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Articles

Affichage des articles du 2018

The Goon Sax - We're Not Talking

The Goon Sax, c'est une jeunesse - ils n'ont pas vingt ans - de plus en plus rare, une jeunesse qui aime encore l'indie rock, devenue au fil du temps un repère de trentenaires voire quadragénaires un peu aigris. Certains pour rester jeunes s'obligent à écouter de la musique de la génération suivante : le rap, le r'n'b, Pro Tools et les voix passées au vocoder, persuadés que l'époque a forcément raison. A l'inverse, il y a bien sûr ceux qui pensent, adeptes indécrottables du "c'était mieux avant", qu'elle a tort, en éternels nostalgiques de leur jeunesse. Et puis, il y a ceux qui s'en moquent - les plus nombreux ? - parce qu'ils ont juste envie d'écouter ce qui leur plaît et tant pis si ça sonne vieux ou jeune. The Goon Sax ont été biberonnés au rock indépendant australien, surtout aux Go-Betweens - un des membres est d'ailleurs le fils de Robert Forster - et au "Dunedin Sound" des voisins néo-zélandais et pou…

Michael Nau - Michael Nau & The Mighty Thread

Voilà ce qu'on pourrait appeler communément un disque d'été, de la sunshine pop, légère, mélodieuse et qui n'oublie pas pour autant d'être intelligente. Le nouvel album de l'américain Michael Nau a été enregistré à la maison, plus précisément dans le deux pièces d'un des membres de son groupe, The Mighty Thread. Tel instrument a été joué dans la salle de bains, l'autre dans la cuisine, le troisième dans le salon - l'histoire ne dit pas s'ils ont utilisé les toilettes. Pas étonnant donc que cette musique pénètre, mine de rien, aussi facilement notre quotidien, constituant comme une bande son idéal de nos activités estivales. Essayez donc ce disque comme fond sonore lors d'un barbecue ou un apéro, en famille ou entre amis. Il devient rapidement aussi indispensable que le bon petit verre de rosé ou les chips qui accompagnent. Celui dont vos invités vous demanderont le nom, où vous l'avez trouvé et qu'ils exigeront à nouveau la prochaine fo…

Spiritualized - And Nothing Hurt

Je suis peut-être le seul à le penser mais je trouve que la musique de Spiritualized se bonifie au fil des disques. Je ne considère pas, comme beaucoup, que "Ladies and gentlemen, we are floating in space" sorti en 1997, soit le chef d'oeuvre indépassable de Jason Pierce. Je le trouve trop touffu, trop long, assez indigeste au final. Il a pour moi fait bien mieux depuis. Son précédent "Sweet Heart, Sweet Light" avait par exemple frôlé la première place de mon top albums 2012. Depuis vingt ans, le groupe a sorti peu d'albums - il a fallu attendre 6 ans pour ce dernier - mais ils semblent de plus en plus sereins, apaisés, ramassés - toute proportion gardée, la plupart des morceaux faisant encore plus de cinq minutes. Avec l'âge, on arrive à se contenter de l'essentiel. Certains pourront le regretter. Mais c'est avant tout, ce que j'aime dans cette musique : ces délicates ballades pop psychédéliques avec orchestre à cordes. Il faut attendre &q…

Her's - Invitation to Her's

Ils sont deux : l'un anglais, Stephen Fitzpatrick, l'autre norvégien, Audun Laading. Ils se sont rencontrés en faisant leurs études à Liverpool, la ville des Beatles. Ils ont potassé depuis de nombreux mois les chansons de ce premier disque et ça se ressent car il n'y a pour ainsi rien à jeter dessus. Leur nom de groupe fait référence à la gente féminine, un peu comme Girls, avec qui ils partagent le même goût pour la pop lo-fi aux sonorités eighties. Mais plus qu'à l'ex-formation de Christopher Owens, c'est à la musique d'Ariel Pink et de Mac Demarco que cette "Invitation to Her's" fait surtout penser : les mélodies du premier avec les guitares et la nonchalance du second.
Cela ressemble donc à la fusion idéale pour profiter à plein des derniers jours d'été et ne pas penser encore à cette rentrée pourtant si présente. Impossible, par exemple, de se débarrasser facilement d'évidences telles que "Harvey" ou de "Love On T…

