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Articles

Affichage des articles du 2019

Plastic Mermaids - Suddendly Everyone Explodes

Les sirènes en plastique, voilà un drôle de nom de groupe qui annonce la couleur. Pas de femmes pourtant à l'horizon puisque la formation compte dans ses rangs pas moins de 5 membres de la gente masculine. Mais la musique des anglais originaires de l'île de Wight semble, telles des sirènes, irréelle. C'est une pop comme on n'en fait plus, Arcade Fire à leur début, Mercury Rev, Flaming Lips ou Grandaddy il y a dix-quinze ans. Une inspiration plus outre Atlantique qu'outre Manche donc, même si on pense aussi aux excellents travaux solos de l'ex-Coral, Bill Ryder Jones. Il paraîtrait que leurs concerts ressemblent à ceux de la bande de Wayne Coyne, comme une fête d'anniversaire régressive.
Si leur premier album "Suddendly Everyone Explodes" - en référence au "Suddendly everything has changed" du chef d'oeuvre "The Soft Bulletin" qui fête au passage ces vingt ans cette année ? - n'est peut-être pas à la hauteur de ses glor…

DEHD - Water

Ils sont trois, nous viennent de Chicago et ont déjà roulé leur bosse à travers différents groupes. Ce n'est pas sûr que leur nouvelle association nommée DEHD rencontre plus de succès que leur précédentes. Leur musique est une sorte de pop lo-fi qui privilégie la mélodie, quitte à terminer les chansons en moins de 2 minutes, si celle-ci se suffit à elle-même. C'est simple, rapide, efficace, même si ce n'est pas vraiment novateur. Jusque là, rien qui ne dépasse de quantités de formations indépendantes américaines. Et puis, je suis tombé sur le clip de "Lucky", une sorte d'objet non identifié, à visionner au trente-sixième degré avec un danseur déguisé en drag queen, du nom d'Alex Grelle, complètement hallucinant. On hésite entre le grotesque, le génie ou le grand n'importe quoi. On se surprend à le repasser en boucle, d'autant qu'il ne dure pas trois minutes, à vouloir imiter la chorégraphie. Puis, la musique commence à nous trotter dans la tê…

Jungstötter - Love Is

"Love is" est sorti une première fois en février dernier mais il bénéficie cette semaine d'une parution à plus large échelle par l'intermédiaire de PIAS Music. C'est l'oeuvre d'un jeune artiste allemand, autrefois membre du groupe Sizarr et qui officie désormais en solo. La musique et surtout la voix fait indéniablement penser à celle du regretté Scott Walker ou de Antony Hegarty, en moins maniérée. Jungstötter signifie jeune bégaiement, comme si le chanteur avançait, pas sûr de lui, alors qu'on sent déjà une belle maîtrise. Il est accompagné en tournée par la jeune et talentueuse autrichienne Anja Plaschg, plus connue sous le pseudo de Soap and Skin dont il fait la première partie. On pourrait les voir comme des frère et sœur de cœur, tellement ils naviguent dans les mêmes eaux.  On pense aussi à Konstantin Gropper, alias Get Well Soon, comme une même famille, adepte d'une pop de chambre, mélancolique, romantique et universelle, capable de passe…

Clinic - Wheeltappers and Shunters

Voilà un groupe que je prends en cours de route, n'ayant pas du tout suivi les débuts, à l'orée du vingtième et unième siècle. Ils sont anglais, originaires de Liverpool, berceau de la pop musique, mais c'est pourtant du côté du Pink Floyd de Syd Barrett qu'il faut chercher l'influence principale. C'est bien simple, on croirait l'entendre sur chacun des douze (courts) morceaux de ce nouvel album. "Wheeltappers and Shunters" est déjà leur huitième disque mais le premier depuis 7 ans, comme si pour une fois, le groupe avait eu besoin de temps, pour proposer quelque chose de neuf. Le titre fait référence à une émission télévisée anglaise des années 70, décennie dont la musique est aussi fortement inspirée. Une certaine Nana Mouskouri s'y est d'ailleurs produite. Ade Blackburn, le chanteur de Clinic, avoue avoir voulu à travers cet album désacraliser cette période qu'on disait libertaire et heureuse, en comparaison avec l'époque actue…

