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I vélib, I can fly

Je me rappelle de mon premier vélo. Il était rouge. J'en garde aujourd'hui encore un souvenir ému, même s'il avait déjà servi avant moi à mes deux frères plus âgés. Il était chez mes grands-parents maternels. Mes parents habitaient en ville et n'avaient pas jugé nécessaire de garder des vélos à la maison, estimant sans doute que pour apprendre, il valait mieux avoir de l'espace et qu'avec la circulation automobile, c'était dangereux. C'est donc l'été, pendant les grandes vacances et avec mon grand-père que j'ai appris. D'abord, avec les roulettes, puis sans. Comme il y avait trois vélos et que l'on était trois, j'ai longtemps eu ce vélo rouge. A la fin, il était trop petit, la selle devait être montée au maximum. Avant de sortir s'entraîner dehors, on regardait le Tour de France à la télé, avec mon grand-père. Lui s'endormait régulièrement, surtout pendant les étapes de plaine. Je me rappelle de Bernard Hinault, des grimpeurs colombiens Lucho Herrera et Fabio Parra, de Greg Lemond et de Laurent Fignon, du Tour de France 1989 gagné pour 8 secondes seulement. On refaisait ensuite l'étape du jour avec mes frères dans la ruelle, devant chez mes grands-parents. C'était une ruelle à sens unique, il n'y avait pas souvent des voitures. Je ne gagnais jamais. Je me disais : c'est normal, je suis le plus petit, j'ai le plus petit vélo, je dois pédaler le plus vite. Pourtant depuis, c'est encore la même histoire. Mes frères ont toujours été meilleurs que moi, en tout ou presque. Bizarrement, ça ne m'a jamais vraiment pesé.
Mardi dernier, grève des transports oblige, j'ai voulu essayer pour la première fois le Vélib, alors que j'habite Paris depuis plus de dix ans déjà. Malheureusement, ça n'a pas marché. Je ne comprends pas pourquoi. La machine ne voulait pas prendre ma carte. Je n'ai pas pu détacher de vélos. J'ai donc fait un bout de chemin à pied.
La semaine dernière, comme tout le monde, j'ai appris la mort de Laurent Fignon. Je me suis rappelé de mon premier vélo. Il était rouge.

Commentaires

  1. j'ai un peu les mêmes souvenirs que toi (on doit avoir à peu près le même age), le fameux vélo rouge qui a fait le tour de la famille et les souvenirs de tour de France des années 80. Ca ma fait quelque chose la mort de Fignon, bien plus que celle de Corneau finalement.

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  2. "Mes frères ont toujours été meilleurs que moi, en tout ou presque."
    Arrête Papa, tu vas nous faire pleurer ! Et puis, il y a un domaine dans lequel tu as réussi au moins aussi bien qu'eux... Allez, je t'aide : l'une a laissé tomber le vélo depuis longtemps et l'autre ne va pas tarder à en faire... Ca y est, ça te revient ? ;)

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  3. @ Vincent : Joli billet emprunt de nostalgie ; mais pourquoi le placer dans cette rubrique "honteuse" ? A cause du Vélib que tu n'as pu détacher ? :)

    @ Benoît : moi ces deux pertes m'ont touché également. J'avais rencontré Corneau en 97 à une avant-première de son film "Le Cousin" : un homme d'une intelligence et d'une culture rares ! Ce qu'était aussi Fignon, dans son domaine.

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  4. @JP : Merci pour le compliment. C'est un billet assez personnel et comme je suis quelqu'un de timide et de pudique, j'ai toujours un peu honte de parler de moi. D'où la rubrique "honteuse"... Sinon, oui, le Vélib, je ne suis pas très fier ;)

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  5. Très joli billet évocateur de souvenirs pour tous... Mais une question me taraude à cette heure tardive et m'empêche d'aller dormir : pourquoi les vélos d'enfant sont le plus souvent ROUGES ? Oui, pourquoi ? Grand mystère... :-)

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  6. @Blake. Merci. Cette fois-ci, on n'a pas fait la même erreur(?), le premier vélo de notre fille est ... bleu. Advienne que pourra :)

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