27 février 2013

J'aurai Ta Peau, Dominique A - Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez

Un mois sans parler de Dominique A, ça commençait à faire beaucoup, non ? Surtout que l'actualité du chanteur est toujours aussi dense. Une bande dessinée qui est le prétexte du jour, même si elle est réussie et indispensable à tout fan dont je fais évidemment partie. Et la Victoire de la musique. Vous l'aurez constaté cette année, je ne vous ai pas fait voter pour mes propres victoires, les vraies ressemblant pour une fois, très fortement à celles que j'aurais pu proposer. Jusqu'au vainqueur, donc. Dominique A est maintenant officiellement adoubé par ses pairs, lui, qui, il y a plus de quinze ans, se moquait ouvertement de ce genre de cérémonies. La profession a-t-elle changé ou est-ce le chanteur, qui allait même lors de la remise de son prix laisser un message de soutien à la multi-nationale Virgin-Megastore en pleine faillite ? Très bien, mais quid des nombreux petits disquaires indépendants qui se battent chaque jour pour tenir debout ? Dominique A a soigné son discours, comme sa musique - il est devenu "Mainstream" ? - "Vers Les Lueurs" est son disque le plus commercial et par voie de conséquence, celui qui a rencontré le plus de succès. Faut-il pour autant flinguer un artiste que l'on défend becs et ongles depuis des années ? Non, évidemment. Je serais mal placé pour dire le contraire : "Vers Les Lueurs" a été classé ici en troisième position de mes disques préférés de 2012. Pourquoi ? Parce que, malgré son aspect plus amical et immédiat, la musique de Dominique A reste belle et classieuse et ses prestations scéniques de plus en plus fortes. Alors, que lui, obtienne enfin une reconnaissance à si grande échelle, cela fait évidemment quelque chose. Même s'il faut aussi relativiser la portée d'une telle récompense. Elle fera sans doute venir à lui, quelques curieux profanes, désireux d'en connaître davantage sur le monsieur, mais ces Victoires de la musique sont aussi considérées par une partie des médias et donc du public comme une auto-célébration de l'élitisme parisien, et de la bobo-attitude. Car des artistes comme Dominique A, Barbara Carlotti ou Rover ne passent presque jamais sur les grandes chaines de télévision et de radio. Pourtant, le chanteur a décroché pour la première fois de sa carrière un disque d'or, ce qui, en ces temps difficiles pour l'industrie musicale n'est pas un mince exploit, et il remplit régulièrement des salles de plusieurs milliers de personnes, un peu partout en France, et pas seulement à Paris. Les poches de résistance à la soupe imposée par le diktat culturel des grands médias s'amplifient. Ce n'est pas, quoique certains veuillent le penser - jusqu'au Front National et leur discours sur les bobos, le mal absolu -, seulement qu'un épiphénonème parisien. Si bobo c'est ça, lutter contre l'obscurantisme, vouloir à tout prix se maintenir la tête hors de l'eau, garder l'indépendance de ses choix, ne pas se laisser guider bêtement, alors oui, je veux bien en être. Car c'est en s'attaquant à la culture que la plupart des dictatures ont commencé leurs basses oeuvres d'embrigadement des peuples. Tout ça n'est pas si anodin. Donc, la "branchouille" plutôt que la "franchouille", comme le résume Dominique dans sa récente interview dans les Inrocks...

Après ce que je viens de dire, le titre de la récente bande dessinée "J'aurais ta peau, Dominique A", clin d'oeil au "Il ne faut pas souhaiter la mort des gens" de l'auteur - ne paraît pas si farfelu. Grâce à sa récente Victoire de la musique, le chanteur est malgré lui et plus que jamais propulsé porte-parole d'une génération de chanteurs et chanteuses français de qualité. Celle qui place la musique au centre de leur oeuvre, avant toute considération financière, même si chacun sait que l'un va rarement sans l'autre. Il reprend la place laissée vacante depuis la disparition de Bashung.... Mais, la bande dessinée prend un ton plus léger et décalé et la raison de cette menace de mort s'avérera plus superficielle. N'empêche, le livre est une belle réflexion sur la création et le rapport au succès. On y retrouve aussi son ami Katerine, qui lui, a déjà rencontré la "vraie" réussite commerciale en versant allègrement dans la parodie depuis son célèbre "Louxor, j'adore". Une fantaisie qui en dit donc plus qu'il n'y paraît et qui m'a en tout cas inspiré cette tartine plus longue que de coutume...

