Accéder au contenu principal

Pack 3 EPs : Orso Jesenska - Les variations d'ombre *** Matthieu Malon - Peu d'ombre près des arbres morts *** Erik Arnaud - Golden Homme

Il existe encore des hommes qui oeuvrent dans l'ombre, à la recherche du beau. Et la plupart des gens s'en foutent. Enfin, pas tous. Le label Monopsone et son fondateur Denis Frelat font assurément partie de ces chercheurs de beau. Pour l'occasion, ils ont fait appel dernièrement au photographe Stéphane Merveille qui a pris quelques magnifiques photos de la Dune de Pilat, en noir et blanc. Ces photos devaient ensuite servir d'inspiration à trois chanteurs : Erik Arnaud, Matthieu Malon et Orso Jesenska. Leur feuille de route ? Un Ep de 6 titres chacun avec 4 chansons originales et 2 reprises. Erik Arnaud est celui qui a cherché le plus la facilité avec seulement 2 nouveaux titres, mais 2 titres en "or". Surtout "Golden Homme", petit tube en puissance, qui fait voir un Erik Arnaud, très proche de son ami Florent Marchet, dans le fond comme dans la forme. On pense évidemment au "Bambi Galaxy" de ce dernier. Pour le reste, deux versions brutes de vieux titres, de l'époque où la musique de Erik Arnaud était rêche et sèche. Au passage, je serais curieux de savoir si le chanteur a toujours la même vision lapidaire de la chanson d'ici ("Ma chanson française") dix ans après. Et puis, deux reprises belles et épurées : une étonnante de Balavoine et l'autre plus prévisible des excellents canadiens de Broken Social Scene. Tout Erik Arnaud est là, l'ancien, le nouveau, le franchouillard, l'indie rockeur. Matthieu Malon ensuite que je connais moins. Il est adepte d'un rock plus simple et direct, d'un parlé-chanté dont il se sert pour mettre en valeur ses qualités de conteurs ("Dans la chambre d'hôtel"). Les reprises sont des chansons anglo-saxonnes, éminents tubes new-wave kitschs ("Reviens et reste" et "Dansons les larmes aux yeux") dont la traduction française passe moyennement bien, il faut l'avouer. Mais comme pour Erik Arnaud, il y a au moins un nouveau très bon titre ("Sur la dune") et l'ensemble reste au final cohérent.
Enfin, Orso Jesenska est un chanteur français très prometteur, déjà responsable de deux disques pas passés inaperçus ici ("Un courage inutile" et "Effacer la mer"). Il se détache progressivement de toutes références encombrantes. Le sublime "Forêt" qui débute ce nouvel EP ne doit par exemple rien à personne. Chez lui, les reprises (Gianmaria Testa et Hoagy Carmichael) comme la musique sont aussi plus pointues. Ce gars a un talent supérieur pour juste suggérer à partir de textes elliptiques et une musique chaude mais réduite à l'essentiel. On a hâte de découvrir la suite de la carrière de ces trois-là, sûr que cet exercice auquel ils se sont volontiers pliés leur donnera des ailes vers de nouveaux horizons, empruntant de nouvelles voies vers le beau.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Lucie

L'autre jour, en lisant l'article intitulé « ça rime à quoi de bloguer ? » sur le très bon blog « Words And Sounds » - que vous devez déjà connaître, mais que je vous recommande au cas où cela ne serait pas le cas - je me disais, mais oui, cette fille a raison : « ça rime à quoi la musique à papa? ». Enfin, non, sa réflexion est plutôt typiquement féminine : trouvons un sens derrière chaque chose ! Nous, les hommes, sommes plus instinctifs, moins réfléchis. C'est sans doute pour ça que dans le landernau (je ne sais pas pourquoi, j'aime bien cette expression, sans doute parce que ça fait breton :-) des « indierockblogueurs », il y a surtout des mecs. Un mec est par contre bizarrement plus maniaque de classements en tout genre, surtout de classements complètement inutiles dans la vie de tous les jours. Pour ceux qui ne me croient pas, relisez donc Nick Hornby. Et je dois dire que je n'échappe pas à la règle, même si j'essaie de me soigner. J'ai, par exemple,

Top albums 2023

2023, fin de la partie. Bonjour 2024 et bonne et heureuse année à toutes et tous ! Je termine cette fois-ci un premier janvier, sur le fil, histoire de bien clôturer l'affaire, sans anticipation. Avant de vous dire qu'il s'annonce plein de bonnes choses musicalement parlant pour la nouvelle année, voici un récapitulatif de l'an dernier en 10 albums. 10 disques choisis le plus subjectivement possible, parce que ce sont ceux qui m'ont le plus emballé, le plus suivi pendant douze mois et qui je pense, me suivront le plus longtemps encore à l'avenir. 10- Young Fathers - Heavy, Heavy Ces jeunes pères de famille inventent une pop futuriste à partir de mixtures de TV On The Radio, Animal Collective ou autre Massive Attack. C'est brillant, novateur, stimulant, mais cela a parfois le défaut de ses qualités : notre cerveau est régulièrement en surchauffe à l'écoute de ces morceaux bien trop denses pour le commun des mortels, incapable de retenir autant de sons, d&

Beak - >>>>

A peine remis du magnifique concert de Beth Gibbons, que nous apprenions la sortie surprise d'un nouvel album de Beak, groupe de Geoff Barrow depuis 2009 et la fin (?) de Portishead. Beak a la bonne idée d'intituler ses disques d'un " > " supplémentaire à chaque fois - on en est au quatrième - , comme pour dire que la formation est en constante progression, ce qui est assez vrai, tellement cette nouvelle mouture impressionne d'emblée. Les deux premiers titres, " Strawberry Line " et " The Seal " fixent la barre très haut. La production est toujours impeccable, avec une rythmique bien mise en avant, rappelant bien sûr le krautrock dont on sait que Barrow est amateur depuis " Third " chef d'oeuvre indépassable de Portishead, ce chant distant et ces chansons qui progressent lentement, créant ce climat de tension constante, dans l'attente de ce qui va suivre. La suite, moins immédiatement renversante, plus lancinante, nous