21 avril 2017

Foxygen - Hang

Je sais, l'album est sorti il y a déjà quelques temps mais je profite d'une relative accalmie dans les sorties musicales intéressantes pour vous parler aujourd'hui du dernier disque de Foxygen. Bon, c'est aussi parce qu'étant en vacances, j'ai un peu décroché de l'actualité mais promis, je m'y replonge. Foxygen donc, un groupe ultra prometteur, mon disque de l'année 2012, c'était eux. Alors qu'ils n'en étaient qu'à leurs débuts. "Take the kids off Broadway" n'était même pas un vrai LP, sorti uniquement en vinyl. J'avais été les voir à la Mécanique Ondulatoire où le groupe dégageait un évident charisme scénique. La suite fut un peu décevante, un deuxième album sorti rapidement après mais moins foufou, trop contenu. Les influences apparaissaient alors trop flagrantes : Mick Jagger, David Bowie ou Lou Reed. Puis, il y eut un troisième disque complètement foutraque qui tendait régulièrement vers le n'importe quoi et où Foxygen s'auto-caricaturait. Après ça, je dois avouer que je n'attendais déjà plus grand chose de la formation de Sam France et de Jonathan Rado. "Hang" est donc une bonne surprise mais elle mit du temps à se confirmer. 
Foxygen est revenu à ses premiers amours : un disque court, des mélodies qui jouent aux montagnes russes, l'absence de peur de trop en faire, aidée en cela par les arrangements soignés de l'ami Matthew E. White et par la folie maîtrisée des petits frères The Lemon Twigs. On a entre les oreilles un album dont on ne lasse pas facilement. Il faut dire que Foxygen ont écouté les mêmes musiques que nous et qu'ils sont suffisamment doués pour ne pas simplement les copier mais y apporter une vraie touche personnelle. Et hop, c'est reparti pour un tour.

20 avril 2017

Vashti Bunyan (+Steve Gunn) - Paris, Le Carreau du Temple, Magic Number #2 - 13 avril 2017

Les vacances scolaires sont souvent l'occasion pour maman et moi de sortir, confiant notre progéniture à nos parents. Il n'est alors pas toujours évident de trouver un concert, un film ou une expo pouvant nous intéresser - même si à Paris, nous sommes plutôt chanceux quant aux propositions culturelles. Cette fois-ci, il y avait la deuxième soirée Magic, la revue pop moderne, comme ils disent, qui est récemment réapparue sous une nouvelle formule et avec un nouveau rédacteur en chef, Vincent Théval. Ce dernier vient d'ailleurs présenter la soirée. Elle se déroule à l'auditorium du Carreau du Temple, une salle tout confort, à l'image des studios de Radio France dans lesquels Théval organisait ses excellentes Label Pop Sessions. La soirée sera intimiste. D'abord, l'Américain Steve Gunnn, seul avec sa guitare. Puis la fabuleuse Vashti Bunyan, raison évidente de notre présence, dont la musique toute en délicatesse constitue un nectar pour nos oreilles. Tant mieux, il est bon parfois de ménager nos tympans, de ne pas leur faire subir l'assaut de guitares stridentes ou de batteries surpuissantes. J'avais écouté un peu la déjà conséquente discographie de Steve Gunn avant de venir mais je n'avais pas réussi à m'accrocher à sa musique. Sa prestation toute en retenue nous a fait le même effet. C'est assurément un excellent guitariste, avec une technique irréprochable, tout en changement de rythmes. Sauf que tout ça n'est pas très mélodique et on s'ennuie assez rapidement. Dommage car si Gunn avait une voix supérieure, on pourrait se laisser transporter. C'est tout l'inverse de Vashti Bunyan. Elle a gardé à plus de soixante-dix ans, la voix angélique de ses jeunes années, pas puissante mais incroyablement émouvante. Une sorte de Leonard Cohen au féminin : ils savent jouer magnifiquement de leur voix pour nous toucher au plus profond. Toutes ces chansons brèves, aux mélodies enivrantes et immédiates, telles ces petites comptines qu'on chante au coin du feu, se ressemblent toutes. Mais comme elles ressemblent aussi à celles de nos rêves, ça n'a aucune importance. Seul regret, elle n'a pas joué "Swallow Song", incroyable chef d'oeuvre d'une évidence et d'une fluidité rares. La dame a constamment le sourire aux lèvres, contente de recevoir un tel accueil, elle qui avait disparu des radars pendant plus de trente ans par manque de succès justement. Elle est accompagnée par le brillant et discret guitariste écossais Gareth Dickson. La française Alma Forrer, déjà entendue chez Baptiste W. Hamon, vient aussi pousser la jolie chansonnette en duo avec Vashti Bunyan. On a l'impression d'être à la maison, chez une grand mère, ancienne hippie mais désormais rangée, venant nous ouvrir son coeur, nous parler de sa vie, de ses enfants, de ses déboires, le plus simplement du monde, sans jugement, d'égal à égal. C'est incroyablement touchant. La dame est accessible, douce. Elle semble venir d'un autre monde. Un monde où tout serait plus simple, plus immédiat, plus beau. Pendant plus d'une heure, elle nous a fait croire que ce monde existait vraiment, elle a suspendu le temps. On serait bien restée là-bas avec elle. Cette femme a été touchée par la grâce. Amen.

