20 janvier 2017

Octave Noire - Néon

Ne vous fiez pas une fois de plus aux nommés des prochaines Victoires de la musique (bon, ok, on a connu pire aussi comme sélection), la chanson française se porte bien. Voilà que nous arrive entre les oreilles, un son qui, malgré les références évidentes : de Chamfort  - la voix - à Gainsbourg - la basse de Melody Nelson - en passant par Jean-Michel Jarre, Christophe ou plus récemment Sébastien Tellier -  s'avère au final assez nouveau et passionnant. Octave Noire chante peu et des paroles assez énigmatiques, parfois en anglais et répétées souvent ad libitum, comme sur l'excellent premier single et tube en puissance, "Un nouveau monde", qui ouvre ce disque ("Cent millions d'années. Une seconde. Une éternité. Pour faire un monde"). Les arrangements, à l'opposé, n'ont  pas peur de l'emphase, d'en faire trop. En résumé, on retrouve la pop symphonique, baroque et électronique française des années 70 mais avec un enrobage plus moderne.
Octave Noire était en décembre dernier aux Transmusicales de Rennes, indécrottables défricheuses de talents et c'est là que la plupart des gens l'ont découvert. La différence d'Octave Noire avec beaucoup de ses contemporains, c'est donc qu'il ne flirte pas avec le kitsch des années 80 mais celui-ci de la décennie précédente, autrement plus ambitieux. D'ailleurs, le monsieur a fait des études de musicologie à la Sorbonne et ça s'entend à la richesse de la texture sonore. Voilà encore un nouveau nom à suivre.

19 janvier 2017

Magic v2.00, revue pop moderne


Jeudi dernier, je l'avoue - et oui, je n'ai pas honte -, j'ai acheté pour la première fois le magazine Magic. Bon, ok, il m'est arrivé à de nombreuses reprises de le feuilleter en cachette chez le marchand de journaux. Je ne pourrais donc pas vraiment vous dire si c'était mieux avant. La mise en page m'a tout même l'air d'être plus aérée. On sent qu'on tient entre les mains un bel ouvrage, travaillé, soigneusement préparé, avec la part belle aux nouveautés bien sûr mais aussi pas mal de vieilleries. Mais qui sont les lecteurs de Magic si ce n'est quelques bobos quadras ou presque, restés désespérément scotchés au rock de leurs jeunes années ? J'entends déjà dire que cela reste très orienté pop-rock indépendant, malgré les évidents efforts de la part de Vincent Théval, le nouveau tenancier et ex-Radio France, et de son équipe pour élargir le spectre. Bah moi, ça me plaît. Parce que c'est l'essentiel de la musique que j'écoute. 

Et puis, si c'est pour avoir des goûts prévisibles et assez consensuels à la Télérama ou verser dans le R'n'B ou la musique putassière pour faire "djeuns" comme savent le faire depuis un moment les Inrocks, ça ne m'intéresse pas. Je veux de la prise de risques, du parti pris honteusement subjectif, des passionnés surtout. Parce que ça ne triche pas, un passionné, ça ne fait pas de compromis, ça ne cherche pas à être quelqu'un d'autre. Et c'est plutôt là-dessus que j'aurais des appréhensions, notamment en voyant la première couverture, avec The XX, groupe très dans l'air du temps. Certains disent pourtant que le nouveau Magic leur rappelle les premiers Inrockuptibles, quand le journal était encore mensuel et pouvait mettre en une des groupes chéris et inconnus du grand public comme The Auteurs ou The House of Love. Mais peut-être que je rêve encore d'une époque définitivement révolue. Nous ne sommes plus aussi nombreux. Cette musique n'intéresse plus grand monde. Élargir son lectorat sans perdre son noyau dur, voilà le difficile pari que Magic doit réalisé pour que ce retour ne soit pas vain. On leur souhaite vivement de le réussir. Pour eux. Pour nous surtout. Parce que ça voudrait dire qu'on n'est pas seul.

13 janvier 2017

The Flaming Lips - Oczy Mlody

Dire que j'attendais avec impatience le nouvel album des Flaming Lips est un doux euphémisme. Après le très réussi "The Terror" - je ne compte pas tous les projets parallèles, la chanson de 24h, les reprises de Bowie, des Pink Floyd ou des Beatles, de la collaboration de Wayne Coyne avec l'habituellement insupportable Miley Cyrus -, "Oczy Mlody" se devait de ne pas me décevoir. Surtout que j'ai déjà pris mes billets pour aller les voir au Bataclan le 2 février prochain. Le douloureux souvenir du Bataclan mélangé à la douce folie des Flaming Lips devrait provoquer une étrange soirée. Le genre d'événement qu'on n'oublie pas. Mais revenons à ce nouveau disque au nom polonais - ça veut dire, les yeux de la jeunesse et c'est inspiré par l'écrivain Erskine Caldwell - d'où le peu de voyelles. Les premiers singles, tous sur le même registre, plus doux que le précédent mais tout aussi mélancoliques, annonçaient brillamment la couleur. "The Castle" rappelle même l'indépassable "Do You Realize?" ("Her eyes were butterflies. Her smile was a rainbow Her hair was sunbeam waves. Shining round like a halo.  Her face was a fairytale that has a poison apple.  Her skull was a mighty moat. Her brain was the castle.  And the castle gets mistaken for a ship that is floating in the clouds And the castle is brighter than a thousand Christmas trees And the castle can never be rebuilt again... No way...") .
Les Flaming Lips restent mon groupe préféré en activité, rien de moins. D'autant que d'autres perles se cachent tout au long de cet album, avec une fois de plus, un magnifique travail apporté au son, toujours aussi riche, et qui garantit une durée de vie quasi infinie. Ils se paient même le luxe de terminer en choeur et en beauté sur un titre aux paroles délicieusement simplistes mais à la mélodie assez irrésistible, en duo avec la susnommée Miley Cyrus. "We a famly", voilà naïvement ce qu'on souhaiterait tous être - je parle dans le sens fraternel du terme, bien sûr. Bref, "Oczy Mlody" serait-il déjà le disque de l'année? La barre est placée suffisamment haute pour le penser.

