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Les Innocents - Studio de l'Ermitage, Paris le 9 décembre 2025

 


On s’attendait naïvement à une relecture intégrale et dans l’ordre de leur album "Post-Partum", souvent considéré comme leur grande oeuvre. On avait révisé, enfin surtout moi qui connait mieux le précédent, "Fous à lier", celui qui m’a fait aimer ce groupe, au-delà de ses tubes trop entendus. ("L’Autre Finistère" ou "Un homme extraordinaire"). C’est d’ailleurs un des rares disques que j’écoutais à quinze ans et que j’écoute encore maintenant. J’étais dans ma période Queen, Dire Straits ou Genesis. "Post Partum" était déjà sorti trop tard, en 1995, alors que je m’étais mis à écouter Bernard Lenoir. J’avais trop de retard à rattraper, même si je pouvais retrouver plus tard Les Innocents sur les compilations du magazine des Inrocks, me confortant dans le fait qu’il y avait aussi une logique dans mon parcours musical. Le groupe maintenant duo depuis la reformation surprise il y a une dizaine d’années, a depuis plusieurs mois poser ses valises au studio de l’Ermitage, dans le quartier Belleville-Ménilmontant dont est originaire Jean-Christophe Urbain. Au départ, l’excuse annoncée était de fêter les 30 ans de "Post Partum" et on a tout de suite compris que l’essentiel était surtout d’avoir son petit chez soi et de partager avec les fans, peu importe le disque. C’est toute la discographie des Innocents qui est parcourue avec, forcément, l’accent mis sur "Fous à lier" - excellente version rockabilly de "Confessions d’un vieux serpent" - et "Post-Partum" - les magnifiques "Lune de Lait" et "Dentelle" peu joués live -, les deux apogées artistiques et commerciaux. Pourtant, on se rend compte que chacun de leurs seulement six albums en presque 40 ans de carrière contiennent leur lot de pépites. 
"Sherpa" est l’occasion pour Franck Marco, le batteur - pièce rapportée pour la soirée ? - de faire un passage parmi le public, histoire de faire plus ample connaissance avec l’assistance et de faire monter un peu l’ambiance un peu trop feutrée de la salle. Jp Nataf nous régale de mini reprises au milieu des titres indiquant par là même ses influences multiples et les similitudes d’accords qui existent entre des morceaux d’apparences très différentes. Bref, on assiste en toute décontraction - oubliant même un peu la grisaille ambiante et la fatigue - à une belle soirée entre "potes", de ceux qui restent fidèles, envers et contre tout. On regarde autour de nous, les cheveux sont quasiment tous gris. On se comprend. Je me surprend même â être encore ému par "Un homme extraordinaire" - qui aurait plutôt dû s’appeler "Un être humain extraordinaire" mais c’était trop long à chanter. Cette époque glorifie plus que jamais des êtres sans intérêt et parfois profondément abjects, oubliant que parmi le commun des mortels, ceux que le monde va progressivement oubliés - même leurs proches - subsistent des êtres à la qualité d’âme supérieure. Je ne sais pas s’il y en avait, au studio de l’Ermitage, mais je suis sûr que la plupart d’entre nous méritent mieux que le mépris des gens de pouvoir qui s’arrogent le droit de penser pour nous, pauvres d’esprit. Je veux croire que nous étions tous ce soir-là des êtres extraordinaires, indifférents aux messages de haine ordinaire qu’on veut nous abreuver. Tous innocents. Sans aucun doute.

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