Built To Spill (+Slam Dunk) - Paris, La Maroquinerie - 4 mai 2019

Deuxième concert en 3 jours, toujours à la Maroquinerie. Cette fois-ci, ce fut plus rock et plus viril. D'abord, les Canadiens de Slam Dunk, au look complètement improbable. Le chanteur guitariste ressemble à Bernard Campan des Inconnus sur "C'est toi que je t'aime vachement beaucoup". D'ailleurs, les blagues potaches du groupe accentuent encore mieux la caricature et le mimétisme. Son copain guitariste lui, est affublé d'une chemise qu'on dirait dénichée chez Kiloshop, sans parler de sa coupe de Playmobil. Bref, tout ça ressemblerait à un canular s'ils ne nous cassaient pas en plus les oreilles. Ça braille, ça saute dans tous les sens, ça se balance des médiators, ça se fait des private jokes. Bref, c'est pas pour faire nos rabat joies mais avec maman, on n'a pas du tout adhéré. J'avais même peur, qu'il m'arrive la même mésaventure que  le chanteur à l'écoute de cette musique : perdre mes dents... Voyant une partie du pub…

Weyes Blood (+Discovery Zone) - Paris, La Maroquinerie - 2 mai 2019

Après une longue période d'abstinence, nous revoici maman et moi de sortie pour un concert, celui de celle qui s'annonce comme la nouvelle reine de la scène indie-folk : Natalie Mering, alias Weyes Blood. Le concert est complet depuis de nombreuses semaines. On ressent une impatience curieuse parmi l'assistance. Pas facile donc pour Discovery Zone, en première partie, de capter l'attention, d'autant que sa musique presqu'entièrement enregistrée n'est pas des plus faciles d'accès. On sent une volonté d'expérimentations, mais il manque l'essentiel : de vraies chansons. Le contact avec le public reste froid et distant jusqu'à ce que la jeune femme se décide à échanger, expliquant que puisqu'elle n'a pas encore sorti le moindre disque, elle n'a encore rien à vendre. Par contre, elle dispose d'une sorte de livre d'or où chacun peut y écrire quelque chose. À défaut d'être vraiment emballé par sa musique, cela la rend au mo…

The Dream Syndicate - These Times

Le Dream Syndicate de Steve Wynn est ce genre de groupes qui a toujours oeuvré dans l'ombre. Parce qu'il n'est pas né à la bonne époque, trop tard pour faire partie du mouvement punk new-yorkais de la fin des années 70, avec Television, Patti Smith ou The Feelies; trop tôt pour être associé aux prémisses du grunge, avec Sonic Youth, Pixies ou Nirvana. Parce qu'il n'est pas né au bon endroit non plus : pas à New-York justement mais en Californie où ce genre de musique n'est pas coutumier. Leur style a quand même été associé à ce qu'on a appelé le Paisley Underground dont ils étaient considérés comme les têtes de file. N'empêche parmi ce mouvement, ce sont les Bangles qui arriveront seules à tirer leur épingle (commerciale) du jeu, privilégiant un son plus arrondi et pop. The Dream Syndicate est apparu au début des années 80 avec le magnifique "The Days of Wine and Roses" et a mis une première fois un terme à son aventure à la fin de la même dé…

Gontard - 2029

Nicolas Poncet, alias Gontard, poursuit sa production stakhanoviste, à raison d'au moins un nouveau disque chaque année. Cette fois-ci, on sent plus d'ambition : "2029" est un album conceptuel, racontant le quotidien d'une petite ville de province, dans 10 ans, dénommée Gontard-sur-misère, histoire de "planter tout de suite le décor". On pense bien sûr au mouvement des gilets jaunes, à ces gens largués, laissés pour compte du système, pour certains capables de tout, car n'ayant plus à rien perdre. De ces endroits à l'abandon, les services public disparaissent ("Hôpital tue"), les "capitalistes" profitent parfois ("Kevin Malez"). Le chanteur a décidé d'en parler de l'intérieur, sans faux semblants, comme un terrible constat d'une France définitivement cassée en mille morceaux. "La fille de la mairie" est à ce titre le plus révélateur, de gens qui ne se comprennent plus, parce que les sentiments…

