23 juin 2017

Kevin Morby - City Music

Où je me rends compte que ce blog est rentré dans un petit train-train avec sa seule petite chronique de disque hebdomadaire. Je n'ose pas souvent me l'avouer, mais les nouveautés m'emballent de moins en moins. J'ai l'impression que la musique, ma musique s'est arrêtée il y a quelques temps, que les disques que j'écouterai encore dans quelques années ne sont pas des disques récents ou très peu. Le dernier Kevin Morby fera sans doute partie de ces albums oubliés. Pas que "City Music" soit mauvais, loin de là, mais il n'apporte pas vraiment d'eau au moulin du chanteur qui, après quatre albums, commence déjà sérieusement à tourner en rond. Le précédent, "Singing Saw", deuxième dans mon top 2016, était parfait de bout en bout. La cuvée 2017 est plus dilettante, à l'image du bonhomme.
Pourtant, pas de fausse note encore à signaler, mais une recette en roue libre. Alors, pourquoi je parle de cet album assez routinier ? Parce qu'il reste quand même parmi les nouveautés, un de ceux que j'écoute le plus. Preuve que le chanteur est devenu une des valeurs sûres du circuit rock indépendant actuel. Et puis, mine de rien, il y a maintenant un style Morby et ça, ça n'est pas à la portée de tous.

16 juin 2017

Flotation Toy Warning - The Machine That Made Us

Dès les premières notes du disque, on est tout de suite en terrain connu. Treize ans après. Comme si rien n'avait changé. Dire qu'on attendait le deuxième album des anglais de Flotation Toy Warning est un doux euphémisme. L'attente était même presque devenu intenable tellement leur premier disque, chef d'oeuvre pop des années 2000 était devenu un de nos disques préférés, un de ceux qu'on n'a même plus besoin d'écouter car on est sûr de sa perfection. Une telle attente est forcément décevante. C'est d'ailleurs la première impression que laisse ce nouvel album, même si on reconnaît volontiers que la bande de Paul Carter a fait le boulot, avec un disque digne. Puis on réécoute "Bluffer's Guide To The Flight Desk" et on se dit qu'on l'a sans doute surévalué, qu'il y a quelques longueurs, que les arrangements sont parfois cheaps, qu'il a été réalisé et produit avec les moyens du bord, même si c'est aussi ce qui fait son charme. 

Flotation Toy Warning a eu raison et tort de sortir un nouvel album. "The Machine That Made Us" est excellent, il plane bien au-dessus du commun de la pop actuelle. Mais on connaît maintenant le style du groupe et aussi ses limites. On a enfin un élément de comparaison avec "Bluffer's Guide To The Flight Desk", ce qui le redescend aussi quelque peu de son piédestal et en atténue sa rareté mais pas son indéniable beauté. "The Machine That Made Us" décortique comme son nom l'indique l'ADN du groupe et nous le rend plus humain. Dans tous les cas, merci au formidable label bordelais Talitres d'avoir continuer de croire en cette formation, malgré leur longue absence des circuits.


9 juin 2017

Alt-J - Relaxer

Ceux-là, j'avoue que je n'y croyais déjà plus, après un deuxième album très décevant. Leur premier, "An Awesome Wave" reste pourtant une formidable réussite, alliage culotté au carrefour de beaucoup d'influences. "Breezeblocks" est un des tubes les plus évidents de la décennie, diablement efficace. Mais là où le groupe dégageait une incroyable maîtrise en studio, fomentant des petites cathédrales pop ne ressemblant à rien d'identifiable, son manque de charisme s'avérait assez rédhibitoire en concert. Pour les avoir vus à Rock en Seine il y a quelque années - pas forcément le cadre idéal, je le concède -, la complexité de leur musique n'était pas bien retranscrite sur une grande scène, rendant l'ensemble assez injustement fade. Je ne sais pas si le groupe a progressé en live depuis, en tout cas, ce troisième disque est une belle surprise, me rappellant au bon souvenir de leur premier essai de 2012. 
Les anglais de Alt-J se voudraient Radiohead, qu'ils idolâtrent, à l'heure où l'on fête les 20 ans de l'inusable "OK Computer". Il manque toujours un peu de chair à leur musique, elle reste trop réfléchie. Il manque un peu d'émotion, pas de talent, la preuve ici sur leur très belle reprise du classique des Animals, "The House of the Rising Sun". "Relaxer" distille ainsi les bons points, variant intelligemment les registres. Pour finir en apothéose avec grand orchestre et kitsch assumé.

