25 janvier 2010

Mes indispensables : Serge Gainsbourg - L'histoire de Melody Nelson (1971)


Cette fois-ci, dans la série d'indispensables, actualité oblige - pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, un film vient de sortir sur la vie de l'artiste -, je m'attaque à un monument. Sans doute, le disque le plus connu et reconnu de par le monde, de la variété française. Un chef d'oeuvre de même pas trente minutes pourtant. Mais trente minutes qui hantent depuis, les rêves les plus fous de nombreux chanteurs, même anglo-saxons. Beck, en particulier, qui, à partir de son "Sea change", voire même de "Mutations", semble ne plus penser qu'à ça : faire son "Melody Nelson". Parce qu'avant même de raconter une histoire, ce disque, c'est tout d'abord un son. Et quel son ! Cette basse moite et omniprésente, ces guitares à la fois stridantes et mélodieuses, ces envolées lyriques et soudaines de cordes - merci Jean-Claude Vannier ! -, et ces choeurs à l'unisson, tout ça forme encore aujourd'hui une alchimie dont la recette demeure inconnue. Bien sûr, beaucoup s'y sont essayés, mais pas un encore, tel Icare, qui ne s'y est brûlé les ailes, en voulant voler si haut. Un Benjamin Biolay n'en est pourtant peut-être plus si loin. En tout cas, un titre comme "Ballade de Melody Nelson" ressemble à s'y méprendre à la chanson pop parfaite. Et tout ça en deux minutes chrono. Après, on pourra aussi gloser sur les textes, très beaux certes, mais qui ont, je trouve, tout de même un peu vieillis et demeurent assez liés à une époque : les années soixante-dix. (vous les trouverez ci-dessous)

Voilà, tout a déjà été dit sur Gainsbourg, l'homme, sa vie, son oeuvre, je n'en rajoute donc pas. Mais son ombre et son aura sont tellement impressionnantes (et plombantes ?), qu'elles nous font depuis, à chaque apparition d'une nouvelle tête sur le devant de la scène hexagonale (Arnaud Fleurent-Didier en dernier lieu) , entrer dans le jeu dangereux (et souvent stupide) de la comparaison - par méconnaissance, par facilité. Un peu à l'image d'un Brel. Ou des Beatles chez nos amis d'Outre-Manche. Ou d'un Mozart en classique. Le propre des génies, sans doute.

Clip de "Ballade de Melody Nelson" :

1- Melody
Les ailes de la Rolls effleuraient des pylônes
Quand m'étant malgré moi égaré
Nous arrivâmes ma Rolls et moi dans une zone
Dangereuse, un endroit isolé

Là-bas , sur le capot de cette Silver Ghost
De dix-neuf cent dix s' avance en éclaireur
La Vénus d' argent du radiateur
Dont les voiles légers volent aux avant- postes

Hautaine, dédaigneuse, tandis que hurle le poste
De radio couvrant le silence du moteur
Elle fixe l' horizon et l'esprit ailleurs
Semble tout ignorer des trottoirs que j'accoste

Ruelles, culs -de-sac aux stationnements
Interdits par la loi, le cœur indifférent
Elle tient le mors de mes vingt-six chevaux -vapeur

Prince des ténèbres, archange maudit,
Amazone modern ' style que le sculpteur,
En anglais , surnomma Spirit of Ecstasy

Ainsi je déconnais avant que je ne perde
Le contrôle de la Rolls. J'avançais lentement
Ma voiture dériva et un heurt violent
Me tira soudain de ma rêverie. Merde !
J'aperçus une roue de vélo à l'avant,
Qui continuait de rouler en roue libre,
Et comme une poupée qui perdait l' équilibre
La jupe retroussée sur ses pantalons blancs

" Tu t'appelles comment ?
- Melody
- Melody comment ?
- Melody Nelson. "

Melody Nelson a des cheveux rouges
Et c'est leur couleur naturelle.