25 février 2013

Maston - Shadows

Décidément Trouble In Mind Records, ce petit label originaire de Chicago n'a pas son pareil pour dégoter de jolies nouveautés de pop psychédélique. Après la révélation Jacco Gardner, voici celle de Maston - du nom de leur leader Franck - dont le disque "Shadows" est pourtant sorti un peu avant. C'est grâce au dernier vide-poches, loin de ressembler à des fonds de tiroir, de la Blogothèque que j'ai eu connaissance du groupe. Il faut dire que le webzine, désormais mondialement réputé dans le milieu grâce à ses "concerts à emporter", est le repère d'une bande de passionnés, à l'affût de la moindre découverte qui sortirait des sentiers battus. Et me voilà, une fois de plus, à rattraper le retard que j'ai pu prendre les semaines précédentes, un lundi, comme pour les formidables Alpine Decline. L'influence est à aller chercher du côté des sixties californiennes, des Beach Boys sous acide, de Phil Spector, voire de Love, mais y en ajoutant une pointe de modernité dans les sonorités - on pense parfois à Animal Collective, à Beach House, voire même à la musique façon cirque d'un Yann Tiersen -, à l'inverse du néerlandais précité, dont la reproduction des modèles pouvait paraître sur la longueur un poil convenu, malgré l'évident talent.
 
Le disque est court - à peine trente minutes -, en partie musical, mais regorge de mélodies délicates comme l'entraînant "Mirror" qui vous feraient facilement croire que tout pourrait recommencer, comme il y a bientôt cinquante ans. Car une fois que l'album est fini, on a envie que d'une chose, le remettre, inlassablement. Et la semaine de commencer de bien belle manière...

21 février 2013

Maissiat - Tropiques

Encore une bien belle semaine musicale avec une troisième sortie qui a retenu mon attention. En plus, cette fois-ci, c'est une vraie révélation ! Maissiat, Amandine de son prénom, est une chanteuse française, adepte du piano, à la musique douce et mélancolique, aux textes habiles et poétiques ("Nulle part où aller, votre coeur, c'était le monde entier"). "Tropiques" est son premier disque, même si on a déjà pu l'entendre au sein des sympathiques mais dispensables Subway. Si on veut à tout prix traquer les références, on pourrait la rapprocher de la Véronique Sanson des débuts, d'une Jeanne Cherhal plus touchante. Mais cela serait trop restrictif tellement la palette musicale et la gamme d'émotions que Maissiat arrive à aborder avec son instrument de prédilection, semble large.
Et tant pis si cette artiste ne rencontrera sûrement pas le même succès que n'importe quel gagnant des nombreux télé-crochets, aucun d'entre eux n'est capable d'écrire une chanson aussi belle et déchirante que "Le Départ". Et que dire de "Jour de chance" et de cette mélodie qui monte, descend, virevolte, tourbillonne, explose littéralement : "Tu t'envolais...". Oui et on sait que peu de disques français réussiront à grimper aussi haut cette année. On chérit déjà Maissiat comme un joli "Trésor" qu'on espère plus si caché dans les semaines à venir.

Clip de "Le Départ" :

Clip de "Trésor" :

Album en écoute intégrale sur Deezer.

20 février 2013

Albin de la Simone - Un Homme

Voici un des auteurs-compositeurs de chanson française les plus discrets de sa génération. Et pourtant, sous ses airs de ne pas y toucher, le gaillard pourrait en rabattre à beaucoup. Il fait partie de la génération des JP Nataf qu'on entend ici à la guitare, Florent Marchet, Arnaud Fleurent-Didier, Vincent Delerm, Mathieu Boogaerts - peut-être celui dont il se rapproche plus -, etc. Celle qui se réclame, qui d'un Alain Souchon, qui d'une Françoise Hardy, avec pour la plupart ce même ton doux-amer. Qui a dit que nous n'avions plus de chanteurs de talent en France ? Son nouveau disque, "Un homme" est comme on pouvait le deviner à l'opposé de l'assurance d'un Polnareff, quand il affirmait il y a plus de trente ans - une éternité -, "Je suis un homme, je suis un homme quoi de plus naturel, en somme". Ici, rien de naturel, au contraire, on est plutôt dans l'auto-persuasion : "Je suis un homme, c'est vrai, je suis un homme et tu m'aimais...".
Albin de la Simone est un homme de son temps, qui doute, qui se cherche. Pas de virilité exacerbée, pas non plus d'ambiguïté sexuelle assumée, non, juste une place de plus en plus difficile à trouver. Comme sur le charmant single "Mes épaules", où le chanteur ne sait pas s'il sera capable de faire face à toutes ses nouvelles responsabilités : la vie de couple ou la paternité. Sans renouveler pour autant le genre, c'est une belle voix pour trentenaires un peu paumés. Parfait pour moi, donc.