2 juin 2017

Babx - Ascensions

David Babin, alias Babx, se moque du qu'en dira-t-on, il fait ce qu'il veut, quitte à perdre progressivement tout le monde en route. "Ascensions" sorti justement pendant le weekend de l'ascension est davantage la confirmation d'une sortie de route attendue que l'envol que son titre voudrait signifier. Babx fait du hors piste, invite des pointures du jazz, le vétéran Archie Shepp et le frenchie Thomas de Pourquery et ses Supersonic, ne chante presque plus, se contentant de déclamer ses textes toujours aussi bien sentis et de plus en plus épurés, histoire de garder un certain mystère et d'élargir le champ de l'imaginaire. On comprend malgré tout que ce disque a été écrit et composé en réponse aux attentats terroristes qui ont secoué le monde et particulièrement la France depuis son dernier vrai album en date, "Drones Personnels" sorti en 2013 - il y eut entre temps l'aventureux "Cristal Automatique" où l'artiste mettait en musique quelques uns de ses poèmes préférés. Babx a sa propre maison de disque, BisonBison, ce qui lui permet une plus grande indépendance, mais ce qui est aussi plus risqué financièrement. Pour avoir discuté rapidement avec lui sur les réseaux sociaux, j'ai pu constater sa passion. Sa passion pour la musique bien sûr mais surtout sa passion pour l'Homme avec un grand H. Un passionné, ça ne triche pas. Ce monde en manque cruellement, de passions, de passionnés. Par manque de temps, d'envie. Pour se protéger aussi. On préfère le zapping culturel, social, politique et j'en passe. La surface des choses...
 "Ascensions" n'est pas un disque que l'on écoute d'une oreille distraite. C'est un disque qui demande de s'y plonger. Plus encore que ses précédentes oeuvres, c'est un abîme de tristesse, où il faut aller chercher la mélodie. Un album dont on ne sort pas indemne. Mais encore une fois, il vise juste, qu'il se mette du côté des victimes ou des bourreaux. "Omaya pt. 3" et "Le déserteur" sont par exemple sublimes, belles à pleurer.

26 mai 2017

Klô Pelgag - L'étoile thoracique

Klô Pelgag, quel étrange pseudo! Ça ne pouvait venir que du Québec, cette idée de ne prendre que les premières syllabes de Chloé Pelletier-Gagnon, le vrai nom de la demoiselle. D'ailleurs, les paroles, l'univers lexical, c'est ce qui peut d'emblée faire rebuter, nous, Français, tellement la jeune chanteuse possède un truc, des expressions, des références, des images, bien à elle, un peu perchée. Un truc avec lequel on peut rester complètement hermétique. Klô est l'archétype de la canadienne bobo, écolo, artiste touche à tout, 100% naturelle. Même si elle reste sans doute plus modeste et accessible que son équivalente parisienne, elle et sa musique paraissent de prime abord et même ensuite plutôt prétentieuses. C'est aussi ce que l'on reproche souvent à Camille, dont la comparaison saute immédiatement aux oreilles. Mais on pense aussi, dans un autre style, à la légèreté de Starmania, comme quoi il doit y avoir une style de variété canadienne. 
Mais là où Klô Pelgag met tout le monde d'accord, c'est sur son incroyable talent de mélodiste et d'arrangeuse, aidée en cela par son frère. Après, il y a bien de-ci de-là quelques tics irritants : un recours quasi exclusif aux vocalises, quelques longueurs notamment sur l'interminable dernier titre. Mais la richesse de l'oeuvre balaie aisément tous ces petits défauts. Et puis, elle n'a que 27 ans. Une telle précocité, une tel charisme, une telle personnalité, c'est rare.

19 mai 2017

The New Year - Snow

J'ai beau écouter du rock indépendant depuis plus de vingt ans, il m'arrive encore de découvrir des groupes ou des artistes. Les frères Kadane en font partie. Ils ont d'abord œuvré au sein de Bedhead, formation emblématique d'un mouvement qu'on a appelé à la fin des années 80 et au début des années 90, le slowcore (Galaxie 500, Luna, Low, Red House Painters, etc) Ce rock lo-fi misait avant tout sur la lenteur, sans cracher pour autant sur les guitares bruyantes et une certaine appétence pour les mélodies simples et limpides. Comme si l'époque avait besoin de prendre son temps, de ralentir le rythme, devant la frénésie ambiante, tout en criant sa différence et son goût du beau et naturel. Il y eut quelques adeptes, mais le mouvement eut nettement moins d'impact que le grunge, par exemple, qui avait indéniablement un look et une plus grande envie d'en découdre. Les frères Kadane ont ensuite fondé The New Year, à l'orée des années 2000. "Snow" est leur quatrième album, neuf ans après le précédent. Leur musique devient de plus en plus accessible et pour une fois, ce n'est pas au détriment de la qualité. 
Les mélodies, qui, de prime abord, pourraient paraître ennuyeuses - on ne se refait pas, la modestie des effets demeurent -, gagnent en accroche au fil des écoutes. Elles finissent par nous envelopper, comme sur "The Beast", au lent final hypnotique et magnifique. Toujours pareil. Jamais pareil. Voilà le credo des frères Kadane. "Snow" n'est sans doute pas un disque de saison. Tant mieux, il nous suivra plus longtemps.

