

Through no fault of my own
I'm in a sticky situation
I'm suffering the consequences
Of a bad education

17 mai 2016

Radiohead - A Moon Shaped Pool

Voici un groupe que j'ai mis autrefois bien au-dessus des autres. Chacun de leur nouveau disque venait écraser la concurrence, lui montrant le long chemin restant à parcourir. De "The Bends" à "In Rainbows", aucune fausse note, autant d'albums passionnants venant définir une nouvelle pop, sans équivalent, à mi-chemin de tous les styles. La bande de Thom Yorke semblait, seule, en connaître la recette. Et puis, "The King of Limbs" est arrivé avec, pour la première fois, une certaine lassitude. Les morceaux paraissaient faire du surplace. La machine était grippée. Radiohead rentrait bizarrement dans le rang. Le dernier album solo de Yorke marquait aussi le pas. Comme si la flamme avait fini lentement par s'éteindre... Alors, quand le groupe d'Oxford annonça enfin un nouveau disque, l'attente n'était plus la même. Et puis, il a fallu entendre et surtout voir le formidable clip de "Burn the witch" pour que le buzz éclate de nouveau. Et si le quintet avait retrouvé l'inspiration ? Content et rassuré par son effet, le groupe enchaîna rapidement avec un deuxième morceau puis l'annonce de la sortie digitale du disque. Il ne me fallut pas plus d'une écoute pour comprendre qu'on était à nouveau en présence d'un album supérieur. Un de ceux qu'on réécoutera de nombreuses fois pour y saisir toutes les subtilités. Le son est une fois de plus complexe, impeccable, enveloppant, caractéristique du groupe. "Present Tense" est par exemple une petite merveille de bossanova intergalactique. Les guitares se font moins sauvages que par le passé, les mélodies moins évidentes. Le climat est plus résigné, fataliste. Plus de révolte ne signifie pas pour autant davantage de sérénité, au contraire.
Radiohead est plus que le groupe d'une génération. C'est déjà la troisième décennie durant laquelle ils sortent des disques essentiels. Peu d'artistes peuvent en dire autant. D'un coup, je me sens revenir dix ans en arrière, au moment où Radiohead planait encore au-dessus de la mêlée de mes goûts personnels. Il est agréable de se rappeler les bons souvenirs, surtout en ces temps où chaque jour nous donne de nouvelles raisons de désespérer. Il est rassurant de pouvoir s'appuyer sur des valeurs sûres, avec un cadre connu, un chemin balisé. Même si ce ne sont pas les sommets d'antan, savoir Radiohead revenu aux affaires est déjà une bien bonne nouvelle.

Clip de "Burn the witch" :


Clip de "Daydreaming" :

4 mai 2016

Eddy Crampes - Eddy Crampes

C'est l'histoire d'un rendez-vous manqué qui s'est transformé en heureuse rencontre. Le 5 mai devait avoir lieu une jolie soirée estampillée "La Souterraine" au Petit Bain à Paris. Elle prévoyait rien de moins que les prestations de Eddy Crampes, Rémi Parson et Chevalrex, soit trois merveilleux représentants de cette nouvelle chanson pop de française qui s'échafaude en marge, sur internet, loin des circuits commerciaux, grâce notamment, à un label comme Objet Disque. Comme la date correspondait à une semaine de sortie facilement planifiable avec des baby-sitters à domicile, je l'avais notée bien en évidence dans mon agenda. Alors, je me suis mis à écouter celui des trois que je connaissais le moins, Eddy Crampes, histoire de bien préparer la soirée. C'est rapidement même devenu la prestation que j'attendais le plus. Ne pas se fier à son nom, la musique d'Eddy Crampes fait du bien, mariant élégamment reprise grand public ("Portbail" de Souchon-Voulzy) et underground ("Viens me voir cette nuit" de Daniel Johnston), paroles absurdes et petites tubes indie pop ("Happy on sunday"), le tout avec un parfait détachement, comme si tout allait de soi, comme si le gars pouvait tout ingurgiter, tous les styles et les refaire aisément à sa sauce. De la variété française dans ce qu'elle peut avoir de meilleur, dans son sens le plus noble, loin des sentiers battus.
Alors, quand la soirée attendue a finalement été décalée un mois plus tard en raison du report de la sortie du nouveau disque de Chevalrex - qui s'annonce au demeurant très bien, très Arnaud Fleurent-Didier - j'ai déchanté, surtout que l'exilé londonien Parson n'était plus disponible - bon, La Féline à la place, c'est pas mal quand même, hein. Ce sont parfois les petites soirées sans prétention qui suscitent le plus d'envie. Belle occasion de ratée. Une prochaine fois j'espère. En attendant, le disque de Crampes, il passe plutôt bien.


3 mai 2016

Tindersticks - Paris, Théâtre des Bouffes du Nord - 19 avril 2016

Pas beaucoup de concerts cette année. Pas beaucoup d'occasions de sortir. Alors quand une opportunité se profile, on en profite, maman et moi. Les Tindersticks ont assurément sorti un des plus beaux disques de 2016. Nous ne les avons encore jamais vus en concert. Comme nous n'avons aussi jamais été au théâtre des Bouffes du Nord, il y avait une possibilité à ne pas gâcher pour faire "coup double". Les classieux anglais commencent par dérouler dans l'ordre leur magnifique "The Waiting Room" avec en toile le fond les curieux clips réalisés en collaboration avec la Blogothèque, tout aussi statiques et énigmatiques que la musique. Le son impressionne d'emblée par sa précision, sa clarté. La salle toute en verticalité l'aide à monter et occuper tout l'espace. On retrouve la même ambiance que sur le disque, suave et intimiste. Avec un tel parti pris d'apaisement, il vaut mieux savoir capter l'attention de l'audience, car le moindre bruit extérieur peut venir perturber. Les Tindersticks, malgré l'interaction plus que limitée avec le public, parviennent à hypnotiser la salle. Il y règne une atmosphère sage et attentive. Après un entracte de vingt minutes - on croirait sincèrement assister à une pièce de théâtre, mais une pièce dramatique ou à un concert classique, une musique de chambre -, les anglais jouent ensuite plusieurs titres de leur ancien répertoire - très peu de très vieilles chansons quand même, malheureusement. Ils n'accélèrent quasiment jamais le rythme mais les rares fois où ils le font, on sent qu'ils en ont pourtant sous la pédale. Comme si la musique des Tindersticks devait rester toujours mesurée, sur disque comme sur scène. Dommage, car si l'effet produit est envoûtant, on n'est jamais bien loin de s'ennuyer un peu. Voilà pourquoi leur premier album reste mon préféré. C'est le plus hétérogène, le plus "sale", le plus dissonant, le moins fignolé, mais il s'y dégage quelque chose. Comme si ce premier pouvait être le dernier, le groupe donnait tout. La suite leur donnera tort. Ils avaient le temps et ils ont su magnifiquement le prendre. Les Tindersticks ou l'éloge de la lenteur. Ça fait du bien aussi, un concert où l'on sort détendu, reposé, prêt à affronter la nuit.