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Pulp, Tristesse Contemporaine - Festival Inrocks Volkswagen - Paris, Olympia - 13 novembre 2012

Rien que pour cette soirée, le festival des Inrocks surpassait celui de Pitchfork. Faire venir et reformer pour l'occasion, le mirifique Jarvis Cocker et sa bande, plus de 20 ans après leur première venue à Paris, c'était bien vu. Car contrairement à nombre de vieux de la vieille, Pulp garde une énergie à toute épreuve. Enfin, surtout son increvable chanteur, qui, même si sa dégaine de dandy clochard lui fait paraître bien son âge (49 ans quand même!), il semble impossible ou presque de ne pas tomber sous le charme du monsieur et de son humour anglais à la constante dérision. Mais avant de parler des stars d'un soir, il y avait tout de même une première partie choisie d'ailleurs par Cocker lui même : Tristesse Contemporaine. Une drôle d'électro répétitive aux intonations hip-hop proches d'un Tricky pour le chant, des guitares que n'auraient pas renié Robert Smith et des claviers dans l'esprit d'un LCD Soundsystem. Pas vraiment le genre de musique très guillerette et bizarrement à l'opposé de l'ambiance qui règnera à partir de 21h dans l'Olympia. Pourtant, il y a comme qui dirait de l'idée, de l'originalité - le chanteur est aussi constamment affublé d'un masque d'âne -, à défaut d'emballer complètement, en raison de l'absence de titres vraiment marquants. Tristesse Contemporaine, est-ce finalement une manière de revenir à la case départ, quand Pulp débutait et singeait maladroitement Joy Division ? On suivra dans tous les cas ce groupe avec une certaine curiosité.

Puis, après 30 longues minutes d'attente, les formidables anglais originaires de Sheffield font leur apparition. Le dialogue avec le public se fait d'abord via des phrases projetées devant la scène, qu'on imaginerait être l'oeuvre d'un quelconque chauffeur de salle. Nouvelle blague potache ou peur panique de ne pas être capable d'enflammer de suite l'assistance ? Pourtant, dès les premières notes du bienvenu "Do You Remember The First Time ?", c'est le sol de l'Olympia qui se met à vibrer. On penche donc évidemment pour la première hypothèse. On sait bien que la salle est bondée de fans, reprenant comme maman, les paroles en choeur. On se dit que personne ne pourrait résister à une telle déferlante de tubes pop, jouées avec autant de fougue. Jarvis se déhanche, comme aux plus belles heures de Pulp, prend même des positions carrément obscènes sur le mythique "This Is Hardcore" et rejoue surtout en grande partie le classique "Different Class". Peu de place pour les très vieux titres, à part en rappel "Countdown" et "Little Girl (with Blue Eyes)" en hommage à sa mère qui fête ses 70 ans ce jour même et est présente dans la salle. Le chanteur anglais habite Paris depuis 10 ans maintenant, mais son français est toujours aussi délicieusement approximatif, ne parvenant que difficilement à épeler les années des trop rares passages de son groupe dans la capitale. Le public deviendra même carrément fou furieux sur leur plus célèbre morceau, "Common People", nous incitant à reculer de la scène. 2h de régression totale et un brusque retour à l'adolescence, voilà ce qu'on a pris maman et moi, en pleine face. Comme si le temps d'un soir, rien n'avait changé. Merci, Jarvis, tu es éternel. Et si le fantôme de Bruno Coquatrix n'était pas "so fucking scary", on en aurait bien repris au-delà de 23h...

Commentaires

  1. Ah Tristesse Contemporaine, ils sont déjà passés plusieurs fois à Dijon... Si je te dis que j'adore leur son (200% new-wave), ça t'étonne ? Surtout la guitare en live, waouh... quel plaisir ! Sur album, c'est moins bien, même si je trouve sans peine trois ou quatre titres "vraiment marquants" (dont le superbe "Empty Hearts" initial !).

    Sinon PULP @ L'Olympia, on aurait bien voulu en être aussi évidemment. Céder à la nostalgie n'est pas forcément "régresser', cher Vincent ;)

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  2. Effectivement, ça ne m'étonne pas que tu apprécies Tristesse Contemporaine. Leur son live est aussi très différent de celui sur disque, presque krautrock. Pour Pulp et la "régression", il fallait juste voir l'espèce d'étonnante euphorie qui régnait à l'Olympia. Rien à voir avec une sage "nostalgie" ;)

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