12 mai 2017

Feist - Pleasure

Mais qu'est-il donc arrivé à Feist, cette chanteuse pop-rock canadienne, assez consensuelle, sympathique, mais pas franchement inoubliable ? Quelques titres avec le collectif ami de Broken Social Scene avait pourtant montré qu'elle était capable de folie passagère (notamment sur les toujours formidables "Almost Crimes" et "7/4 Shoreline") mais en solo, sa musique, c'était un peu l'autoroute pop-rock pour tout venant, pas désagréable, mais pas transcendant pour autant. Le genre de musique passe-partout, capable de passer dans n'importe quelle soirée mais qui peine à retenir vraiment l'attention. Dès l'écoute des nouveaux titres "Pleasure" ou "Century", impossible de ne pas penser à PJ Harvey : même son de guitare rêche, même rythmique martiale. A la fin de "Century", on entend aussi le grand Jarvis Cocker, preuve que Feist est avant tout influencée par la musique des années 90, comme Broken Social Scene. Que vient d'ailleurs faire l'ex-chanteur de Pulp sur ce disque assez éloigné de son univers habituel ? Sans doute, parce que les nouveaux amis de Gonzales - avec qui Jarvis vient de publier un disque de musique de chambre -, le compère de toujours, sont aussi les amis de Feist.
La canadienne a durci le ton, avec un sens imparable des arrangements, soit qui claquent, soit qui caressent. Chaque morceau est travaillé, comporte son lot de passionnantes digressions, tant dans les mélodies, les voix que les rythmes. "Pleasure", le disque, se positionne déjà comme un classique rock en puissance, car il dispose tous les ingrédients nécessaires. En tout cas, c'est, de loin, son meilleur album.

5 mai 2017

Temples - Volcano

Pour ce que ça vaut, Temples est considéré par Noel Gallagher et Johnny Marr comme le meilleur groupe rock anglais actuel. Venant de ces deux guitaristes "has been", j'aurais plutôt tendance à me méfier, tellement leur production personnelle est assez faiblarde depuis de nombreuses années. Toujours est-il que sans leur donner entièrement raison, force est de constater que les bien sages Temples viennent de balancer un deuxième album aussi impeccable que leur précédent "Sun Structures". En plus, ils font tout eux-mêmes jusqu'à la production. Après un premier disque très influencé par la pop psychédélique des années 60, "Volcano" surfe plutôt sur la décennie suivante, à l'image de leurs confrères américains de MGMT auquel ils font ici beaucoup penser jusqu'aux coupes de cheveux. Ça semble parfois facile, un peu putassier mais il faut avoir un sacré talent pour tenir ainsi la distance sans faiblir, tant au niveau des arrangements que des mélodies. Les Temples, c'est un peu ce groupe pop capable de faire partout l'unanimité. De la pop dans son sens le plus noble en quelque sorte. 
"Mystery of pop". Mystère d'un groupe aux influences variées et savamment assimilées, capable d'évincer tous les profiteurs, tous ces marchands du temple de la pop. Eux ne sont assurément pas là pour l'argent mais pour la postérité. Allez donc prêcher la bonne nouvelle.

3 mai 2017

Woods - Love is Love

Les voilà déjà de retour ! Grâce à leur inépuisable dernier disque, "City Sun Eater In The River Of Light", Woods est devenu un de mes groupes fétiches actuels. Ce nouvel album a été écrit peu de temps après l'élection d'un certain Donald Trump à la présidence des États-Unis d'Amérique. Il est court. Six titres seulement, dont plus de 10 minutes entièrement instrumental. Malgré l'inquiétude qui pèse de plus en plus dans les relations internationales, malgré la montée progressive des extrémismes de toute sorte (religieux, nationaliste, communautariste, financier, etc) le groupe préfère croire que l'amour, la fraternité ne sont pas devenus de vains mots. "Love is love" nous disent-ils simplement. La musique est dans la lignée de leur précédent disque.
Avec au moins une chanson imparable, "Bleeding Blue", dont l'entêtante mélodie de trompette n'est pas prête de nous quitter. Bref, même si l'avenir n'est pas rose - en témoigne, le deuxième tour de nos élections présidentielles qui voit les français devoir choisir entre un nationalisme dangereusement réactionnaire et un vide idéologique néo libéral affirmant avec force et conviction que le politique ne peut plus rien face à la tout puissante finance. Que laisserons-nous à nos enfants ? De belles idées. De belles choses. De beaux disques. Comme ceux de Woods. Et plein d'amour. "Love is love".

21 avril 2017

Foxygen - Hang

Je sais, l'album est sorti il y a déjà quelques temps mais je profite d'une relative accalmie dans les sorties musicales intéressantes pour vous parler aujourd'hui du dernier disque de Foxygen. Bon, c'est aussi parce qu'étant en vacances, j'ai un peu décroché de l'actualité mais promis, je m'y replonge. Foxygen donc, un groupe ultra prometteur, mon disque de l'année 2012, c'était eux. Alors qu'ils n'en étaient qu'à leurs débuts. "Take the kids off Broadway" n'était même pas un vrai LP, sorti uniquement en vinyl. J'avais été les voir à la Mécanique Ondulatoire où le groupe dégageait un évident charisme scénique. La suite fut un peu décevante, un deuxième album sorti rapidement après mais moins foufou, trop contenu. Les influences apparaissaient alors trop flagrantes : Mick Jagger, David Bowie ou Lou Reed. Puis, il y eut un troisième disque complètement foutraque qui tendait régulièrement vers le n'importe quoi et où Foxygen s'auto-caricaturait. Après ça, je dois avouer que je n'attendais déjà plus grand chose de la formation de Sam France et de Jonathan Rado. "Hang" est donc une bonne surprise mais elle mit du temps à se confirmer. 
Foxygen est revenu à ses premiers amours : un disque court, des mélodies qui jouent aux montagnes russes, l'absence de peur de trop en faire, aidée en cela par les arrangements soignés de l'ami Matthew E. White et par la folie maîtrisée des petits frères The Lemon Twigs. On a entre les oreilles un album dont on ne lasse pas facilement. Il faut dire que Foxygen ont écouté les mêmes musiques que nous et qu'ils sont suffisamment doués pour ne pas simplement les copier mais y apporter une vraie touche personnelle. Et hop, c'est reparti pour un tour.