Drugdealer - Raw Honey

Weyes Blood encore et toujours. On la retrouve cette fois en compagnie du groupe Drugdealer - elle était déjà là sur le premier album du groupe, "The end of the comedy" - pour le très beau "Honey", bien dans l'esprit de ce qu'elle fait en solo. Il faut dire que la musique de Drugdealer est très proche de celle de Weyes Blood, c'est-à-dire douce, mélodique, admirablement désuète et kitsch (l'école californienne de Ariel Pink et consorts). En plus de l'évidente influence des Beatles("If you don't know now, you never will") , "Raw Honey" flirte même avec le jazz-rock FM des années 70. "Fools" ressemble par exemple à du Steely Dan.  Sauf que c'est toujours fait de manière décontractée, sans démonstration de virtuosité. Il faut dire que Michael Collins, l'auteur-compositeur de Drugdealer n'est arrivé à la musique qu'il y a dix ans seulement, en autodidacte. Voilà donc un agréable disque de saison, à …

Baptiste W. Hamon - Soleil, Soleil Bleu

On n'imagine pas au regard de la pochette du disque et du look du chanteur de tomber, à l'écoute, sur une telle musique. Parce que même si les arrangements sonnent plus modernes, la voix comme le style rappelle souvent Jean Ferrat. Un jeune qui fait de la musique de vieux, me direz-vous. Sauf que Ferrat, ça reste bien souvent encore d'actualités et que Baptiste W. Hamon - le W, c'est pour faire plus américain ? - n'a cure des modes, il fait simplement ce qu'il aime et il a bien raison. C'est un mariage très réussi entre chanson à la française et folk américain. Pour preuve, on retrouve comme invités, Miossec, sur le bouleversant "Hervé" mais c'est plutôt avec "Bloody Mary" que leurs univers se rapprochent le plus et Will Oldham, le "capitaine" qu'il vénère au plus haut point.  Il y en a très peu à faire ça. Un tel classicisme classe. "Soleil, soleil bleu" est un magnifique album, sans âge, parce que déjà dat…

Fontaines D.C. - Dogrel

"My childhood was small but I'm gonna be big." clament-ils dès le premier morceau "Big". Voilà en résumé ce qui est en train de se passer avec les jeunes irlandais de Fontaines D.C (Fontaines en référence au personnage du chanteur dans "Le Parrain" de Coppola, D.C. pour leur ville, Dublin City). Toute proportion gardée quand même. On ne compte pas encore les vues de leurs différents singles en millions sur Youtube, mais pour ce style de musique - le rock au sens large, le post-punk en particulier - c'est déjà énorme. Alors, bien sûr, ça ne révolutionne rien, mais on sait que de toute façon, la révolution n'est pas un critère de réussite commerciale. "Dogrel" est donc leur premier album et il contient toutes les chansons entendues jusque là, comme une compilation.  On a beau essayer de trouver une faiblesse, des lourdeurs, des facilités, les Dublinois tiennent admirablement bien la distance. Ils agrémentent leur rock de quelques sono…

Weyes Blood - Titanic Rising

Comment ai-je pu passer à côté des deux précédents disques de Natalie Mering, alias Weyes Blood ? Alors, que tout indiquait que sa musique me parlerait, elle, qui a collaboré entre autres, avec Ariel Pink ou Drugdealer. Ses morceaux, souvent longs de plus de cinq minutes, ne sont sans doute pas propices aux écoutes rapides et distraites. Ils nécessitent plus d'attention. On y décèle alors malgré l'apparente simplicité, de vrais trésors (ici "Andromeda", "Everyday" ou "Movies") de grâce mélodique. La chanteuse, grande bringue à la longue chevelure et à l'allure juvénile - la pochette du disque ressemble d'ailleurs à une chambre d'adolescente - présente une étonnante décontraction perceptible à travers des clips régulièrement décalés. Mais plus encore que la musique qui paraît parfois facile, c'est sa voix, admirable mélange entre Karen Carpenter et Kate Bush, qui fait à chaque fois mouche.  C'est sûr, avec ce nouvel album "…

