26 décembre 2011

Top Chansons 2011

Après les albums, voici les chansons qui ont le plus squatté mes oreilles cette année !

20- Herman Dune - Tell Me Something I Don't Know

Une peluche bleue rigolote (inspiré du célèbre Georges mon Yéti?) et une mélodie qui reste tout de suite gravée dans la tête, il n'en faut pas plus pour réussir un joli tube de pop/folk.

Album encensé un peu partout ailleurs, "The English Riviera" s'est avéré ici rapidement décevant et sans saveur. Restent ce "Corinne" qui n'aurait pas fait tâche sur leur excellent "Nights Out" et un très bon souvenir de concert à Edimbourg.


18 - The Do - Too Insistent

Deuxième album de The Do et deuxième tube avec ce "Too Insistent". Ou comment allier l'évidence d'une mélodie fédératrice et les arrangements plus alambiqués d'un groupe pas si mainstream qu'on voudrait nous faire croire.

17 - The Drums - Money
Les américains conservent leur statut de machine à faire danser, avec un côté beaucoup plus Smiths, ce qui n'est pas pour me déplaire. Leur "Money" est en tout cas l'hymne de tout ceux qui ont vidé leur portefeuille à l'occasion de Noël et qui risquent de se retrouver marris pour commencer la nouvelle année.


16 - Veronica Falls - Bad Feeling

Une des plus rafraîchissantes découvertes indie pop de l'année. Les mélodies pop, les textes un poil anxieux ("I've got a bad feeling and it's not going away"), le look vintage : tout est déjà bien en place.


15 - (Please) Don't Blame Mexico - The Protocol

Ce sympathique groupe est l'une des rares preuves qu'en France aussi, on sait faire de jolies mélodies pop survitaminées qui n'ont rien à envier aux anglo-saxons. Rien que pour ce beau "Protocol", merci à eux.

Sorte de Libertines américains qui se prendraient moins au sérieux et qui seraient plus influencés par le blues que par le pop, les Black Lips sont aussi capables de quelques morceaux particulièrement efficaces. Pour ce "Family Tree", il vaut mieux se contenter de la musique. Car, à regarder leur infâme clip, surtout en période de fêtes, gare à l'indigestion...

13- Unknown Mortal Orchestra - Ffunny Ffrends

En 2011, la Nouvelle Zélande n'a pas seulement gagné la Coupe du monde de rugby (à l'arrachée), elle a aussi sorti quelques chanteurs et groupes particulièrement atypiques comme Mockasin évidemment mais aussi ces Unknown Mortal Orchestra qui hésitent entre Pink Floyd et MGMT. En tout cas, avec "Ffunny Ffrends", ils trouvent le riff imparable.

12- Wild Beasts - Lion's Share

Oui, les Wild Beasts sont un des groupes britanniques les plus intéressants du moment. Malheureusement, je trouve que leurs albums manquent toujours d'un je-ne-sais quoi. Plus de "Lion's Share" par exemple ?
Les guitares claires sont de retour. Real Estate s'impose aisément comme les chefs de file d'un nouveau mouvement amorcé de l'autre côté de l'Atlantique. Leurs mélodies ne sentent jamais le travail et la sueur, comme si elles coulaient naturellement de leurs guitares.



10 - Youth Lagoon - Montana

Un petit gamin talentueux reprend le flambeau du brilliant "Teen Dream" des Beach House. Ce "Montana" aux accents "dream pop" convoque en plus les grands espaces américains et tutoie les étoiles.



Un américain d'origine taïwanaise et accessoirement bourré de tatouages nous sort une musique bien à lui remplie de samples de celle des autres. Ici, à partir d'un gimmick de piano pompé d'une très belle chanson de Françoise Hardy ("Voilà"), il réussit l'exploit d'en faire une ballade lascive très personnelle.

8- Connan Mockasin - Forever Dolphin Love
Il faut être un peu cinglé pour sortir un tel single de plus de dix minutes dans laquelle la mélodie principale ne commence qu'à la moitié. Notre époque manque de plus en plus de têtes brûlées comme Connan Mockasin. Cinglant.



