Accéder au contenu principal

Nick Cave & The Bad Seeds, Local Natives, !!!, Moon Duo, etc - La Route du Rock - jeudi 15 août 2013


Voici une route qu'il est toujours agréable d'emprunter. Parce que ça sent tout simplement les vacances. Parce que l'ambiance y est détendue, qu'on ne se marche pas encore sur les pieds - même si l'attente aux stands pourrait dissuader -, comme dans d'autres festivals concurrents. Parce que la programmation y est aussi toujours impeccable. Et même si, cette année, un seul artiste m'a vraiment fait faire le déplacement, il n'y a pour ainsi dire, dans l'ensemble, aucune fausse note. On essaie d'arriver pour le début des hostilités au Fort Saint-Père, mais le bouchon de voitures, puis la queue à l'entrée du site nous empêchent d'assister au premier quart d'heure de la prestation du Néerlandais Jacco Gardner. C'est la musique idéale pour commencer un festival en douceur. Son premier disque, même s'il n'invente rien, est une belle réussite dans la lignée de la pop psychédélique des années 60, de Syd Barrett aux Zombies. Vu son très jeune âge, le garçon est promis à un bel avenir. Les Danois de Iceage viennent tout de suite après casser cette ambiance champêtre. Si j'avais accroché à leur mélange de post-punk et de metal à l'époque de leur premier album, le nouveau, à la rythmique plus lourde, m'a quelque peu rebuté. Et en concert, le groupe semble confirmer cette nouvelle direction. Le batteur se fiche de ses petits camarades et frappe comme un sourd, masquant la guitare au scalpel, pourtant principal atout de cette musique. La voix, à la manière de nombre de chanteurs de metal, paraît forcée. On ne donne pas beaucoup de temps au petit minet derrière le micro avant de se détruire les cordes vocales. Si cette bouillie sonore était jouée modestement, on supporterait peut-être davantage. Ce n'est pas le cas. Les Danois qui n'ont pas l'air de comprendre l'apathie du public repartiront sous quelques timides applaudissements. On enchaîne avec la deuxième scène, celle plus petite, des remparts avec Moon Duo. Tout de suite, on sent une attitude plus naturelle et simple : le chanteur-guitariste au look à la ZZ Top commence le set en prenant une photo de la foule amassée devant eux. Puis, dès les premières notes, la formation nous embarque dans un blues-rock psychédélique mâtiné d'électronique. C'est planant à souhait, addictif, mais, passés les premiers morceaux, on finit, à force de répétition, par s'ennuyer. Retour sur la scène principale avec les américains de Local Natives et leur folk à cheval entre celui des Grizzy Bear et des Fleet Foxes. Si certains pourront leur reprocher le côté presque trop propre, FM, leur prestation est impressionnante de maîtrise. Et puis, les membres de la Blogothèque pourront en témoigner - après les remerciements adressés expressément pour eux par un des chanteurs -, les Local Natives dégagent un indéniable capital sympathie. Déjà le quatrième concert de la soirée et autant de styles complètement différents - et ce n'est pas fini ! En tout cas, c'est le premier à m'avoir entièrement emballé.

Ensuite, pas de changement de scène, on reste au même endroit et on attend du coup plus longtemps pour accueillir la tête d'affiche de la soirée : Nick Cave. L'Australien, très élégant, comme à son habitude, arrive sur scène avec ses inséparables Bad Seeds. Il débute par le premier titre, calme, de son récent "Push The Sky Away". C'est impeccablement joué, mais on n'a encore rien entendu ! Juste après, c'est "Jubilee Street", déjà une des meilleures chansons de 2013, qui monte progressivement en puissance pour atteindre une apothéose finale proprement ahurissante, à vous donner des frissons dans tout le corps. A partir de là, on ne redescendra plus vraiment. Le chanteur, en pleine forme, vient plusieurs fois toucher son public, surtout féminin - tant qu'à faire ! Les classiques de son répertoire ("From Here To Eternity", "Tupelo", "Deanna" et une terrifiante version de "The Mercy Seat") sont enchaînés avec les titres de son dernier disque sans baisse d'intensité.  Malheureusement, festival oblige, tout ça s'arrête après seulement 1h10, avec un frustrant sentiment de trop peu. Voilà la confirmation que Nick Cave a la grande classe et qu'il reste actuellement l'un des derniers grands rockeurs. Ensuite, forcément la tension retombe avec !!!, même si leur musique "groovy" est plus apte à faire bouger l'assistance. Son chanteur, véritable showman, est une pile électrique. Il improvise les chorégraphies décalées une heure durant, le tout affublé d'un simple caleçon - tee-shirt. A part ça, il a bien du mal à rivaliser avec la voix de crooner de son prédécesseur. Pas grave, son groupe, plus professionnel assure l'essentiel à cette heure-là : nous maintenir éveillé.

