29 juin 2016

Chevalrex - Futurisme

Dans un monde parfait, ce disque serait adulé. Parce qu'il concentre le meilleur de trente ans de chanson française, tantôt minimaliste (les premiers Dominique A, Jérôme Minière, Bertrand Betsch, feu le label culte Lithium) tantôt brillamment arrangé (Arnaud Fleurent-Didier, le meilleur de la variété des années 70) tantôt mélancolique, tantôt délicieusement enjoué et mélodique. Chevalrex serait la tête de proue des artistes squattant les compilations essentielles de La Souterraine, le leader naturel de cette nouvelle pop indépendante à la française, le patron de l'excellent label Objet Disque, l'homme susceptible de rassembler le mieux cette belle génération (Mocke, Eddy Crampes, Rémi Parson, Requin Chagrin, La Féline, etc.). Ils sont tous ou presque adeptes d'une chanson française qui a compris que notre langue sonnant moins bien que d'autres, un chant discret, à demi parlé fait très bien l'affaire. L'essentiel réside dans l'ornementation : les paroles et les arrangements. Rémi Poncet, puisque c'est de lui dont il s'agit, est le frère de Gontard!, le pendant politique et sec de Chevalrex et aux influences très connotées eighties. Un frère dont il est ici question ("Avec mon frère").
Les textes sont d'ailleurs plutôt personnels. "Futurisme" a un inconvénient majeur, celui d'être résolument trop court. Comme son titre l'indique, il rêve en un futur meilleur, un futur XXL, mais un futur improbable. Un futur où les chansons de Chevalrex auraient toute leur place.

Clip de "Aussi Loin" :

24 juin 2016

Unknown Mortal Orchestra (+Alex Cameron) - Paris, le Trabendo - 20 juin 2016


Bel enchaînement de concerts cette semaine : après Woods hier, Unknown Mortal Orchestra aujourd'hui. Un de mes disques préférés de 2015. Depuis le temps que j'attendais de voir ce groupe sur scène. L'année dernière, ils étaient venus au festival Pitchfork mais pas le même jour où nous y étions. En plus, il paraît que leur prestation n'avait pas emballé grand monde, à l'image de celle de Deerhunter. Mais à l'issue de cette soirée de veille d'été 2016, je sais que c'était forcément dû à l'ignoble acoustique de la Halle de la Villette. Au Trabendo, ce fut parfait. Il y eut d'abord une drôle de première partie. Un type tout seul, Alex Cameron (rien à voir avec David, le torpilleur de traité européen et James, le torpilleur de bateaux), sa musique pré-enregistrée et un pote saxophoniste viennent nous jouer une musique à nulle autre pareille. Le chanteur a des faux airs de Nick Cave dont il reprend même la gestuelle scénique. Mais Nick Cave qui ne se prendrait pas du tout au sérieux. Un Nick Cave de fin de soirée, sérieusement entamé. Un Nick Cave qui reprendrait du Future Islands : même kitsch assumé, même voix maniérée mais avec une musique réduite à sa plus simple expression. Et le plus étonnant, c'est que ça fonctionne ! Son premier album sorti en 2013 est réédité par Secretly Canadian en août prochain et c'est évident qu'il faudra suivre ce gars-là. 

Unknown Mortal Orchestra n'a cessé de monter en puissance au fil du concert pour finir par un mémorable rappel enchaînant deux versions parfaites - supérieures au disque - et incroyablement dansantes de "Necessary Evil" et "Can't Keep Checking My Phone". Pourtant, ce n'était pas super bien parti avec un solo de guitare technique, démonstratif et assez éprouvant - pour moi - à la fin de "From The Sun". Chaque musicien - hormis le bassiste - aura ainsi droit à son petit moment, à sa petite improvisation. C'est surtout le claviériste qui impressionnera le plus son monde par la maîtrise de son instrument. Unknown Mortal Orchestra montre qu'au-delà de l'aspect ludique et assez immédiat de leur musique se cachent d'excellents musiciens. La vraie fantaisie était donc beaucoup plus ce soir que la veille, lors du festival psychédélique. C'était aussi marrant de constater que le public était à l'inverse de la musique : plutôt excentrique hier, nettement plus sobre aujourd'hui. En tout cas, Unknown Mortal Orchestra confirme sur scène son statut de formation essentielle du moment. Et comme ils progressent de disque en disque, l'avenir leur appartient...