7- Baxter Dury - Claire

Baxter Dury a la classe. Pas besoin d'en rajouter. Une écoute suffit et ce n'est pas Claire qui dira le contraire.




6- Cascadeur - Walker
Ce cascadeur se cache derrière un casque (normal) à la Daft Punk. Mais loin de la musique électronique de stade, la sienne est toute en finesse et en retenue. S'il confirme ce brilliant premier essai et l'excellent "Walker", on est prêt à le suivre un bon bout de chemin.


5- Iceage - New Brigade

Une chanson à écouter pour se donner la pêche : influence post-punk, guitares qui taillent au scalpel, jeunesse rebelle et l'envie irrépressible de suivre ces garnements de danois dans leur volonté de tout casser.


4- François and the Atlas Mountains - Les Plus Beaux

Une chanson à écouter pour se donner la pêche : mélodie légère, textes qui militent pour "la grève des journées normales" et l'envie irrésistible de suivre ces talentueux français dans leur credo esthétique et positif.

3- WU LYF - We Bros

WU LYF ? Effet de mode et feu de paille ? Peut-être. La version édulcorée de leur manifeste "We Bros" sortie en single pourrait les voir basculer rapidement du mauvais côté. Surtout qu'à entendre le chanteur, le groupe aurait envie de poursuivre dans la voie de leur piètre reprise scénique de "Wicked Game" du ténébreux Chris Isaak. En attendant, on écoutera jusqu'à plus soif, bras dessus bras dessous, cet hymne fraternel.

2- John Maus - Believer

Difficile dès la première écoute de ne pas croire dans ce "Believer" du maboule Maus. Un phare au milieu de la tempête, voilà l'effet que provoque cette mélodie évidente cachée derrière un décorum kitsch et déroutant.


1- Future Islands - Before The Bridge
Après l'écoute anticipée de ce single, j'attendais comme le messie le nouvel album de ces américains. Malheureusement, la déception fut grande. Mais comment pouvait-il en être autrement après une telle claque ? Heureusement, ce qu'il y a de bien avec les tops, c'est qu'après le premier, on ne redescend pas, c'est fini. Bon réveillon à tous et à l'année prochaine pour de nouvelles aventures musicales.

21 décembre 2011

Top Albums 2011

Puisque c'est la mode du moment, je cède moi aussi, une fois de plus, à la tentation de publier mon top albums de l'année. Comme les années précédentes, il n'y aura que 10 disques pour 10 univers différents à découvrir ou redécouvrir. 

10 - Michel Cloup (duo) - Notre Silence
Le chanteur de Diabologum a connu la triste expérience du deuil. Il publie sur le sujet, un album solo exigeant, poignant, tout en colère rentrée, la guitare plus affûtée que jamais, avec le minimum d'effets. Une très bonne nouvelle pour le rock par ici. Pour le rock en général.


9- Connan Mockasin - Forever Dolphin Love

Un drôle d'elfe néo-zélandais débarque avec un univers décalé à nul autre pareil et semble inventer la pop du troisième millénaire. Planant à souhait.



8- Atlas Sound - Parallax
Bradford Cox est décidément très fort pour produire des albums à double détente, de ceux qui paraissent à première écoute anodins et qui deviennent au fil du temps les plus addictifs. "Parallax" est le disque idéal de l'hiver, pour se lover bien au chaud sous la couette. Cotonneux à souhait.


7 - My Brightest Diamond - All Things Will Unwind
En voilà une (avec la française Camille) à qui la maternité sied très bien, le nouvel album de My Brightest Diamond est encore plus réussi que les précédents, gagnant en mélodies divines. Preuve est faite que les gens heureux ont aussi quelque chose à raconter.


6 - Crystal Stilts - In Love With Oblivion
Ces américains n'ont toujours pas compris que le revival Joy Division était passé de mode. Interpol et autres Editors ont déjà lassé. Mais les Crystal Stilts ont quelque chose en plus : un psychédélisme noir qui n'est pas sans rappeler les meilleures heures des Doors, et surtout une guitare supérieure...


