21 avril 2017

Foxygen - Hang

Je sais, l'album est sorti il y a déjà quelques temps mais je profite d'une relative accalmie dans les sorties musicales intéressantes pour vous parler aujourd'hui du dernier disque de Foxygen. Bon, c'est aussi parce qu'étant en vacances, j'ai un peu décroché de l'actualité mais promis, je m'y replonge. Foxygen donc, un groupe ultra prometteur, mon disque de l'année 2012, c'était eux. Alors qu'ils n'en étaient qu'à leurs débuts. "Take the kids off Broadway" n'était même pas un vrai LP, sorti uniquement en vinyl. J'avais été les voir à la Mécanique Ondulatoire où le groupe dégageait un évident charisme scénique. La suite fut un peu décevante, un deuxième album sorti rapidement après mais moins foufou, trop contenu. Les influences apparaissaient alors trop flagrantes : Mick Jagger, David Bowie ou Lou Reed. Puis, il y eut un troisième disque complètement foutraque qui tendait régulièrement vers le n'importe quoi et où Foxygen s'auto-caricaturait. Après ça, je dois avouer que je n'attendais déjà plus grand chose de la formation de Sam France et de Jonathan Rado. "Hang" est donc une bonne surprise mais elle mit du temps à se confirmer. 
Foxygen est revenu à ses premiers amours : un disque court, des mélodies qui jouent aux montagnes russes, l'absence de peur de trop en faire, aidée en cela par les arrangements soignés de l'ami Matthew E. White et par la folie maîtrisée des petits frères The Lemon Twigs. On a entre les oreilles un album dont on ne lasse pas facilement. Il faut dire que Foxygen ont écouté les mêmes musiques que nous et qu'ils sont suffisamment doués pour ne pas simplement les copier mais y apporter une vraie touche personnelle. Et hop, c'est reparti pour un tour.

20 avril 2017

Vashti Bunyan (+Steve Gunn) - Paris, Le Carreau du Temple, Magic Number #2 - 13 avril 2017

Les vacances scolaires sont souvent l'occasion pour maman et moi de sortir, confiant notre progéniture à nos parents. Il n'est alors pas toujours évident de trouver un concert, un film ou une expo pouvant nous intéresser - même si à Paris, nous sommes plutôt chanceux quant aux propositions culturelles. Cette fois-ci, il y avait la deuxième soirée Magic, la revue pop moderne, comme ils disent, qui est récemment réapparue sous une nouvelle formule et avec un nouveau rédacteur en chef, Vincent Théval. Ce dernier vient d'ailleurs présenter la soirée. Elle se déroule à l'auditorium du Carreau du Temple, une salle tout confort, à l'image des studios de Radio France dans lesquels Théval organisait ses excellentes Label Pop Sessions. La soirée sera intimiste. D'abord, l'Américain Steve Gunnn, seul avec sa guitare. Puis la fabuleuse Vashti Bunyan, raison évidente de notre présence, dont la musique toute en délicatesse constitue un nectar pour nos oreilles. Tant mieux, il est bon parfois de ménager nos tympans, de ne pas leur faire subir l'assaut de guitares stridentes ou de batteries surpuissantes. J'avais écouté un peu la déjà conséquente discographie de Steve Gunn avant de venir mais je n'avais pas réussi à m'accrocher à sa musique. Sa prestation toute en retenue nous a fait le même effet. C'est assurément un excellent guitariste, avec une technique irréprochable, tout en changement de rythmes. Sauf que tout ça n'est pas très mélodique et on s'ennuie assez rapidement. Dommage car si Gunn avait une voix supérieure, on pourrait se laisser transporter. C'est tout l'inverse de Vashti Bunyan. Elle a gardé à plus de soixante-dix ans, la voix angélique de ses jeunes années, pas puissante mais incroyablement émouvante. Une sorte de Leonard Cohen au féminin : ils savent jouer magnifiquement de leur voix pour nous toucher au plus profond. Toutes ces chansons brèves, aux mélodies enivrantes et immédiates, telles ces petites comptines qu'on chante au coin du feu, se ressemblent toutes. Mais comme elles ressemblent aussi à celles de nos rêves, ça n'a aucune importance. Seul regret, elle n'a pas joué "Swallow Song", incroyable chef d'oeuvre d'une évidence et d'une fluidité rares. La dame a constamment le sourire aux lèvres, contente de recevoir un tel accueil, elle qui avait disparu des radars pendant plus de trente ans par manque de succès justement. Elle est accompagnée par le brillant et discret guitariste écossais Gareth Dickson. La française Alma Forrer, déjà entendue chez Baptiste W. Hamon, vient aussi pousser la jolie chansonnette en duo avec Vashti Bunyan. On a l'impression d'être à la maison, chez une grand mère, ancienne hippie mais désormais rangée, venant nous ouvrir son coeur, nous parler de sa vie, de ses enfants, de ses déboires, le plus simplement du monde, sans jugement, d'égal à égal. C'est incroyablement touchant. La dame est accessible, douce. Elle semble venir d'un autre monde. Un monde où tout serait plus simple, plus immédiat, plus beau. Pendant plus d'une heure, elle nous a fait croire que ce monde existait vraiment, elle a suspendu le temps. On serait bien restée là-bas avec elle. Cette femme a été touchée par la grâce. Amen.