14 avril 2017

Future Islands - The Far Field

Après le succès inattendu de leur dernier disque en date, "Singles", en partie dû à l'incroyable talent scénique de leur chanteur Samuel T. Herring révélé à la face du monde lors d'un passage très remarqué dans l'émission de David Letterman, les Future Islands étaient attendus au tournant. Pas de changement de direction ici, leur style est invariablement le même tout l'album durant : basse sautillante, clavier eighties, batterie synthétique et voix maniérée. On ne change pas une recette qui marche. Future Islands reste ce groupe atypique, underground, mais possédant un indéniable potentiel sur le dancefloor qui nous incite malgré nous à tenter d'imiter le fameux jeu de jambes de Herring. J'écoutais leur disque dimanche dernier en faisant mon jogging hebdomadaire - et oui, c'est que papa, la quarantaine approchant à grands pas, a plus besoin que jamais de s'entretenir. Je me disais que cette musique est justement idéale pour l'action, elle s'adresse essentiellement au physique, n'en déplaise à ceux qui préfèrent l'introspection. 
Même s'il n'y a rien de nouveau sous le soleil de Baltimore et que "The Far Field" fait quelque peu du surplace, je continuerai à garder et écouter la musique de ce groupe, parce qu'elle fait du bien. Tout simplement. Vivement la prochaine Route du rock!

10 avril 2017

Timber Timbre - Sincerely Future Pollution

Retour de vacances idéal avec le nouveau disque des canadiens de Timber Timbre, responsables de mon album de l'année 2014. Le groupe a, en trois ans, beaucoup écouté de musique des années 80 et cela s'entend. On pense au Blue Nile, Talk Talk, Kraftwerk ("Bleu nuit") voire au Bowie de la période berlinoise ("Grifting") mais le style reste reconnaissable entre milles, toujours à mi-chemin des Tindersticks et de Portishead. On retrouve cette formidable capacité d'épure, de suggérer lentement, sans trop en faire. Et ces chansons qui évoluent ainsi tranquillement entre nos oreilles, comme ces films à la mise en scène contemplative, qui en disent plus long que de grands discours. Ce nouvel album étonne d'abord par ces arrangements synthétiques inhabituels puis subjugue une fois de plus car Timber Timbre a beau changer sensiblement de forme, quand on possède une telle classe, peu importe le flacon, l'ivresse surgit toujours à un moment ou un autre comme sur le sublime "Western Questions", déjà postulant au titre de plus belle chanson de l'année. 
Ils se paient même le luxe de finir par le kitsch assumé de "Floating Cathedral"- titre qui porte au passage admirablement bien son nom et résume ce que représente la musique du groupe - comme si au fond, ils savaient qu'ils pouvaient tout se permettre. Magnifique du début à la fin. Encore une fois.

31 mars 2017

The Magnetic Fields - 50 Song Memoir

Là dessus, j'ai un peu de retard mais il faut dire qu'il faut du temps pour digérer les cinq disques (et cinquante morceaux) de la nouvelle oeuvre de Stephen Merritt, l'unique homme ou presque derrière The Magnetic Fields. Après les fameuses 69 love songs sorties en 1999, le bonhomme semble coutumier du fait. Cette fois-ci, le thème est plus personnel, car Merritt vient d'avoir cinquante ans : une chanson par année. On retrouve d'ailleurs le style de chaque période, avec les synthés mis bien en avant pour les années 80. Les titres dépassent rarement 3 minutes 30, le format pop classique. Les mélodies le sont aussi, classiques. Restent cette impressionnante voix grave de crooner décalé, ces paroles souvent ironiques et ces arrangements bricolés qui, pourtant, sont loin de faire pâle figure.
Il y a un style Magnetic Fields (les regrettés Parenthetical Girls en étaient par exemple d'excellents suiveurs plus maniérés). Bien sûr, tout n'est pas parfait. Sur une telle quantité, comment cela pourrait l'être? Qui pourrait tenir la distance ? Difficile d'écouter ce nouveau disque d'une traite sans éprouver une certaine lassitude, surtout que l'inspiration semble diminuer au fil des morceaux. Il faut prendre ces "50 Song Memoir" comme de délicieux tapas qu'on dégusterait selon notre appétit et nos envies, quitte à revenir plusieurs fois sur les mêmes. Il y a tellement de mets appétissants sur la carte qu'il nous faudra de toute façon longtemps avant d'en avoir saisi toutes les saveurs.

24 mars 2017

Spiral Stairs - Doris & the Daggers

Ce sont souvent les oeuvres dont on n'attend à priori rien qui constituent les plus belles surprises. Le deuxième album de Scott Kannberg, ex éminent membre et fondateur de Pavement, groupe culte du rock indépendant américain des années 90, fait partie de celles-là. La carrière solo de Stephen Malkmus, son ancien acolyte me laisse par exemple assez indifférent. Pourtant, ses disques sont plutôt réussis, mais le style me semble avoir vieilli. Comme si la musique de Pavement était indiciblement liée à son époque et qu'écouter leurs disques maintenant revenait à ressasser inutilement le passé. Alors, un nouvel album de Spiral Stairs, le sous-fifre de Malkmus, vous pensez bien que ça ne m'emballait pas plus que ça. Kannberg a mis huit ans avant de sortir "Doris & the Daggers", son deuxième album. Huit ans pendant lesquelles, il a voyagé, de l'Australie à Los Angeles et San Francisco, a survécu à quelques décès dans son propre entourage. Il s'est ainsi recentré sur ce qu'il sait le mieux faire : des chansons pop un peu déviantes même si nettement plus rectilignes que celles de Pavement.

Il a réuni pour cela quelques talentueux amis, des membres de Broken Social Scene ou Matt Berninger, le chanteur de The National. Le résultat est un disque brillant, alignant les titres aux mélodies hors mode et assez immédiates et qui, sous des abords simplistes, ne vous quittent pas si rapidement. 