Clip de "Mes épaules" :

Album en écoute intégrale sur Deezer.

19 février 2013

Nick Cave & The Bad Seeds - Push The Sky Away

"Jubilee Street", quel morceau et quel clip ! C'est bien simple, depuis quelques semaines, il n'y a pas une journée ou presque durant laquelle je ne l'ai pas écoutée. On y retrouve le meilleur des Tindersticks, un mélange de cordes, de choeurs, et cette voix divine, posée admirablement jusqu'à l'envolée finale. "I'm flying. Look at me. I'm flying". Ben, ça fait bien longtemps qu'une chanson de Nick Cave ne m'avait pas procuré de telles sensations. Ajouter à cela le fait que le sieur sera présent à la prochaine collection été de la Route du Rock à Saint-Malo, je me dis qu'il serait sans doute temps pour moi d'aller le voir sur scène. Il faut dire que je n'ai jamais été un fervent admirateur de l'australien. J'apprécie sa musique, j'admets que quelques titres de son répertoire font objectivement partie des classiques de l'histoire du rock (comme "The Mercy Seat"). Et surtout que dans sa déjà longue discographie, il n'y a pour ainsi dire pas beaucoup de déchets. Pourtant, aucun de ses albums ou presque n'a déclenché chez moi un engouement total. Même ce dernier "Push The Sky Away", classe mais trop poli. 
La guitare de Mick Harvey est partie et cela se ressent : plus de douceur mais moins de folie. Le monsieur continue donc sa carrière exemplaire, accompagné de ces indispensables mauvaises graines qui vont et viennent au gré des albums, permettant à l'ensemble de ne jamais tomber dans la redite. C'est ce qu'on appelle une valeur sûre, chose de plus en plus rare par les temps qui courent.

Clip de "We No Who U R" :

Clip de "Jubilee Street" :

Album en écoute intégrale sur Grooveshark.

18 février 2013

Alpine Decline - Night of Long Knives

Les nouveautés musicales se bousculent au portillon depuis quelques semaines et je n'ai malheureusement pas toujours le temps adéquat à consacrer à chacune d'entre elles. Et puis, des fois, il m'arrive aussi de passer complètement à travers. Et c'est souvent là que je fais les plus belles découvertes. Le nouvel album de Alpine Decline en fait assurément partie. Ce couple d'américains étonnamment exilés en Chine était pour moi d'illustres inconnus. Pourtant, à l'écoute de cette "Night Of The Long Knives" (référence aux heures sombres de l'histoire allemande), je me demande bien pourquoi. Leur rock oblique qui furète du côté de Sonic Youth, des Jesus and Mary Chain, de My Bloody Valentine et surtout du post-rock est pile poil dans mon créneau. Là où certains, comme les Beach Fossils, plongent un peu trop dans la facilité et l'évidence pop, Alpine Decline semble en constante recherche sonore. Non pas que leur musique est particulièrement difficile d'accès - pour qui est habitué du genre -, non, elle est juste moins directe et au final, on y revient plus souvent. 
C'est par l'intermédiaire de l'excellent webzine Playlist Society regroupant le "travail" de plusieurs blogueurs passionnés aux goûts et à l'écriture particulièrement pointus, puis à la chronique du non moins recommandable Popnews que je me suis penché sur leur cas. Je ne regrette pas. Tant pis pour les nouveautés de la semaine, elles attendront. Il faut quelques fois parer au plus pressé. Allez, j'y retourne...

