31 janvier 2013

Nirvana - Nevermind (1991)

A rebrousse poil : Le webzine pour lequel je bosse depuis plusieurs mois, me commande un billet sur un album incontournable, dithyrambique, qui a cartonné planétairement, mais qu'on peut pas blairer. Il faudra le défendre quand même!  (Mauvaise foi, préjugés, exubérance, faux-cul... tout est permis, sinon on est viré!) 

Rien à foutre, je prends le risque du crime de lèse-majesté. Car Cobain fait désormais partie - suicide oblige ? - de ces artistes cultes inattaquables, sensés avoir marqué à jamais l'histoire du rock. Pour avoir marqué l'histoire du rock, oui, il l'a assurément marqué, surtout avec "Nevermind" et ses plusieurs millions d'albums vendus. Il a aussi marqué mon histoire personnelle, quoique je puisse en dire maintenant. Comme tous les ados de mon époque, en mal de rébellion, je me suis pris d'affectation pour ce groupe et son chanteur. Pour leur look cradingue -les fameuses chemises de bûcherons -, pour leur côté punk, hors du système. Sauf, que comme souvent, le système, plus fort, les a avalé et Kurt n'a pas supporté. Moins malins que les Pistols ? Peut-être. Moins cyniques en tout cas. Mais, bizarrement, comme les Pistols, les gens ont aimé Nirvana, plus pour la forme que le fond. Dont tout le monde se fichait éperdument. "Smells Like Teen Spirit", pourtant. Et la célèbre pochette avec le bébé déjà à la conquête du billet vert ! C'était évident, cela annonçait le message à faire passer : vous n'êtes tous que des moutons seulement motivés par l'argent, et ce, dès le plus jeune âge ! Et les moutons suivirent. Et le berger devint millionnaire. C'est le danger inhérent à ce genre de leitmotivs. L'arroseur arrosé, quoi ! Sauf que mise à part ça, 20 ans après, la musique de Nirvana reste pour moi du rock bourrin, mal dégrossi. Un truc d'ados. Facile à jouer pour les apprentis guitaristes, bien loin des rythmiques alambiquées de leurs augustes aînés des Pixies ou de Sonic Youth, par exemple. Leur meilleur titre ? La reprise unplugged de "The Man Who Sold The World" d'un certain Bowie. Ben tiens, rien que pour m'avoir fait découvrir ça et tout ce qui s'en suivit, ça valait quand même le coup. Puisque le sujet impliquait aussi qu'on défende le disque, je dirais que "Nevermind", comme l'adolescence, fut pour moi, un passage obligé et nécessaire. 


Album en écoute intégrale sur Deezer.

29 janvier 2013

Brian Eno - Another Green World (1975)

L'échappée belle : Tous les groupes ont vu un ou plusieurs membres prendre la poudre d'escampette. Pour compliquer un peu, le membre en question doit s'extirper d'un groupe toujours en activité à la sortie du projet solo. 

Bon, là-dessus, j'ai le sentiment, peut-être à tort, que le choix est restreint. Des gars qui ont quitté un groupe qui, dans le même temps, a poursuivi son activité, je n'ai pas l'impression que cela soit si fréquent. John Cale ou Lou Reed évidemment, - oui, le Velvet a continué sans ce dernier - mais comme j'ai déjà parlé de "Paris 1919", de "Berlin" ou "Perfect Day", il me fallait trouver autre chose. Et puis, plus que ces deux derniers, Brian Eno fait partie de mes héros personnels. "Another Green World" n'est pas son premier disque solo après son départ de Roxy Music. Ce n'est pas non plus mon album préféré de l'artiste - je trouve "Here Come The Warm Jets" et "Before And After Science" supérieurs. Mais c'est pourtant celui qui est le plus représentatif du style Eno et donc celui que beaucoup proclament comme étant son chef d'oeuvre. On y retrouve des réminiscences glam de sa période Roxy, déjà de l'ambient, mouvement auquel il participera grandement à l'élaboration et puis, un zest de world music qu'il développera davantage avec les Talking Heads notamment. Mais plus pour que ça, j'aime surtout ce disque parce qu'il contient la chanson "Golden Hours", et son titre approprié. Une des meilleures de l'histoire de la pop (comme "On Some Faraway Beach" ou "By This River"). Un de ces trucs qui justifient à lui seul l'existence de la musique, sensée nous aider à vivre mieux. Rien de moins.