17 mars 2017

Real Estate - In Mind

Ça commence comme une évidence, "Darling", le tube indie pop parfait : les guitares aux lignes claires qui tourbillonnent et dont la mélodie obsède immédiatement, la voix de velours à la Elliott Smith qui vient à peine perturber l'ensemble, se contentant d'accompagner en douceur. Avec un tel début d'album, on est prêt à suivre les New-yorkais de Real Estate n'importe où. "Darling" est la force et en même temps la faiblesse du disque, il embarque tout de suite l'auditeur mais il provoque aussi une légère déception, car bien sûr, le reste n'est pas si accrocheur. La formation a pourtant l'intelligence de terminer par "Saturday", sans doute le deuxième titre le plus efficace du lot, histoire de débuter et clôturer en beauté et de laisser une excellente impression d'ensemble.
Martin Courtney débarrassé (définitivement ?) de son ex acolyte Matt Mondanile, parti s'occuper à plein temps de son projet Ducktails montre si besoin était que le son de Real Estate, c'était aussi (et surtout) lui. "In Mind" ne perturbera donc pas les fidèles suiveurs du groupe. La musique reste la même, facilement reconnaissable au jeu de guitare fluide. Real Estate s'impose donc comme une formation qui compte, loin d'une quelconque hype, avec d'ores et déjà une solide discographie.

10 mars 2017

Da Capo - Oh, My Lady

Da Capo ? Les plus jeunes d'entre vous ne doivent pas connaître - les plus anciens, peut-être aussi d'ailleurs, cette phrase d'accroche est nulle en fait. Lithium, ce fameux label nantais fondé par mon presque homonyme et qui aura lancé la carrière de quantité d'artistes français majeurs, voilà d'où vient Da Capo. Et puis du titre d'un album de Love, ce formidable groupe psychédélique californien des sixties. Depuis leur premier disque paru en 1997, Da Capo est resté assez peu productif. Ça faisait par exemple plus de dix ans que nous étions sans nouvelle de leur part. Da Capo, c'est au départ la réunion des frères Paugam et leur passion commune pour la pop baroque anglo-saxonne. Puis Nicolas est parti seul de son côté, promenant sa fantaisie à travers des disques chantés dans la langue de Molière cette fois-ci et qui n'appartienne qu'à lui, cherchant l'inspiration sur tous les continents, au gré des rencontres.
Alexandre est donc resté seul maître à bord de Da Capo, peaufinant sa pop, le permettant aujourd'hui de tutoyer allègrement les meilleurs spécialistes anglais ou américains du genre. J'avais déjà dit qu'il se passait quelque chose en Auvergne (Murat bien sûr, Pain-Noir, Alexandre Delano et son Delano Orchestra, le label Kutu Folk, etc). Une source. Celle-là est ancienne mais toujours aussi vive.

8 mars 2017

Top albums 1970

10- Syd Barrett - The Madcap Laughs
Cas rare de l'histoire du rock : le leader charismatique d'un groupe se fait dégager par les autres membres. Cause : abus de drogues et comportement imprévisible et ingérable. Syd Barrett se réfugie chez lui avec sa mère et enregistre ce premier disque solo produit par David Gilmour, celui qui l'a remplacé au sein des Pink Floyd. "The Madcap Laughs", ce sont les mêmes chansons tordues qu'avec son ex-formation, mais à nu, sans artifice. Sans Barrett, Pink Floyd ne sera plus jamais le même. Malgré son influence importante, son style reste aujourd'hui encore inimitable.

9- The Stooges - Fun House
Les Stooges n'ont enregistré que trois disques, mais quels disques ! (je ne compte pas celui ressorti plus récemment, juste avant la mort des frères Asheton). Après un premier album enregistré avec John Cale, l'ex Velvet, le groupe de Iggy Pop, cet éternel jeune homme, durcit le ton et part tout azimut, flirtant allègrement avec l'expérimentation. "Fun House", c'est le mariage avant l'heure des White Stripes et de Sonic Youth. Une décharge électrique salutaire, même si la promenade n'est pas de tout repos.

8- Simon & Garfunkel - Bridge Over Troubled Water
On pourra toujours dire qu'on les a trop entendues, ces ritournelles pour boy scouts ("Cecilia", "The Boxer", le titre éponyme, etc). N'empêche que ce disque en est tellement rempli, qu'il en reste toujours une, qu'on se complaît encore à écouter sans lassitude. Tant pis si nos parents en sont aussi fans. Simon & Garfunkel demeure un de ces rares groupes capables de réconcilier les générations. Rien que pour ça, ce duo est essentiel.

7- Bill Fay - Bill Fay
Bill Fay est un songwriter anglais étonnant et essentiel. Longtemps cantonné à l'anonymat, il a refait parler de lui dernièrement, en ressortant de nouveaux albums, après plusieurs décennies d'absence des circuits. Son style était assez inclassable, sorte de chaînon manquant entre des univers réputés pourtant incompatibles, quelque part entre la fantaisie d'un Ray Davies et l'intégrité d'un Bob Dylan. Aujourd'hui, sa musique est plus sobre, se rapprochant d'un Nick Drake qui se serait mis au piano.

6- Neil Young - After The Gold Rush
Tout Neil Young est déjà là : les sublimes ballades au piano, les morceaux plus électriques, les mélodies lunaires et cette voix d'éternel adolescent. Le reste de sa carrière est une longue déclinaison de cet album incontournable. "After The Gold Rush" ? Non, la ruée vers l'or, c'était ici et maintenant.