16 février 2013

Top albums 1997


Retour aujourd'hui de mes tops albums scrupuleusement classés par année. Me voilà donc arrivé en 1997. Et 1997, ce fut évidemment l'année de "OK Computer". On pourrait s'arrêter là ou presque tellement ce disque impressionne encore aujourd'hui. Radiohead s'envole alors au-dessus de la mêlée et demeurera pendant un bon bout de temps mon groupe préféré, disqualifiant à chaque nouveau disque la concurrence. Pourtant, de concurrence, il y avait quand même, cette année-là, à commencer par une autre tête brûlée, Björk, qui balançait son meilleur album, "Homogenic" et ses arrangements grandioses et tarabiscotés. En terme d'arrangements, Nick Cave revenait, lui, à plus de simplicité, avec presque seulement un piano et ça suffisait amplement. Neil Hannon ne gardait aussi que l'essentiel - un grand orchestre classique tout de même ! - pour un divin "Short Album About Love". Les Tindersticks gagnaient en intensité avec un "Curtains", pour une fois sans fausse note ni baisse de régime. Pour Pavement, c'était plutôt en efficacité, avec des mélodies pop plus évidentes et entêtantes qu'auparavant. Blur essayait bizarrement de les imiter et c'était plutôt réussi. Yo La Tengo se révélait le grand groupe de rock indépendant de sa génération, capable de marier dans un seul disque, tout le meilleur du genre. Portishead et Miossec nous refaisaient le coup de "Dummy" et "Boire" mais en plus agressif, leurs nouveaux breuvages ayant en effet encore plus de corps.

10- The Divine Comedy - A Short Album About Love
Entre deux albums un peu ("Casanova") et très ("Fin de siècle") ampoulés, le petit irlandais réussit ce court album, comme son nom l'indique, classieux, parfait équilibre entre ses aspirations de mélodies pop et de grande orchestration classique. Après ça, "Everybody knows" qu'il en est capable...

9- Nick Cave & The Bad Seeds - The Boatman's Call
Le grand Nick Cave revient à une écriture simple au piano, comme au bon vieux temps de "The Good Son" et c'est une fois de plus brillant et touchant. Cet australien-là a la classe, à l'image de son alter-ego anglaise PJ Harvey.
8- Portishead - Portishead
Chaque nouvel album de Portishead est un événement. Moins immédiat que son prédécesseur, "Portishead" s'avère pourtant plus complexe, faisant appel à plus de vrais instruments. Mais c'est toujours la même noirceur qui prédomine. Envoûtant.
7- Blur - Blur
Blur brouille enfin les pistes et lorgne vers l'Amérique et Pavement. Il fallait au moins ça pour sortir vivants de l'épisode brit-pop. La faute à son guitariste Graham Coxon. Qui a dit qu'il n'y avait pas de démocratie dans la troupe de Damon Albarn ?
6- Yo La Tengo - I Can Hear The Heart As One
Ceux qui suivent ce blog savent que je n'ai découvert ce groupe que très récemment. Ce disque n'aurait donc jamais été classé à ce niveau en 1997. Mais depuis l'écoute de leur récent et parfait "Fade", leur musique squatte régulièrement mes oreilles. Avec ce "I Can Hear The Heart As One", ils parvenaient à rivaliser avec le meilleur de Sonic Youth ("Sugarcube"), My Bloody Valentine ("Deeper Into Movies") et Neil Young ("Stockholm Syndrome"): impressionnant !

5- Miossec - Baiser
"Boire", je ne ressens plus le besoin de l'écouter tellement j'en garde un souvenir ému : celui d'avoir découvert une nouvelle voix vibrante et touchante de la chanson hexagonale. "Baiser", bizarrement, il faut le réécouter pour se persuader qu'à l'époque non plus, je n'avais pas tort. La gouaille est encore là ainsi que ces paroles aux accents de vérité. Depuis, le Brestois apparaît en roue libre, n'arrivant plus à trouver une telle sincérité. Alors, "Boire" ou "Baiser" ? Les deux, mon capitaine !

4- Tindersticks - Curtains
Ceux-là, c'est bien simple, ils m'ont régulièrement ennuyé sur la longueur d'un album. Sauf sur ce "Curtains" qui passe comme une lettre à la poste. Déchirant.
3- Pavement - Brighten The Corners
"Brighten The Corners" est le disque mal aimé de Pavement. Pourtant, avec le recul, c'est celui qui le premier, m'a fait apprécié la musique du groupe, celui duquel je me sens encore le plus proche. Parce que pour la première fois, Malkmus ne faisait plus semblant d'être cool et de vouloir brouiller les pistes. Son disque regorge de mélodies simples, accessibles, naturellement belles, telles le superbe "Shady Lane".
2- Björk - Homogenic
Dernier décollage de l'islandaise avant "Dancer In The Dark", le pétage de plomb et chopage de melon qui s'en suivirent. En 1997, Björk rayonnait sur la planète rock et au-delà. Sa musique ne ressemblait à rien d'autre, elle était le modèle à suivre, de part son exigence et sa volonté inébranlable d'expérimenter et d'avancer. Malheureusement, elle s'est perdue en route et nous avec. 
1- Radiohead - OK Computer
Choix de médaille d'or évident. Album monstre, culte pour toute une génération, moi y compris. J'y ai tout appris. Je le connais par coeur. Je n'ai plus besoin de l'écouter, il fait désormais partie de mon ADN.