Il reste encore deux concerts, mais la musique de Electric Electric puis celle de Fuck Buttons n'est pas idéale pour faire passer une grosse fatigue et les percussions omniprésentes donneraient facilement la migraine à ceux qui n'ont pas la résistance nécessaire. Nous reprenons donc doucement la route du retour, avec déjà dans la tête la ferme intention d'y revenir dès l'année prochaine. Surtout sous un soleil aussi radieux. Merci à Nick Cave d'avoir réussi à dégager notre ciel de la sorte. "Keep on pushing..."

Commentaires

  1. C'est vrai que "La Route Du Rock" est un des meilleurs festivals français. Toujours une programmation Indie défricheuse et pointue et nombre de grands groupes y sont passé.
    Je n'y étais pas cette année mais pas mal d'artistes, en plus de ceux que tu as cité, m'auraient intéressés :
    Julia Holter, Orval Carlos Sibelius (auteur du mirifique "Super Forma"), Tame Impala, Cankun, Zombie Zombie et surtout....Godspeed You! Black Emperor !! Je rêverai de voir ces "défenseurs de l'Underground Indie" sur scène. Il parait que leurs concerts sont toujours de grands moments magiques, épiques et lyriques !!!

    Et bien sur Nick Cave & The Bad Seeds mais d'après ce que tu en as dis, no comment !!
    A +

    RépondreSupprimer
  2. Que dire de plus sur la prestation de Nick Cave & The Bad Seeds?
    Si jamais une interview d'Orval Carlos Sibelius t'intéresse, n'hésite pas à venir faire un tour sur le blog!

    See you,

    http://ohplayitlouder.blogspot.fr

    RépondreSupprimer

Publier un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

The Monochrome Set - Fabula Mendax

Le Monochrome Set existe depuis bientôt 40 ans. Il a connu une période faste à ses débuts, à l'orée des années 70 et 80, durant laquelle le groupe inventait une pop à nulle autre pareille, bien éloignée du mouvement post-punk alors en plein essor ou de la new-wave balbutiante. La formation menée par Ganesh Seshadri, alias Bid, un soit-disant authentique prince indien, est à l'origine de beaucoup de vocations, notamment Morrissey ou Edwyn Collins. Le groupe arrivé trop tôt, reviendra trop tard dans les années 90, à l'heure de la brit-pop. Leurs mélodies précieuses et délicates n'avaient pas grand chose à voir avec le rock direct et un peu simplet de Oasis et consorts. Puis, il y a eu une nouvelle reformation à la fin des années 2000, après 10 nouvelles années de disette. Celle-ci ne semblait plus rien vouloir du tout, ne surfant pas avec une quelconque mode par essence éphémère. On sait déjà que le succès n'arrivera jamais, d'autant que la formation londonienne…

Temples - Hot Motion

Si le rock était encore à la mode, les anglais de Temples pourraient assurément emporter la mise, renvoyant les australiens de Tame Impala dans leur 22, avec ce "Hot Motion", troisième album encore plus direct et calibré que les précédents. Après avoir (un peu) délaissé les guitares pour les claviers, le temps de "Volcano", ils reviennent à un style plus "classique" et proche de leur premier essai, l'excellent "Sun Structures". C'est toujours la même recette : des mélodies accrocheuses dans la plus pure tradition anglaise, relevées par des arrangements très psychédéliques avec un bon gros son qui claque. Si on flirte parfois avec la facilité, comme sur "The Howl", ces jeunes anglais chics et très (trop?) stylés arrivent toujours à faire passer la pilule avec un petit changement de direction imprévu.  Car si le chemin d'ensemble est bien balisé, le groupe s'autorise de légères sorties de route qui font que ce "Hot …

Kraftwerk - festival Days Off - Philharmonie de Paris - samedi 13 juillet 2019

Après la visite (un peu décevante) de l'Expo Électro dans l'après-midi, nous avons enchaîné avec un concert d'un des plus groupes les plus (si ce n'est le plus) influents de la musique électronique : Kraftwerk. Comme ce style s'accompagne souvent d'un décorum particulier - on n'a toujours pas oublié les shows gargantuesques de Jean-Michel Jarre -, on attendait avec une certaine impatience la soirée depuis de longs mois déjà. Un concert avec lunettes 3D ? C'est la première fois que nous tentions l'expérience. Après le concert ultra chorégraphié et sans fil de David Byrne de l'an passé, la Philharmonie de Paris semble être le lieu privilégié des prestations hors normes, prêt à phagocyter toutes les expériences musicales et visuelles mémorables. Le concert ne débuta qu'à 22h sans première partie - comment passer avant ce qui allait suivre de toute façon ? - et tout de suite, notre attente ne fut pas déçue. A peine après avoir enfilé les lunett…