Golden Hours by Brian Eno on Grooveshark
Album en écoute intégrale sur Deezer.

27 janvier 2013

The Boo Radleys - Wake Up Boo ! (1995)

Hangover sound : C'est pas la messe, c'est pas du bronze, c'est pas du marbre... c'est pas du toc, c'est pas d'la tarte, c'est pas donné, c'est pas d'l'amour non plus... mais alors qu'est-ce que c'est... je vous l'demande... bah, c'est une grosse gueule de bois! (Dimanche matin enclume, ça craint, un disque pour soigner les gueules de bois.) 

Je sais, se réveiller après une bonne gueule de bois au son du tonitruant "Wake Up !" des Boo Radleys pourrait paraître un peu "violent" - si, si, essayez pour voir. Bon, je sais, tout cela reste léger, mais quand même. Aux grands maux, les grands remèdes, comme on dit. Et si, certains pourraient avoir l'alcool triste, la pop de ces liverpudliens-là avait quelque chose d'indéniablement euphorisant, revigorant. Un disque de dimanche donc, innocent, naïf, comme si de rien n'était. Les fleurs sur la guitare, la musique au premier degré. Il n'y a rien de mieux pour oublier. ("Wake up, it's a beautiful morning, feel the sun shining for your eyes") Oui, sauf que tout n'est pas si simple ("...for what could be the very last time"). Le groupe a commis auparavant le labyrinthique et foisonnant "Giant Steps". On ne change pas aussi rapidement de fusil d'épaule. Même si les chansons ont gagné en immédiateté, en clarté, elles ne sont jamais complètement rectilignes et prévisibles. J'aurais pu mettre le titre éponyme comme indiscutable réveil, ou encore "Joel" et son intro au clairon militaire mais je garde un faible pour "Find The Answer Within". Avec une telle évidence pop, on en oublierait n'importe quel mauvais jour.


Album en écoute intégrale sur Deezer.

25 janvier 2013

David Bowie - Low (1977)

Happy Birthdyear : Les disques, c'est comme le vin, des années avec, des années sans... mais que se passait-il l'année de votre naissance? (Un choix discographique de cette année-là.)

Là-dessus, on peut dire que j'ai eu de la chance. 1977 - Oui, à cause de Charlu, je suis démasqué. Pas si vieux qu'il en a l'air, le papa, hein ? Enfin, j'espère :) - : l'année de Star Wars, l'année de l'avènement du punk. Une année à double chiffre, c'est forcément une bonne année, non ? En tout cas, il y eut pléthore de chefs d'oeuvre musicaux. A commencer par ceux du "maître", j'ai nommé Bowie. Celui qui met tous les blogueurs d'accord - on a tous en nous, quelque chose de beau...oui !. Il suffit de voir l'effet qu'a produit sur le net, l'annonce de la sortie d'un nouvel album, le 8 janvier dernier, jour de son 66ème anniversaire. A l'époque, il n'était pas encore retranché dans une maison dorée, à Los Angeles et surtout, il pétait la santé. Même si c'était dans une ville encore divisée, en voie de reconstruction, qu'il avait choisi alors de poser ses valises : Berlin. Mais, il n'y était pas venu tout seul et avait pris soin de bien s'entourer : Eno et Pop. Il en est ressorti deux disques "Low" et "Heroes" pour David, deux autres pour Iggy "Lust For Life" et "The Idiot", sans parler du magnifique "Before and After Science" de Brian, sans doute le plus essentiel du lot. Mais, pourquoi Bowie plus qu'un autre ? (il y avait aussi "Marquee Moon", le premier Talking Heads, l'inénarrable "Never mind the bollocks", etc). Parce que si 1977, c'est ma naissance, ma vraie, la biologique. Bowie, c'est ma naissance, l'autre, liée à ma rencontre avec maman. Une vie, un son et une vision en commun.