14 février 2013

La musique à ... Aline

Aujourd'hui, c'est Aline, alias Romain Guerret qui nous parle de sa musique à lui. Ayant pourtant longtemps végété dans l'anonymat du rock hexagonal, il semble afficher désormais une fière assurance. Il faut dire qu'il y a de quoi, "Regarde Le Ciel" entrevoit enfin la lumière : c'est un condensé de chansons pop incroyablement addictives. Où l'on constate qu'il est bien un enfant des années 80, ayant réussi à faire le lien entre Souchon et Frank Black. Ce qui n'est pas un mince exploit. 


Parents 
Ma mère écoutait les Beatles, Julien Clerc (son chouchou), Georges Brassens, Barbara et mon père Joe Dassin, Michel Sardou, Polnareff ou encore Reggiani. Ils en écoutaient surtout dans la voiture. A la maison, ils écoutaient surtout la radio. 

Premiers disques
Les premiers disques que j'ai écouté sont ceux de mes parents bien sûr puis ceux de ma grande soeur, Daho avec "Pop Satori", Wham, Culture Club. Vers 9 ans, j'ai commencé à me faire offrir des 45 tours par ma mère, elle me les achetait à l'Intermarché du coin quand j'avais des bonnes notes. Je me souviens de The Cure avec "Close to me", les premiers Madonna, un Elvis Presley "Love me true", la cassette du "Thriller" de Michael Jackson... J'avais beaucoup de cassettes, que j'enregistrais à la radio. J'écoutais la radio jour et nuit parce que je n'arrivais pas à dormir. Le premier disque que j'ai dû acheter avec mes petits sous je crois que c'était l'album de A-ha, celui où il y avait "Take on me". 



Plaisir honteux
Je ne comprends pas cette histoire de "Guilty pleasure". A partir du moment où j'aime un truc c'est qu'il en vaut la peine. Donc non, je n'ai honte d'aucun disque que j'ai pu acheter ou aimer. Après, il y avait certainement des choses un peu limites que je ne réécouterais pas aujourd'hui. Quoique... 

Déclic musical
Mes parents m'ont toujours dit que quand on me posait la question de savoir quel métier je voulais faire plus tard je répondais invariablement : je veux faire Alain Souchon, parce que lui a le droit de mettre ses mains dans les poches...Donc j'ai dû être marqué par ce type. Après c'est Elvis Presley. Sur un doc à la TV, j'ai été subjugué par ce mec en costard qui jouait de la guitare devant des filles hystériques. J'ai dû m'inscrire aux cours de guitares le lendemain! En tout cas, j'ai toujours été attiré par la musique, les mélodies, les arrangements, la musique populaire mais aussi la musique classique. Avec les livres c'est quelque chose qui a toujours nourri mon imaginaire. La musique accompagnait mes images intérieures, elle était la bande son de mes aventures fantasmées.


Disques indispensables
Je n'ai pas trop changé en fait. J'ai aujourd'hui une bien plus grande culture musicale et mes goûts se sont affirmés mais j'aime toujours autant les mélodies, les tempo plutôt rapides, je suis sensible aux harmonies, aux chouettes basculements d'accords qui bouleversent. J'aime la guitare et les boîtes à rythmes, les caisses claires profondes et réverbérées. Mes influences sont aujourd'hui comme hier à chercher du côté du rock, de la pop synthétique, de la musique populaire et de la variété aussi, j'aime bien les tubes, j'aime bien l'idée de tube, l'idée qu'une bonne chanson puisse être intemporelle et indémodable me rend heureux. J'ai toujours avec moi, le deuxième album de Franck Black, les albums de The Wake, des Buzzcocks et du Velvet Underground et surtout plein de compilations maison.


Enregistrement de "Regarde Le Ciel"
Ambiance très sereine, calme. C'est dû, je pense, à la personnalité de Jean-Louis Piérot et de Philippe Balzé, des gars calmes et souples. On n'écoutait pas de musique, juste les démos de Young Michelin pour se replonger dans l'ambiance et se remémorer les parties à jouer.