Patti Smith, Ariel Pink, Josh T. Pearson, Jonathan Bree & Cut Worms - Festival de la Route du Rock - Le Fort Saint-Père, 18 août 2018

Voilà un rendez-vous qu'on ne manque que rarement, maman et moi, depuis 2009 - eh, oui, nous avons commencé à fréquenter ce festival que depuis que nous sommes parents, étonnant, non ? A part les éditions 2011 et 2016. Chaque année, je scrute la programmation plusieurs mois à l'avance, pour savoir si au moins une soirée proposerait des artistes ou groupes aptes à nous faire déplacer. En 2018, j'ai longuement hésité entre le vendredi et le samedi. Jusqu'à l'annonce de Patti Smith. Daho et Grizzly Bear face à Ariel Pink et Josh T. Pearson : pas facile de choisir. C'est donc une des pionnières du rock féminin qui a fait basculer mon choix. Je ne l'avais jamais vue en concert. Cette année, nous sommes arrivés tôt, même avant l'ouverture du site, pour être sûrs de ne pas rater le premier groupe, Cut Worms. D'autant que la fin de soirée nous branchait moins. Les américains de Cut Worms livrèrent une prestation fidèle à leur unique album : soignée, mélodi…

Barbara Carlotti - Showcase à Lafayette Anticipations - 16 juillet 2018

Décidément, Barbara Carlotti est en train de devenir la compagne idéale de notre été. Après avoir été la voir reprendre des chansons de l'année 1966 aux Trois Baudets, nous sommes retournés cette fois-ci à Lafayette Anticipations, un lieu dédié à l'art contemporain, où la chanteuse prêtait sa voix à l'audioguide de l'exposition. Mais c'est bien sûr surtout pour assister à son showcase que nous étions venus. Elle y jouait ses propres morceaux et essentiellement son dernier et excellent album "Magnétique". Elle et ses musiciens affichent d'emblée une certaine décontraction - celle de récents champions du monde ? Le public est presque à l'opposé de celui des Trois Baudets : très bobo Parisiens. Il faut dire que le lieu lui-même respire cet élitisme assez prétentieux - désolé, je suis assez hermétique à l'art contemporain - avec son bar qui ne propose que jus et alcool bio évidemment. On reconnaît O, alias Olivier Marguerit, venu en famille parmi…

The Innocence Mission - Sun On The Square

Les années passent et Karen Peris conserve ce timbre de voix si doux, si suave, qu'il semble que le temps n'ait aucun impact sur elle. La musique de The Innocence Mission reste à ce titre, d'une beauté immuable. Simon Raymonde, ex-Cocteau Twins et patron du label Bella Union, a fini par les signer, lui pour qui leur disque "Birds of my Neighborhoods" fait partie de ses trois albums préférés toute période confondue. Et pourtant, on s'imagine la quantité de musique étant passé entre ses oreilles. Un autre grand fan du groupe est Sufjan Stevens, auteur avec "Illinois", d'un des plus grands albums de pop raffinée de ces deux dernières décennies. S'il fallait maintenant parler d'influences pour le couple Peris - puisque la musique est pour eux une affaire de famille, les rejetons encore adolescents participent même sur ce nouveau "Sun on The Square" - on citerait la folk anglaise produite lors de la charnière entre les années 60 et…