Sound and Vision by David Bowie on Grooveshark
Album en écoute intégrale sur Deezer.

24 janvier 2013

Julien Pras - Shady Hollow Circus

Petite pause au beau milieu du "concours des mangeurs de disques" pour vous parler aujourd'hui d'un de mes coups de coeur du moment, un de ces trucs qu'on n'arrive pas à garder secrètement pour soi - oui, il y  en a pas mal depuis ce début 2013. Julien Pras fait partie de ces songwriters français doués, qui chante (plutôt bien) en langue anglaise et à la filiation évidente avec un certain Elliott Smith. On a connu pire inspiration. D'ailleurs, dès le premier morceau, la ressemblance est frappante, jusqu'à la voix douce et mélodieuse. Le monsieur sévit depuis de nombreuses années déjà, d'abord au sein du groupe Calc puis désormais en solo, mais ce n'est qu'aujourd'hui que sa musique réussit à accrocher mes oreilles. Il faut dire que le début de ce "Shady Hollow Circus" est un vrai régal, on se sent comme emporté dans un tourbillon de mélodies et d'arrangements soyeux. En cela, il se rapproche d'un Syd Matters, même si, à mi parcours, l'intensité baisse d'un cran - un "White Lies" un peu facile et en roue libre... 
A l'heure du MP3, ce n'est pas toujours évident de capter l'attention sur la longueur. Restent un disque et un chanteur talentueux qui méritent bien mieux que ce trop sage silence (radio) qui les entoureront sans doute encore dans les prochaines semaines.

Clip de "Angel Of Mercy" :

Clip de "Radio Silence" :
Album en écoute intégrale sur Abus Dangereux.

23 janvier 2013

Pavement - Wowee Zowee (1995)

Bubbles cover :  C'est le jour des enfants, avec ma petite dernière, quelquefois, nous cherchons les papillons sur les pochettes de Barclay James Harvest. Allez, ma princesse, en l'honneur de « l'art du disque » et d'une après-midi à buller, on change de thème et on part à la recherche de bulles. (Une pochette de disques avec des bulles dessus.)

Mercredi, c'est bien connu, il n'y a pas école - enfin, sans doute, plus pour très longtemps. Et l'école buissonnière, Pavement, ils connaissaient bien. C'étaient comme qui dirait les dilettantes de la classe. Ceux qui arrivaient à avoir des bonnes notes tout en séchant les cours. Vous savez, ceux qui énervent un peu, mais à qui on ne peut foncièrement pas en vouloir, parce qu'ils sont naturellement cool. Avec "Wowee Zowee", les critiques se font d'abord plus sévères. On leur reproche enfin de buller un peu trop. C'est bien gentil, ce "je-m'en-foutisme" revendiqué, ce bricolage tout azimut, mais, au final, ça finit par bien faire. Il faudrait quand même penser à se sortir les doigts, bosser un minimum et pondre quelque chose de plus évidemment soigné. La pochette est significative de l'état d'esprit du groupe. De drôles d'animaux (des singes savants?) qui semblent de ne pas vouloir en foutre une ramée. Les années ont passées et le disque est depuis considéré par beaucoup comme leur plus réussi, le plus ouvert aux quatre vents, celui qui résume donc le mieux l'esthétique Pavement. Cette absence de style apparent qui au bout du compte en est devenu un. Cette liberté de ton, ce refus de tout formatage, n'est-ce pas, après tout, un modèle pour les futures générations ?