5- PJ Harvey - Let England Shake
Avec "Let England Shake", PJ Harvey signe son disque le plus consensuel depuis un bail ("Stories From The City, Stories From The Sea"). Donc, dans une veine classique et avec une unanimité quasi générale, l'un des grands albums rock de l'année.



4- John Maus - We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves
Un américain complètement allumé (surtout sur scène) joue une musique ovni, savant mélange de kitsch italo-disco, de new wave gothique, le tout saupoudré d'une voix rappelant parfois celle des chanteurs chevelus de heavy metal. Brillant et déroutant.



3- The Leisure Society - Into The Murky Water
Les anglais sont toujours premiers au monde concernant la pop. The Leisure Society remplace au pied levé avec ce précieux "Into The Murky Water", qui Belle & Sebastian en manque d'inspiration, qui Sufjan Stevens en pleine crise mégalomaniaque. Léger, modeste et magnifiques arrangements qui vont avec.


2- WU LYF - Go Tell Fire To The Mountain
Manchester revient en force sur la carte du rock avec les garnements anglais de WU LYF. Passés leur pseudo message politique de rébellion et leurs attitudes de petites frappes, reste une musique allumée et emballante. Pour crier à tue-tête sous les étoiles.


1- Baxter Dury - Happy Soup
L'un des meilleurs songwriters anglais de sa génération est de retour après plusieurs années d'absence. Son "Happy Soup" est une formidable mixture remplie de mélodies pop à la cool, imparables, dans l'esprit du légendaire "Sunday Morning" du Velvet Underground. Le nouvel album du dandy à l'accent cockney et accessoirement "fils de" est mon disque de 2011.

19 décembre 2011

Philippe Manoeuvre présente Rock français - de Johnny à BB Brunes - 123 albums essentiels

Mais qu'est-ce que le rock français ? "Le rock français, c'est un peu comme le vin anglais..." s'amusait un certain John Lennon. Et, à regarder de plus près cet ouvrage et son sous-titre "ravageur" : "de Johnny à BB Brunes", on sent d'avance que ça va être difficile de lui donner tort. A entendre parler son célèbre géniteur, le caricatural Philippe Manoeuvre, le terme "rock français" pourrait même amener l'auditeur/lecteur à se moquer, d'emblée. OK, le rock n'est sans doute pas quelque chose à prendre trop au sérieux, mais là, franchement, il y a des limites. On voudrait le ridiculiser, on ne s'y prendrait pas autrement. D'autant que le livre passe scandaleusement à côté de certains artistes essentiels - 123 albums pourtant ! - de chez nous : Brigitte Fontaine, Dominique A ou Diabologum, pour ne citer que ceux qui me viennent rapidement en tête. Même les choix de disques parmi les incontournables sont assez étonnants : pas de "Fantaisie Militaire" pour Bashung, pas de "Melody Nelson" pour Gainsbourg, pas de "La Question" pour Françoise Hardy. Les textes sont bien sûr l'oeuvre de la bande de Rock'n'Folk chère à Manoeuvre, pas des plus inspirés et inspirants, une espèce de triste réunion d'anciens combattants, réac', adeptes du "c'était mieux avant". Mais avant, ils étaient jeunes tout simplement, leur (bon?) goût est dans le meilleur des cas resté bloqué à la période punk. Ils se contentent ensuite d'aligner les principaux disques "commerciaux" de Louise Attaque en passant par Noir Désir ou Daft Punk. Bref, ce n'est assurément pas le genre de bouquins à mettre entre les mains de vrais connaisseurs. Trop limité. Pas assez de trouvailles. Malgré tout, ça ne fait pas de mal de se replonger dans la période de la fin des années 70 - début des années 80, celle du regretté Jacno, du toujours sémillant Daniel Darc et des mythiques rennais de Marquis de Sade. Une certaine idée du rock made in France naissait là, qui, à défaut de sortir complètement du pesant modèle anglo-saxon, trouvait enfin un style...