5- Can - Soundtracks
Ceux qui persistent à penser que Can n'est pas un groupe novateur mais une formation teutonne prétentieuse et ennuyeuse, n'ont qu'à écouter un titre comme "Mother Sky". Cette chanson, c'est plus de dix minutes de transe, de pur plaisir. Un truc qui a rendu jaloux plus d'un Thom Yorke ou Geoff Barrow. Cet album est une compilation rassemblant plusieurs titres utilisés sur des bandes originales de films de l'époque. S'il peut paraître anecdotique au regard de la carrière de Can, il n'en reste pas moins un de leurs plus abordables, et donc un de mes préférés.

4- The Velvet Underground - Loaded
John Cale est parti depuis 2 ans, Lou Reed est devenu seul maître à bord et pourtant on sent déjà qu'il veut passer à autre chose, laissant plus la main à Doug Yule, le remplaçant attitré du gallois. Si "Loaded" est sans doute le disque le moins essentiel des 4 disques essentiels du Velvet Underground, le fait qu'il contienne "Sweet Jane" - sans doute, la plus belle intro du rock - et quelques autres titres cultes en font un album qui a sa place dans toute discothèque qui se respecte.

3- Van Morrison - Moondance
Voici un homme à la carrière assez vertigineuse et qui aura abordé des styles tellement différents qu'il est souvent oublié des palmarès des meilleurs disques en tout genre : folk, jazz, pop, rock ? Un peu tout ça à la fois, comme sur ce "Moondance", un de ses albums les plus accessibles, pour tous les fans de musique avec un grand M.



2- Nick Drake - Bryter Layter
Le baladin anglais égaie un peu sa folk romantique et mélancolique en lui adjoignant un zest de cordes supplémentaires, cette fois-ci en mode majeur. Des groupes comme Belle & Sebastian viendront évidemment s'abreuver à cette inépuisable source. Mécontent du résultat - il est bien le seul - il décidera, avant de tirer définitivement sa révérence, de produire un troisième et dernier disque, seul avec sa seule guitare pour accompagnement. Comme s'il était besoin de justifier que ses chansons demeurent belles à pleurer, avec ou sans artifice.

1- Vashti Bunyan - Just Another Diamond Day
On a rarement entendu voix aussi pure que celle-là. Ce disque, dans l'esprit de son "cousin" Nick Drake, est d'une beauté intemporelle. Un de ces disques qui vous fait chavirer de bonheur, un disque d'île déserte. Pourtant, à l'époque, peu s'enthousiasment vraiment. Il aura fallu plusieurs décennies pour que la belle Vashti sorte du bois et revienne aux affaires avec deux nouveaux disques exemplaires, avant de repartir une nouvelle fois ? - Elle passe en concert prochainement à Paris dans la cadre des concerts Magic -  Il y a des gens, comme ça, qui ne peuvent rien rater, encore faut-il se donner la peine de les écouter.

6 mars 2017

Grandaddy - Last Place

Les fans du divin barbu Jason Lytle, dont je fais évidemment partie, attendaient avec impatience le retour de son ancien groupe, après plus de dix ans de disette. Le chanteur avait sorti entre temps quelques honnêtes disques solo, bien dans l'esprit de Grandaddy - normal, le son Grandaddy, c'est surtout lui - mais rien qui ne nous fasse vraiment oublier la période chérie du chef d'oeuvre "The Sophtware Slump" et dans une moindre mesure de "Sumday". Avec ce nouveau "Last Place", on est immédiatement en terrain connu avec l'efficace single "Way we won't". Le chemin est ensuite entièrement balisé jusqu'à "A Lost Machine", chanson cousine de "He's simple, he's dumb, he's the pilot", peut-être leur meilleure à ce jour. Ce n'est pas le genre de la maison de changer une équipe qui gagne. On reprend donc les mêmes ingrédients. Tant que la recette demeure si savoureuse, ils auraient tort de la changer. 
C'est tout le talent de Lytle, celui de ne pas se voir plus grand qu'il n'est - oui, le jeu de mots est facile -, de ne pas essayer d'impressionner la galerie à tout prix, de rester cantonné à ce qu'il sait mieux faire. Preuve de la sympathie et de l'accessibilité du monsieur, il avait chanté il y a plusieurs années avec une chorale d'enfants d'Angoulême. Tant que l'inspiration demeure, il peut évidemment se permettre cette constante. Pas étonnant que le monsieur habite dans une ville qui s'appelle Modesto.

2 mars 2017

Albin de la Simone - L'un de nous

Ils sont peu nombreux, les chanteurs qui bonifient ainsi avec l'âge. Il faut dire que le gars a de l'expérience à revendre, ayant travaillé dans l'ombre pour quantité de chanteurs et chanteuses français (Miossec, Vanessa Paradis, Arthur H, Alain Souchon, etc). La musique de Albin de la Simone gagne invariablement en subtilité et en délicatesse au fil des disques. "L'un de nous" est son meilleur, le plus précieux, même si peut-être moins immédiat que le précédent et excellent "Un homme" - pas de "tubes" évidents comme "Mes épaules" ici. Il est donc déjà bien placé pour être le plus beau disque de chanson française de l'année. On pense à la mue progressive de Vincent Delerm, celle qui lui a permis de mettre le piano (un peu) en retrait, laissant la place à des arrangements plus variés de cordes et vents. 
Les thèmes sont les mêmes, avec quelques années de plus : celle d'un quadragénaire ("la fleur de l'âge") en plein doute, qui peine à trouver sa place, se pose des tas de questions sur sa vie et sa mort ("Embrasser ma femme"), avoue ses faiblesses et dit en comparaison la force des femmes ("une femme" forte en réponse à "un homme" faible) et n'hésite pas à aborder la sexualité de façon directe et grivoise ("l'amour de l'anus à coulisse"). Albin de la Simone semble à l'image de sa musique : modeste et classe. Accessible mais intimidant. Comme l'ami qu'on aimerait tous avoir, un modèle à suivre. Si c'était "l'un de nous", ça serait lui, forcément.