Fight This Generation by Pavement on Grooveshark
Album en écoute intégrale sur Deezer.

21 janvier 2013

Black Box Recorder - England Made Me (1998)

Protest Album : C'est aigre un lundi, on se braque, l'humeur amère à reculons, une grosse envie de râler, de crier... de l'intérieur, et pourtant on y va quand même. (Vite! un protest album pour communier...)

C'est parti pour deux semaines de disques à dénicher dans ma discothèque en rapport avec les thèmes dégotés par Charlu, le GO de l'affaire. Aujourd'hui, ça va donc comme un lundi. Mais, au lieu des sempiternels dénigrements faciles relatifs au début de la semaine, comme "le lundi au soleil, cette chose qu'on n'aura jamais" ou autre "tell me why I don't like mondays", j'ai choisi du plus lourd. Oui, une colère plus profonde, rentrée, qui sied bien à notre époque, où aucun sujet ne semble faire une unanimité suffisante pour qu'on puisse tous ensemble s'y opposer. Oui, notre société moderne semble avoir tué dans l'oeuf toute volonté de rébellion. Les plus forts ont réussi à diviser les plus faibles pour imposer plus facilement leur loi. Reste à chaque accident, chaque crise, sa boîte noire, où tout est enregistré. Ce genre d'instruments légitimes qui ne souffrent d'aucune contestation possible. Parce que tout y est soigneusement inscrit. Luke Haines fait partie de ces observateurs méticuleux. Pour le premier album de son nouveau groupe, au nom prédestiné donc, Black Box Recorder, il dresse un portrait au vitriol de l'Angleterre actuelle, une fois l'euphorie de l'élection de Blair passée. La déception est d'autant plus grande qu'il y a eu d'espoir. Noir, c'est effectivement très noir. "Life is unfair, kill yourself or get over it" est chantée par une douce voix féminine, histoire de contrebalancer la dureté des propos. J'espère qu'on ne communiera pas autour de telles propositions, mais en tout cas, il paraît difficile de commencer une semaine le moral plus en berne.


Album en écoute intégrale sur Deezer.

18 janvier 2013

Foxygen - We Are The 21st Century Ambassadors Of Peace & Magic

Celui-là ne sort que lundi prochain, mais comme je vous l'ai déjà dit, "la musique à papa" participe au nouveau concours des blogueurs mangeurs de disques et le sujet devrait squatter de manière quasi-exclusive le blog pendant 15 jours. Foxygen donc, mon album de 2012 et en janvier 2013, déjà un nouveau disque. Le groupe de bobos californiens qui balancent allègrement sur la "East Coast's attitude" ("There's no need to be an asshole, you're not in Brookyn anymore" sur "No Destruction") que certains aimeront pourtant détester, et qui fera indéniablement le buzz dans les semaines à venir. Il faut dire que leur musique possède des références impressionnantes : un mélange du "Let It Bleed" des Rolling Stones (le chanteur Sam France - oui, c'est son nom - semble imiter Mick Jagger sur la plupart des morceaux), du "Loaded" du  Velvet Underground (on croirait entendre Lou Reed sur "No Destruction"), voire même du "Village Green" des Kinks (la mélodie ensoleillée de "San Francisco"). Malgré deux singles impeccables déjà parus, une légère déception pointe à l'écoute de cet album au titre un brin pompeux. Car si, sur le précédent "Take The Kids Off Broadway" on décelait déjà les influences, elles étaient noyées dans un son bancal, au final, assez unique. Les mélodies jouaient allègrement aux montagnes russes, ce qui faisait qu'on y revenait volontiers, y découvrant à chaque fois quelque chose de nouveau. Ici, les morceaux, mieux produits, sont aussi de facture plus classique, il y a moins de bifurcations imprévues. Les emprunts aux glorieux aînés sont presque immédiatement identifiables.
Bref, la folie (comme l'effet de surprise et l'inspiration "bowienne") a quelque peu disparu. Ce n'est certes pas encore suffisant, pour ma part, pour délaisser ce groupe. Mais si, le premier disque nous avait fait voir le côté "Oxygen", donnant une vraie bouffée d'air frais, celui-ci, plus calculé, nous montre un côté "Fox", plus rusé. On peut apprécier diversement les deux penchants. 