20 avril 2017

Vashti Bunyan (+Steve Gunn) - Paris, Le Carreau du Temple, Magic Number #2 - 13 avril 2017

Les vacances scolaires sont souvent l'occasion pour maman et moi de sortir, confiant notre progéniture à nos parents. Il n'est alors pas toujours évident de trouver un concert, un film ou une expo pouvant nous intéresser - même si à Paris, nous sommes plutôt chanceux quant aux propositions culturelles. Cette fois-ci, il y avait la deuxième soirée Magic, la revue pop moderne, comme ils disent, qui est récemment réapparue sous une nouvelle formule et avec un nouveau rédacteur en chef, Vincent Théval. Ce dernier vient d'ailleurs présenter la soirée. Elle se déroule à l'auditorium du Carreau du Temple, une salle tout confort, à l'image des studios de Radio France dans lesquels Théval organisait ses excellentes Label Pop Sessions. La soirée sera intimiste. D'abord, l'Américain Steve Gunnn, seul avec sa guitare. Puis la fabuleuse Vashti Bunyan, raison évidente de notre présence, dont la musique toute en délicatesse constitue un nectar pour nos oreilles. Tant mieux, il est bon parfois de ménager nos tympans, de ne pas leur faire subir l'assaut de guitares stridentes ou de batteries surpuissantes. J'avais écouté un peu la déjà conséquente discographie de Steve Gunn avant de venir mais je n'avais pas réussi à m'accrocher à sa musique. Sa prestation toute en retenue nous a fait le même effet. C'est assurément un excellent guitariste, avec une technique irréprochable, tout en changement de rythmes. Sauf que tout ça n'est pas très mélodique et on s'ennuie assez rapidement. Dommage car si Gunn avait une voix supérieure, on pourrait se laisser transporter. C'est tout l'inverse de Vashti Bunyan. Elle a gardé à plus de soixante-dix ans, la voix angélique de ses jeunes années, pas puissante mais incroyablement émouvante. Une sorte de Leonard Cohen au féminin : ils savent jouer magnifiquement de leur voix pour nous toucher au plus profond. Toutes ces chansons brèves, aux mélodies enivrantes et immédiates, telles ces petites comptines qu'on chante au coin du feu, se ressemblent toutes. Mais comme elles ressemblent aussi à celles de nos rêves, ça n'a aucune importance. Seul regret, elle n'a pas joué "Swallow Song", incroyable chef d'oeuvre d'une évidence et d'une fluidité rares. La dame a constamment le sourire aux lèvres, contente de recevoir un tel accueil, elle qui avait disparu des radars pendant plus de trente ans par manque de succès justement. Elle est accompagnée par le brillant et discret guitariste écossais Gareth Dickson. La française Alma Forrer, déjà entendue chez Baptiste W. Hamon, vient aussi pousser la jolie chansonnette en duo avec Vashti Bunyan. On a l'impression d'être à la maison, chez une grand mère, ancienne hippie mais désormais rangée, venant nous ouvrir son coeur, nous parler de sa vie, de ses enfants, de ses déboires, le plus simplement du monde, sans jugement, d'égal à égal. C'est incroyablement touchant. La dame est accessible, douce. Elle semble venir d'un autre monde. Un monde où tout serait plus simple, plus immédiat, plus beau. Pendant plus d'une heure, elle nous a fait croire que ce monde existait vraiment, elle a suspendu le temps. On serait bien restée là-bas avec elle. Cette femme a été touchée par la grâce. Amen.

14 avril 2017

Future Islands - The Far Field

Après le succès inattendu de leur dernier disque en date, "Singles", en partie dû à l'incroyable talent scénique de leur chanteur Samuel T. Herring révélé à la face du monde lors d'un passage très remarqué dans l'émission de David Letterman, les Future Islands étaient attendus au tournant. Pas de changement de direction ici, leur style est invariablement le même tout l'album durant : basse sautillante, clavier eighties, batterie synthétique et voix maniérée. On ne change pas une recette qui marche. Future Islands reste ce groupe atypique, underground, mais possédant un indéniable potentiel sur le dancefloor qui nous incite malgré nous à tenter d'imiter le fameux jeu de jambes de Herring. J'écoutais leur disque dimanche dernier en faisant mon jogging hebdomadaire - et oui, c'est que papa, la quarantaine approchant à grands pas, a plus besoin que jamais de s'entretenir. Je me disais que cette musique est justement idéale pour l'action, elle s'adresse essentiellement au physique, n'en déplaise à ceux qui préfèrent l'introspection. 
Même s'il n'y a rien de nouveau sous le soleil de Baltimore et que "The Far Field" fait quelque peu du surplace, je continuerai à garder et écouter la musique de ce groupe, parce qu'elle fait du bien. Tout simplement. Vivement la prochaine Route du rock!

