La fête de la musique, ce n’est pas vraiment mon moment préféré de l’année, loin de là. J’ai bien souvent été déçu, ayant le sentiment de ne pas être au bon endroit, au bon moment. Cette fois-ci, je n’ai pas eu l’envie d’improviser, par expérience, c'est rarement un pari gagnant. J’avais repéré une soirée organisée par les graphistes de "Arrache-toi un oeil" et le bar à bières Hazy, dans le 20ème. Parmi les groupes aux styles qui pouvaient nous plaire, il y avait surtout Trotski Nautique, dont j’ai déjà parlé à travers un livre d’un de ses deux membres, David Snug. Le concert a du mal à démarrer à cause de problèmes techniques. Sur le trottoir d’en face, un gars fait tourner la musique à fond sur un sound system, une des principales sources de nuisance de cette manifestation, participant au sentiment récurrent de "défaite de la musique". Ça ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Heureusement, la rue Sorbier est sous les arbres et c’est important d’être protégé par temps de canicule. La musique de Trotski Nautique peut enfin démarrer. Tout le matériel repose sur une seule table. David Snug lance les morceaux sur son PC Linux (sus aux multi-nationales !) quand Alda Lamieva pianote sur son synthé. Nous assistons béats à une performance complètement décalée et hors du temps. Le trop maigre public autour de nous est également conquis. Les références nous parlent : "géniales" reprises de "Blue Monday" à la flûte et de "Smells Like Teen Spirit" dont les paroles sont traduites mot à mot en français.
Le discours est éminemment politique, anarchiste, - "A bas Fabien Roussel" - tout en restant d’une légèreté confondante. Mais derrière la façade naïve se cachent une intégrité et des convictions profondément marquées. Trotski Nautique, c’est Didier Super qui a écouté Joy Division et lu Marx. Un petit fanzine et 2 CD sont vendus à un euro symbolique, Snug surveillant même que c’est le bien le cas et pas plus. La suite de la soirée ne pourra être que décevante, nous en profitons pour goûter aux bonnes bières locales du Hazy - attention toutefois à l’abus d’alcool, surtout en période de forte chaleur. Après un rapide tour du quartier, nous regagnons déjà nos pénates, pour constater qu’il y avait aussi d’autres petits concerts sympas près de chez nous , croisant au passage, Emmanuel Grégoire, le nouveau maire de Paris - c’est également son quartier - incognito, à la terrasse d’un resto. Bref, une fête de la musique, drôle, courte, ciblée. Une de mes préférés. En somme, le temps et la période idéals pour se rafraîchir et faire du Trotski Nautique.


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