21 février 2017

Xiu Xiu - Forget

J'ai encore du retard dans ma chronique hebdomadaire du disque de la semaine puisque les sorties musicales paraissent le vendredi. Cette fois-ci, j'ai une excuse, car le nouvel album de Xiu Xiu ne doit sortir que le 24 février. Pourtant, ça fait un bail qu'il est accessible sur le net via un leak malencontreux. Jamie Stewart est toujours aussi prolifique, puisqu'après son disque sur Twin Peaks parut l'an dernier, ainsi que diverses collaborations, il nous revient dès février avec de surcroît un nouveau Xiu Xiu presque accessible au plus grand monde. Car il faut avouer que les productions de Stewart sont absconses, torturées, qu'il est compliqué parfois d'y trouver une quelconque accroche. Avec "Forget", on a droit à des titres plus directs ("The Call", "Wondering"), plus immédiats même si le monsieur cultive toujours son goût immodéré pour les climats et ambiances un peu glauques. Mais ce refus du tout-venant est le propre des groupes qui font avancer les choses, qui bousculent les lignes.
La pop de Xiu Xiu est, après 15 ans de carrière, facilement reconnaissable, curieux mélange de new wave lo-fi et de musique industrielle, et cette voix tantôt caressante, tantôt rugueuse. "Forget" ne change pas une équipe qui gagne, mais revient à de la musique plus lumineuse, toute proportion gardée, tout du moins plus mélodique. Il est temps que ce groupe soit reconnu à sa juste valeur, lui qui produit une pop parmi les plus novatrices de l'époque.

15 février 2017

The Flaming Lips (+ Georgia) - Paris, le Bataclan - 2 février 2017

C'est la première fois qu'on revenait avec maman au Bataclan depuis les événements tragiques que personne n'a oublié. Puisque c'était pour voir les Flaming Lips, je n'ai pas hésité un seul instant. Avec la bande de Wayne Coyne, ça ne peut qu'être festif, limite régressif. Pauvre Georgia, jeune anglaise, qui devait assurer la première partie avec sa copine, elle à la batterie, l'autre au clavier. La tâche paraissait compliquée. Encore qu'il vaut mieux passer avant qu'après. Comment peut-on passer après les Flaming Lips d'ailleurs ? Comment ne pas paraître fade et insignifiant ? Georgia fait du mieux qu'elle peut, développant une belle énergie et surtout affiche une sincérité bienvenue. La musique n'est pas trop ma came, mais c'est assez original. Je n'ai pas expliqué notre entrée dans la salle du Bataclan, les deux énormes champignons hallucinogènes à l'entrée, les ballons de 1m de diamètre a l'étage retenus par un filet. On imagine l'entrée en matière. On avait raison. "Race for the Prize", les ballons sur nos têtes, des confettis lâchés depuis le plafond et Coyne qui nous allume à coup de canon à serpentins. L'effet est garanti et fonctionne à chaque fois. Avec les Flaming Lips, on revient systématiquement en enfance. La suite, c'est Yoshimi et deux animaux géants gonflables qui débarquent sur scène, encadrant le chanteur qui finit par avoir du mal à assurer, avec toute cette mise en scène et les ballons qui lui reviennent en pleine figure. Wayne Coyne montera ensuite sur une grande licorne en plastique, ornée de guirlandes lumineuses. 
Le groupe entier, hormis leur charismatique chanteur, joue derrière un ruban de lianes lumineuses et multicolores. Autre moment fort, "Space Oddity" chanté dans une bulle au-dessus du public. Si le son et la performance globale - surtout de Coyne, pas toujours très juste- pouvait laisser à désirer au début, les Flaming Lips montent en puissance, notamment sur un grandiose "Feeling Yourself Disintegrate" - ma préférée qui n'a même pas besoin d'artifices pour aller droit au coeur, contrairement à ce que pourraient dire des mauvaises langues sur le fait que tout le décorum que les Flaming Lips mettent à chacun de leur concert sert surtout à masquer la faiblesse des morceaux. Tout ça finira évidemment par un parfait "Do You Realize?" en guise de rappel. Il a évidemment été question de l'attaque terroriste et du bonheur d'être ensemble et ce sentiment d'être plus fort. Plus fort que la mort. Les chansons des Flaming Lips ne parlent d'ailleurs que de ça. Et tout le monde de rentrer chez soi un sourire béat aux lèvres. Soirée inoubliable. Dans la boutique sur leur site internet, on peut acheter un tee-shirt où il est écrit "I experienced the Flaming Lips in concert and it made me a better human being". Tout est dit.