Clip de "San Francisco" :

Clip de "Shuggie" :

Album en écoute intégrale sur Pitchfork.

16 janvier 2013

Dis papa, c'est quoi "un blog de musique" ?


Après ne pas avoir répondu à la question, c'est quoi être français, je vais ne pas répondre à c'est quoi un blog de musique. Oui, c'est très intéressant comme nouvelle rubrique, ça pose des questions sans y répondre. Mais c'est pénible à la fin, ces gens qui savent tout sur tout. Lucie et Ferdinand ont un papa qui ne sait pas grand chose et qui le revendique. Tant pis pour eux. D'abord, pourquoi de musique ? Je vous ai déjà donné un aperçu de ma passion. Enfin, pas n'importe quelle musique, hein : en gros, du rock indépendant et de la variété française. D'ailleurs, en parlant de "variété française", je viens de voir les nommés pour les Victoires de la musique (Dominique A, Barbara Carlotti, Rover, etc), vu comment ils ont tout "pompé" sur la musique à papa, c'est à se dégoûter de faire, comme les années précédentes, mes propres victoires 2013. Sinon, je me suis toujours posé la question de savoir comment certains faisaient pour écouter autant de styles musicaux différents, d'être comme qui dirait éclectiques. Mais, une passion, ça tranche dans le lard, ça sectionne. Forcément, ça fait mettre des boules Quiès sur le reste. Il ne peut y avoir de demi-mesure. Et, un blog, ça permet d'évacuer tout ça. De pouvoir partager. Parce qu'on n'est pas si nombreux. Et que pour me sentir moins seul, j'ai donc créé ce blog. Pour preuve que je fais désormais d'une grande famille, "la musique à papa" se transformera pour la première fois, à partir de la semaine prochaine, et ce pour 15 jours, en réunion du club des mangeurs de disques (oui, je sais, dis comme ça, ça fait un peu secte "discophage"...). Je suis aussi un musicien frustré. Oui, c'est le propre de ceux qui parlent de musique. Souvent, c'est parce qu'ils auraient voulu vivre de la musique, de leur musique, mais comme ils n'ont pas le talent, ils se contentent d'en parler. En tout cas, c'est ce que beaucoup pensent. Moi aussi, au départ, je pensais la même chose. Je me disais, c'est parce que je suis trop feignant pour apprendre à jouer correctement d'un instrument. Que de toute façon, je ne suis pas très doué pour ça. Et puis, au fil des années, je me suis dit que non. C'est ce qui me plait, au fond, parler de musique. C'est plus confortable. On n'est plus dans l'action mais dans la réaction. Mais ça doit faire partie de cette mauvaise foi qu'on acquiert avec l'âge. On s'auto-persuade qu'on est dans le vrai. Pour ne pas avoir à rougir devant ce petit enfant qu'on était et qui rêvait... Car, un enfant, ça rêve, non ?