2- Ballade de Melody Nelson
Ça c'est l'histoire
De Melody Nelson
Qu'à part moi-même personne
N'a jamais pris dans ses bras
Ça vous étonne
Mais c'est comme ça

Elle avait de l'amour
Pauvre Melody Nelson
Ouais, elle en avait des tonnes
Mais ses jours étaient comptés
Quatorze automnes
Et quinze étés

Un petit animal
Que cette Melody Nelson
Une adorable garçonne
Et si délicieuse enfant
Que je n'ai con-
Nue qu'un instant.

Oh ! Ma Melody
Ma Melody Nelson
Aimable petite conne
Tu étais la condition
Sine qua non
De ma raison


3- Valse de Melody 
Le soleil est rare
Et le bonheur aussi
L'amour s'égare

Au long de la vie

Le soleil est rare
Et le bonheur aussi
Mais tout bouge
Au bras de Melody

Les murs d'enceinte
Du labyrinthe
S'entrouvent sur
L'infini


4- Ah ! Melody 
Ah Melody
Tu m'en auras fait faire des conneries
Hue hue et ho
A dada sur mon dos
Oh Melody
L'amour tu ne sais pas ce que c'est
Tu me l'as dit
Mais tout ce que tu dis est-il vrai ?

Ah Melody
Tu m'en auras fait faire des conneries
Hue hue et ho
A dada sur mon dos
Oh Melody
Si tu m'as menti j'en ferai
Une maladie
Je n'sais pas ce que je ferai


5- L'hôtel particulier
Au cinquante-six, sept, huit, peu importe
De la rue X, si vous frappez à la porte
D'abord un coup, puis trois autres, on vous laisse entrer
Seul et parfois même accompagné.

Une servante , sans vous dire un mot, vous précède

Des escaliers , des couloirs sans fin se succèdent
Décorés de bronzes baroques, d'anges dorés,

D'Aphrodites et de Salomés .

S'il est libre , dites que vous voulez le quarante-quatre
C'est la chambre qu'ils appellent ici de Cléopâtre

Dont les colonnes du lit de style rococo
Sont des nègres portant des flambeaux .

Entre ces esclaves nus taillés dans l'ébène

Qui seront les témoins muets de cette scène
Tandis que là-haut un miroir nous réfléchit,

Lentement j'enlace Melody.  


6- En Melody
Melody voulut revoir le ciel de Sunderland
Elle prit le sept cent sept, l'avion cargo de nuit
Mais le pilote automatique aux commandes
De l'appareil fit une erreur fatale à Melody
 

7- Cargo Culte
Je sais moi des sorciers qui invoquent les jets
Dans la jungle de Nouvelle-Guinée
Ils scrutent le zénith convoitant les guinées
Que leur rapporterait le pillage du fret

Sur la mer de corail au passage de cet
Appareil ces créatures non dénuées
De raison ces papous attendent des nuées
L'avarie du Viscount et celle du Comet

Et comme leur totem n'a jamais pu abattre
A leurs pieds ni Bœing ni même D.C. quatre
Ils rêvent de hijacks et d'accidents d'oiseaux

Ces naufrageurs naïfs armés de sarbacanes
Qui sacrifient ainsi au culte du cargo
En soufflant vers l'azur et les aéroplanes.

Où es-tu Melody et ton corps disloqué
Hante-t-il l'archipel que peuplent les sirènes
Ou bien accrochés au cargo dont la sirène
D'alarme s'est tue, es-tu restée

Au hasard des courants as-tu déjà touché

Ces lumineux coraux des côtes guinéennes
Où s'agitent en vain ces sorciers indigènes
Qui espèrent encore des avions brisés

N'ayant plus rien à perdre ni Dieu en qui croire
Afin qu'ils me rendent mes amours dérisoires
Moi, comme eux, j'ai prié les cargos de la nuit

Et je garde cette espérance d'un désastre
Aérien qui me ramènerait Melody
Mineure détournée de l'attraction des astres.

" Tu t'appelles comment ?
- Melody
- Melody comment ?
- Melody Nelson. "

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