25 août 2014

Portishead, Slowdive, Protomartyr, Anna Calvi - La Route du Rock - 15 août 2014

Cette année, on s'est dit qu'on n'allait pas y couper. Chaque fois, on passe entre les gouttes. La veille, il avait plu des trombes d'eau, ayant laissé le terrain tel un vaste champ de boue. Les bottes se révélaient rapidement indispensables. Mais vu le ciel, on se disait que ce n'était sans doute pas fini. On avait tort... Beaucoup de monde à l'entrée du site, ce qui nous a fait louper le premier groupe de la soirée, les sympathiques anglais de Cheatahs, dont on entendra quand même au loin la musique, pas désagréable mais archi rebattue. On arrive juste pour écouter de plus près la fin du dernier morceau. Tant pis. On enchaîne rapidement avec le premier concert vraiment attendu : Anna Calvi. L'anglaise a une classe indéniable. Elle chante divinement bien, assure un max à la gratte. Pourtant, il y a quelque chose qui ne passe pas. C'est très (trop?) calibré. Y a rien qui dépasse. Les compositions restent en retrait du potentiel de la demoiselle. L'absence de basse aussi pour arrondir les angles se fait sentir. C'est trop en force, un comble pour une fille dont le physique est pourtant un atout indéniable. La différence avec un Jeff Buckley, c'est qu'elle ne se laisse pas aller complètement, elle garde constamment le contrôle. On aurait bien aimé chavirer avec elle.

La suite nous en donnera rapidement l'occasion. Protomartyr, c'est une tuerie et il ne faut pas longtemps pour en prendre la pleine mesure. Si Anna Calvi jouait de son charme, le chanteur de Protomartyr attaque sur un autre registre, une étonnante nonchalance scénique entrecoupée de brusques accès de colère. "Scum, Rise!" devient en concert un truc de dément, donnant la furieuse envie de sauter dans tous les sens. La prestation des américains originaires de Detroit - la ville des Stooges et du MC5 - réussit l'exploit de ne jamais baisser en intensité. Après ça, les revenants de Slowdive auront fort à faire... Et si une grande majorité des spectateurs semble immédiatement séduit par la toujours fringante Rachel Goswell et la musique planante de son groupe, ce n'est pas notre cas. Slowdive est un cas à part. Voici une formation qui, pendant sa courte existence, n'a connu que très peu le succès, public comme critique mais qui, les années passant, gagne aujourd'hui une surprenante crédibilité artistique. Je reste persuadé que la vérité se situe quelque part entre les deux. On les rapproche du mouvement shoegaze mais c'est plutôt de dreampop dont il s'agit. Sans eux, pas de Beach House. Si "When The Sun Hits", un de leurs titres les moins calmes fait son petit effet, je me suis largement ennuyé pendant leur set. C'est joli tout plein, les membres du groupe ont l'air éminemment sympathiques et heureux d'être là. Je comprends l'engouement des fans, moins un tel retour en grâce. Ils manquent cruellement de charisme. A tout niveau. Leur musique n'a pas de forte personnalité, à l'inverse de My Bloody Valentine par exemple. N'en déplaise à certains, ils resteront pour moi un groupe mineur.

Tout l'inverse de Portishead, clou de la soirée. Ceux sans qui le fort Saint-Père n'aurait jamais été aussi rempli, malgré la boue. (11 000 personnes, quand même !) Les anglais de Bristol sont un des groupes les plus importants de ces vingt dernières années. Leurs trois albums sont autant de chefs d'oeuvre, avec une préférence pour le dernier en date, le monumental "Third". Beth Gibbons, comme à son habitude, ne joue pas la carte "glamour", elle chante affublée d'un jean et d'un sweat à capuche. Mais on n'en a cure, car l'émotion est à chaque instant palpable, avec quelques climax, comme une version acoustique de "Wandering Star" ou ce moment où la chanteuse, d'habitude réservée, ose descendre dans la fosse serrer quelques pognes. C'est peu dire qu'on attend un quatrième disque, tellement Portishead paraît vingt ans après "Dummy" toujours nettement au-dessus de la mêlée. Sublime. Comment enchaîner après ? Avec Metz ? Désolé, mais non, leur rock adolescent, bourrin et braillard n'arrive pas à nous retenir. Tant pis pour la suite (Liars et Moderat), car nos oreilles n'auraient pas supporté un tel supplice une heure durant. On rejoint donc notre voiture garée plus loin qu'à l'accoutumée, eut égard à l'affluence record. Ne voyant que dalle dans cette nuit opaque, je m'écroule lamentablement dans un talus plein de boue. Comme si le festival se vengeait de ce départ précipité. Pas rancunier, je sais que j'y reviendrai. J'aime toujours autant les embûches et les chemins de traverse de cette Route (du Rock) là !

4 commentaires:

  1. Génial le reportage sur la route du rock ! Des groupes dont tu parles je ne connais que Cheatahs et bien évidement Portishead, du coup c'est une bonne grosse moitié de découverte !
    Pour ce qui est d'Anna Calvi, le live m'est très charmeur et m'a clairement donné envie d'aller voir ce que ça donne en studio ( sa voix est assez remarquable, comme Bowie au féminin), malgré une impression d’inachèvement de la "production" sur le live.
    Slowdive je n'accroche pas du tout. Niveau instrumental et dans l'ambiance ça me fait pensé à aux Cure ( ce côté new wave où le chant semble se noyer dans l'instrumental, mais par miracle arrive tout de même à rester émerger de peu ) qui voudraient faire de la folk voyageuse ... en vain.
    Portishead je les ai vu en concert, également en festival ( aux Vieilles Charrues ) et je peux avec le recul aisément le classer comme mon 4ème ou 5ème meilleur concert de ma courte vie. C'est comme si nous étions des milliers, en toute intimité, dans le petit studio étudiant de Beth Gibbons qui auraient fait venir ses potes musiciens afin de chanter entre deux bouteilles et 3 paquets de clopes. Le monde semble s'arrêter autours de cet être pur et de cette musique si précieuse et fragile, mais d'une puissance et d'une vérité abyssale à la fois. Le groupe arrive à créer une osmose et à arrêter le temps entre eux et le public. Une capacité rare, pour un groupe dont la musique est d'une exigence surdimensionnée en live.
    Elle était elle aussi descendu serrer des mains et demander une cigarette dans le public, pas si sûr qu'elle soit si réservé que ça donc, malgré son allure chétive d'alcoolique.
    En tous cas tes oreilles ont l'air d'avoir passé une charment soirée en compagnie d'une généreuse proportion de voix féminines.

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    1. Marrant que tu ne connaisses que Cheatahs, parce que c'est quand même pas les plus connus !
      Portishead, oui, c'est excellent. Le genre de groupes qui marquera l'histoire. C'est évident. Donc, bien au-dessus de la concurrence.
      Des trois femmes de la soirée, c'est Beth Gibbons qui m'a plus ému, de loin. Pourtant, ce n'était ni la plus jolie ni la plus affrétée...

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    2. Oui elle a vraiment un aura peu commun. Est'il question d'un nouvel album ou ce n'est que pur désir ? Ce serait vraiment génial, d'autant que depuis le temps qu'ils tournent, les maquettes doivent commencer à s'entasser.

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    3. pour Cheatahs j'ai du écouter quelques morceaux sur un blog qui est assez friand de ce genre de son. moi c'est aps trop ma kam', un peu trop adolescent peut être.

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