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Metronomy, The Growlers, Pottery, Deerhunter - La Route du Rock, le Fort Saint-Père - 17 août 2019

A la mi-août, nous avons notre rendez-vous annuel avec la Route du Rock. Une soirée choisie parmi les 4 proposées (3 en extérieur, 1 à l'intérieur) de manière honteusement subjective car difficile une fois de plus de ne pas trouver à chaque fois matière à réjouissances. Tant pis pour le trio bruitiste Idles / Fontaines DC et Black Midi, les revenants Stereolab ou le méga-show de Tame Impala du jeudi, pour l'electro-pop de Hot Chip, le folk psychédélique de Tim Presley, le rock à la sauce turc de Altin Gün du vendredi ou les brillantes folkeuses du mercredi. Pas sûr qu'on ait fait le mauvais choix en terme musical, par contre pour la météo, c'est autre chose. C'est bien simple, nous avons eu de la pluie toute la soirée ou presque. Pas de la grosse pluie, plutôt ce qu'on appelle du crachin breton. Un truc qui mouille sans véritablement tremper, même après plusieurs heures. Nous sommes arrivés du coup, pas trop tôt, voulant optimiser notre temps de mouillage. Hand Habits, ça avait l'air sympa mais un peu trop calme pour un festival de plein air. Tout de suite, nous rentrions dans le vif du sujet avec les américains de Deerhunter, croisant les doigts pour qu'ils ne reproduisent pas leur production désastreuse du festival Pitchfork à Paris, seule fois où nous les avions vus live. Bradford Cox semble être dans un bon jour, discute un peu, s'affuble d'un imper jaune en solidarité avec le public. Les guitares sonnent bien. Quelques petits problèmes de batterie vite réparés semble-t-il. Bref, ça roule et c'est très agréable. Surtout que ça commence par le début de "Microcastle" - peut-être leur meilleur disque - et le splendide "Agoraphobia" - une des meilleures chansons de la mort qui tue de maman.
Cox mentionne son dernier passage à la Route du Rock en même temps que My Bloody Valentine. En hommage, tout ça finit dans les larsens. Une heure, c'est évidemment trop court. On enchaîne tout de suite vers la scène des remparts. Le son paraît encore plus fort que sur la grande scène. On est immédiatement happé par le musique des Canadiens de Pottery, véritable révélation de la soirée. Le groupe connait sur le bout des doigts son manuel du parfait post-punk, abreuvé au meilleur Gang of Four ou Talking Heads. 40 minutes seulement - ils n'ont sorti qu'un seul EP à ce jour - jouées pied au plancher. Bluffant. Sûr qu'on réentendra parler de ces petits gars. 

Ce sont ensuite les américains de The Growlers, sorte de version cool et californienne des Strokes. Mais le son me paraît d'emblée terne, les instruments et les rythmes ne sont pas très marqués. Cela fait l'effet d'un magma sonore assez indistinct. Il faut dire qu'il est difficile de passer après le son énorme de Pottery. Puis, peu à peu l'oreille finit par s'habituer. Cela reste plaisant, d'autant qu'une partie du public semble être complètement sous le charme du chanteur, dandy à la voix nasillarde. C'est à ce moment-là, qu'un voisin me pousse dans le dos. Je me retourne et ce que je crois voir me répugne. Le gars a baissé son froc et est en position de déféquer. Une femme qui le connait visiblement me confirme : il est en train de faire caca, avant de lui rétorquer qu'il faisait chier... Bravo, 1-0 pour l'humour comme dirait l'autre. Comme il fait déjà noir, elle n'est pas si sûr. "Non, je déconne". Le gars répond "c'est éco-responsable, c'est une toute petite crotte". Dans le doute, on se décale... Seule, une fille qui sniffe des petits tubes et danse frénétiquement reste dans la zone... En attendant, compliqué de revenir à la raison première de notre venue ici : la musique. Même si tous les titres se ressemblent, le concert des Growlers semble s'améliorer et trouver son style. Ça reste quand même pour moi une légère déception.
Je m'attendais à plus de personnalité musicalement parlant. il faut ensuite attendre une demi-heure le prochain groupe, la tête d'affiche de la soirée. On en profite pour se positionner assez proche de la scène. Ça joue des coudes. On est un peu serré, ça n'empêche pas certains d'essayer encore et toujours de se faufiler. A force de se faire bousculer, on finit par être un peu tendus, ça doit se voir, une ado s'excuse mais nous balance au passage "je n'aimerais pas être comme vous à votre âge". Il fait nuit, on est affublé de K-Way, mais la petite morveuse nous a cerné. Âge ingrat que celui de vouloir se construire constamment en opposition, même de ce qu'on ne connaît pas. Je m'en fous mais je sens que maman est touchée. Le concert de Metronomy ne commence pas sous les meilleurs auspices. Dommage, car les anglais sont en grande forme et délivre un set parfait, plus rock qu'à l'habitude. Après des sympathiques présentations réalisées par les différents membres du groupe, ils jouent pour moitié des nouvelles chansons tirées de "Metronomy forever", leur prochain disque à paraître le 13 septembre. Ces titres moins connus ne dépareillent pourtant pas au milieu de "The Bay" (obligé de filmer ça pour notre Lulu), "The Look", "Reservoir" ou "Love Letters". Ils interprètent même "The End of You Too", le morceau qui nous a fait venir à Metronomy. Malheureusement, rien du précédent disque, le sous-estimé "Summer 08". Il finissent avec "You Can easily have me", vieux titre de leur premier album sorti en 2006 déjà. La bande de Joseph Mount nous a régalé. Bravo et merci. J'en ai oublié la pluie et le reste. Une fois la musique terminée, revenus à notre triste sort - les bottes pleines de boue et les vêtements mouillés - on ne demande pas notre reste. La suite n'est pas pour nous. On rentre dans nos pénates, heureux malgré tout de notre soirée, confiants dans le fait de revenir encore l'année prochaine.

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