Edwyn Collins - Badbea

Badbea est une petite commune, perdue dans les Highlands, sorte de village du bout du monde, coupé de tout. C'est là d'où vient le grand-père d'Edwyn Collins, l'éternel interprète de "A Girl Like You", mais surtout membre fondateur de Orange Juice, groupe précurseur, ayant inspiré bon nombre de formations de pop indépendante anglo-saxonne (Primal Scream, Belle & Sebastian ou Franz Ferdinand pour ne citer que les formations écossaises). C'est là où Collins s'est réfugié après avoir subi une grave attaque en 2005, le laissant pour quasi mort et à demi paralysé. C'est le rock et le studio qu'il s'est bâti, à Helmsdale, tout près de Badbea qu'il l'a sauvé, dit-il, le ramenant progressivement à la "vie". Le chanteur ne se cache plus du tout et s'affiche tel un vieillard impotent sur la pochette de son dernier disque.
Si ce "Badbea" ne révolutionnera pas la musique, ni même la carrière d'Edwyn Collins, il…

Andrew Bird - My Finest Work Yet

On en a connu d'autres, d'anciens musiciens de studio, artistes de l'ombre, qui sont passés ainsi à la lumière. Parce qu'au final, ils ne se sentaient pas moins bons que ceux habitués d'apparaître en lettres capitales sur les pochettes de disques. Andrew Bird fait du violon depuis le plus jeune âge, ses qualités de musicien lui ont valu d'être beaucoup demandé par ses pairs. Il s'est ensuite découvert un vrai talent de compositeur et de chanteur. De plus, il porte bien son nom, étant connu pour siffler (presque) aussi bien qu'un oiseau. Son nouvel album, "My finest work yet" annonce la couleur : voilà donc, de son propre aveu, son oeuvre la plus aboutie, après plus de vingt ans de carrière sous son propre nom. On retrouve son style habituel, cette pop-folk lumineuse, divinement arrangée avec bien sûr violons et sifflements. Il arrivait qu'on s'ennuie un peu à l'écoute d'un disque d'Andrew Bird au-delà de titres enjoués et…

Stephen Malkmus - Groove Denied

Pavement est incontestablement le groupe de rock indépendant le plus emblématique des années 90 avec cinq albums impeccables au compteur - c'est bien simple, mon préféré change régulièrement. La carrière solo de leur leader Stephen Malkmus, entamée à l'orée du vingt-et-unième siècle, vivotait pourtant jusque là, reprenant plus ou moins les mêmes ingrédients, la surprise en moins. Ce style n'est aussi plus à la mode qu'il y a vingt ans et il paraît compliqué de faire adhérer de nouveaux fans au projet, quand les anciens démissionnent progressivement. Bref, le chanteur a donc eu l'idée de changer de cap, histoire de casser une certaine forme de routine, paradoxal quand on sait que Pavement était justement considéré comme des empêcheurs experts de tourner en rond. Voilà donc qu'avec ce "Groove Denied", Malkmus se remet en danger, ne délaissant pas complètement son sens inné des mélodies tordues, mais en y intégrant pour la première fois de gros sons syn…