Jonathan Bree - Sleepwalking

Me voilà de retour de congés, plus en forme que jamais - si, si, après 2 semaines en All-inclusive - pour faire le plein de nouvelles musiques. La première proposée est celle d'un néo-zélandais que je ne connaissais pas et qui sévit pourtant depuis bientôt 20 ans au sein de The Brunettes puis en solo, a son propre label Lil Chief Records et dont le dernier single "You're so Cool" compte déjà plusieurs millions de vues sur Youtube. Si je l'écoute aujourd'hui, c'est surtout parce que j'ai appris tout récemment que j'allais le voir en concert lors de la prochaine Route du Rock, en remplacement de John Maus. Ce dernier vient malheureusement de perdre son frère et a donc annulé sa tournée. La musique de Jonathan Bree rappelle un peu celle d'un Perry Blake sophistiqué, d'un Get Well Soon qui tournerait au ralenti, de Magnetic Fields épurés ou d'un Jarvis Cocker minimaliste. Le chanteur est affublé sur la pochette du disque comme dans les cl…

66 Revolution Pop - Paris, les Trois Baudets - 12 juillet 2018

C'est la première fois qu'on allait, maman et moi, aux Trois Baudets, une de ces nombreuses salles situées dans le quartier touristique de Pigalle. La configuration de la salle est assez étrange avec deux gros poteaux central et des banquettes inoccupées sur les côtés. Le public qui arrive petit à petit nous étonne un peu. Nous constatons rapidement que nous sommes presque les plus jeunes et que l'audience ressemble plus à celle d'un théâtre voire d'un concert classique. C'est d'ailleurs la première remarque que fera Jean-Pierre Petit, l'impression que l'ambiance sera d'emblée plutôt pépère (et mémère ?). Et cette question qui nous vient donc : pourquoi ? Tout simplement, parce que ce concept, cette musique n'intéresse pas les plus jeunes. Un concert de reprises de chansons, françaises pour la plupart, de l'année 66, sous la forme d'une émission de variétés façon Gilbert et Maritie Carpentier, voilà une idée pour fans nostalgiques d…

MGMT (+ Cola Boyy) - festival Days Off - Philharmonie de Paris - 4 juillet 2018

Deuxième concert de la semaine : même endroit, même heure, même festival. Cette fois-ci, la première partie est un peu plus fun. Normal, vous me direz : la musique est souvent à l'image de celle de la tête d'affiche. C'est une sorte d'électro pop avec un zeste de soul. Le chanteur est un drôle de petit bonhomme et si ce n'est pas inoubliable (là encore beaucoup de sons semblent enregistrés), ça reste plutôt plaisant à l'oreille. Pas sûr que ça suffira pour que dans quelques années, on retienne encore le nom de ce Cola Boyy. Pour MGMT, la donne n'est évidemment pas la même, n'en déplaisent à leur nombreux détracteurs. Le duo new-yorkais a montré depuis longtemps qu'il n'était pas qu'une simple hype passagère. Les voilà avec un quatrième disque qui est sans doute leur plus immédiat et accessible. En live, c'est un show incroyablement rodé. Le chanteur débarque avec un maquillage façon "Aladdin Sane". J'avais entendu que sur …

David Byrne (+Laura Mvula) - festival Days Off - Philharmonie de Paris - 3 juillet 2018

Les vacances approchent et arrive souvent avec, la possibilité de sorties pour les parents, confiant leur progéniture à des personnes tierces, comme les grands parents, par exemple. Merci à eux de nous avoir permis d'assister à deux excellents concerts. Le premier est celui d'un certain David B. Non, pas l'idole partie il y a 2 ans déjà, mais un autre artiste majeur, autrefois chanteur des indispensables têtes parlantes, et dont la carrière exemplaire et toujours en mouvement, reste un modèle à suivre pour les jeunes générations. Je passe sur la première partie, Laura Mvula qui, c'est vrai a une belle voix, mais sa musique est trop en force pour que surgisse une quelconque émotion. Surtout que la plupart des sons étaient enregistrés. Dommage quand on est dans une salle ayant l'accoustique de la Philharmonie de Paris. La première chose qui frappe dans le concert de David Byrne est l'absence de câbles et fils en tous genres sur scène. Comme un rêve de chambres d…