Bijou - Les Papillons Noirs

C'est d'ailleurs à ce moment-là qu'on a fini de considérer la chanson française comme de la variété, parce que Bijou reprenait Dutronc, travaillait avec Gainsbourg... Je ne sais plus si je les ai vus en concert. A des fêtes genre L'Huma, je pense. Mais j'aimais beaucoup leurs disques. En plus, il y avait un côté on est des durs, mais en même temps une touche fleur bleue, voire un côté altruiste.  (Vincent Ravalec)

Marquis de Sade - Walls

L'importance donnée aux guitares renoue avec une pulsion rock qui fut déterminante : Franck Darcel adorait Television, Philippe Pascal fut encouragé dans sa volonté de faire de la musique par le premier disque de Patti Smith, et, avant de se confectionner un répertoire sur mesure, ils reprenaient sur scène des morceaux des Stones et des Who. (H.M.)

Elli et Jacno - Main dans la main

A la parution de "Tout va sauter", Philippe Lacoche ne s'y trompe pas, affirmant dans Best : "Ce disque est sûrement l'une des meilleures productions discographiques françaises de l'année." On ne lui donne pas tort. Le réécouter aujourd'hui fait voler en éclats pas mal d'idées reçues.[...] C'est peut-être le disque que Phil et Ronnie Spector auraient enregistré s'ils s'étaient rencontrés dans les années 1980." (Pierre Mikailoff)

Taxi Girl - Les armées de la nuit

Daniel : "On était contre les hippies, mais il y a eu un même schéma, en plus condensé, plus nihiliste. Résumé de Mirwais : "Taxi Girl, c'est huit ans de malheur." Marqués par "Seppuku", rituel idéal pour s'éventrer l'âme avec un album. (Benoit Sabatier)

Kas Product - Never Come Back

La voix dévoile sa facette jazzy qui contraste avec l'aspect clinique des machines. La fusion entre ces deux réalités est totale sur "Never Come Back" : pulsion névrotique, riff synthétique, soupirs, douceurs vocales au bord de la crise de nerfs, évidence du refrain, montée progressive mais retenue au bord de l'explosion, comme une frustration savamment entretenue. Un tube électro-rock avant l'heure. (H.M.)

Dogs - Too Much For The Neighbourhood

Sans doute aurait-il fallu qu'un DJ ouvre les oreilles, le monde du rock en aurait été changé car, pour ceux qui savaient voir et entendre, Dominique était une star : il était beau, il composait des thèmes magiques, il avait des sons de guitare fascinants (poudreux, romantiques et fulgurants), et une voix fragile à briser le coeur. (Bruno Le Trividic)

Orchestre Rouge - Soon Come Violence

Le choix de Martin Hannett à la production allait de soi mais accentue l'optique torturée : fasciné par le post-punk anglais, Hakola excelle dans l'expression d'un malaise latent et exubérant que ne manque pas de souligner celui qui oeuvra auparavant avec Joy Division. (H.M.)

Oui Oui - La Ville

Sans le savoir, c'est toute une génération de couche-tard qui découvrent sur M6, grâce au clip coloré "La Ville", signé par le futur réalisateur de "La Science des rêves" Michel Gondry, accessoirement petit-fils de l'inventeur du Clavioline, ancêtre du synthétiseur popularisé par Jean-Jacques Perrey. (Jean-Emmanuel Deluxe)

12 décembre 2011

The Left Banke - Walk Away Renée (1966)