10 avril 2017

Timber Timbre - Sincerely Future Pollution

Retour de vacances idéal avec le nouveau disque des canadiens de Timber Timbre, responsables de mon album de l'année 2014. Le groupe a, en trois ans, beaucoup écouté de musique des années 80 et cela s'entend. On pense au Blue Nile, Talk Talk, Kraftwerk ("Bleu nuit") voire au Bowie de la période berlinoise ("Grifting") mais le style reste reconnaissable entre milles, toujours à mi-chemin des Tindersticks et de Portishead. On retrouve cette formidable capacité d'épure, de suggérer lentement, sans trop en faire. Et ces chansons qui évoluent ainsi tranquillement entre nos oreilles, comme ces films à la mise en scène contemplative, qui en disent plus long que de grands discours. Ce nouvel album étonne d'abord par ces arrangements synthétiques inhabituels puis subjugue une fois de plus car Timber Timbre a beau changer sensiblement de forme, quand on possède une telle classe, peu importe le flacon, l'ivresse surgit toujours à un moment ou un autre comme sur le sublime "Western Questions", déjà postulant au titre de plus belle chanson de l'année. 
Ils se paient même le luxe de finir par le kitsch assumé de "Floating Cathedral"- titre qui porte au passage admirablement bien son nom et résume ce que représente la musique du groupe - comme si au fond, ils savaient qu'ils pouvaient tout se permettre. Magnifique du début à la fin. Encore une fois.

31 mars 2017

The Magnetic Fields - 50 Song Memoir

Là dessus, j'ai un peu de retard mais il faut dire qu'il faut du temps pour digérer les cinq disques (et cinquante morceaux) de la nouvelle oeuvre de Stephen Merritt, l'unique homme ou presque derrière The Magnetic Fields. Après les fameuses 69 love songs sorties en 1999, le bonhomme semble coutumier du fait. Cette fois-ci, le thème est plus personnel, car Merritt vient d'avoir cinquante ans : une chanson par année. On retrouve d'ailleurs le style de chaque période, avec les synthés mis bien en avant pour les années 80. Les titres dépassent rarement 3 minutes 30, le format pop classique. Les mélodies le sont aussi, classiques. Restent cette impressionnante voix grave de crooner décalé, ces paroles souvent ironiques et ces arrangements bricolés qui, pourtant, sont loin de faire pâle figure.
Il y a un style Magnetic Fields (les regrettés Parenthetical Girls en étaient par exemple d'excellents suiveurs plus maniérés). Bien sûr, tout n'est pas parfait. Sur une telle quantité, comment cela pourrait l'être? Qui pourrait tenir la distance ? Difficile d'écouter ce nouveau disque d'une traite sans éprouver une certaine lassitude, surtout que l'inspiration semble diminuer au fil des morceaux. Il faut prendre ces "50 Song Memoir" comme de délicieux tapas qu'on dégusterait selon notre appétit et nos envies, quitte à revenir plusieurs fois sur les mêmes. Il y a tellement de mets appétissants sur la carte qu'il nous faudra de toute façon longtemps avant d'en avoir saisi toutes les saveurs.

24 mars 2017

Spiral Stairs - Doris & the Daggers

Ce sont souvent les oeuvres dont on n'attend à priori rien qui constituent les plus belles surprises. Le deuxième album de Scott Kannberg, ex éminent membre et fondateur de Pavement, groupe culte du rock indépendant américain des années 90, fait partie de celles-là. La carrière solo de Stephen Malkmus, son ancien acolyte me laisse par exemple assez indifférent. Pourtant, ses disques sont plutôt réussis, mais le style me semble avoir vieilli. Comme si la musique de Pavement était indiciblement liée à son époque et qu'écouter leurs disques maintenant revenait à ressasser inutilement le passé. Alors, un nouvel album de Spiral Stairs, le sous-fifre de Malkmus, vous pensez bien que ça ne m'emballait pas plus que ça. Kannberg a mis huit ans avant de sortir "Doris & the Daggers", son deuxième album. Huit ans pendant lesquelles, il a voyagé, de l'Australie à Los Angeles et San Francisco, a survécu à quelques décès dans son propre entourage. Il s'est ainsi recentré sur ce qu'il sait le mieux faire : des chansons pop un peu déviantes même si nettement plus rectilignes que celles de Pavement.

Il a réuni pour cela quelques talentueux amis, des membres de Broken Social Scene ou Matt Berninger, le chanteur de The National. Le résultat est un disque brillant, alignant les titres aux mélodies hors mode et assez immédiates et qui, sous des abords simplistes, ne vous quittent pas si rapidement. 