Cabbage - Nihilistic Glamour Shots

La pochette fait penser à un disque de heavy metal satanique - pas franchement le genre de la maison. Le titre contient pourtant un mot intrus : glamour. Généralement, on ne parle pas de glamour dans ce style de musique qui, de plus, ne manie que rarement le second degré. Il faut donc aller plus loin et se décider à poser le casque sur les oreilles. Ils sont jeunes, ils viennent de Manchester. Ils ont une vision très noire de notre société - mais plus nihiliste que sataniste donc - , leur post-punk n'est pas si sombre et univoque (écoutez donc le morceau pop "Exhibit A") qu'il pourrait paraître.C'est un ami qui vient juste de les voir en concert à Paris le 28 juin dernier qui m'a donné envie de m'y replonger. J'avais déjà écouté "Nihilistic Glamour Shots" et si j'en gardais plutôt un bon à priori, je n'y étais pas revenu depuis plusieurs semaines : pas assez fort pour que j'en parle ici. J'ai finalement changé d'avis tel…

Rolling Blackouts C.F. - Hope Downs

Après Boy Azooga, voilà un autre disque de nouveaux venus qui m'a gentiment été envoyé sans que j'en fasse la demande expresse (l'avantage de tenir un blog ayant de l'influence, non, je déconne évidemment). Et pour une fois, je dois dire que l'envoyeur(se) connaît mes goûts, car il(elle) a visé on ne peut plus juste. La musique des jeunes Australiens de Rolling Blackouts C.F. - CF pour Coastal Fever, comme ça faisait trop long, ils ont dû réduire. Au passage, quelqu'un sait d'où vient ce nom de groupe à rallonge ? - est pile dans celle que j'aime : des guitares cristallines qui virevoltent, une indie pop radieuse, mélodieuse et un brin jemenfoutiste. On pense aux Feelies, à Mac De Marco, REM, ainsi qu'aux Go-Betweens, aux magnifiques Blank Realm ou au label Flying Nun pour rester plus proches géographiquement parlant.  Leur premier album "Hope Downs" aligne les excellents morceaux voire quelques uns quasi parfaits comme l'imparable si…

Cosmo Sheldrake - The Much Much How How and I

Il a un nom de magicien voire de super-héros et à l'écoute de ce premier album à nul autre pareil, on se dit que ça lui va plutôt bien. Ce jeune anglais issu d'une famille d'artistes et d'intellectuels, avait sans doute toutes les cartes en main pour tracer sa voix en dehors des sentiers battus. N'empêche, malgré un milieu favorable, peu y arrivent de manière aussi magistrale. Sa musique ne ressemble à de rien connu. Comme si Robert Wyatt avait rencontré Alt-J et Django Django. Et encore, on n'y est pas tout à fait. Ce mot est aujourd'hui souvent galvaudé, mais pour une fois, avec Cosmo Sheldrake, ce n'est pas le cas : on a bien affaire à un artiste, un vrai. Chaque morceau recèle des trésors d'harmonies complexes avec pléthore d'instruments, qui fait que même les amateurs de musique classique peuvent aussi s'y retrouver. Voici donc un disque oecuménique qui devrait réussir à transcender les chapelles, sans que cela paraisse pour autant com…

Boy Azooga - 1 2 Kung Fu!

L'été approche et l'envie d'écrire ici se fait de moins en moins pressante. Mais il suffit d'un déclic pour que ça revienne. Un album reçu sans l'avoir demandé telle une bouteille à la mer. Une divine surprise. Une musique qui sort du lot, différente, qui redonne le goût. Souvent, parce qu'on n'en attendait rien. Boy Azooga répond parfaitement à ces critères. Le groupe est en grande partie l'œuvre d'un jeune gallois, Davey Newington. La musique avec un grand M fait partie de son pedigree puisque ses parents se sont rencontrés à l'orchestre national du Pays de Galles de la BBC - oui, ça existe ! Le résultat est un premier disque qui mélange efficacement une culture musicale de plus de vingt ans (garage rock américain, électro pop anglaise, funk nigérian, krautrock, etc) où jamais les influences n'apparaissent franchement. Si le NME n'existe plus en version papier et même si de toute façon, ça faisait bien longtemps qu'il ne permettai…

Parquet Courts - Wide Awake !