23 juin 2016

Paris International Festival of Psychedelic Music - Woods, Jacco Gardner, Ulrika Spacek, etc - Noisiel, la Ferme du Buisson - 19 juin 2016


Avoir l'occasion de voir et d'écouter Woods en concert vaut bien de rater un match de l'équipe de France à l'euro 2016 - surtout un 0-0. Les américains sont responsables de mon disque préféré de 2016 : un folk moderne et magnifiquement arrangé. Bon, après c'est dans le cadre d'un festival, donc avec un timing écourté et l'obligation de se palucher d'autres groupes pas tous indispensables. La soirée se passe dans un lieu plutôt agréable, la Ferme du Buisson, à Noisiel, en banlieue parisienne, mais assez accessible en RER depuis la capitale. Le thème psychédélique du festival n'était aussi pas pour me déplaire. Juste le temps de fêter dignement en famille la fête des pères, nous sommes arrivés avec maman pour 16h30, le début du concert de Ulrika Spacek, clone anglais de Deerhunter. A l'entrée du site, nous passons évidemment par les inévitables contrôles de sécurité. Les gars ne regardent même pas nos sacs. Ils posent juste une question : avez-vous de la nourriture ? C'est sans doute pour repérer de manière détournée les éventuels terroristes. Comme c'est Ramadan, ils ne vont pas apporter de bouffe. Malins, les gars. Comme on avait pris avec nous de quoi tenir jusqu'à la nuit tombée, ils ne nous ont même pas fouillés. On aurait pu passer avec tout un arsenal, sans problème. Etant donné la petite épicerie que les gars constituaient sur la table devant eux, on a rapidement compris qu'on allait quand même devoir y rajouter nos victuailles. Les types s'excusent, trouvant ça aussi pas très sympa, mais se cachent derrière l'organisation du festival qui aurait décidé le jour même que toute nourriture ou boisson extérieures seraient prohibées. La prochaine fois, ça serait gentil de prévenir un peu plus à l'avance et de mentionner officiellement que c'est pour que les food trucks présents sur place puissent rentrer dans leur frais. Le public n'est pas dupe non plus. On comprend bien. Bon, les gars nous disent qu'on pourra quand même les récupérer à la sortie. Mais parlons musique puisqu'on est venu pour ça. Ulrika Spacek semble un peu perdu sur la grande scène de la Ferme du Buisson. Les titres n'ont pas le relief qu'ils ont sur disque. On s'ennuie vite d'autant que le charisme des anglais est proche de zéro. La suite tardera à se faire attendre, puisque les organisateurs décident de décaler le concert de Tomorrows Tulips suite à un incident sur la ligne de RER A. En attendant, on découvre le site et on s'aperçoit entre autres qu'il y a une salle de cinéma qui diffuse un vieux film, "La chute de la maison Usher" de Jean Epstein, dans l'esprit de l'expressionnisme allemand avec un fond sonore expérimental et très moderne. Des tapis dont installés pour qu'on puisse s'y allonger. Quelqu'un ronfle à côté de nous. Dehors, des stands de bouffe (10 euros quand même le petit hamburger, le même prix qu'au resto sans la quantité ni le service), des stands de disques (les Balades Sonores forcément), des stands d'associations dont une qui vend des lunettes de soleil rigolotes en forme de coeur pour aider la construction d'une école au Malawi, "l'un des trois pays les pauvres au monde". L'heure de retrouver enfin les tulipes de demain. Franchement, il n'y avait pas besoin d'attendre la fin des incidents des transports parisiens pour ça. On aurait pu faire ça en catimini et passer sous silence ce groupe plus que dispensable, énième ersatz de Nirvana. Les morceaux nerveux et courts passent encore mais difficile d'adhérer à leur attitude scénique hautaine et suffisante, surtout quand c'est pour un résultat si commun. On les quitte avant la fin, histoire d'être bien placés pour le concert de la soirée. Woods est conforme aux attentes : impeccable. Peut-être trop même. Tout est en place. Jeremy Earl ressemble à Woody Allen dans "Bananas". Son look est à l'exact opposé des nombreux hipsters aux tenues excentriques du public.

Les morceaux du nouvel album sonnent aussi bien que sur disque, plus élaborés que les anciens, notamment le formidable "Sun City Creeps". On pense évidemment que l'ambiance aurait été autrement plus chaleureuse dans l'intérieur feutré d'une petite salle de concert. C'est pas qu'on n'aime pas la Ferme du Buisson mais cette scène plantée là a quelque chose de profondément impersonnel. Pas grave, la soirée est déjà gagnée : j'ai vu Woods en concert et c'était bien. Heureusement car la suite ne sera pas folichonne. Les Night Beats demeurent une énigme de programmation, tellement éloignés des autres formations. Ils pratiquent un blues sévèrement burné. Avec leur dégaine à la Che Guevara et Emiliano Zapata, on sent que les gars sont plus venus là pour faire la révolution que des bisous. Nos oreilles saignent un peu. Le guitariste chanteur part dans des solos dignes d'un Jack White, sauf qu'au lieu de nous impressionner, on en a rapidement assez. Ne reste plus que la tête d'affiche de la soirée, le néerlandais Jacco Gardner.