6 janvier 2017

Piano Magic - Closure

Chaque début d'année, je me persuade que la nouvelle année sera plus belle que la précédente et que cela viendra aussi grâce à toutes mes belles résolutions prises. La vie est ainsi faite de recommencements. Les années sont aussi là pour ça : nous faire croire que nous changeons et notre vie aussi. Mais les changements se fichent bien souvent des calendriers et n'attendent pas le 1er janvier. Cette année, j'ai une fois de plus pris mon lot de bonnes résolutions et l'une d'entre elles, c'est de tenir avec une critique d'album par semaine. Comme juste après les fêtes, les sorties musicales se font plus rares, j'ai, une fois n'est pas coutume, décidé de prendre de l'avance, puisque ce nouvel album des anglais de Piano Magic ne sortira physiquement que le 20 janvier prochain. "Closure" est comme son nom l'indique le dernier disque du groupe après près de vingt ans d'existence. Piano Magic est une formation à géométrie variable, mais avec quelques constantes, comme la présence de l'inaltérable Glen Johnson, leader incontesté. Sur ce "Closure", on entend la voix (et le style) de Peter Milton Walsh, le chanteur de The Apartments. Sur les précédents, il y avait eu d'autres illustres invités comme l'ex Czars, John Grant, la classieuse Vashti Bunyan, ou encore Brendan Perry de Dead Can Dance.

Il aura donc fallu attendre leur ultime (et meilleur ?) disque pour que je m'arrête un tant soit peu sur leur musique. Tant mieux, j'ai plein de découvertes à faire. Dommage, car j'aurais pu les faire plus tôt et en faire profiter. Mais alors quel est le style de musique de Piano Magic ? Du piano ? Non, pas spécialement. Plutôt une espèce de pop indépendante soignée, délicate, indémodable car hors mode. Magique, oui. Dans la lignée du dernier et excellent disque de The Apartments. L'année 2017 commence bien. Ce n'est pas qu'un voeu pieux. "Closure" est malgré son nom une excellente entrée en matière.

1 janvier 2017

The Feelies - Raised Eyebrows (1979)

Quand j'ai dû choisir lors de ma sélection d'indispensables, un disque des Feelies, je n'ai pas hésité. A l'époque, "The Good Earth", le second du groupe, me paraissait le meilleur, celui qui condensait à merveille leur style, sorte de folk music jouée pieds au plancher. L'année dernière - et oui, on est maintenant en 2017 - nous sommes allés à New-York voir entre autres, la formation rock la plus casanière qui soit, chez elle, et pour préparer au mieux de cette rencontre, j'ai réécouté soigneusement chacun de leurs albums. "Crazy Rhythms", leur premier essai m'apparut alors comme le plus étrange, le plus novateur, avec ses percussions omniprésentes, sa science des silences, des accélérations soudaines. S'il ne fallait retenir qu'une seule chanson - même si elles sont toutes parfaites - dans ce chef d'oeuvre du rock, ce serait peut-être "Raised Eyebrows", plus encore que "Fa-Cé-La", pour son irrésistible montée en puissance qui finit dans un tourbillon de choeurs et de guitares. Je n'ai pas fait de classement de mes concerts préférés en 2016 mais il est évident que celui des Feelies restera comme le plus mémorable, pour plein de raisons : parce que tout simplement, c'était le meilleur, et puis parce que c'était à Central Park, à New-York, avec maman, et parce que je sais que c'est sans doute la seule fois que je les verrais en concert. En 2017, le groupe de la divine paire de guitares de Bill Million et Glenn Mercer revient aux affaires après un très bon dernier "Here Before" sorti en 2011. On a appris à attendre avec ceux-là. Et je me dis qu'une année qui commence avec les Feelies est forcément une bonne année. Mais je me rappelle avoir dit la même chose, il y an, avec la sortie du dernier Bowie. On connait la triste suite. Tant pis, il n'est jamais interdit de rêver de jours meilleurs, non ? Bonne et heureuse année 2017 à toutes et à tous !
He said oh
He said oh
He said oh
Some will make it and some won't make it oh-oh
Oh the glory glory and the glory glory oh-oh