Jusqu'ici, je n'adhérais qu'à moitié, voire pas du tout, à la musique de Parquet Courts qu'on comparaît pourtant volontiers à pléthore de mes groupes préférés (les Feelies, Pavement ou Pixies pour ne citer qu'eux). Et puis est arrivé ce "Wide Awake", leur déjà cinquième disque, que j'abordais donc avec quelques réticences. Pourquoi continuer à écouter un groupe pour lequel je ressens aussi peu d'étincelles ? Parce que j'avais encore l'impression de louper quelque chose, que je devais avoir tort, que toutes ces excellentes critiques ne pouvaient se tromper. Ce nouvel album commence fort : "Total football" en hommage au style pratiqué par l'équipe de football néerlandaise dans les années 70, entraînée par Rinus Mitchell et dont la star sur le terrain était le regretté Johann Cruyff. Les Parquet Courts y parlent même d'un modèle de société qu'on pourrait adopter à la vie de tous les jours. Avec un tel programme, je me …

Tracyanne and Danny - Tracyanne and Danny

Voilà deux artistes qui joignent pour la première fois leurs forces et dont la carrière m'était jusqu'alors à peu près inconnue. Pour le londonien Danny Coughlan, ce n'est sans doute pas surprenant, son ancienne formation, Crybaby n'a jamais rencontré qu'un modeste succès critique. Pour l'écossaise Tracyanne Campbell, c'est différent, son précédent groupe Camera Obscura avait à l'image de leurs compatriotes Belle & Sebastian dont ils avaient en grande partie pris la relève dans une même veine pop mélodique et romantique, leur fan club : de grands adulescents souvent mal dans leur peau. Suite au décès de leur claviériste Carey Lander en 2015, les Camera Obscura se sont malheureusement éteints. Il a donc fallu pour leur chanteuse tourner cette douloureuse page.
Nous voilà maintenant, avec Tracyanne & Danny, en présence d'un duo comme on en rencontre seulement dans nos rêves :  Belle & Sebastian ("Home & Dry") et les Smiths (…

Cut Worms - Hollow Ground

Fin mai, c'est l'heure habituelle du bouclage de la programmation de la Route du Rock collection été. À ce moment-là, les principales têtes d'affiche ont déjà été annoncées. Il ne reste donc plus que les seconds couteaux et des fois, c'est là que surgit la bonne surprise qu'on n'attendait pas. Cut Worms pourrait être celle-là. Sa pop peut d'emblée paraître un poil ringarde et datée, assez proche en cela des premiers Beatles ("She loves you yeah yeah" ou "I Want to Hold Your Hand"), de la sunshine pop californienne et des mélodies à la mode au début des années 60. Près de soixante ans plus tard, on n'en trouve d'ailleurs peu à vouloir reprendre le flambeau. Mais là où Cut Worms se différencie encore plus, c'est par sa belle science des arrangements.
Mark Clarke, le leader du groupe est un perfectionniste, c'est pour cela que ce premier album a mis un peu de temps à paraître. Quelques chansons ont été écrites il y a déjà p…

Courtney Barnett - Tell Me How You Really Feel

Elles ne sont pas nombreuses les chanteuses dans le rock à être capable de se faire un nom aussi rapidement. L'australienne Courtney Barnett en fait indéniablement partie en se montrant avec ce deuxième album et un autre en duo avec le folkeux américain Kurt Vile, à la hauteur des espoirs générés par un premier essai unanimement salué par la critique et les amateurs du genre. Pour ma part, je n'avais pas été complètement convaincu (pourtant, le titre "Sometimes I sit and think and sometimes I just sit" ironique était prometteur) Il m'aura fallu attendre ce "Tell Me how you really feel" sans doute plus pop avec l'imparable "Need a Little Time", assurément un des meilleurs titres de 2018. Pour la musique, c'est toujours inspiré par l'indie rock des années 90, celle de Pavement surtout, avec ce chant légèrement nonchalant, ces guitares gentiment acérées (le presque punk "I'm not your mother, i'm not your bitch" dans…