13 février 2017

The Bats - The Deep Set

Mon disque de la semaine arrive avec quelques jours de retard cette fois, vacances d'hiver oblige. Mais ne vous inquiétez pas, j'ai quelques posts dans les cartons qui devraient être publiés très bientôt. "The Deep Set" est le nouvel album des néo-zélandais de The Bats. Voici un groupe à la musique immuable. Ce disque aurait très bien pu sortir il y a 30 ans au moment de "Daddy's Highway", leur premier essai. C'est toujours ce qu'on a appelé le Dunedin Sound bien que The Bats soient originaires de Christchurch. C'est toujours publié sur l'indispensable label local Flying Nun, que chaque fan d'indie pop vénère comme il se doit. Ce sont toujours les mêmes membres depuis les débuts, notamment Robert Scott présent au sein des non moins excellents The Clean. C'est toujours cette musique et ces guitares impeccables, ces mélodies inspirées par les premiers R.E.M. et "The Good Earth" des grands frères américains des Feelies. 
Je pourrais m'en lasser mais non. C'est toujours aussi bien, même après 6 ans d'absence. Voilà donc un album idéal pour un retour de vacances. The Bats demeure une valeur sûre. Il n'en existe plus tant que ça. Réconfortant comme un hiver au coin du feu. Et si la Nouvelle Zélande était une de nos prochaines destinations de vacances ?

3 février 2017

Surfer Blood - Snowdonia

Amateurs du Teenage Fanclub, bonjour. Voici le nouvel album des américains de Surfer Blood, beaucoup plus surfers que sanguinaires. La formation a pourtant connu des déboires : le départ de son bassiste et surtout le décès l'année passée de son guitariste Thomas Fekete, suite à un cancer. Sur ce "Snowdonia", il n'y parait rien ou presque. On retrouve l'indie pop dans ce qu'elle peut avoir de plus mélodique, de plus lumineux. Un disque où il est question de neige, mais ne vous y fiez pas, c'est plutôt un disque d'été, qui respire le soleil. Un truc qui vous donne la vitamine D manquante. Bien sûr, on ne vous parlera pas de la musique de Surfer Blood, parce que bon, c'est mignon, mais ça ne va pas chercher loin non plus.
Ces gens ont tort. Ces chansons à tiroir, ces guitares tourbillonnantes, maniant à merveille l'art du contre-pied, ces choeurs intelligemment parsemés, ces "ouhou", ces "lalala" venant à bon escient. Pour toutes ces raisons, "Snowdonia" est le meilleur album de Surfer Blood et à ce titre, une belle réussite.

27 janvier 2017

Tristesse Contemporaine - Stop and Start

Voici une étonnante formation multi-culturelle : le chanteur est anglais d'origine jamaïcaine et ancien membre de Earthling, une des nombreuses formations éphémères de la vague trip-hop des années 90, la claviériste est japonaise et le guitariste suédois. Ils vivent tous à Paris. Je les ai pour ma part réellement découverts en première partie de Pulp, à l'Olympia en 2012 pour le dernier concert français du fameux quintet de Sheffield. Cette soirée fut inoubliable et Tristesse Contemporaine avait eu le mérite de ne pas se contenter du simple rôle de faire-valoir. Il y avait d'abord l'inquiétant masque d'âne que le chanteur arborait sur scène et puis cette musique envoûtante, sorte de Joy Division lo-fi matinée de soul et sans batterie.
Deux albums plus tard et notamment une collaboration avec la classieuse Barbara Carlotti, leur musique, à l'image de leur nom, ne respire toujours pas la grande gaieté, mais s'est étoffée, a surtout trouvé son style. Ce "Stop and start" est court, une petite dizaine de chansons de 2-3 minutes pas plus, mais c'est juste ce qu'il faut pour que les morceaux marquent de leur empreinte nos cerveaux. "Stop" and "start", voilà ce qu'ils nous poussent à faire. Inlassablement.

26 janvier 2017

Pack 3 EPs : Orso Jesenska - Les variations d'ombre *** Matthieu Malon - Peu d'ombre près des arbres morts *** Erik Arnaud - Golden Homme

Il existe encore des hommes qui oeuvrent dans l'ombre, à la recherche du beau. Et la plupart des gens s'en foutent. Enfin, pas tous. Le label Monopsone et son fondateur Denis Frelat font assurément partie de ces chercheurs de beau. Pour l'occasion, ils ont fait appel dernièrement au photographe Stéphane Merveille qui a pris quelques magnifiques photos de la Dune de Pilat, en noir et blanc. Ces photos devaient ensuite servir d'inspiration à trois chanteurs : Erik Arnaud, Matthieu Malon et Orso Jesenska. Leur feuille de route ? Un Ep de 6 titres chacun avec 4 chansons originales et 2 reprises. Erik Arnaud est celui qui a cherché le plus la facilité avec seulement 2 nouveaux titres, mais 2 titres en "or". Surtout "Golden Homme", petit tube en puissance, qui fait voir un Erik Arnaud, très proche de son ami Florent Marchet, dans le fond comme dans la forme. On pense évidemment au "Bambi Galaxy" de ce dernier. Pour le reste, deux versions brutes de vieux titres, de l'époque où la musique de Erik Arnaud était rêche et sèche. Au passage, je serais curieux de savoir si le chanteur a toujours la même vision lapidaire de la chanson d'ici ("Ma chanson française") dix ans après. Et puis, deux reprises belles et épurées : une étonnante de Balavoine et l'autre plus prévisible des excellents canadiens de Broken Social Scene. Tout Erik Arnaud est là, l'ancien, le nouveau, le franchouillard, l'indie rockeur. Matthieu Malon ensuite que je connais moins. Il est adepte d'un rock plus simple et direct, d'un parlé-chanté dont il se sert pour mettre en valeur ses qualités de conteurs ("Dans la chambre d'hôtel"). Les reprises sont des chansons anglo-saxonnes, éminents tubes new-wave kitschs ("Reviens et reste" et "Dansons les larmes aux yeux") dont la traduction française passe moyennement bien, il faut l'avouer. Mais comme pour Erik Arnaud, il y a au moins un nouveau très bon titre ("Sur la dune") et l'ensemble reste au final cohérent.
Enfin, Orso Jesenska est un chanteur français très prometteur, déjà responsable de deux disques pas passés inaperçus ici ("Un courage inutile" et "Effacer la mer"). Il se détache progressivement de toutes références encombrantes. Le sublime "Forêt" qui débute ce nouvel EP ne doit par exemple rien à personne. Chez lui, les reprises (Gianmaria Testa et Hoagy Carmichael) comme la musique sont aussi plus pointues. Ce gars a un talent supérieur pour juste suggérer à partir de textes elliptiques et une musique chaude mais réduite à l'essentiel. On a hâte de découvrir la suite de la carrière de ces trois-là, sûr que cet exercice auquel ils se sont volontiers pliés leur donnera des ailes vers de nouveaux horizons, empruntant de nouvelles voies vers le beau.