C'est bientôt les fêtes et rien de telle qu'une petite sucrerie pop pour se mettre en bouche et se préparer à la crise de foie. The Left Banke est de ces groupes ignorés des années 60, qui, redécouverts sur le tard, font l'objet d'une réhabilitation tout azimut. Michael Brown, leader de cette formation américaine était à la fois un admirateur de Bach et des Beatles, s'en suit ce qui constitue l'une des plus belles réussites de rencontre entre la pop et la musique classique : The Left Banke. Malheureusement, en raison de désaccords internes ayant provoqué de multiples remaniements, leur carrière sera très courte : de 1965 à 1969. Brown formera bien aux débuts de années 1970, Montage, avec la même réussite artistique. Mais une fois de plus, le succès ne sera pas vraiment au rendez-vous et mise à part la formidable paire de singles des débuts de Left Banke, "Walk Away Renée / Pretty Ballerina" qui est aussi le titre de leur premier album, le compositeur ne sera pas reconnu à l'époque à sa juste mesure. Heureusement, le temps a rattrapé l'affaire, comme je l'ai dit plus haut, et de nombreux artistes actuels, en tête desquels The Divine Comedy, font aujourd'hui référence à cette musique-là. The Left Banke mérite assurément sa place au panthéon de la pop des années 60, au niveau des formations mythiques du genre : Beatles, Beach Boys, Kinks ou Zombies. A redécouvrir (ou découvrir d'urgence) entre le foie gras et la bûche : incontournable.

And when I see the sign that
points one way
The lot we used to pass by
every day

(Chorus):
Just walk away Renee,
You won't see me follow you back home
The empty sidewalks on my
block are not the same
You're not to blame

From deep inside the tears that
I'm forced to cry
From deep inside the pain I
I chose to hide

(Chorus)
Now as the rain beats down
upon my weary eyes
For me it cries



(Chorus)

Your name and mine inside
a heart upon a wall
Still finds a way to haunt me,
though they're so small

(Chorus)

8 décembre 2011

Let the music play !


Voici donc l'heure des (règlements de?) comptes ! Merci à tous pour vos messages d'encouragement et vos listes... mais plus de 50 disques à écouter en une semaine, ce n'est pas humain... Heureusement, je connaissais déjà la plupart d'entre eux et si je n'en avais pas parlé sur ce blog, c'est parce que j'avais mes raisons : la musique ne m'avait pas vraiment emballé. Difficile de dire un mot sur chacun d'entre eux, on y serait encore demain. J'ai donc préféré n'en sélectionner seulement que 10. Histoire de ne se fâcher avec personne et de parler uniquement des trucs qui m'ont plu ;)

La plupart du temps, la jolie pop mélodique et orchestrée nous vient de Grande-Bretagne, influence Beatlesienne oblige. Gruff Rhys, le chanteur du groupe gallois Super Fury Animals, n'échappe pas à la règle en nous livrant un "Hotel Shampoo" frais, plaisant et souvent entêtant :
Le folk, je trouve ça parfois (souvent?) trop académique et ennuyeux et puis quelques fois, ça me touche vraiment comme avec le très beau Piers Faccini. 
Les Smith Westerns ou le miracle d'une pop-rock pour tout venant qui évite presque toujours les écueils inhérents au genre : l'effet pompier. Le meilleur de la brit-pop des années 90 revisité par de jeunes américains.
On pourrait fuir le rock héroïque tendance Arcade Fire, genre largement rabâché depuis quelques temps. Pourtant, à chaque année, son disque de référence. Pour 2011, ça pourrait être le "Buffalo" des presque vétérans néo-zélandais de The Phoenix Foundation.

On pourrait faire le même reproche à Annie Clark alias St Vincent qu'à ses amis de Grizzly Bear, c'est-à-dire de manquer de spontanéité, de faire de la musique trop travaillée. Pourtant sur son dernier disque, elle parvient par moments à sortir de ce carcan et à proposer une musique plus limpide comme sur "Cruel".
Sans révolutionner son modèle savamment construit au fil des années, Beirut met un peu d'électronique dans ses trompettes et ça donne souvent de jolies choses, comme ce "Santa Fe" :

"Soyons les plus beaux" nous conseillent les petits frenchies de François And The Atlas Mountains sur le brillant morceau d'ouverture de "E Volo Love". Mais leur pop chamarrée se montre rapidement trop timide et en retenue pour pouvoir suivre à la lettre cet ambitieux précepte.