Ecriture et composition  
Aline, c'est à la base un projet solo. J'ai écrit les premiers morceaux seul dans mon coin. L'inspiration était là, une atmosphère particulière, la solitude, le questionnement, les désillusions, l'envie de renaître, d'être quelqu'un d'autre, quelque chose de nouveau. Se débarrasser d'une peau devenue encombrante. Retrouver la lumière, les paradis perdus. Après avoir expliqué aux copains ce que je voulais faire et comment je voulais le faire ils ont pu apporter leur pierre à l'édifice. Il n'y a maintenant pas de règle précise quant à la composition des morceaux. A deux, tout seul, le groupe entier. Moi, je fais tous les textes et je suis le gardien du temple, j'ai établi des règles et je veille à ce qu'elles soient respectées.

Fierté personnelle
Peut être "Elle m'oubliera" pour sa limpidité. Rien ne dépasse, pas de gras. C'est fluide, simple et direct, honnête.


Scène
Sur scène, c'est de mieux en mieux. Au début, on ne savait pas comment aborder la question. On ne fait pas une musique très spectaculaire et on n'aime pas trop se rouler par terre. En tout cas, on joue plus nerveux que sur disque, plus tendus, parfois post punk, c'est un peu plus rock. Ça dépend des salles, du public et surtout de nos configurations psychiques.

Enfants
J'ai deux petites filles. Elles écoutent surtout la radio et les tubes des chanteurs du moment. Quand je suis avec elles, je leur fais écouter la musique que j'aime sans trop les gaver. Elles prennent ce qu'elles ont envie de prendre. Elles se feront leur éducation musicale elles mêmes, ou pas. En tout cas, elles m'ont fait découvrir "Follow rivers" de Lykke Li et j'ai adoré ça.

Aline est actuellement en tournée dans toute la France.

12 février 2013

Jacco Gardner - Cabinet Of Curiosities

Bon, voilà, on y est de plein pied cette fois-ci, dans les sixties psychédéliques. Si Tame Impala ou Unknown Mortal Orchestra flirtent plus ou moins avec le style de l'époque, ce jeune hollandais d'à peine plus de vingt ans, s'y est carrément fondu. Son "Cabinet Of Curiosities" est une petite friandise du genre, mais en plus pop que ses collègues australiens et néo-zélandais. "See Emily Play" en première ligne, en douze exemplaires ou presque. Et puis, les Zombies, Left Banke, Love, bref, que du bon. Quand on s'attaque à ce genre de références, il faut être costaud. Et sous des abords de jeune garçon frêle, Jacco Gardner dispose de plus d'une corde à son arc. Un hollandais qui fait de la pop psychédélique. On se dit que ça parait logique. Car, qui dit psychédélisme, dit drogue et qui drogue... Oui, les clichés ont la dent dure.
Bon, passées les références qui sautent immédiatement aux oreilles, on notera donc une remarquable habileté dans les arrangements, mais aussi une difficulté à se renouveler et surtout un manque de chansons immédiatement marquantes. Il reste encore à Jacco à acquérir un peu de la folie d'un Syd Barrett. Pour l'instant, il est juste un brillant descendant, un poil trop appliqué. Mais la folie s'apprend-t-elle ?

Clip de "Clear The Air" :
Clip de "Summer's Gone" :

Clip de "Where Will You Go" :
Album en écoute intégrale sur Deezer.