Le set est à l'image de la musique. Il y a de l'idée mais ça tourne rapidement en rond. Maston, du même label, est venu prêter main forte au clavier. Quelques titres sortent du lot, comme "Before the Dawn" au motif de clavier répétitif qui permet de s'évader un temps du carcan pop psychédélique sixties. Après un petit rappel, l'heure est enfin venue de plier les gaules et de récupérer nos victuailles laissées à l'entrée tout l'après-midi... Sauf que tout est malheureusement parti à la poubelle et que c'est une fois de plus de la faute de l'organisation. Parfait : un festival qui se targue de venir en aide aux pays pauvres, propose des toilettes sèches et qui dans le même temps jette volontairement de la nourriture, c'est pas un peu paradoxal tout ça ? Après Pitchfork, voici un autre festival où, c'est promis, on ne mettra plus les pieds. On doit être trop vieux pour ça.

12 juin 2016

Cullen Omori - New Misery

Les Smith Westerns feront peut-être partie de ces groupes dissous trop tôt, dans l'indifférence générale, dont l'avenir réévaluera la production à la hausse. Ou pas. Parce que leurs anciens membres connaîtront plus de succès une fois le groupe séparé. Deux sont partis former Whitney avec un ancien Unknown Mortal Orchestra. Le chanteur, Cullen Omori, au nom digne d'une contrepèterie, a préféré continuer en solo. Sa gueule d'ange et sa capacité à écrire de redoutables chansons pop devraient logiquement le couvrir de gloire. Pourtant, il semble qu'une fois de plus, le monde n'en a cure. Trop jeune pour les amateurs de rock indépendant. Trop pop et pas assez exigeant surtout. Pas assez visible du grand public, qui de toute façon n'attend (n'entend?) plus vraiment ce genre de musique, un peu passée de mode. En France, on préfère David Guetta, la misère. MGMT avait pourtant rencontrer le succès, mais grâce à un voire deux tubes ravageurs qu'ils auront du mal à rééditer. Le format album n'intéresse plus qu'une minorité. Il faut donc taper fort et vite pour se faire entendre. 
Cullen Omori en a évidemment le potentiel, "Hey Girl", "Cinammon" ou "Lom" ne sont pas loin de rivaliser avec le meilleur de la pop psychédélique. En résumé, "New Misery" ne trouvera pas facilement son public. C'est dommage car moi, c'est typiquement le genre de disque que j'aime écouter quand le beau temps arrive. De jolies mélodies lumineuses qui rendent simplement heureux.

Clip de "Cinnamon" :

1 juin 2016

Cate Le Bon - Crab Day

Que les choses soient dites pour les plus anciens d'entre vous - enfin pas trop quand même, disons ceux qui étaient ados au milieu des années 80 - Cate Le Bon n'a aucun lien de parenté avec Simon du même nom. Ce dernier n'était autre que le leader d'une des formations pour midinettes les plus célèbres il y a 3 décennies et au nom curieux : Duran Duran. Pourquoi pas Dupond et Dupont, tant qu'on y est ? En tout cas, il ne faut pas plusieurs écoutes pour s'apercevoir que Cate, elle, n'est pas une adepte de la gaudriole. Enfin, d'un strict point de vue musical s'entend. Sa musique ne ressemble à rien de connu, ses petites vignettes pop n'appartiennent qu'à elle. On pense à Nico pour la voix distante, presque masculine. Mais ses mélodies n'ont pas l'aridité de celles de l'Allemande. Elles dégagent une certaine chaleur contrebalancée par une multitude de petits arrangements étranges. On pourrait appeler cela de l'art-pop, de la pop triturée, torturée, mise sens dessus-dessous. Paradoxe d'une pop qui ne cherche pas à plaire à tout prix, quitte à paraître prétentieuse. La galloise - une affiliation avec John Cale ? tiens, tiens, encore le Velvet... - est une artiste exigeante, évitant la facilité.  
Par curiosité et surtout parce qu'on ne parvient pas à en faire le tour rapidement, il est difficile de lâcher ce "Crab Day". C'est bien simple, après 4 albums, la musique de Le Bon s'avère de plus en plus passionnante. Bref, si Simon a préféré se cacher derrière un pseudo on ne peut plus commun, Cate a raison de montrer sa différence. Ce qu'elle fait est très bon.