Autres français, les Herman Düne, ont sorti eux aussi un grand single pop : "Tell Me Something I Don't Know" doté en sus d'un clip gentiment décalé. Malheureusement, le reste n'est pas à la hauteur.

Dans la catégorie des bons groupes prônant le revival du Slowcore (Galaxie 500, American Music Club, Red House Painters, Low, etc), il faudra rajouter The War On Drugs avec leur "Slave Ambient" :

Pour finir, je tenais quand même à dire un petit mot sur Girls, le groupe préféré de MAGIC! En effet, le magazine vient de les sacrer disque de l'année pour la deuxième fois en autant d'albums. Pour ma part, hormis quelques titres, comme ce sympathique "Honey Bunny", ces petits branleurs me laissent assez indifférent...

5 décembre 2011

The Clash - London Calling (1979)

Décidément, tout le monde aime The Clash. Les "vieux" rockers, ceux qui ont connu les débuts pour qui ils représentaient comme une seconde jeunesse. Les contemporains du groupe, ceux qui étaient alors dans leur période de rébellion adolescente et ont vécu le mouvement punk de l'intérieur. Les plus jeunes enfin, parce qu'ils restent aujourd'hui encore l'un des derniers groupes ayant proclamé de manière aussi évidente la résistance à toute forme d'autorité ("I Fought The Law"). En ces périodes d'indignation, leur musique comme leur message restent une balise, un relais qu'on se transmet et se partage entre générations. Julie Delpy, cette actrice touche-à-touche qui a brillamment réussi son passage derrière la caméra ("Two Days In Paris", "La Comtesse"), vient de se lancer dans un biopic du leader charismatique du groupe, Joe Strummer, mort trop jeune. Elle, que je me souviens avoir vu en première partie de Television au Bataclan, est donc aussi fan des Clash. J'attend avec impatience ce que cette artiste intègre va bien pouvoir faire du sujet. Intégrité voilà d'ailleurs le maître mot lorsqu'il s'agit de parler de la célèbre formation de punk anglais. Du déjanté Lester Bangs au plus rangé Antoine de Caunes, ils disent tous la même chose. Pourtant, j'ai un peu honte de l'avouer mais je préfère ceux auxquels on les associe souvent, les deux constituant les extrêmes du punk britannique de la fin des années 70 : les Sex Pistols. Dans les disques des Clash, il n'y a pas la même folie, tout paraît avec le recul trop maîtrisé. Oui, je sais, je vais sans doute irriter quelques inconditionnels qui ont eu la chance de les voir sur scène. D'un côté, un groupe formé de toute pièce qui chie sur tout et ne prend rien au sérieux. De l'autre, un groupe pour qui la musique est primordiale et dont le message est raccord avec l'état d'esprit. Malheureusement, les Clash sont devenus trop consensuels, il suffit d'un reportage sur la capitale britannique, pour qu'on nous serve leur fameux "London Calling". Malgré tout, grâce à celui-là et quelques autres titres, je garde moi aussi un faible pour The Clash. Inusable..

London calling to the faraway towns
Now war is declared, and battle come down
London calling to the underworld
Come out of the cupboard, you boys and girls
London calling, now don't look to us
Phoney Beatlemania has bitten the dust
London calling, see we ain't got no swing
'Cept for the ring of that truncheon thing

[Chorus 1:]
The ice age is coming, the sun's zooming in
Meltdown expected, the wheat is growing thin
Engines stop running, but I have no fear
'Cause London is drowning, and I live by the river

London calling to the imitation zone
Forget it, brother, you can go it alone
London calling to the zombies of death
Quit holding out, and draw another breath
London calling, and I don't wanna shout
But while we were talking, I saw you nodding out
London calling, see we ain't got no high
Except for that one with the yellowy eyes

[Chorus 2: x2]
The ice age is coming, the sun's zooming in
Engines stop running, the wheat is growing thin
A nuclear error, but I have no fear
'Cause London is drowning, and I live by the river