9 février 2013

My Bloody Valentine - MBV

C'est bien simple avec My Bloody Valentine, j'ai toujours eu des rapports d'amour-haine. Disons qu'entre eux et moi, c'est compliqué. C'est le propre des grands groupes, me direz-vous, de ne pas laisser indifférent. Toujours est-il qu'étant un peu trop jeune à l'époque, j'ai connu la formation du mutique Kevin Shields par le biais de magazines rock qui encensaient alors leur chef d'oeuvre, "Loveless". J'avais donc acheté le disque, les yeux fermés ou plutôt sans même l'avoir écouté au préalable. Malheureusement, comme beaucoup de néophytes à ce genre d'expérience sonore, je suis resté d'abord profondément hermétique à leur musique, pensant même à la première écoute que ma chaîne hi-fi commençait à rendre l'âme. J'ai donc pensé à le revendre dans un quelconque vide grenier. Puis, finalement, non. Il est resté désespérément à l'abandon dans un recoin de ma discothèque, ne voyant quasiment jamais le confort douillet de mon lecteur CD. Et puis, je ne sais plus par quel heureux hasard, j'ai remis le disque, quelques années plus tard, comme ça. Comme un besoin de ressentir quelque chose de différent, sortant de ma routine discographique. Et l'improbable effet se produisit, petit à petit. "Loveless" devint loveful. Et la bande originale de "Lost In Translation" d'enfoncer le clou avec le génial "Sometimes". 
Ensuite, ce fut au tour du concert, de l'expérience live. Là aussi, j'avais eu des échos dithyrambiques, comme quoi, il fallait les avoir vus au moins une fois dans sa vie. Les boules Quiès gentiment offertes à l'entrée dans la salle étaient presque superflues tellement ce fut fort avec un final proprement insupportable pour n'importe quel être normalement constitué. Si ma fille est quelque fois retors, je me dis souvent que c'est pour se venger de ce soir-là,  alors qu'elle était encore au stade d'embryon dans le ventre de sa mère. On a beaucoup glosé sur la parution d'un nouveau disque de My Bloody Valentine, éternellement repoussé depuis plus de vingt ans. Ce n'est aujourd'hui plus une arlésienne. "MBV" est sorti dans la nuit de samedi à dimanche dernier. Une page est tournée. La légende peut sans doute s'éteindre. Ce nouvel album ne révolutionnera rien. Après plusieurs écoutes, il ressemble trop à son prédécesseur pour pouvoir justifier une aussi longue attente. La fin a beau balancer des guitares encore plus agressives, le soufflé est redescendu. Kevin Shields est bel et bien humain. Je peux désormais apprécier sereinement ce nouvel opus, qui passée la première impression forcément décevante, s'avère plutôt long en bouche. Ma relation avec My Bloody Valentine s'est maintenant apaisée. Et c'est sans doute très bien comme ça.



Les autres chansons du disque sont aussi en écoute sur Youtube.

8 février 2013

Frustration - Uncivilized

Bon sang, mais comment ai-je pu passer à côté de ça ? Frustration, tout un programme ! "Uncivilized" signé chez Born Bad Records - le label des excellents disquaires du même nom, à Paris - , ça ne s'invente pas ! Forcément, ça ne respire pas la franche gaité. Et dès les premières notes, ça se vérifie. Ambiance post industrialisation comme la pochette (en référence à Kraftwerk?), post civilisation comme le titre, post fin du monde, post-punk donc. Un peu de Joy Division, beaucoup de The Fall et de Wire et même, plus récemment un zest de At The Drive-In. Tout ça est réalisé par une bande de... parisiens. C'est incroyablement bien fichu, tordu juste comme il faut, ça ne recherche pas la facilité et surtout, comme qui dirait, ça dépote sévère. C'est leur deuxième album, le groupe existant quand même depuis 10 ans. Je viens de tomber dessus par hasard et le hasard provoque souvent les meilleures surprises. Le nouveau My Bloody Valentine attendra (juste) un peu. De même que mon top albums de l'année 1997 qui était prêt à être publié. 
Dans la vie, tout est question de priorité et quand se profilent des disques de ce calibre-là, surtout par chez nous, je veux bien chambouler n'importe quel planning routinier. Car cette musique se moque justement de la routine. Maintenant, ça serait frustrant de ne pas voir ce groupe dans les festivals cet été, ils le méritent amplement.

6 février 2013

Unknown Mortal Orchestra - II

Il semble y avoir une nouvelle mode, en ce moment, en provenance de l'hémisphère australe, celle de reprendre le flambeau d'une pop psychédélique héritière du Swinging London, du Pink Floyd de Syd Barrett, en passant par les Beatles ou Soft Machine. Les australiens de Tame Impala ont déjà remporté pas mal de suffrages dans les bilans de fin d'année 2012, notamment une première place pour le magazine anglais du NME. Est-ce que les néo-zélandais de Unknown Mortal Orchestra - UMO pour les intimes - décrocheront la timballe pour 2013 ? En tout cas, je préfère leur approche, plus personnelle, avec leurs basses plus souples, qui se rapproche même parfois de la soul d'un Stevie Wonder, comme sur l'excellent "So Good At Being In Trouble". "II" est comme son nom l'indique leur deuxième LP, paru sur le très hype label Jagjaguwar. Leur premier m'avait déjà tapé dans les oreilles. Celui-là commence par trois pop songs impeccables dont le parfait "Swim And Sleep" (Like A Shark)". Les paroles n'ont par contre rien de réconfortantes, l'album débutant par un sinistre constat : "Isolation can put a gun in your hand. If you need to, you can get away from the sun." La suite, moins mélodique, est aussi, dans l'ensemble, moins convaincante : dommage !
Ils seront en première partie des Flaming Lips lors du prochain festival Villette Sonique, à Paris, le 24 mai, pour une soirée qui s'annonce d'ores et déjà mémorable ! Malheureusement, je ne pourrais sans doute pas être de la partie...