14 janvier 2013

Yo La Tengo - Fade

Je vous l'avais bien dit que cette année 2013 démarrait sur les chapeaux de roue, car ne voilà t-il pas un nouveau disque magnifique ? Il est l'oeuvre de Yo La Tengo, un groupe que j'ai jusque là honteusement mésestimé, les prenant pour des Sonic Youth ou des Feelies - ils partagent avec ces derniers la même ville d'origine, Hoboken - mais en version neurasthénique. Ce nouvel album "Fade" est sans doute leur disque le plus lumineux - bon, je ne connais pas tous leurs albums non plus -, le plus ouvragé aussi, à l'image de la pochette verdoyante. On y entend même quelques cordes, des instruments à vent. Jim McEntire de Tortoise, aux manettes de ce disque, semble être venu aérer leur musique. Chaque morceau vient apporter une texture sensiblement différente mais permettant toutefois à l'ensemble de garder son homogénéité.  C'est ce qu'on peut appeler du travail bien soigné, à l'opposé donc du mouvement grunge auquel on les a un moment associés. Et me voilà donc parti à écouter la déjà imposante et très variée discographie de la formation portée par couple Ira Kaplan et Georgia Hubley.
Il est des groupes comme ça dont on ne sait pas par quel bout prendre. On tâtonne, on pioche à droite, à gauche, sans jamais accrocher vraiment. Et puis, enfin, c'est la révélation. Il n'est jamais trop tard. "Fade" est d'ores et déjà l'un des grands disques de 2013. "Yo La Tengo" ("je la tiens" en espagnol), oui, et je ne suis pas prêt désormais à lâcher cette musique-là.

Clip de "Before We Run" :

Clip de "Ohm" :

Album en écoute intégrale sur Pitchfork.

10 janvier 2013

Dis papa, c'est quoi "être français" ?

En ce moment, tout le monde parle de Gérard Depardieu, vous savez cet acteur à tendance alcoolique qui tourne plus vite que son ombre dans tout et quelques fois n'importe quoi. Tout ça, parce qu'il ne veut plus payer ses impôts en France. Du coup, il a fait successivement savoir qu'il irait se réfugier en Belgique (pour la bière?), puis dernièrement en Russie (pour la vodka?). Toute la France s'indigne de voir partir cet "immense" artiste que le monde entier nous envie. (si, si, je le sais de source sûre). Il serait un déserteur, délaissant sa patrie au moment où elle en a le plus besoin - oui, c'est la crise. Mais laissons-là ce gros homme avec sa curieuse destinée et posons-nous d'abord la question, c'est quoi être français ? Oui, aujourd'hui, j'initie une nouvelle rubrique sur mon blog. Une rubrique "sociétale", un peu politique, à double tranchant, donc. Puisqu'afficher ouvertement ses convictions, c'est aussi diviser. Forcément. Une rubrique façon tentative d'explication d'un père à ses enfants. Alors, c'est quoi être français ? Hein, quand on y réfléchit vraiment. C'est être né en France ? Habiter en France ? Savoir parler français ? Payer ses impôts en France ? Aimer la France ? Supporter l'équipe de France de foot ? On ne sait plus. Puisque certaines personnes qui justifient tous ces critères ne le sont pas. D'autres, au contraire, qui ne se retrouvent dans aucun, le sont. Mais la France, c'est quoi, au juste ? C'est la sécurité sociale ? Les RTT ? La déclaration des droits de l'homme. ?Une histoire ? Une culture ? Des paysages ? Des valeurs communes ? Dont on ne sait plus vraiment si ce sont toujours les nôtres. Puisqu'elles sont de plus en plus bafouées, piétinées. Difficile au final de s'y retrouver. Des frontières alors ? Un territoire bien délimité. Je me rappelle alors la séquence finale de "La Grande Illusion" de Jean Renoir où deux "déserteurs", justement essaient de passer la frontière suisse. L'un d'eux, incarné par Jean Gabin demande à l'autre où celle-ci se situe, puisqu'il ne la voit pas. L'autre de répondre par cette merveilleuse vérité : "Une frontière, ça ne se voit pas. C'est une invention des hommes. La nature s'en fout." Tout est dit. C'était en 1937. Nous voilà bien avancés depuis.

