We Love Green a pour habitude de lancer un peu la saison des festivals en plein air. En plus, comme c’est près de chez nous et que la programmation nous tentait une fois de plus : l’an passé, nous y avions vu LCD Soundsystem, Beach House ou Clara Luciani. En 2026, le trio gagnant était composé de Gorillaz, Little Simz et Feu! Chatterton et je dois dire que les concerts étaient dans l’ensemble supérieurs - hormis LCD mais comme on les avait déjà vus l’année précédente à Rock en Seine, le choc fut moindre. Les programmateurs avaient eu la mauvaise idée de mettre Beach House sous chapiteau. Cette scène est une aberration : semi-ouverte, semi-fermée. Le son ne circule pas bien et pour peu que vous arrivez un peu tard ou juste pour le début du concert, vous ne voyez rien. Cette année, aucun de notre trio gagnant n’y fut heureusement programmé. Sébastien Tellier dont le dernier disque un peu gênant, n’avait pas besoin d’un tel lieu et d’un tel horaire - pile entre Feu! Chatterton et Gorillaz pendant l’heure de la pause repas - pour être totalement ignoré ou presque. C’est peut-être pour ça que nous croisons quelques politiques venues icognitos à ce moment-là, près du chapiteau : Marine Tondelier et Lucie Castets. Pour le reste, donc, Feu! Chatterton, impeccable, mais quelques titres et le style même du groupe ne semblent pas faits pour les grandes scènes de festival. Je préfère leurs deux premiers disques qu’ils ne joueront quasiment pas, mise à part l’incontournable "La Malinche" pour un final rythmé et dansant.
Pour Gorillaz, le concert est monté progressivement en puissance. On ne va pas se le cacher, le dernier "The Mountain" n’est quand même pas au niveau de leurs trois premiers albums "Gorillaz", "Demon Days" et "Plastic Beach", trois classiques du rock melting-pop du vingt-et-unième siècle, qui n’ont toujours pas pris une ride, ce qui ne semblait pourtant pas évident à leur sortie. C’est un des nombreux talents de Damon Albarn, celui de surfer sur l’ère du temps, tout en faisant une musique intemporelle. Un autre est celui de rassembler les cultures : qui actuellement peut se targuer d’inviter sur une même scène l’américaine Kara Jackson, la malienne Fatoumata Diawara, les rappeurs Bootie Brown (The Pharcyde) et Posdnuos (De La Soul) et le syrien Omar Souleymane ? Même si les chants des autres invités sur disque non présents sur scène sont enregistrés - une pensée pour le défunt et immortel Mark E. Smith dont l’image jeune est diffusée sur grand écran, le temps du percutant "Delirium" - les magnifiques effets visuels permettent d’emporter l’adhésion. Et finir avec leur plus grand tube "Clint Eastwood" dont l’essentiel n’est pas chanté in situ ne diminue en rien l’enthousiasme général. "The Mountain", c’est aussi un hommage à l’Inde et sa célèbre chanteuse Asha Boshle récemment disparue - "Brimful of Asha" de Cornershop sorti en 1997, c’était aussi pour elle - avec un musicien local parmi les nombreux intervenants. Albarn s’essaie au français et j’avoue n'avoir rien compris. Pas de message pour la Palestine cette fois-ci mais la musique de Gorillaz est une telle ode indirecte, parfois naïve donc maladroite, à la fraternité, au mélange des cultures, à la bienveillance malgré les tenues militaires - la paix n'est-elle pas elle-même une guerre à mener ? -, que tout discours devient superflu. Change rien Damon et merci. Ce fut un grand show.
Pour enchainer après ça, il a bien fallu une pause. Pas de Dijon pour nous : la fameuse scène sous chapiteau et la musique insipide - à peine acceptable comme musique d’ambiance, désolé pour les fans - nous permettent de manger, enfin. Et ce fut enfin Little Simz sur la grande scène avec beaucoup moins de musciens que Gorillaz : une troupe restreinte mais classe - mention spéciale au look terrible de la bassiste - et efficace. L’anglaise d’origine nigériane à l’improbable blouse d’écolière, est une vraie bête de scène et sa musique bien plus complexe que la soupe habituelle autotunée des rappeurs "mainstream", prend encore plus d’ampleur en live. Si j’avais un peu d’appréhension à assister à un concert de rap - vous savez que je ne suis pas vraiment un amateur du genre - j’ai vite été embarqué et pris plaisir à cette prestation enjouée et dynamique. La chanteuse se transforme même en DJ au beau milieu du set, histoire de réveiller davantage un public conquis mais malheureusement plus clairsemé que devant Gorillaz, horaire tardif oblige. Tant pis pour les couches tôt ou les lointains banlieusards, Little Simz fut pour moi une sacrée confirmation. Bref, si la prochaine édition est encore meilleure, on a déjà hâte d’être à We Love Green 2027.
PS : Désolé, je n'ai pas mis de vidéos de We Love Green mais d'autres prestations live de meilleure qualité visuelle et enregistrés de manière plus professionnelle pour le son, ce qui devrait davantage vous donner envie d'aller les voir live.

Ce papier m'a fait plaisir, trois artistes que j'aime beaucoup et content d'en lire du bien sur la présence sur scène. Mon expérience de Gorillaz était davantage froide sur une vidéo concert que j'avais trouvé pro mais manquant de chaleur. Un concert en vidéo... c'est probablement mon erreur.
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