Orchestre Tout Puissant Marchel Duchamp - Sauvage Formes

J'ai pris depuis quelques temps du retard dans ma chronique du "disque de la semaine", vacances obligent. Et puis, il faut dire qu'il n'y avait pour ainsi dire peu de sorties pour moi. L'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp est une drôle de formation qui, comme son nom l'indique, est composée de pléthore de musiciens (14 pour cet album d'où l'ajout de XXL dans leur nom). Ils sont suisses et défendent une politique écologique très à gauche, à l'opposé total du cliché qui voudraient que les helvètes soient tous foncièrement capitalistes. Leur leader soutient par exemple ouvertement les zadistes de Notre-Dame des Landes. Ce sont peut-être dans ces îlots ultralibéraux que les poches de résistance sont les plus fortes. Mais cela est une autre histoire. Ce qui nous intéresse ici est la musique. Celle-ci est assez atypique, car elle charrie beaucoup d'influences. La constance de chacun des 8 morceaux est un côté assez dansant. On a d'abor…

Fontaine Wallace - Fontaine Wallace

Il y a des chanteurs dont on croise la route un peu par hasard. Nicolas Falez en fait partie. Je me rappelle de son ancien groupe, Superflu, à la fin des années 90. Il affichait une certaine forme de modestie jusque dans son nom. Il avait profité alors d'un certain regain d'intérêt pour la musique d'ici (Dominique A, Katerine, Miossec, Autour de Lucie, etc). Les fontaines Wallace sont de ces belles installations qui passent malheureusement trop souvent inaperçues. Par contre, personne ne peut dire qu'elles soient superflues. Pour ceux qui savent voir, elles embellissent un cadre quotidien parfois assez gris. La musique de Falez n'a pas vraiment changé, juste mûri. Elle a passé la "quarantaine". Les textes sont sombres, assez résignés avec pas mal de résonances politiques ("président de personne", "général des défaites", "nous cherchons l'architecte mais nous n'avons trouvé que des ouvriers inquiets", etc). Des parole…

Josh T. Pearson - The Straight Hits !

Voici un gaillard qui est assez avare d’apparitions. Il aura fallu attendre dix ans entre le premier et seul disque de son groupe Lift to Experience et son premier effort solo. Sept ans sépare à nouveau ce « The Straight Hits ! » du précédent. « The Texas Jerusalem Crossroads » qui a récemment été réédité et remastérisé est en train d’acquérir un mini statut de disque culte. « Last of the Country Gentlemen » a ensuite démontré que le bonhomme était aussi capable de débrancher l’électricité sans que ses chansons perdent de leur force émotionnelle. Ce nouvel album vient une fois de plus brouiller les pistes, car c’est la première fois qu’un album de Josh T. Pearson sonne un tant soit peu « fun ». Le chanteur fait le crooner de supermarché, crie, miaule, s’amuse. Les fans de la première heure, plus adeptes de musique dite sérieuse, pourront le déplorer. Des titres comme « Loved Straight to Hell » devrait pourtant leur faire passer des frissons dans le dos. Et que dire du sublime « Y…

Eels - The Deconstruction

Une allumette prête à tout cramer et jeter ainsi à la poubelle ce qu'on a construit ? C'est le risque pour lequel Mark Oliver Everett alias Eels nous alerte sur son déjà douzième album. Le monde ne va pas bien, le chanteur est bien placé pour le savoir, lui qui a connu pas mal de déboires personnels, magnifiquement racontés dans son autobiographie, "Tais-toi ou meurs" - bizarrement traduit de l'américain "Things The Grandchildren Should Know". On retrouve sur ce "The Deconstruction", le style habituel et familier de Eels, depuis leurs débuts fracassants sur "Beautiful Freak" - première sortie à l'époque de l'éphémère label Dreamworks Records. Ces mêmes mots simples pour nous parler de la vie, de la mort et du temps qui passe ("I have a premonition. It's all gonna be fine. You can kill or be killed but the sun's gonna shine.") Cette même variété dans les mélodies, simple et directe sur "Today is the day