20 janvier 2017

Octave Noire - Néon

Ne vous fiez pas une fois de plus aux nommés des prochaines Victoires de la musique (bon, ok, on a connu pire aussi comme sélection), la chanson française se porte bien. Voilà que nous arrive entre les oreilles, un son qui, malgré les références évidentes : de Chamfort  - la voix - à Gainsbourg - la basse de Melody Nelson - en passant par Jean-Michel Jarre, Christophe ou plus récemment Sébastien Tellier -  s'avère au final assez nouveau et passionnant. Octave Noire chante peu et des paroles assez énigmatiques, parfois en anglais et répétées souvent ad libitum, comme sur l'excellent premier single et tube en puissance, "Un nouveau monde", qui ouvre ce disque ("Cent millions d'années. Une seconde. Une éternité. Pour faire un monde"). Les arrangements, à l'opposé, n'ont  pas peur de l'emphase, d'en faire trop. En résumé, on retrouve la pop symphonique, baroque et électronique française des années 70 mais avec un enrobage plus moderne.
Octave Noire était en décembre dernier aux Transmusicales de Rennes, indécrottables défricheuses de talents et c'est là que la plupart des gens l'ont découvert. La différence d'Octave Noire avec beaucoup de ses contemporains, c'est donc qu'il ne flirte pas avec le kitsch des années 80 mais celui-ci de la décennie précédente, autrement plus ambitieux. D'ailleurs, le monsieur a fait des études de musicologie à la Sorbonne et ça s'entend à la richesse de la texture sonore. Voilà encore un nouveau nom à suivre.

19 janvier 2017

Magic v2.00, revue pop moderne


Jeudi dernier, je l'avoue - et oui, je n'ai pas honte -, j'ai acheté pour la première fois le magazine Magic. Bon, ok, il m'est arrivé à de nombreuses reprises de le feuilleter en cachette chez le marchand de journaux. Je ne pourrais donc pas vraiment vous dire si c'était mieux avant. La mise en page m'a tout même l'air d'être plus aérée. On sent qu'on tient entre les mains un bel ouvrage, travaillé, soigneusement préparé, avec la part belle aux nouveautés bien sûr mais aussi pas mal de vieilleries. Mais qui sont les lecteurs de Magic si ce n'est quelques bobos quadras ou presque, restés désespérément scotchés au rock de leurs jeunes années ? J'entends déjà dire que cela reste très orienté pop-rock indépendant, malgré les évidents efforts de la part de Vincent Théval, le nouveau tenancier et ex-Radio France, et de son équipe pour élargir le spectre. Bah moi, ça me plaît. Parce que c'est l'essentiel de la musique que j'écoute. 

Et puis, si c'est pour avoir des goûts prévisibles et assez consensuels à la Télérama ou verser dans le R'n'B ou la musique putassière pour faire "djeuns" comme savent le faire depuis un moment les Inrocks, ça ne m'intéresse pas. Je veux de la prise de risques, du parti pris honteusement subjectif, des passionnés surtout. Parce que ça ne triche pas, un passionné, ça ne fait pas de compromis, ça ne cherche pas à être quelqu'un d'autre. Et c'est plutôt là-dessus que j'aurais des appréhensions, notamment en voyant la première couverture, avec The XX, groupe très dans l'air du temps. Certains disent pourtant que le nouveau Magic leur rappelle les premiers Inrockuptibles, quand le journal était encore mensuel et pouvait mettre en une des groupes chéris et inconnus du grand public comme The Auteurs ou The House of Love. Mais peut-être que je rêve encore d'une époque définitivement révolue. Nous ne sommes plus aussi nombreux. Cette musique n'intéresse plus grand monde. Élargir son lectorat sans perdre son noyau dur, voilà le difficile pari que Magic doit réalisé pour que ce retour ne soit pas vain. On leur souhaite vivement de le réussir. Pour eux. Pour nous surtout. Parce que ça voudrait dire qu'on n'est pas seul.