Nick Waterhouse - Nick Waterhouse

Nick Waterhouse est un chanteur dont la carrière m'avait jusqu'à présent laissé plutôt indifférent. Il faut dire qu'il pratique un style musical mélangeant le rythm'n'blues, le jazz ou la soul des années 50-60, pas vraiment mon genre de prédilection. Pourtant, derrière son look rétro et un poil ringard - raccord avec la musique, même si sa coiffure soignée et les petites lunettes font plus penser à Buddy Holly - se cache un sacré songwriter et arrangeur. Les plus que recommandables Allah-Las avaient fait appel à lui pour produire leur premier album. Il a aussi évolué avec Ty Segall, White Fence ou les regrettés The Strange Boys - bref, que du bon. Quand on veut du vieux qui fait classe, son nom est régulièrement cité. Ce quatrième disque sans nom ne déroge pas à la règle et reste en terrain connu mais il était temps de parler un peu de ce bonhomme qui outre un nom pas banal - à priori, ce n'est même pas un pseudo -, a un son et une voix bien à lui, ce qui, en …

Snapped Ankles - Stunning Luxury

Les anglais de Snapped Ankles sont de retour avec toujours leur discours sur le retour à l'état de nature, d'où leur étrange déguisement de monstres plantes, en référence au dessin animé Jayce et les conquérants de la lumière ? Ils seraient pourtant devenus des agents infiltrés pour empêcher des promoteurs immobiliers - d'où la nouveauté de la cravate - de détruire la nature en promettant aux futurs acquéreurs un luxe étourdissant ("Stunning Luxury"). Même lorsque le "système" semble avoir gagné - fini de jouer avec les arbres, comme sur leur premier disque "Come Play The Trees" - on peut toujours essayer de le détruire de l'intérieur. Le post punk est un mouvement qui est régulièrement associé à la critique de la société de consommation. Les Snapped Ankles ne seraient donc que les descendants d'une longue filiation.  Car le style musical ne change pas non plus, sorte de mariage entre Gang of Four, Can ou The Fall, avec une pointe de …

Anna Calvi (+Drahla) - La Route du Rock collection Hiver - Saint-Malo - 23 février 2019

La vie est affaire de circonstances. On était en Bretagne, dans la région rennaise, au moment de la Route du Rock collection hiver. L'occasion était donc idéale pour aller y faire un tour. Surtout qu'il y avait la venue de la divine Anna Calvi - dont j'ai honteusement passé sous silence ici son dernier et excellent album "Hunter" paru l'an passé. Il y avait aussi les américains de BC Camplight mais on apprit une fois arrivés sur place que leur concert avait été annulé pour cause de retard de vol. Pas cool. On a donc attendu l'ouverture des festivités une heure plus tard, l'organisation eut la bonne idée d'avancer chaque concert de trente minutes. La soirée débuta donc avec les anglais de Drahla. Les ayant écouté un peu avant de venir les voir, j'étais resté sur une impression très mitigée : la musique post-punk du groupe me paraissait pas mélodique pour un sou et surtout assez lourdaude. J'en eus vite la confirmation en live. La présence …

Martin Frawley - Undone at 31

Martin Frawley est l'ancien leader du groupe d'indie pop australien Twerps, dont j'avais parlé ici. Les prometteurs Twerps n'existent malheureusement plus. Mais avec cette première tentative solo de Frawley, on se dit qu'on n'a pas forcément perdu au change. La voix rappelle celle de Dylan pour le timbre ou celle de Lou Reed pour la nonchalance. La musique est plus subtile qu'il n'y paraît avec deci delà quelques pointes de piano, de violon, permettant d'aérer l'ensemble. L'excellent premier morceau "You want me?" est une sorte de version modeste de "Walk on a wild side". Le disque "Undone at 31" a été écrit suite à une rupture amoureuse, douloureuse situation qui incite souvent à la création. Frawley a alors connu, comme beaucoup, ce sentiment de devoir tout recommencer et repartir à zéro. Comme si, à 31 ans, tout était à refaire.  Ce disque, ce n'est rien que cela, la reconstruction d'un homme meurtri…