14 avril 2017

Future Islands - The Far Field

Après le succès inattendu de leur dernier disque en date, "Singles", en partie dû à l'incroyable talent scénique de leur chanteur Samuel T. Herring révélé à la face du monde lors d'un passage très remarqué dans l'émission de David Letterman, les Future Islands étaient attendus au tournant. Pas de changement de direction ici, leur style est invariablement le même tout l'album durant : basse sautillante, clavier eighties, batterie synthétique et voix maniérée. On ne change pas une recette qui marche. Future Islands reste ce groupe atypique, underground, mais possédant un indéniable potentiel sur le dancefloor qui nous incite malgré nous à tenter d'imiter le fameux jeu de jambes de Herring. J'écoutais leur disque dimanche dernier en faisant mon jogging hebdomadaire - et oui, c'est que papa, la quarantaine approchant à grands pas, a plus besoin que jamais de s'entretenir. Je me disais que cette musique est justement idéale pour l'action, elle s'adresse essentiellement au physique, n'en déplaise à ceux qui préfèrent l'introspection. 
Même s'il n'y a rien de nouveau sous le soleil de Baltimore et que "The Far Field" fait quelque peu du surplace, je continuerai à garder et écouter la musique de ce groupe, parce qu'elle fait du bien. Tout simplement. Vivement la prochaine Route du rock!

10 avril 2017

Timber Timbre - Sincerely Future Pollution

Retour de vacances idéal avec le nouveau disque des canadiens de Timber Timbre, responsables de mon album de l'année 2014. Le groupe a, en trois ans, beaucoup écouté de musique des années 80 et cela s'entend. On pense au Blue Nile, Talk Talk, Kraftwerk ("Bleu nuit") voire au Bowie de la période berlinoise ("Grifting") mais le style reste reconnaissable entre milles, toujours à mi-chemin des Tindersticks et de Portishead. On retrouve cette formidable capacité d'épure, de suggérer lentement, sans trop en faire. Et ces chansons qui évoluent ainsi tranquillement entre nos oreilles, comme ces films à la mise en scène contemplative, qui en disent plus long que de grands discours. Ce nouvel album étonne d'abord par ces arrangements synthétiques inhabituels puis subjugue une fois de plus car Timber Timbre a beau changer sensiblement de forme, quand on possède une telle classe, peu importe le flacon, l'ivresse surgit toujours à un moment ou un autre comme sur le sublime "Western Questions", déjà postulant au titre de plus belle chanson de l'année. 
Ils se paient même le luxe de finir par le kitsch assumé de "Floating Cathedral"- titre qui porte au passage admirablement bien son nom et résume ce que représente la musique du groupe - comme si au fond, ils savaient qu'ils pouvaient tout se permettre. Magnifique du début à la fin. Encore une fois.