13 janvier 2017

The Flaming Lips - Oczy Mlody

Dire que j'attendais avec impatience le nouvel album des Flaming Lips est un doux euphémisme. Après le très réussi "The Terror" - je ne compte pas tous les projets parallèles, la chanson de 24h, les reprises de Bowie, des Pink Floyd ou des Beatles, de la collaboration de Wayne Coyne avec l'habituellement insupportable Miley Cyrus -, "Oczy Mlody" se devait de ne pas me décevoir. Surtout que j'ai déjà pris mes billets pour aller les voir au Bataclan le 2 février prochain. Le douloureux souvenir du Bataclan mélangé à la douce folie des Flaming Lips devrait provoquer une étrange soirée. Le genre d'événement qu'on n'oublie pas. Mais revenons à ce nouveau disque au nom polonais - ça veut dire, les yeux de la jeunesse et c'est inspiré par l'écrivain Erskine Caldwell - d'où le peu de voyelles. Les premiers singles, tous sur le même registre, plus doux que le précédent mais tout aussi mélancoliques, annonçaient brillamment la couleur. "The Castle" rappelle même l'indépassable "Do You Realize?" ("Her eyes were butterflies. Her smile was a rainbow Her hair was sunbeam waves. Shining round like a halo.  Her face was a fairytale that has a poison apple.  Her skull was a mighty moat. Her brain was the castle.  And the castle gets mistaken for a ship that is floating in the clouds And the castle is brighter than a thousand Christmas trees And the castle can never be rebuilt again... No way...") .
Les Flaming Lips restent mon groupe préféré en activité, rien de moins. D'autant que d'autres perles se cachent tout au long de cet album, avec une fois de plus, un magnifique travail apporté au son, toujours aussi riche, et qui garantit une durée de vie quasi infinie. Ils se paient même le luxe de terminer en choeur et en beauté sur un titre aux paroles délicieusement simplistes mais à la mélodie assez irrésistible, en duo avec la susnommée Miley Cyrus. "We a famly", voilà naïvement ce qu'on souhaiterait tous être - je parle dans le sens fraternel du terme, bien sûr. Bref, "Oczy Mlody" serait-il déjà le disque de l'année? La barre est placée suffisamment haute pour le penser.

6 janvier 2017

Piano Magic - Closure

Chaque début d'année, je me persuade que la nouvelle année sera plus belle que la précédente et que cela viendra aussi grâce à toutes mes belles résolutions prises. La vie est ainsi faite de recommencements. Les années sont aussi là pour ça : nous faire croire que nous changeons et notre vie aussi. Mais les changements se fichent bien souvent des calendriers et n'attendent pas le 1er janvier. Cette année, j'ai une fois de plus pris mon lot de bonnes résolutions et l'une d'entre elles, c'est de tenir avec une critique d'album par semaine. Comme juste après les fêtes, les sorties musicales se font plus rares, j'ai, une fois n'est pas coutume, décidé de prendre de l'avance, puisque ce nouvel album des anglais de Piano Magic ne sortira physiquement que le 20 janvier prochain. "Closure" est comme son nom l'indique le dernier disque du groupe après près de vingt ans d'existence. Piano Magic est une formation à géométrie variable, mais avec quelques constantes, comme la présence de l'inaltérable Glen Johnson, leader incontesté. Sur ce "Closure", on entend la voix (et le style) de Peter Milton Walsh, le chanteur de The Apartments. Sur les précédents, il y avait eu d'autres illustres invités comme l'ex Czars, John Grant, la classieuse Vashti Bunyan, ou encore Brendan Perry de Dead Can Dance.

Il aura donc fallu attendre leur ultime (et meilleur ?) disque pour que je m'arrête un tant soit peu sur leur musique. Tant mieux, j'ai plein de découvertes à faire. Dommage, car j'aurais pu les faire plus tôt et en faire profiter. Mais alors quel est le style de musique de Piano Magic ? Du piano ? Non, pas spécialement. Plutôt une espèce de pop indépendante soignée, délicate, indémodable car hors mode. Magique, oui. Dans la lignée du dernier et excellent disque de The Apartments. L'année 2017 commence bien. Ce n'est pas qu'un voeu pieux. "Closure" est malgré son nom une excellente entrée en matière.

1 janvier 2017

The Feelies - Raised Eyebrows (1979)

Quand j'ai dû choisir lors de ma sélection d'indispensables, un disque des Feelies, je n'ai pas hésité. A l'époque, "The Good Earth", le second du groupe, me paraissait le meilleur, celui qui condensait à merveille leur style, sorte de folk music jouée pieds au plancher. L'année dernière - et oui, on est maintenant en 2017 - nous sommes allés à New-York voir entre autres, la formation rock la plus casanière qui soit, chez elle, et pour préparer au mieux de cette rencontre, j'ai réécouté soigneusement chacun de leurs albums. "Crazy Rhythms", leur premier essai m'apparut alors comme le plus étrange, le plus novateur, avec ses percussions omniprésentes, sa science des silences, des accélérations soudaines. S'il ne fallait retenir qu'une seule chanson - même si elles sont toutes parfaites - dans ce chef d'oeuvre du rock, ce serait peut-être "Raised Eyebrows", plus encore que "Fa-Cé-La", pour son irrésistible montée en puissance qui finit dans un tourbillon de choeurs et de guitares. Je n'ai pas fait de classement de mes concerts préférés en 2016 mais il est évident que celui des Feelies restera comme le plus mémorable, pour plein de raisons : parce que tout simplement, c'était le meilleur, et puis parce que c'était à Central Park, à New-York, avec maman, et parce que je sais que c'est sans doute la seule fois que je les verrais en concert. En 2017, le groupe de la divine paire de guitares de Bill Million et Glenn Mercer revient aux affaires après un très bon dernier "Here Before" sorti en 2011. On a appris à attendre avec ceux-là. Et je me dis qu'une année qui commence avec les Feelies est forcément une bonne année. Mais je me rappelle avoir dit la même chose, il y an, avec la sortie du dernier Bowie. On connait la triste suite. Tant pis, il n'est jamais interdit de rêver de jours meilleurs, non ? Bonne et heureuse année 2017 à toutes et à tous !
He said oh
He said oh
He said oh
Some will make it and some won't make it oh-oh
Oh the glory glory and the glory glory oh-oh