Tullycraft - The Railway Prince Hotel

La twee pop est un genre que j'ai beaucoup écouté et apprécié, durant les années 90 surtout, avec Belle and Sebastian ou Hefner. Depuis, je suis passé à autre chose, même si je garde une profonde nostalgie pour cette musique-là. Parce que c'est ma musique de jeune adulte - celle de la fin de l'innocence ? Tullycraft est un groupe américain de twee pop originaire de Seattle - pas vraiment l'endroit approprié pour ce style de musique. Il s'est formé aussi dans les années 90. Ils sont adeptes, comme le veut leur genre musical, du "do it yourself", car on n'est jamais mieux servi que par soi-même. De toute façon, ont-ils le choix, ce n'est pas l'époque qui viendra leur prêter main forte avec leur faible volume de ventes ? "The Railway Prince Hotel" - en référence au "Grand Budapest Hotel" de Wes Anderson, équivalent cinématographique en tant que twee movie ? - n'est que leur septième disque, en près de vingt cinq ans d'…

Yann Tiersen - All

Celui-là, ça faisait longtemps que je ne l'écoutais plus. Pourquoi ? Je ne sais pas. Et pourquoi je le réécoute soudainement au détour d'un nouvel album ? Je ne sais pas non plus. Vous me direz : en voilà un début de chronique intéressante. La musique de Tiersen n'est tout simplement pas une musique raisonnable. Elle s'adresse avant tout à nos sens, elle est instinctive, elle est en harmonie avec la nature qui l'entoure. C'est une musique des grands espaces, elle a besoin de respirer, de grand air, à l'opposé de ce qu'on appelle aujourd'hui les musiques urbaines. Le breton vit depuis plus d'une dizaine d'années à Ouessant, à l'écart du monde qui court et qui fait du bruit. Et cela se ressent de plus en plus dans son œuvre. Les morceaux sont principalement chantés en breton, mais aussi en féroïen. On y entend surtout des voix féminines, sa femme Emilie ou l'austère chanteuse scandinave Anna Von Hausswolff.  Pourtant, le style de Tier…

Da Capo - By The River

Alors que certains ne jurent que par la langue maternelle, arguant que chanter dans une langue autre est en quelque sorte une trahison et une facilité. Une trahison de soi et la facilité de se retrancher derrière une langue étrangère, pas toujours maîtrisée, où les mots paraissent souvent moins directs et crus. Et puis, on écoute Da Capo et les certitudes s'effondrent. A l'inverse de son frère, Nicolas Paugam, qui aime jouer avec la langue de Molière, Alexandre a tellement été façonné par la musique anglo-saxonne qu'il ne conçoit pas écrire avec d'autres mots qui sonneraient moins bien, forcément. Déjà que son inspiration provient en grande partie du son indie rock des années 90, plus vraiment en odeur de sainteté actuellement, le fait d'essayer de jouer sur le même terrain que des natifs où la culture rock est beaucoup plus ancrée ressemble à un suicide commercial. D'ailleurs, le label de Da Capo s'appelle ironiquement Autruche Records. Comme si faire l&#…

Jessica Pratt - Quiet Signs

La musique de Jessica Pratt est de celles à côté desquelles on peut aisément passer. Parce qu'elle est si discrète qu'elle se fait à peine entendre dans le tumulte de nos vies. Pour l'écouter, elle réclame un minimum d'attention et de calme. Certains n'auront même pas cette patience là. Cette musique nous fait irrémédiablement penser à celle d'une Vashti Bunyan : même voix enfantine ou plutôt sans âge, même délicatesse et sobriété des arrangements. Mais là où Bunyan avait cet état d'esprit libertaire - sans doute propre à l'époque - qui la voyait s'éloigner rapidement du milieu musical suite à l'échec commercial de son premier disque, Pratt semble, à l'inverse trop réservée pour tout abandonner ainsi. Les féministes me diront que c'est peut-être le contraire : la plus âgée ayant finalement sacrifié sa carrière pour sa vie de famille quand la plus jeune continue coûte que coûte, malgré son succès plus que relatif. L'histoire n'es…