7 janvier 2013

Aline - Regarde Le Ciel

Je vous l'avais dit que cette année 2013 commençait bien. Musicalement parlant, j'entends. Le premier album des français d'Aline est ce que j'ai pu entendre de meilleur en matière de pop hexagonale depuis le dernier... Arnaud Fleurent-Didier voire au-delà, même si cette fois, c'est plus la mélodie que les textes qui sont mis en avant. Cela sonne tout d'abord comme du Cure pour les guitares, mais du Cure, période "In Between Days". De cette musique qui "guérit" en donnant la pêche. Loin, finalement de cette geignarde d'"Aline" bien connue des amateurs de variété française un peu vieillotte. Pour preuve, le premier single extrait du disque s'intitule sobrement "Je bois et puis je danse". Il a au passage été classé en première place des chansons de l'année 2012 de Magic. Sans doute exagéré, car dans ce "Regarde Le Ciel", il y a déjà plein d'autres mélodies à tomber. Mais assurément chanson idéale pour finir l'année en beauté. Je connais déjà un peu ces marseillais puisqu'ils s'appelaient précédemment Young Michelin (ex-vainqueur de l'indispensable concours CQFD des Inrocks) et encore avant Dondolo. Les influences sont toujours les mêmes, à savoir le meilleur de la pop des années 80, de celle à guitares qui sonnent, carillonnent, tourbillonnent.

Johnny Marr a finalement réussi aussi à faire des émules en France, trente ans plus tard. Lescop et sa musique de trentenaire gentiment dépressif peuvent aller se rhabiller. C'est désormais à Marseille qu'il faut aller se réchauffer pour écouter le revival eighties le plus abouti. Car, sous les évidentes références anglo-saxonnes, se cache la naissance d'une nouvelle marque de fabrique bien "made in France". Cocorico ! De là, à boire et à danser en marinière, comme un certain ministre du redressement...

Clip de "Je bois et puis je danse" :


Clip de "Deux Hirondelles" :

3 janvier 2013

Music has saved my life !

La musique a sauvé ma vie. Dis comme ça, de but en blanc, ça pourrait paraître un peu exagéré. D'ailleurs, mon entourage plus ou moins proche ne comprend bien souvent pas ma passion. Je viens d'une famille d'agriculteurs, ce qui ne laisse que peu de temps et de place pour ce genre de futilités. Je travaille dans un milieu d'informaticiens dont l'immense majorité se moque bien mal de savoir quand doit sortir le nouvel album de Grizzly Bear. Pourtant, à 17 ans, la musique a sauvé ma vie. Je n'existais pas encore. J'étais un fantôme. Je correspondais à l'archétype de l'adolescent mal dans sa peau, d'une timidité compulsive. Et puis, un de mes frères a ramené à la maison l'intégrale des albums des Smiths et quelques autres disques du même acabit et plus rien n'a été pareil. Ensuite, tous les soirs, j'enregistrais l'émission de Bernard Lenoir sur K7, j'avais tant de choses à découvrir, à rattraper. J'en étais encore au top 50, à Dire Straits, Genesis ou Queen. Plus qu'aucun autre remède, la révélation Jeff Buckley m'a, par exemple, fait me sentir incroyablement mieux. Je faisais partie d'une petite élite qui savait. Je me considérais comme investi d'une mission, voulais le crier à tout l'univers : ce gars-là était un génie, prière de transmettre la bonne parole. On est stupide quand on est ado. Des années plus tard, ce blog montre pourtant que rien n'a foncièrement changé. Même si, je ne suis plus vraiment ce jeune homme à l'aise nulle part. J'ai une situation confortable, une femme et deux enfants que j'adore. Mais, aujourd'hui encore, quand mes oreilles rencontrent un nouveau son qui me transporte, c'est toujours la même sensation. Je me crois puérilement le roi du monde...
Sur cette preuve irréfutable que mon désir de musique ne faiblit pas, je vous souhaite à tous une excellente année 2013 ! Merci aux quelques fidèles, aux derniers venus, pour vos encouragements, vos critiques aussi parfois, en espérant partager encore plus, dans les prochains mois, avec vous. Car c'est ce qui me fait toujours tenir cette fichue musique à papa après plus de quatre ans. 
Portez-vous bien et à très bientôt pour de la musique toute fraîche de 2013...