Frankie Cosmos - Vessel

Voilà le genre de disques d'apparence modeste et simple (voire simpliste) qui pourrait pourtant bien vous accompagner plus longtemps que vous ne le pensez. Frankie Cosmos, alias Greta Kline, fait de la pop avec deux fois rien : des textes de post adolescente un poil torturée et accessoirement fille d'acteurs plutôt connus, des accords de guitares mineurs, faciles et archi-rabattus, des albums faits à la maison. On pourrait passer rapidement son chemin. Sauf qu'il y a ici ce qu'il existe peu ailleurs : une âme, une absence totale de calcul et de posture et surtout un talent incroyable et inné pour trousser de jolies mélodies. Les titres se suivent, pour la plupart très (très) courts, et se ressemblent - tous aussi bons.  Le disque file ainsi et fait l'effet d'une petite bombe, sans qu'on y note un seul moment faible. On se demande alors ce que pourrait faire de plus la chanteuse dans ce style si caractérisque d'indie pop, tant ce "Vessel" sonn…

Barbara Carlotti - Magnétique

Décidément, la pop française se porte à merveille. Et je ne suis pas le seul à le dire puisque le magazine Magic qui vient de renaître (pour combien de temps ?) une nouvelle fois de ses cendres propose dans son dernier numéro 40 nouveaux noms qui "libèrent" la pop hexagonale. Et dans ses nouveaux noms, il n'y a bien sûr pas Barbara Carlotti dont "Magnétique" est le cinquième album. Il lui aura fallu six ans avant de donner une suite à son excellent "L'amour, l'argent, le vent". Six ans pendant lesquelles on l'a notamment entendu animer une émission radio sur France Inter où la chanteuse venait nous parler de sa musique préférée à travers des thèmes choisis. Telle une grande sœur à la discothèque parfaite, on avait plaisir à l'écouter. Parce que sa culture musicale faisait de manière intelligente le lien entre musique indépendante et grand-public. Elle s'est lancée ensuite dans des "laboratoires oniriques", axant ses rech…

Preoccupations - New Material

Les canadiens de Preoccupations continuent sur la même voie que leur précédent disque éponyme. Le son s'assagit de plus en plus, on entend même quelques sons de guitare presque pop sur les mélodiques "Disarray" et "Solace". Il n'est peut-être pas si loin le temps où Preoccupations passera sur les radios. Pour le reste, la batterie est toujours aussi omniprésente, montrant que le plus important dans la musique du groupe est d'abord le rythme, comme sur l'inquiétant et monolithique "Antidote". On pourra regretter la direction prise depuis leur premier album sorti sous le nom de Viet Cong qui, à l'époque, avait fait l'effet d'une claque. Ici, c'est plus convenu, toute proportion gardée. Les références proviennent du post-punk, avec un son de plus en plus électronique, du rock industriel, pour les rythmiques lourdes. On pense pas mal à un groupe comme Killing Joke.
Bref, à l'instar de leur nom, on est toujours préoccupé pa…

of Montreal - White is Relic / Irrealis Mood

On a beau connaître la musique de Kevin Barnes et de son groupe presque par cœur, les avoir vus de nombreuses fois sur scène, on parvient encore à être régulièrement (et agréablement) surpris avec of Montreal. Ce nouveau disque a été écrit et composé suite à l'élection de Trump et à une nouvelle rencontre amoureuse du chanteur après son douloureux divorce. Une période un peu schizophrène : un bonheur personnel mais une crainte réelle et assumée pour l'avenir de l'humanité. Cet album ne comprend donc que des chansons ayant un double titre. Barnes semble être plus que jamais seul maître à bord et balance les chansons qu'il aime, celles de sa jeunesse, à la mode des "extended mix" des années 80. Ces chansons qui duraient plus de 5 minutes et permettaient d'enfoncer le clou sur la piste de danse, histoire qu'on retienne d'autant mieux les morceaux, pour qu'ils ne nous lâchent plus.  of Montreal y ajoute sa touche personnelle : plusieurs mélodies …