Mathieu Boogaerts - Paris, Centre culturel Auguste Dobel - 31 janvier 2019

J'avoue qu'on les avait un peu préparé à l'événement. Mais c'est la musique de Mathieu Boogaerts seule qui a réussi à créer chez eux cette impatience. Celle d'aller le voir en concert, en pleine semaine d'école, le lendemain des 10 ans de ma fille Lucie. 10 ans qui correspondent aussi peu ou prou à l'anniversaire de ce blog, eut égard à son nom "la musique à papa". Bref, ce concert était donné expressément pour les salariés de la RATP, dont - je suis obligé de le dire aujourd'hui - je fais partie, au modique prix de 2 euros la place. Oui, en plus de mes nombreux privilèges de blogueur - non, je déconne, je ne touche malheureusement aucune commission pour écrire de bonnes chroniques de disques -, j'ai aussi l'avantage de travailler - ouh le vilain mot - pour la RATP, ce repère évident de tires au flanc. Mais trêve de clichés éculés, revenons en aux faits et à la musique. La première partie fut assurée par l'école de chant de l'…

O - à terre !

En voyant la liste des catégories pour les prochaines Victoires de la musique, je me suis dit tout de suite qu'il en manquait au moins une. Quid de la pop française ? Alors que celle-ci s'est rarement portée aussi bien ? Mais ce n'est plus à prouver que ces cérémonies restent au final très consensuelles, se contentant de valider les goûts de l'époque sans voir plus loin, et rechercher l'intemporel. Pourquoi passer ainsi sous silence la bonne santé de la pop d'ici en ignorant si ouvertement le talent de Chevalrex, Thousand, Barbara Carlotti ou Olivier Marguerit alias O ? Ce dernier est d'ailleurs peut-être le lien entre tous, car bien souvent caché derrière tous les derniers disques de pop français qui comptent. Il a aussi officié au sein des indispensables Syd Matters dont on attend toujours une suite au chef d'oeuvre "Brotherocean".  O revient donc avec un deuxième album, encore plus réussi que le premier - le déjà remarqué et remarquable &q…

Rustin Man - Drift Code

On avait presque oublié son nom sur le disque, le premier et toujours seul - mais plus pour longtemps - album de Beth Gibbons en congés de Portishead. Rustin Man, alias Paul Webb, est un homme de l'ombre. Ce "Drift Code" pourrait le faire entrer pour de bon dans la lumière. Puisque, pour une fois, il apparaît seul au générique, jouant enfin le premier rôle, après avoir aussi été confiné derrière Mark Hollis au sein de Talk Talk. On savait le monsieur talentueux, musicalement parlant, ce disque, avec ces somptueux arrangements, n'en est donc qu'une confirmation. Mais on ne savait pas qu'il avait une si belle voix. Le style se rapproche d'un Robert Wyatt ou du Bowie de "Blackstar". L'album, préparé minutieusement depuis plusieurs années, a été enregistré dans une grange, à l'écart de toute civilisation. Webb, entouré de sa femme et de ses filles, a pris son temps, retapant le lieu en même temps qu'il peaufinait sa musique.  Nous voici…

Tim Presley's White Fence - I Have To Feed Larry's Hawk

Après son acolyte Ty Segall avec lequel il a sorti un très bon disque intitulé "Joy" l'an passé, c'est au tour de Tim Presley, autre stakhanoviste, de publier son grand disque - à un an d'intervalle. Si "Freedom's Goblin" était un brillant résumé du talent hors norme de Segall mariant dans un même ensemble tout le meilleur du rock des années 60/70, "I have to feed Larry's hawk" démontre l'évident savoir-faire de Presley, lui aussi inspiré par la même époque, mais dans un registre plus intimiste. Si l'un propose un rock débraillé et fier, le second a une approche plus pop et modeste. Entre Black Sabbath et Syd Barrett, les influences des deux hommes font le grand écart, ce qui ne les a pourtant pas empêché de travailler ensemble. L'année 2019 commence très bien musicalement parlant. Si Bertrand Belin, pour des raisons expliquées précédemment reste mon disque de la semaine, celui de Tim Presley et son White Fence ne démérite…