Clip de "So Good At Being In Trouble" :

4 février 2013

Robi - L'hiver et la joie

Après deux semaines de pause dans le défrichement de l'actualité musicale, la musique à papa reprend aujourd'hui une activité normale. Si le mois de janvier commençait avec la fraîcheur de Aline, pour février ce sera la rudesse de Robi. Cette nouvelle chanteuse n'a effectivement pas le même univers chatoyant et immédiatement accueillant des marseillais. "L'hiver et la joie", son premier album, à l'image de son titre, est double et navigue bien souvent en eaux troubles. Mais il débute par le titre au charme le plus instantané du lot, "On ne meurt plus d'amour", histoire d'embarquer l'auditeur un minimum, pour qu'il se demande bien ce qui va suivre. Et la suite est plutôt rêche, sombre, on pense à la PJ Harvey presque apaisée de "To Bring You My Love", à la Beth Gibbons troublante de "Dummy" ("Je te tue" et son climat à la Portishead). Bien sûr, Robi n'est pas encore au niveau de ces deux-là, moins sauvage que la première, moins émouvante que la seconde, mais grâce à son parti pris de chanter uniquement en français, elle parvient facilement à s'en émanciper, créant un style assez atypique.
On entend pourtant une reprise de Trisomie 21, un groupe de cold wave française. Inspiration eighties donc, bien dans l'air du temps, une Lescop au féminin, mais à l'univers moins identifiable. Pour exemple, l'excellent "Ma route" en duo avec Dominique A - toujours dans les bons coups, celui-là :) - est un curieux mélange de "La Fossette" pour son entêtante rengaine aux claviers et de "Remué" pour les textes, les guitares plus agressives. Bref, on a hâte de voir quelle ambiance sera donnée à la tournée qui passera par le printemps de Bourges - dont la programmation qui vient d'être dévoilée s'annonce particulièrement alléchante. Elle a déjà fait ses gammes en première partie de Arno, Murat ou Dominique A qui l'avaient tous expressément convié à "ouvrir" leur concert. Avec un tel soutien et un si beau premier album, la partie semble donc presque gagnée d'avance...

Clip de "On ne meurt plus d'amour" :
Clip de "Je te tue" :

Album en écoute intégrale sur Deezer.

2 février 2013

Keren Ann - La Disparition (2002)


Weather time  : C'est samedi, avant de choisir son planning de liberté de fin de semaine, on regarde le ciel, on consulte les bulletins. Il s'agit là de s'adapter la veille, le matin, immédiatement ou prendre le risque de faire confiance aux prévisions quelques jours avant... (Un album en fonction de la météo du jour, pour qu'on soit tous ensemble à improviser, comme un séminaire de blogueurs accrocs qui doivent faire en fonction du temps.)

Le concours des blogueurs mangeurs de disques touchent aujourd'hui à sa fin et je n'avais même pas encore mentionné d'albums français. Il était donc temps d'y remédier avec un disque bien de saison - il y avait aussi le mythique "La Fossette" de Dominique A qui aurait pu faire l'affaire, mais bon, point trop n'en faut, il est déjà assez question de ce chanteur ici, non ? Pas besoin d'être devin, aujourd'hui, il ne fera pas très chaud avec de forts risques de précipitation. Enfin, bref, ça sera le même temps pourri que depuis plusieurs mois... L'occasion idéale pour se repasser cette élégante galette, "La Disparition" en écho évident à "La Question", chef d'oeuvre de Françoise Hardy et influence revendiquée de Keren Ann. L'un est pour les jours de froid ("Les rivières de janvier", "Mes pas dans la neige", etc), l'autre, au tempo plus bossa accompagné en cela d'une guitariste brésilienne, pour les jours de chaleur. "La Disparition" est effectivement un disque d'intérieur, mais qui rêve d'extérieur, d'"Ailleurs". Après avoir permis à Henri Salvador de reconquérir le coeur du public et des critiques en lui écrivant à quatre mains, avec un certain Benjamin Biolay, une belle "Chambre avec vue", voilà deux ans plus tard, la franco-néerlandaise à son apogée d'écriture. Depuis, elle s'est remise à l'anglais... Dommage, le français lui allait si bien et surtout lui permettait de produire une folk music hors des sentiers battus, légère et intemporelle.


"Ailleurs" clip tourné juste à côté de chez moi (voilà une sortie toute trouvée !) :
Album en écoute intégrale sur Deezer.