Now get this

London calling, yes, I was there, too
An' you know what they said? Well, some of it was true!
London calling at the top of the dial
After all this, won't you give me a smile?
London calling

I never felt so much alike [fading] alike alike alike

2 décembre 2011

John Maus (+ Gary War) - Paris, La Maroquinerie - 29 novembre 2011


C'est sans doute le dernier concert de l'année auquel nous assistons et le moins que l'on puisse dire, c'est que la soirée fut... atypique. Maman, particulièrement distraite, donne le bras à un inconnu en descendant du métro, à Gambetta. Pas assez prompt, je me retrouve à courir derrière elle, pour lui expliquer le malentendu. Un homme comprend ce qui se passe et nous sourit. Arrivés devant la Maroquinerie peu après 20h, nous ne rencontrons quasiment personne. Dans la salle, peu de monde encore, les gens viennent s'asseoir progressivement dans la petite arène située devant la scène. La sono passe en boucle une musique pour danseurs de rock acrobatique. On imagine alors les bananes, les jupes plissées et les petites socquettes. On s'est peut-être trompé : et si la Maroquinerie accueillait ce soir l'enregistrement du "Plus grand cabaret du monde" de l'insupportable Patrick Sébastien ? En regardant autour de nous, les fringues et le look du public ne collent pourtant pas. La tension est palpable. Certains, nerveux, secouent inconsciemment, qui leurs pieds, qui leur tête, sur le rythme de la musique. Après plus d'une dizaine d'écoutes successives du même morceau, on se demande si c'est par goût ou si c'est seulement pour tenter de canaliser une énergie qui pourrait les amener à faire des bêtises. Puis, un gars finit par arriver derrière les platines et la table de mixage. Quelques uns, nous en premier, lui jettent des regards suppliants : est-il possible de passer à autre chose ? Rapidement, nous constatons que lui-même ne semble pas avoir la maîtrise de la musique diffusée dans la salle. Nous n'attendons donc plus qu'une chose, que le concert commence au plus vite. N'importe quelle musique fera l'affaire pourvu que l'autre se taise.  La scène est nue ou presque, quelques machines sont posées par terre, il y a aussi une guitare, un micro et c'est tout. Arrive enfin, Gary War, la première partie. Le type a plutôt le look de chanteur de hard rock avec sa longue tignasse. Il défera rapidement ses cheveux pour se cacher derrière. La musique est en grande partie enregistrée et à part quelques riffs de guitare et le chant, rien n'est joué directement devant nous. Rien à dire sur l'originalité de la chose, mais le son très brouillon finit par lasser. La voix est même à peine audible, cachée sous les effets et les couches de guitare. De temps en temps, un jet de postillon et de cheveux vient casser la routine de ce magma sonore. Déroutant et assez épuisant. Le chanteur partira même sans prévenir personne sur ce qui ne semblait pas être la fin d'un morceau, laissant le responsable des lumières et le public médusés.

Après une petite pause - normal, vu le peu de matériel sur scène - c'est au tour de John Maus. Et là, c'est d'abord la stupéfaction. Le gars est aussi tout seul sur scène. Il n'a même pas de guitare comme son précédent acolyte. Mais il a l'air terriblement furax - à cause de la musique diffusée par la sono ?. A la manière des rugbymen néo-zélandais et leur haka, Maus hurle, se tire les cheveux, se tape sur la tête, sur les genoux. La première réaction du public est de sourire nerveusement devant la folie de l'énergumène. Tout cela ressemble à une blague, une sorte d'improbable karaoké version punk. Pas d'effet de lumière, pas de mise en scène, juste un chanteur complètement survolté et le mot est faible. En comparaison, une prestation de Of Montreal paraîtrait presque fade, c'est peu dire. Au bout de quelques minutes, on s'habitue, car les chansons excellentes pour la plupart emportent l'adhésion. Un concert de John Maus est une expérience surréaliste, et à défaut d'avoir été vraiment emballé, c'est une expérience à vivre, un grand défouloir. Subjuguant.