3 décembre 2016

Et toi, t'as écouté quoi en 2016 ?

L'année 2015 ne fut pas des plus réjouissantes. On s'attendait donc à une amélioration. Forcément. Il n'en fût rien. Les nouvelles du monde ne donnent toujours pas à rire. En plus, cette année, on a vécu d'immenses pertes : David Bowie et Leonard Cohen, notamment. Deux monstres sacrés. Deux icônes inaccessibles. Deux témoins d'une époque révolue. Ma liste, cette année, est peut-être à cause de cela, encore plus resserrée : 42 disques seulement. Je compte sur vous pour me glisser quelques disques omis ou oubliés, en commentaire de ce post, sur Facebook, Twitter ou par mail. En attendant, voici ce qui a passé le plus de temps entre mes oreilles ces 12 derniers mois :


1 décembre 2016

Tristen - Les couleurs et les formes

Il y a trois ans déjà, j'étais tombé par hasard sur le deuxième disque de Tristen, alias Sébastien Pasquet, intitulé "Mars en marche". L'album contenait quelques jolis titres, dont le très accrocheur "Lustre" que le chanteur a depuis habilement remixé façon dancefloor. Les paroles, la musique, le clip décalé, tout aurait dû participer au succès de Tristen. Et bah non : même pas une centaine de vues sur Youtube ! Le chanteur poursuit sa carrière dans une incroyable indifférence. "Les Couleurs et les ombres" sortent cette fois-ci sur un petit label, mais à la réputation grandissante, "La Souterraine" qui est devenu le passage obligé de cette chanson française passionnante oeuvrant en marge des grands circuits. Ce nouveau disque est plus directement mélancolique que le précédent, dans le fond comme dans la forme. Plus de second degré. Il faut dire que l'époque n'est pas à la franche rigolade.
La musique est donc plus enveloppante, comme sur le très beau "La fin du monde" - reprise de Aloha Aloha, sortie aussi sur la Souterraine, tiens, tiens. Il n'y a pas de tubes. Pas de morceaux qui restent immédiatement en tête. L'effet est plus diffus, plus subtil avec, mine de rien, une étonnante variété de sons et d'ambiances. On pense même à Radiohead sur "Ton visage en silex". Ce sont effectivement de belles couleurs et de belles formes, du travail d'esthète.

27 novembre 2016

Frère Animal - Second Tour

Aujourd'hui, certains iront voter en signant une charte et en donnant deux euros. Tout le monde devrait pouvoir voter gratuitement, sans être lié à un quelconque contrat moral. La démocratie, ce n'est pas ça. Ce n'est pas un choix unique entre deux partis depuis des décennies. Deux partis, deux machines électorales et médiatiques, qui tournent de plus en plus à vide et participent à broyer des millions d'êtres humains, les laissant dans une extrême pauvreté. La gauche, la droite, comme deux gifles qu'on nous inflige à tour de rôle. A croire qu'on aime ça. "Faudrait pouvoir se barrer, leur balancer un pavé. Vois comme on nous prend de haut, comme on se sent de trop". Le deuxième volet de Frère Animal, le roman pop écrit et composé par Arnaud Catherine et Florent Marchet commence comme ça. Comme un terrible constat de l'échec de nos "démocraties", qui, à force de diviser et créer des inégalités a engendré plus ou moins consciemment la montée des extrémismes et des replis identitaires. Ce disque est ouvertement politique. Il fait suite au premier épisode sorti en 2008 et duquel j'étais un peu passé à côté. Il faut dire que mettre en musique une histoire n'a jamais été chose aisée. Le combat entre musique et littérature se termine souvent par la victoire de l'une sur l'autre. Le premier titre "Vis ma vie" est un hymne en puissance, celui qui marie le mieux le fond et la forme. Après, le narrateur François Morel prend le relais et tout de suite, le fond prédomine, la musique semble accessoire. Il faut plusieurs écoutes pour admettre le contraire et comprendre la pertinence de la démarche.
Dans ce "Second tour" - qui termine à la fin du premier tour des élections présidentielles de 2017 -, les principaux thèmes de la société actuelle sont abordés : l'exclusion, le chômage, la désindustrialisation, la famille, l'homosexualité, l'immigration, le front national (renommé ici intelligemment le bloc national). L'aspect romanesque permet une distance et ainsi d'éviter les clichés, même s'il y a un évident parti pris anti-frontiste - comment pourrait-il en être autrement ? Le décor est planté. Les questions sont posées. Les réponses nous appartiennent. A chacun d'entre nous. Bien vu.

24 novembre 2016

Parquet Courts - Human Performance

Quand un nouveau groupe supérieur à la moyenne arrive entre nos oreilles, on traque la ou les références, c'est plus fort que nous. Un tel talent résulte forcément de copies d'illustres modèles. Avec les new-yorkais de Parquet Courts, on a surtout parlé de Pavement - en rock indépendant, quand on ne comprend pas l'inspiration, que ça part un peu trop dans tous les sens, on cite souvent Pavement - ce en quoi le groupe rétorque plutôt par les plus anciens (et anglais) de Wire avec ce dernier album, "Human Performance". C'est la même volonté de déjouer les étiquettes, de proposer pléthore de chansons courtes et différentes mais toujours avec la même rigueur et la même dynamique sous les abords nonchalants. Le premier titre, "Dust", est ainsi un simili tube indépendant : simple, direct et accrocheur. Indépendant parce qu'on sait que ce rock n'a jamais intéressé plus qu'une poignée de personnes.
Dans la suite, on côtoie aussi bien des trucs rêches que des morceaux paisibles et presque mélodiques. "Dust Is everywhere, sweep". La musique de Parquet Courts est un beau dépoussiérage en règle de plusieurs décennies de rock. Un beau numéro d'équilibristes. Une belle performance humaine, en somme.



18 novembre 2016

Sea Pinks - Soft Days

Ce disque est sorti il y a bientôt un an, au tout début de l'année 2016. A part l'excellent Popnews, peu de gens en ont parlé. Cette musique revisite la pop anglaise de la fin des années 80, celle de The La's notamment et de tous ces groupes adeptes de la guitare rageuse et carillonnante. On pourrait passer facilement à côté, arguant que quantité de formations ont marché sur ces plates-bandes là. Pourtant, il y a dans "Soft Days", le deuxième album des irlandais de Sea Pinks, une fraîcheur, une énergie, une efficacité et surtout une constance dans la qualité plutôt rares. Neil Brogan, leur leader, a eu raison de quitter ses potes de Girls Names. La musique de Sea Pinks est sans doute moins dans l'air du temps, moins revival cold wave, mais elle a un son plus original, authentique. Popnews croyait en janvier dernier que ce disque trouverait à coup sûr ses admirateurs et qu'il serait reconnu à sa juste valeur comme un "petit classique en puissance".
Malheureusement, onze mois ont passé et force est d'avouer qu'il n'en est rien. J'en remets donc une petite couche, à mon humble niveau, car ce sont souvent des disques modestes et simples comme celui-ci qui résistent le mieux à l'épreuve du temps.