17 mars 2017

Real Estate - In Mind

Ça commence comme une évidence, "Darling", le tube indie pop parfait : les guitares aux lignes claires qui tourbillonnent et dont la mélodie obsède immédiatement, la voix de velours à la Elliott Smith qui vient à peine perturber l'ensemble, se contentant d'accompagner en douceur. Avec un tel début d'album, on est prêt à suivre les New-yorkais de Real Estate n'importe où. "Darling" est la force et en même temps la faiblesse du disque, il embarque tout de suite l'auditeur mais il provoque aussi une légère déception, car bien sûr, le reste n'est pas si accrocheur. La formation a pourtant l'intelligence de terminer par "Saturday", sans doute le deuxième titre le plus efficace du lot, histoire de débuter et clôturer en beauté et de laisser une excellente impression d'ensemble.
Martin Courtney débarrassé (définitivement ?) de son ex acolyte Matt Mondanile, parti s'occuper à plein temps de son projet Ducktails montre si besoin était que le son de Real Estate, c'était aussi (et surtout) lui. "In Mind" ne perturbera donc pas les fidèles suiveurs du groupe. La musique reste la même, facilement reconnaissable au jeu de guitare fluide. Real Estate s'impose donc comme une formation qui compte, loin d'une quelconque hype, avec d'ores et déjà une solide discographie.

10 mars 2017

Da Capo - Oh, My Lady

Da Capo ? Les plus jeunes d'entre vous ne doivent pas connaître - les plus anciens, peut-être aussi d'ailleurs, cette phrase d'accroche est nulle en fait. Lithium, ce fameux label nantais fondé par mon presque homonyme et qui aura lancé la carrière de quantité d'artistes français majeurs, voilà d'où vient Da Capo. Et puis du titre d'un album de Love, ce formidable groupe psychédélique californien des sixties. Depuis leur premier disque paru en 1997, Da Capo est resté assez peu productif. Ça faisait par exemple plus de dix ans que nous étions sans nouvelle de leur part. Da Capo, c'est au départ la réunion des frères Paugam et leur passion commune pour la pop baroque anglo-saxonne. Puis Nicolas est parti seul de son côté, promenant sa fantaisie à travers des disques chantés dans la langue de Molière cette fois-ci et qui n'appartienne qu'à lui, cherchant l'inspiration sur tous les continents, au gré des rencontres.
Alexandre est donc resté seul maître à bord de Da Capo, peaufinant sa pop, le permettant aujourd'hui de tutoyer allègrement les meilleurs spécialistes anglais ou américains du genre. J'avais déjà dit qu'il se passait quelque chose en Auvergne (Murat bien sûr, Pain-Noir, Alexandre Delano et son Delano Orchestra, le label Kutu Folk, etc). Une source. Celle-là est ancienne mais toujours aussi vive.

8 mars 2017

Top albums 1970

10- Syd Barrett - The Madcap Laughs
Cas rare de l'histoire du rock : le leader charismatique d'un groupe se fait dégager par les autres membres. Cause : abus de drogues et comportement imprévisible et ingérable. Syd Barrett se réfugie chez lui avec sa mère et enregistre ce premier disque solo produit par David Gilmour, celui qui l'a remplacé au sein des Pink Floyd. "The Madcap Laughs", ce sont les mêmes chansons tordues qu'avec son ex-formation, mais à nu, sans artifice. Sans Barrett, Pink Floyd ne sera plus jamais le même. Malgré son influence importante, son style reste aujourd'hui encore inimitable.

9- The Stooges - Fun House
Les Stooges n'ont enregistré que trois disques, mais quels disques ! (je ne compte pas celui ressorti plus récemment, juste avant la mort des frères Asheton). Après un premier album enregistré avec John Cale, l'ex Velvet, le groupe de Iggy Pop, cet éternel jeune homme, durcit le ton et part tout azimut, flirtant allègrement avec l'expérimentation. "Fun House", c'est le mariage avant l'heure des White Stripes et de Sonic Youth. Une décharge électrique salutaire, même si la promenade n'est pas de tout repos.

8- Simon & Garfunkel - Bridge Over Troubled Water
On pourra toujours dire qu'on les a trop entendues, ces ritournelles pour boy scouts ("Cecilia", "The Boxer", le titre éponyme, etc). N'empêche que ce disque en est tellement rempli, qu'il en reste toujours une, qu'on se complaît encore à écouter sans lassitude. Tant pis si nos parents en sont aussi fans. Simon & Garfunkel demeure un de ces rares groupes capables de réconcilier les générations. Rien que pour ça, ce duo est essentiel.

7- Bill Fay - Bill Fay
Bill Fay est un songwriter anglais étonnant et essentiel. Longtemps cantonné à l'anonymat, il a refait parler de lui dernièrement, en ressortant de nouveaux albums, après plusieurs décennies d'absence des circuits. Son style était assez inclassable, sorte de chaînon manquant entre des univers réputés pourtant incompatibles, quelque part entre la fantaisie d'un Ray Davies et l'intégrité d'un Bob Dylan. Aujourd'hui, sa musique est plus sobre, se rapprochant d'un Nick Drake qui se serait mis au piano.

6- Neil Young - After The Gold Rush
Tout Neil Young est déjà là : les sublimes ballades au piano, les morceaux plus électriques, les mélodies lunaires et cette voix d'éternel adolescent. Le reste de sa carrière est une longue déclinaison de cet album incontournable. "After The Gold Rush" ? Non, la ruée vers l'or, c'était ici et maintenant.




