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Nick Cave & The Bad Seeds, Kraftwerk, The Liminanas, Los Bitchos, DIIV, Aldous Harding, etc - Festival Rock en Seine - 26 août 2022

On ne pouvait pas finir l'été sans un festival. Bon ok, on avait été au Harbour Bristol Festival, mais celui-là était en plein centre ville, on n'y retrouvait pas vraiment l'ambiance d'un festival classique. On a donc joué au plus court de chez nous : Rock en Seine au parc de Saint-Cloud. D'autant que la programmation, cette année, était plutôt alléchante. On sentait que les programmateurs voulaient rattraper ces deux années perdues en raison du COVID. Le jeudi était dédié au rock pour "jeunes", même si peu d'entre eux écoutent encore du rock, avec la jeune garde britannique, Yard Act, Fontaines DC, Idles et comme tête d'affiche les valeurs sûres d'Arctic Monkeys. On avait plutôt choisi avec maman, le rock pour "vieux", avec la date du vendredi. Et oui, on assume complètement notre âge. On est arrivé presqu'à l'ouverture, en tout cas pour les premiers concerts. Les Bretons de Gwendoline - un rennais, un nantais, pour la paix des ménages, y a pas mieux - pour commencer les hostilités.  Voilà un petit groupe bien sympathique avec quand même dégaine et attitude de hipsters de rigueur - mon dieu, cette coupe au bol avec la moustache ! Une guitare, des synthés tout droit sortis des années 80 et un discours politique mi premier, mi second degré, voilà le décor planté. Sur "Chevalier Ricard", ils égrènent les phrases entrecoupées de la même sentence "j'en ai rien à foutre".

Si le style est assez proche de Fauve : même discours nihilisme, même son minimaliste, il semble y avoir un décalage entre les paroles et l'attitude. Comme si Gwendoline avait déjà dépassé le stade de la colère (guerre, capitalisme, écologie) pour une certaine résignation. Nous quittons quand même la scène après 20 minutes, persuadés d'en avoir entendu assez. On passe subrepticement devant le concert de Jenny Beth, ancienne chanteuse du groupe Savages et présentatrice d'une excellente émission live sur Arte "Echoes with Jenny Beth". Si la jeune femme a des goûts très assurés en terme musical, sa musique à elle m'ennuie un peu. On est dans une vaine démonstration de force. Les muscles plus que le cerveau. On file donc très vite devant la grande scène pour attendre la prestation de l'énigmatique néo-zélandaise Aldous Harding. Après 45 minutes, le mystère n'est pas levé : toute de noir vêtue, pas d'échange avec le public, un visage impassible ou plutôt carrément ailleurs, comme si elle aurait préféré ne pas être là. Pour la musique, impeccable. Pour autant, pas sûr qu'elle s'attire beaucoup de sympathie en snobant ainsi l'assistance. On enchaine direct avec les new-yorkais de DIIV, aux guitares tout en reverb. Les chanteurs alternent mais là n'est pas l'essentiel. Les guitares reprennent rapidement le dessus. Si leur premier album, "Oshin" m'avait bien plu, j'ai décroché dès le suivant. Pas désagréable, cela manque quand même de chansons marquantes, hormis peut-être la dernière, assez fulgurante, "Blankenship". Dommage qu'ils n'aient pas commencé par là. 

On repart ensuite à la grande scène voir nos perpignanais de Liminanas et là, c'est de suite, la baffe dans les oreilles. Attention, ça va saigner, le son est lourd, très lourd et psyché. La batterie est mise clairement en avant de la scène. Là encore, les voix, n'ont qu'un aspect décoratif - pas de Bertrand Belin à l'horizon, donc. C'est le son et quel son ! Il y aura même deux reprises, le légendaire "Mother Sky" de Can qui aura fait tourner la tête de nombre de musiciens - n'est-ce pas Geoff Barrow ? - et "Teenage kicks", classique éternel des Undertones. Si le premier morceau est bien dans l'esprit des Liminanas, le choix du second est plus étonnant, car sec, rageux et expéditif. Après ça, il nous faut carrément parcourir tout le site pour rejoindre la scène du Bosquet pour écouter les charmantes filles de Los Bitchos, formation Erasmus, car mélangeant une sud-américaine, une britannique, une suédoise et une australienne. Leur musique est un cocktail instrumental bien rafraîchissant et on peut dire qu'elles savent mettre l'ambiance. Elles terminent par une bien jolie reprise du "Tequila" de The Champs, classique de...1958. 

Cette fois, pas grand chose à se mettre sous la dent, après ça. Un petit creux dans la programmation qui nous permet de... manger évidemment. On essaie quand même d'aller voir London Grammar mais rapidement on file se positionner et récupérer nos lunettes 3D pour assister à un des deux concerts tant attendus de la soirée. Les allemands de Kraftwerk balancent un set diablement bien rodé qui parcourt le meilleur de leur discographie. Ils réussissent l'exploit de moderniser leurs différents hymnes. La version de "Radioactivity" est incroyablement dansante. C'est simple, Kraftwerk est à l'électronique ce que les Beatles sont à la pop. On les avait vus à la Philharmonie de Paris il y a quelques années pour quasiment le même spectacle mais c'est dans le cadre d'un festival que leur musique prend toute son ampleur. Et puis on ne se passe pas de voir voitures, trains ou autres numéros filer droit sur nous grâce à nos lunettes 3D. 
Comment Nick Cave pourra faire mieux ? En fait, il fera surtout du Nick Cave, c'est-à-dire un rock puissant, transcendant, animal. Le chanteur se doit de toucher son public pour être à son meilleur. Je ne suis pas super fan de ses derniers albums, ceux marqués par la perte de son fils Arthur - pas le plus âgé, Jethro, disparu cette année, décidément l'artiste australien est un peu maudit avec sa filiation. Pourtant, il faut avouer que ces chansons dégagent une puissance émotionnelle accentuée encore par la scène. Et puis, il y a eu les classiques "Red Right Hand", générique de la série "Peaky Blinders" et qui a permis à beaucoup de découvrir réellement Nick Cave - pas sûr qu'il serait tête d'affiche à Rock en Seine sans ce succès récent - et "The Mercy Seat", sa meilleure, dantesque une fois de plus en live. On pourrait parler de "The Ship Song", "Into My Arms" et bien d'autres. Nick Cave en concert, c'est grand, ça prend aux tripes. On y ressent bien davantage que sur disque sa fougue, son énergie, sa folie, tout ça dans son habituel costume trois pièces. Reste que si on devait apporter une nuance, on a quand même préféré sa prestation de la Route du Rock il y a quelques années : plus petite scène et donc on était plus proche, et puis la setlist était aussi supérieure. Voilà, on regagne nos pénates bien tardivement mais cela valait assurément le coup. Mais avec Kraftwerk et Nick Cave, pouvait-il en être autrement ?

Commentaires

  1. Ça devait être quelque chose ce concert de Nick Cave !

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    1. Oui, un concert de Nick Cave, c'est une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie :-)

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Lucie

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