5- Can - Soundtracks
Ceux qui persistent à penser que Can n'est pas un groupe novateur mais une formation teutonne prétentieuse et ennuyeuse, n'ont qu'à écouter un titre comme "Mother Sky". Cette chanson, c'est plus de dix minutes de transe, de pur plaisir. Un truc qui a rendu jaloux plus d'un Thom Yorke ou Geoff Barrow. Cet album est une compilation rassemblant plusieurs titres utilisés sur des bandes originales de films de l'époque. S'il peut paraître anecdotique au regard de la carrière de Can, il n'en reste pas moins un de leurs plus abordables, et donc un de mes préférés.

4- The Velvet Underground - Loaded
John Cale est parti depuis 2 ans, Lou Reed est devenu seul maître à bord et pourtant on sent déjà qu'il veut passer à autre chose, laissant plus la main à Doug Yule, le remplaçant attitré du gallois. Si "Loaded" est sans doute le disque le moins essentiel des 4 disques essentiels du Velvet Underground, le fait qu'il contienne "Sweet Jane" - sans doute, la plus belle intro du rock - et quelques autres titres cultes en font un album qui a sa place dans toute discothèque qui se respecte.

3- Van Morrison - Moondance
Voici un homme à la carrière assez vertigineuse et qui aura abordé des styles tellement différents qu'il est souvent oublié des palmarès des meilleurs disques en tout genre : folk, jazz, pop, rock ? Un peu tout ça à la fois, comme sur ce "Moondance", un de ses albums les plus accessibles, pour tous les fans de musique avec un grand M.



2- Nick Drake - Bryter Layter
Le baladin anglais égaie un peu sa folk romantique et mélancolique en lui adjoignant un zest de cordes supplémentaires, cette fois-ci en mode majeur. Des groupes comme Belle & Sebastian viendront évidemment s'abreuver à cette inépuisable source. Mécontent du résultat - il est bien le seul - il décidera, avant de tirer définitivement sa révérence, de produire un troisième et dernier disque, seul avec sa seule guitare pour accompagnement. Comme s'il était besoin de justifier que ses chansons demeurent belles à pleurer, avec ou sans artifice.

1- Vashti Bunyan - Just Another Diamond Day
On a rarement entendu voix aussi pure que celle-là. Ce disque, dans l'esprit de son "cousin" Nick Drake, est d'une beauté intemporelle. Un de ces disques qui vous fait chavirer de bonheur, un disque d'île déserte. Pourtant, à l'époque, peu s'enthousiasment vraiment. Il aura fallu plusieurs décennies pour que la belle Vashti sorte du bois et revienne aux affaires avec deux nouveaux disques exemplaires, avant de repartir une nouvelle fois ? - Elle passe en concert prochainement à Paris dans la cadre des concerts Magic -  Il y a des gens, comme ça, qui ne peuvent rien rater, encore faut-il se donner la peine de les écouter.

6 mars 2017

Grandaddy - Last Place

Les fans du divin barbu Jason Lytle, dont je fais évidemment partie, attendaient avec impatience le retour de son ancien groupe, après plus de dix ans de disette. Le chanteur avait sorti entre temps quelques honnêtes disques solo, bien dans l'esprit de Grandaddy - normal, le son Grandaddy, c'est surtout lui - mais rien qui ne nous fasse vraiment oublier la période chérie du chef d'oeuvre "The Sophtware Slump" et dans une moindre mesure de "Sumday". Avec ce nouveau "Last Place", on est immédiatement en terrain connu avec l'efficace single "Way we won't". Le chemin est ensuite entièrement balisé jusqu'à "A Lost Machine", chanson cousine de "He's simple, he's dumb, he's the pilot", peut-être leur meilleure à ce jour. Ce n'est pas le genre de la maison de changer une équipe qui gagne. On reprend donc les mêmes ingrédients. Tant que la recette demeure si savoureuse, ils auraient tort de la changer. 
C'est tout le talent de Lytle, celui de ne pas se voir plus grand qu'il n'est - oui, le jeu de mots est facile -, de ne pas essayer d'impressionner la galerie à tout prix, de rester cantonné à ce qu'il sait mieux faire. Preuve de la sympathie et de l'accessibilité du monsieur, il avait chanté il y a plusieurs années avec une chorale d'enfants d'Angoulême. Tant que l'inspiration demeure, il peut évidemment se permettre cette constante. Pas étonnant que le monsieur habite dans une ville qui s'appelle Modesto.

2 mars 2017

Albin de la Simone - L'un de nous

Ils sont peu nombreux, les chanteurs qui bonifient ainsi avec l'âge. Il faut dire que le gars a de l'expérience à revendre, ayant travaillé dans l'ombre pour quantité de chanteurs et chanteuses français (Miossec, Vanessa Paradis, Arthur H, Alain Souchon, etc). La musique de Albin de la Simone gagne invariablement en subtilité et en délicatesse au fil des disques. "L'un de nous" est son meilleur, le plus précieux, même si peut-être moins immédiat que le précédent et excellent "Un homme" - pas de "tubes" évidents comme "Mes épaules" ici. Il est donc déjà bien placé pour être le plus beau disque de chanson française de l'année. On pense à la mue progressive de Vincent Delerm, celle qui lui a permis de mettre le piano (un peu) en retrait, laissant la place à des arrangements plus variés de cordes et vents. 
Les thèmes sont les mêmes, avec quelques années de plus : celle d'un quadragénaire ("la fleur de l'âge") en plein doute, qui peine à trouver sa place, se pose des tas de questions sur sa vie et sa mort ("Embrasser ma femme"), avoue ses faiblesses et dit en comparaison la force des femmes ("une femme" forte en réponse à "un homme" faible) et n'hésite pas à aborder la sexualité de façon directe et grivoise ("l'amour de l'anus à coulisse"). Albin de la Simone semble à l'image de sa musique : modeste et classe. Accessible mais intimidant. Comme l'ami qu'on aimerait tous avoir, un modèle à suivre. Si c'était "l'un de nous", ça serait lui, forcément.

21 février 2017

Xiu Xiu - Forget

J'ai encore du retard dans ma chronique hebdomadaire du disque de la semaine puisque les sorties musicales paraissent le vendredi. Cette fois-ci, j'ai une excuse, car le nouvel album de Xiu Xiu ne doit sortir que le 24 février. Pourtant, ça fait un bail qu'il est accessible sur le net via un leak malencontreux. Jamie Stewart est toujours aussi prolifique, puisqu'après son disque sur Twin Peaks parut l'an dernier, ainsi que diverses collaborations, il nous revient dès février avec de surcroît un nouveau Xiu Xiu presque accessible au plus grand monde. Car il faut avouer que les productions de Stewart sont absconses, torturées, qu'il est compliqué parfois d'y trouver une quelconque accroche. Avec "Forget", on a droit à des titres plus directs ("The Call", "Wondering"), plus immédiats même si le monsieur cultive toujours son goût immodéré pour les climats et ambiances un peu glauques. Mais ce refus du tout-venant est le propre des groupes qui font avancer les choses, qui bousculent les lignes.
La pop de Xiu Xiu est, après 15 ans de carrière, facilement reconnaissable, curieux mélange de new wave lo-fi et de musique industrielle, et cette voix tantôt caressante, tantôt rugueuse. "Forget" ne change pas une équipe qui gagne, mais revient à de la musique plus lumineuse, toute proportion gardée, tout du moins plus mélodique. Il est temps que ce groupe soit reconnu à sa juste valeur, lui qui produit une pop parmi les plus novatrices de l'époque.

15 février 2017

The Flaming Lips (+ Georgia) - Paris, le Bataclan - 2 février 2017

C'est la première fois qu'on revenait avec maman au Bataclan depuis les événements tragiques que personne n'a oublié. Puisque c'était pour voir les Flaming Lips, je n'ai pas hésité un seul instant. Avec la bande de Wayne Coyne, ça ne peut qu'être festif, limite régressif. Pauvre Georgia, jeune anglaise, qui devait assurer la première partie avec sa copine, elle à la batterie, l'autre au clavier. La tâche paraissait compliquée. Encore qu'il vaut mieux passer avant qu'après. Comment peut-on passer après les Flaming Lips d'ailleurs ? Comment ne pas paraître fade et insignifiant ? Georgia fait du mieux qu'elle peut, développant une belle énergie et surtout affiche une sincérité bienvenue. La musique n'est pas trop ma came, mais c'est assez original. Je n'ai pas expliqué notre entrée dans la salle du Bataclan, les deux énormes champignons hallucinogènes à l'entrée, les ballons de 1m de diamètre a l'étage retenus par un filet. On imagine l'entrée en matière. On avait raison. "Race for the Prize", les ballons sur nos têtes, des confettis lâchés depuis le plafond et Coyne qui nous allume à coup de canon à serpentins. L'effet est garanti et fonctionne à chaque fois. Avec les Flaming Lips, on revient systématiquement en enfance. La suite, c'est Yoshimi et deux animaux géants gonflables qui débarquent sur scène, encadrant le chanteur qui finit par avoir du mal à assurer, avec toute cette mise en scène et les ballons qui lui reviennent en pleine figure. Wayne Coyne montera ensuite sur une grande licorne en plastique, ornée de guirlandes lumineuses. 
Le groupe entier, hormis leur charismatique chanteur, joue derrière un ruban de lianes lumineuses et multicolores. Autre moment fort, "Space Oddity" chanté dans une bulle au-dessus du public. Si le son et la performance globale - surtout de Coyne, pas toujours très juste- pouvait laisser à désirer au début, les Flaming Lips montent en puissance, notamment sur un grandiose "Feeling Yourself Disintegrate" - ma préférée qui n'a même pas besoin d'artifices pour aller droit au coeur, contrairement à ce que pourraient dire des mauvaises langues sur le fait que tout le décorum que les Flaming Lips mettent à chacun de leur concert sert surtout à masquer la faiblesse des morceaux. Tout ça finira évidemment par un parfait "Do You Realize?" en guise de rappel. Il a évidemment été question de l'attaque terroriste et du bonheur d'être ensemble et ce sentiment d'être plus fort. Plus fort que la mort. Les chansons des Flaming Lips ne parlent d'ailleurs que de ça. Et tout le monde de rentrer chez soi un sourire béat aux lèvres. Soirée inoubliable. Dans la boutique sur leur site internet, on peut acheter un tee-shirt où il est écrit "I experienced the Flaming Lips in concert and it made me a better human being". Tout est dit.